Le tri sélectif des ordures et autres cons - épisode 23

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23e épisode

De retour au château, Lapelouse retrouve Sonia qui lui explique tout.
Le dernier acte peut se jouer.





Publié le : jeudi 19 décembre 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782823811889
Nombre de pages : 14
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couverture
Sébastien GENDRON

Le tri sélectif des ordures et autres cons

23e épisode

Pocket

33

Sonia

Après en avoir appelé à sainte Thérèse et avoir été exaucé, j’en envoie une petite à saint Médor, haut patron des clébards. À cette distance du château, avec ma vision nocturne déplorable, la présence d’un troupeau de rottweillers me serait fatale. Tout apprenti monte-en-l’air sait mieux que personne qu’un rottweiller n’aboie pas. Il vous trace et, au point d’impact, vous n’entendez rien qu’une paire de mâchoires qui vous sectionne les carotides et vous emporte l’œsophage.

Comme à un, deux, trois, soleil, je touche la porte d’entrée sans que rien de vivant n’ait bougé autour de moi. Je ne suis pas éliminé donc j’abaisse la poignée et, pour la seconde fois dans la même nuit, l’huisserie joue en ma faveur. J’entre.

Les gonds ne grincent pas, le bois ne racle pas, ma place au paradis va me coûter très cher si la veine me poursuit. Je pénètre la bâtisse dans un silence de mosquée en grève, à la lueur de vasques halogènes laissées en veilleuse pour le visiteur tardif venu prendre la part du pauvre. Il va forcément se passer quelque chose d’anormal à un moment donné, on ne remplit pas aussi simplement une grille de Loto gagnante. Tant pis, de toute façon, je ne suis même pas armé, je ne sais même pas ce que je vais faire ici, et j’ai la rage, ce qui n’est pas le meilleur état pour écrire un plan de bataille. Face à moi, un escalier, à ma gauche, une porte à double battant, à ma droite, la même, plus petite. Autour de moi, un vaste hall au sol duquel quelques champions du marbre ont enkysté des fleurs de pierre dans du Carrare de qualité supérieure, comme au palais des Borgia à Florence. Et puis, quelque part dans l’air, les tonalités aiguës d’une télévision en sourdine. Alors que je m’approche de la grande porte, la petite s’ouvre dans mon dos, une démarche empressée s’immobilise et plusieurs objets fragiles se brisent en tombant. Je me retourne.

« Mon Dieu ! Qu’est-ce que vous faites là, vous ? Où est Gérald ? »

J’avais bien dit que je ne ferais pas un carton plein, ce soir. Elle ne porte toujours rien de notable à part une sorte de robe de chambre beigeasse qui me rappelle l’heure tardive. Sa voix aggravée par une consommation quotidienne de cigarettes blondes vient de se briser. Sonia. La grande fille blonde du chapitre 12. Ses mains s’agrippent encore au plateau qu’elle vient de laisser choir, sur lequel reposait sans doute une collation pour deux. Ses yeux sont immenses. Son menton se craquelle en petites bosses tremblotantes, une larme roule sur sa joue. Rien à voir avec notre ultime rencontre. Le château a maintenant avalé les derniers bruits de la vaisselle éclatée. Immobiles, elle et moi semblons attendre qu’un hôte se réveille. Puis, rassurés, nous revenons à l’actualité.

« Y a-t-il un endroit où nous pouvons discuter ? Laissez ça, ce n’est pas le moment. »

Mon ton est courtois, comme l’est celui d’un homme qui n’a pas d’arme pour imposer la marche à suivre à une femme potentiellement dangereuse. D’ailleurs, elle ne m’écoute pas ; accroupie, elle ramasse la faïence et le verre éparpillés, quelques blancs de poulet se mêlant à des pousses d’épinards, la moitié d’une bouteille de merlot dont le culot manque, deux fourchettes et deux couteaux, deux serviettes blanches dont l’une s’est imbibée de vin et qu’elle utilise pour essuyer le sol. La tête baissée sur sa tâche, ses cheveux me cachent son visage, mais je sais qu’elle pleure. Ses genoux sont bronzés, un pan du peignoir glisse le long de sa cuisse, mais il n’est pas assez rapide, elle se relève, me tourne le dos, emporte le plateau et disparaît par la porte qu’elle vient d’ouvrir.

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