Le Tribunal du Peuple

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Un jeune randonneur sauvagement assassiné en montagne... Un vieillard victime d’un meurtre dans sa maison de retraite... Deux personnes en apparence sans histoires ni aucun lien présumé. C’est beaucoup plus qu’il n’en faut pour semer la panique dans ce coin d’Ariège au quotidien d’ordinaire si paisible.

Erwan, seul pigiste disponible à la Rédaction de La Feuille du Sud, le journal local, se retrouve propulsé sur sa première scène de crime. L’occasion pour lui de faire ses preuves !

Débute alors sa tumultueuse collaboration avec Élisabeth Melvin, la commissaire chargée de l’enquête. Peu à peu, grâce à un talent d’investigation certain et une intuition quasi policière, Erwan va patiemment s’attacher à dénouer les fils d’une intrigue complexe où les meurtres se succèdent au grand dam d’habitants qui s’entêtent à refuser de livrer un douloureux secret de village...

Ce roman met à jour un terrible drame refoulé par les habitants de Pamiers durant les heures les plus sombres de la Seconde Guerre Mondiale. Le Tribunal du Peuple est le roman du souvenir et de la vengeance. Un thriller à couper le souffle !


Publié le : mercredi 22 avril 2015
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EAN13 : 9782366521139
Nombre de pages : 260
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Table des Matières

Crédits

Page de Titre

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

Épilogue

Note de l’auteur

Editions TDO

 

 

 

Editions TDO

ISBN 9782366521139

www.tdo-editions.fr

 

LE TRIBUNALDU PEUPLE
Rémy Marrot

I

Pamiers, août 1944

Certains me crachent dessus, d’autres m’injurient, rient, se pressent pour voir, d’autres restent silencieux, le visage grave. La foule s’écarte, je me traîne au milieu. En haillons, recouvert d’ecchymoses, de sang séché, de croûtes, de plaies vives, je suis l’attraction, le centre d’intérêt, le coupable fantasmé de longue date. Le chemin qui monte jusqu’à mon exécution est pavé d’intentions de rendre justice. J’aperçois des enfants hissés sur le dos de leurs pères, ils me regardent sans comprendre, des personnes âgées se signent à mon passage, des femmes amaigries me jettent du gravier. Je trébuche, la foule s’exclame, vocifère. Des ombres me tirent les cheveux, je reçois un coup de bâton, je ne dois mon salut provisoire qu’à l’intervention de mes gardes qui font reculer les badauds. Je me relève, les bras entravés, des applaudissements épars se multiplient, moqueurs. Je courbe la tête, je me remets à marcher, il me tarde d’en finir, de quitter cette cohue informe, de trépasser dans une certaine quiétude. Une pierre m’atteint à la tête, je vacille, mes genoux s’affaissent, une deuxième atteint ma pomme d’Adam, je ne peux plus déglutir, respirer. Je m’effondre.

Les gardes forment un cordon autour de moi, hurlent à la foule de se calmer, qu’il est nécessaire de procéder avec une certaine discipline. Ils me soutiennent par les bras, me protègent à leur corps défendant jusqu’à ce que je sois capable de me tenir droit.

Une grande bâtisse semble être le point d’arrivée de mon calvaire, j’ai hâte de m’y réfugier. Sentant que je lui échappe, la foule se presse, s’entasse. Des gens ont l’air d’étouffer contre les murs dont le ciment s’érode pour laisser apparaître des pierres et des galets encastrés. Je regarde un monsieur d’un certain âge qui gratte le ciment avec frénésie, sûrement souhaite-t-il arracher une de ces pierres pour me la lancer…

Je me trouve devant une grande porte, les gardes se retournent vers la foule, les bras levés, paumes ouvertes et lui font signe.

— Mesdames et messieurs, merci de votre présence, lance lun des hommes qui parait être le chef naturel, nous vous prions maintenant de respecter le travail de la justice et ne pas y faire obstacle. Merci de votre compréhension. Justice sera faite.

Les gens, après avoir compris que je vais leur échapper sous peu, redoublent de cris, certains savancent rageurs dans ma direction, dautres parlementent avec mes gardes, leur demandent lautorisation de mexécuter sur place ou de me rouer de coups. Devant limpassibilité du garde principal, la foule redevient menaçante, savance de plus en plus, obligeant mes surveillants à me faire passer la porte quils referment derrière eux.

Jentends lexplosion de vocifération de la foule en furie qui suit cette fuite. Un des gardes sapproche, me tend un chiffon et me dit :

— Tu nous en dois une belle, éponge-toi, cela va être plus calme maintenant.

 

***

 

Le vrombissement de la cafetière rappela à Erwan qu’un bon détartrage ne serait pas de trop. Le jeune homme se leva du canapé et posa le magazine hebdomadaire qu’il avait entrepris de feuilleter le temps que coule le précieux liquide. Il bougea son cou dans un sens puis dans l’autre, jusqu’à obtenir un craquement salutaire, puis soupira d’un mieux-être. Il ouvrit la boîte à sucre, hésita entre un entier ou un demi. Il opta pour l’entier, comme à peu près tous les matins, puis alluma la télévision. Il avala son café devant les informations retransmises en clair sur la chaîne cryptée. Après quoi, il débarrassa la table basse devant le canapé, et se rendit à la salle de bains où il frotta ses courts cheveux brun foncé pour vérifier qu’ils avaient bien supporté la nuit et qu’ils ne partaient pas dans tous les sens. Il se brossa les dents en effectuant en même temps une multitude de tâches insignifiantes ; contrôler le niveau de la poubelle, vérifier le niveau de batterie de son portable… Puis il s’habilla dans sa chambre avec les vêtements de la veille. Il ouvrit sa sacoche en bandoulière et en sortit une pochette cartonnée où était inscrit « Documents prison château Foix ». Il inspecta les feuilles couvertes, pour la plupart, de notes manuscrites et relut les dernières.

« En 1845, la commission de surveillance de la prison de Foix fait état d’endommagement de la toiture dans la cour carrée et de problèmes résultant d’intempéries (humidité, froid, moisissures). Il est constaté,  d’une part que les cloisons de la chambre des femmes sont percées, qu’un volet cassé importune les détenus en venant frapper contre le mur, et que d’autre part les latrines manquent toujours de bouchons et font montre d’une grande insalubrité. Le ministre de l’Intérieur, en 1851, rapporte la vétusté et l’état de pourrissement de la prison de Foix et conseille de ne pas utiliser le lait de chaux, responsable selon lui de la vétusté des canalisations. »

« Bon, continuer dans cette voie, obtenir un maximum de matières premières afin de dresser un bilan de cette prison. J’aviserai plus tard pour la synthèse » pensa Erwan.

Il travaillait sur ce sujet à la demande du conseil général de l’Ariège qui désirait proposer une exposition sur la vitrine de la cité comtale que constituait le château de Foix. Château qui fut transformé, durant une partie du XIXe siècle, en prison. Erwan avait obtenu cet emploi qui lui convenait, car il s’adaptait parfaitement à son mi-temps de journaliste indépendant. En effet, depuis quelque temps, il collaborait avec le principal journal de la région, La Feuille du Sud. Il officiait la plupart du temps pour le compte de l’antenne ariégeoise et occasionnellement obtenait une parution dans celle de la Haute-Garonne voisine. Ses travaux étaient attendus au mois de mai pour être finalisés en juin avant le rush que constituait la saison estivale marquée cette année par le passage du Tour de France à Foix.

Erwan jeta un coup d’œil à sa pendule qui indiquait huit heures trente-cinq, il disposait d’un peu de temps avant de se rendre aux Archives départementales. Il alluma son ordinateur, consulta sa boîte mail et parcourut très rapidement des mails d’offres groupées, puis se connecta à un site sportif où il lut les dernières brèves.

Après quoi, il éteignit son ordinateur portable et ne put s’empêcher de râler contre l’interdiction qui lui était faite d’apporter celui-ci aux Archives. Il s’avança vers la baie vitrée de son appartement du troisième étage et contempla les toits de la cité fuxéenne. Le soleil avait du mal à percer en cette matinée d’automne sur les tuiles grisâtres et encore imprégnées de l’averse de la nuit. Des herbes éparses poussaient çà et là sur les toits. Un chat avançait lentement sur une balustrade en bois à proximité du linge étendu sur une gaine de couleur bleue. Au sol, les passants, âgés pour la plupart, revenaient de la boulangerie la baguette sous le bras ou dans un panier en osier, d’autres attendaient l’ouverture de la pharmacie. Ils s’agitèrent un peu quand le rideau métallique s’ouvrit. Erwan regarda à nouveau la pendule qui affichait neuf heures moins trois.

Ne pas être à l’heure à mes rendez-vous, résuma fataliste Erwan tout en sachant que personne ne l’attendait.

Il descendit l’escalier en bois, mais ralentit à la vue de monsieur Monteul qui partait remplir sa matinée de courses hippiques et de galopins. Il était du genre bavard, et avait une conception anthropophage de la discussion. Erwan détestait ça.

Il le laissa s’éloigner et rejoignit sa voiture stationnée plus loin en centre-ville. Il se mit en route vers les hauteurs de la cité et en moins de trois minutes, arriva sur le campus du centre universitaire de Toulouse II Le Mirail qui avait détaché une antenne spécialisée dans la géographie en milieu montagnard. Une centaine d’étudiants venait ainsi s’instruire sur les politiques territoriales, les différentes formes de tourisme et la gestion environnementale. Erwan en observait certains, emmitouflés dans leurs anoraks, bonnets et écharpes recouvrant leur visage. Il repensa à l’un de ses reportages consacré à ces étudiants. Il avait intitulé son article : « les Invisibles ».

Sa démarche consistait à faire connaître aux lecteurs le processus d’intégration des étudiants dans la vie locale. Après avoir interviewé plusieurs jeunes sur le campus, il s’était rendu compte que ces derniers étaient très peu enclins à s’intégrer. Ils arrivaient le dimanche soir ou le lundi matin en train ou en covoiturage, effectuaient leurs courses dans un supermarché discount situé en périphérie de la ville, travaillaient tous les soirs, buvaient de temps en temps un verre entre eux dans une chambre de la cité U, puis repartaient le vendredi soir de la même façon qu’ils étaient venus. Au moment des partiels, ils s’enfermaient pour réviser et rentraient au domicile parental durant les vacances scolaires. Les rares sorties se faisaient, en hiver, à la montagne pour skier ou rider du côté d’Ax-les-Thermes et au printemps pour randonner dans le Vicdessos ou le Couserans.

Peu d’étudiants pratiquaient des activités intra-muros ou s’investissaient dans la vie associative locale.

Le journaliste qu’il se devait d’être avait été assez embarrassé au moment d’écrire son reportage. L’argent du contribuable, dépensé au nom de la décentralisation, n’avait que peu de retombées sur le territoire.

Erwan se dirigea vers le bâtiment des Archives, récemment rénové. L’entrée ressemblait à une vague pyramide en bois, copie rustique de la version Louvre, qui donnait l’impression à Erwan d’entrer dans un chalet hivernal où tous les acteurs se serreraient autour d’un feu salvateur.

Il emprunta la passerelle qui permettait d’accéder aux Archives et pénétra dans la salle de consultation. Instantanément, les regards se dirigèrent dans sa direction, il opina du chef en guise de salutations et déposa son manteau gris sur le portemanteau de l’entrée, puis ouvrit sa sacoche d’où il sortit bloc-notes et documents. La sacoche, il la laissa dans la consigne prévue à cet effet, pour des raisons de sécurité – le vol autrement dit. Il sourit à l’idée de se transformer un jour en Georges Clooney version « Océan » dérobant une lettre secrète au prix mirobolant.

« Ce ne serait pas très difficile », pensa-t-il en se dirigeant vers un des angles de la salle pour y consulter la série Y qui contenait les documents relatifs à l’administration pénitentiaire. Quand il eut trouvé ce qu’il cherchait, il alla s’asseoir près d’une des fenêtres et consulta un répertoire de la taille d’un petit écran plat. Il compulsa les différentes côtes, et au bout de dix minutes d’un feuilletage qui lui valut des regards légèrement exaspérés de sa voisine, il se décida à demander au préposé aux prêts une série de lettres émises par une commission de surveillance de la prison de Foix, datant de 1834. Il s’appuya au comptoir et observa la démarche dégingandée du géant noir à la barbe grisonnante qui allait chercher les documents demandés. Il sourit en repensant aux premières fois. Il était incapable de reproduire le ficelage qui enrobait les lettres et manuscrits. Il s’était excusé et avait écouté consciencieusement les conseils du préposé. Au fil des jours et de ses tentatives infructueuses, Erwan déposait rapidement le paquet mal ficelé et en redemandait un autre en évitant soigneusement le regard de l’employé. Depuis, le journaliste s’était rendu compte que le géant noir mettait quelques minutes de plus pour aller chercher ce qu’il demandait.

Revenu à sa table, il ouvrit une lettre de la commission de surveillance de la prison de Foix. Il s’y perdit plusieurs minutes, la relut plusieurs fois, fasciné par cette sensation toujours nouvelle de revivre un pan d’une microhistoire. Il s’enivrait de plus en plus à l’instar d’enfants qui découvraient un carton jauni et poussiéreux rempli de livres, de bandes dessinées et autres fanzines… Il regrettait presque que sa formation universitaire initiale ne l’ait pas conduit plus tôt à ce genre de découverte.

Il se mit à prendre des notes et, durant quatre-vingts minutes, ne put détacher ses yeux de sa lecture.

Puis ce fut l’heure !

Le son d’un klaxon retentit durant cinq à six secondes. Alors, les stylos se posèrent, et les chaises grincèrent. Quatre personnes sur la dizaine maintenant présente, se levèrent, revêtirent leur manteau et rejoignirent l’estafette de la boulangerie stationnée devant les Archives. Quelques fonctionnaires s’autorisèrent également une pause. Erwan commanda une chocolatine et sélectionna un expresso sucré à la machine à café. Une fois la viennoiserie avalée, il alluma sa première cigarette de la journée, inhala une bouffée qu’il extirpa, la regardant se disperser dans l’air. Il engagea alors la conversation avec deux autres usagers des Archives, juste le temps qu’il fallait pour terminer sa clope, puis le petit groupe se dispersa ; Erwan regarda l’heure sur son portable – mode silencieux oblige – et rejoignit la salle.

 

II

Adam Garrabeau arrivait en vue des étangs de Fontargente après deux heures de montée sur un des versants de la vallée de l’Aston. Il se trouvait à moins de deux kilomètres du port dInclès, situé à 2262 mètres, frontière naturelle entre la France et l’Andorre.

Le jeune homme s’arrêta pour bivouaquer à proximité d’un pluviomètre rouillé, étrange sculpture de fer qui trônait fièrement au milieu de la nature ariégeoise. Il commença son déjeuner fait de jambon du Couserans, d’un pâté ariégeois, d’une saucisse de Toulouse tranchée en morceaux, d’une compote en tube et d’un quart de melon marocain, un des derniers de la saison. Il avala un peu de vin saumurois. Il n’aimait guère le vin local qu’il trouvait rustique, même s’il louait l’ardeur de passionnés à faire revivre ce qui constituait l’un des produits les plus cultivés du territoire depuis le Moyen Âge. La maladie du phylloxéra en avait décidé autrement à la fin du XIXe siècle.

Il appréciait randonner en Ariège, loin du tumulte de la vie d’un banlieusard toulousain. Il pouvait observer les Mérens, ces chevaux noirs et trapus typiques de la vallée, et parfaitement acclimatés. Parfois, avec un peu de chance, il croisait des marmottes à l’affût jamais loin de leur terrier. Il avait pris l’habitude de scruter les cours d’eau dans l’espoir d’apercevoir un desman, un animal à longue queue, sorte de musaraigne aquatique.

«Comme le Marsupilami ? » lui avait demandé un jour Bastien son fils de 6 ans.

 

Un grondement dans le lointain le tira de sa langueur digestive. Il est vrai que la saison des randonnées touchait à sa fin, mais il avait considéré que le temps plutôt clément lui permettait d’envisager une dernière balade. D’instinct, il rangea ses affaires dans son sac à dos, emplit un sac plastique de ses détritus et reprit son chemin sur le sentier.

« Soixante-quinze minutes de descente avant de retrouver le parking » commenta-t-il à voix haute.

Le jeune père de famille marchait, l’esprit légèrement grisé par le vin. Parfois, au passage, il ajoutait une pierre à certains cairns{1} étêtés par le vent.

Puis, soudain, saisi d’une intuition étrange, Adam Garrabeau se retourna, il avait la désagréable sensation d’être observé, comme épié. Il scruta les alentours, sortit ses jumelles, mais ne vit rien d’autre que des pierres, des arbustes et le vieil arbre carbonisé par la foudre qui jouxtait le chemin cinq cents mètres plus haut.

«Ton imagination, la fatigue, le vin, la peur de l’orage… » égrena-t-il pour se rassurer.

Il pressa l’allure, sans prendre désormais la peine de rajouter une pierre sur les cairns étêtés. Au détour d’un virage, il aperçut en contre-bas une zone aplanie grisée où était stationnée sa voiture. Soudain, sa cheville vrilla sur une pierre qui dégringola la pente raide sur sa droite, il se retrouva au sol et ne put s’empêcher d’émettre un cri de douleur qu’il prolongea pour évacuer son stress. En écho, un nouveau grondement vit vibrer la nature, les nuages, de plus en plus menaçants, s’amoncelaient. Adam se massa la cheville, soulagé de constater qu’elle n’était pas foulée ; il était en train de la remuer en tous sens pour faire affluer le sang lorsqu’il entendit un léger bruit provenant de derrière lui. Il se retourna, le bruit s’amplifiait, mais restait à peine audible. Une pierre semblable à une boule de pétanque roula et s’arrêta sur le chemin du dessus. Adam Garrabeau coupa sa respiration, aux aguets. Il espérait pouvoir attribuer la chute de la pierre à la fuite d’un animal. Cependant, il lui semblait entendre le son d’un pas qui se repose délicatement sur des morceaux de bois. Il se leva rapidement, remit son sac sur le dos et reprit sa marche en accélérant.

Il dévalait maintenant le sentier sans faire attention aux risques de chute, et transpirait abondamment malgré l’air qui se rafraîchissait. Il maintint ce rythme plusieurs minutes, puis ralentit et se contenta alors d’une marche dynamique. Sa petite voix intérieure lui distillait des pensées rassurantes.

«Ce n’était qu’une pierre, tu sais très bien que ça arrive, tu n’as pas à t’affoler, reprends-toi sinon tu risques de dégringoler sur le gispet{2}. »

Il arriva à la fin de la descente qui rejoignait la coume de Varilhes, sorte de prairie détrempée qui pouvait en cas de fortes pluies prendre l’apparence d’une tourbière. Adam sourit, se baissa pour tâter l’herbe humide et expira de soulagement.

«Tu n’es qu’un adolescent qui a joué à se faire peur », se dit-il en regardant le sentier qu’il avait emprunté.

Alors qu’Adam Garrabeau effectuait les derniers mètres de sa randonnée en sifflotant, les sens en repos, il ne perçut pas l’ombre qui s’était approchée dangereusement...

 

*

 

À onze heures cinquante-cinq, Erwan s’étira sur le perron des locaux, fit craquer à nouveau sa nuque et marcha en direction de sa voiture. Une fois installé au volant, il tourna le contact pour que la radio s’allume, il attendait midi pour le flash de France Info. Il fuma une autre cigarette et monta le volume lorsque la musique du jingle retentit. Il écouta les titres, puis se mit en route vers la montagne au-dessus de Foix nommée le Prat d’Albis. Trois minutes plus tard, il atteignait le hameau de Reins et s’engageait à gauche sur un chemin de terre où il gara son véhicule. Il ouvrit la porte d’entrée de la « Coloquerie », l’antre d’une bande d’amis décalés et sympathiques. Les locataires vivaient à cinq dans cette grande bâtisse, mais bien souvent une dizaine de personnes était présente. Une joyeuse hétérogénéité régnait en maître dans cette maison.

Erwan alla dans le salon où Tistou et Julien, deux trentenaires, étaient aux prises dans une partie d’échecs. « Apéro » ? lui demandèrent-ils simultanément. Il accepta un vin rouge des Corbières.

— Quand est-ce que tu nous invites dans ta famille ? demanda Tistou sans quitter le plateau des yeux.

Erwan garda le silence.

— Erwan ! reprit Tistou.

— La prochaine fois que j’irai, répondit-il sobrement.

— Oui, on dit ça…

Quelques minutes plus tard, Julien mit mat.

— Il faut fêter cette écrasante déculottée, déclara-t-il en extirpant une feuille à rouler d’un paquet qui traînait sur la table. Il roula une cigarette en quelques secondes, et une conversation s’engagea.

Un quart d’heure plus tard, assis devant une assiette de coquillettes, agrémentées de ketchup et de fromage râpé, les trois amis mangeaient devant les informations de France 3. Un reportage relatait la colère des éleveurs face à de nouvelles introductions d’ours dans les Pyrénées.

Ils devraient laisser l’ours en paix, lança Tistou.

Non, tu ne comprends pas, nous en avons déjà parlé, je suis d’accord sur le fait que l’ours peut, à court terme, attirer des touristes, mais dans une perspective plus lointaine, les éleveurs seront découragés par leurs attaques sur les troupeaux. Et sans brebis ni vaches, la montagne ne sera plus entretenue donc, invasion de ronces, multiplication des incendies, paysages dévastés, touristes déçus, mauvaise publicité, donc moins de visiteurs l’année d’après donc… Julien avait prononcé ces mots avec une rapidité surjouée.

Arrête Julien, je la connais ta chanson écotouristique. Mais tu fais quoi de l’environnement et du respect des espèces menacées ? L’ours a autant le droit d’être sur cette terre que les éleveurs que tu défends. D’ailleurs, ils n’ont qu’à surveiller leurs bêtes. Comment on faisait avant ?

Tu sais très bien que ce n’est pas la question…

Les attaques dont tu parles sont le plus souvent dues à des chiens errants et les indemnisations sont conséquentes.

Ce n’est pas qu’une question d’argent, le temps consacré à élever les animaux et constituer un cheptel, il est indemnisé lui peut-être ?

Nous sommes sûrement moins tolérants que les Canadiens et les Slovènes, qui eux, s’en accommodent bien.

Ce n’est pas la même problématique et tu le sais parfaitement. Ils n’ont pas d’activités d’élevage que je sache, et tolèrent l’ours en tant que vitrine touristique…

La discussion semblait être montée d’un ton. Alors Tistou cru bon d’entamer une ode à son Ariège chérie :

L’Ariège est une terre où l’homme a dû lutter pour vivre et conquérir la moindre petite parcelle à cultiver. Nous n’allons pas réduire cet héritage en poussière, tout ça pour des considérations de bobos parisiens qui descendent chez nous une fois tous les deux ans.

C’est ridicule, des solutions existent, des patous{3} peuvent très bien garder le bétail, des coopératives peuvent salarier un employé pour surveiller les troupeaux dans les estives, poursuivit Julien sur sa lancée...

T’en penses quoi toi, Erwan ? demanda tout d’un coup Tistou.

À vrai dire, je ne sais pas trop, j’ai suivi la question, interrogé pas mal de pro et d’anti-Ours, et je dois avouer que les arguments de part et d’autre sont valables.

Et toi, tu as bien une idée sur la question ?

Honnêtement, non ! En France, tout est manichéen. Le moindre fait d’actualité déclenche un débat passionné où se crispent immédiatement des considérations politiques, économiques et sociales. Si la droite dit oui, la gauche dit non, si la gauche dit oui, la droite dit non. Si par hasard les deux partis disent oui, les Français disent non comme l’a montré le référendum sur le Traité constitutionnel européen de 2005. C’est complexe…

Merci de te mouiller en tout cas, soupira Julien.

Le téléphone d’Erwan vibra d’une sonnerie salvatrice. C’était son rédacteur en chef. « Ouf, sauvé »

Oui ?

Erwan, tu peux passer à la rédaction, c’est du brûlant.

J’arrive, je suis à côté. Qu’est-ce qui se passe ?

Je t’en dirai plus quand tu seras là !

Très bien, à de suite !

Erwan se tourna vers ses deux amis, déjà en train de régler leur différend sur une nouvelle partie d’échec.

Je vous laisse messieurs, merci pour le repas…

Avec plaisir, tu passes quand tu veux, répondit Tistou.

La même chose, continua Julien.

Erwan, son sac en similicuir en bandoulière sur l’épaule, ferma la porte en entendant les déplacements des premières pièces sur l’échiquier.

 

*

 

L’apprenti journaliste gara son véhicule sur le champ de Mars à proximité de la nouvelle piscine municipale flambant neuve. Le local de la rédaction de La Feuille du Sud était modeste, mais fonctionnel. L’équipe était composée d’une petite dizaine de personnes, journalistes et secrétaires pour l’essentiel des troupes. La majorité des brèves venait de collaborateurs locaux payés à la pige ou de bénévoles d’associations. Erwan salua deux collègues d’un signe de la main et frappa à la porte du rédac’ chef. La discussion s’engagea directement.

Alors ce dossier brûlant ? demanda Erwan en observant le bureau où chaque papier avait sa place dans des dossiers étiquetés.

Assieds-toi, je te fais un résumé, annonça Patrick, un homme d’une cinquantaine d’années, au teint blafard et aux traits tirés. Une certaine madame Voulza nous a téléphoné pour nous prévenir d’un tohu-bohu dans le village d’Aston en Haute Ariège. Elle voulait que nous lui donnions des informations, mais je la soupçonne de prendre du plaisir à jouer les indicateurs innocents. Depuis ce matin, des estafettes de la gendarmerie font le va-et-vient entre Les Cabannes – où est basée la plus proche caserne –, et une piste forestière à la sortie du village d’Aston. Elle nous a précisé que des témoins avaient vu les gendarmes poser des barrières tout autour…

Ils quadrillent la zone, un corps a été retrouvé, je présume ? devina Erwan.

— Je le pense, même si elle ne l’a pas évoqué directement. Une enquête sur le terrain est nécessaire…

— Tu me confies rarement des missions d’urgence, pourquoi déroges-tu à ton habitude ? le coupa Erwan.

— Tu aimes la montagne Erwan, j’ai pensé…

— Je la pratique de moins en moins, tandis que Joël…

— Il ne reste pratiquement que toi, admit Patrick agacé. Joël colle la députée en visite dans une exploitation fermière biologique, Hasna suit des découvertes archéologiques dans la grotte du Mas-d’Azil, Isabelle est en maladie et…

— Très bien, ne te braque pas, je voulais uniquement savoir… tempéra Erwan.

Un silence gêné s’installa entre les deux hommes.

— Donc, direction Aston ! reprit-il.

— Oui, essaie d’obtenir des informations de première main…

— Je connais le travail. Rien de plus ?

— Rien de plus, tu peux y aller.

— Je te tiens au courant.

Erwan allait fermer la porte quand la voix du rédacteur en chef se fit entendre :

— Merci d’être venu si vite Erwan…

— Avec plaisir ! répondit-il sans animosité et sans se retourner.

Au volant de sa voiture, Erwan essayait de décrypter Patrick, son redac’chef. Un brave type, le Patrick, même s’il ne savait toujours pas adopter un comportement mesuré entre amitié et autorité. Il se voulait paternaliste et réagissait en petit tyran, il s’en apercevait et s’excusait par des encouragements maladroits. Il n’était pas fortement apprécié par les membres de la rédaction. Il avait obtenu cette promotion à la retraite de son prédécesseur, alors qu’il était un simple journaliste au milieu de ses collègues. Il avait accepté le poste et n’avait jamais réussi à faire la part entre son passé et les obligations que soulevait sa nouvelle fonction.

Erwan sortit de la 2x2 voies pour s’engager dans Tarascon, une ville qui se remettait douloureusement du cataclysme qu’avait constitué la fermeture de l’entreprise d’aluminium Péchiney, basée à Auzat, un peu plus haut dans les montagnes, avec à la clé des centaines d’emplois perdus, des maisons vides à ne plus quoi savoir en faire, l’exode des jeunes vers la Haute-Garonne… La municipalité avait néanmoins réussi à limiter la sinistrose ambiante grâce notamment aux forts liens sociaux d’une population dont un tiers était d’origine étrangère – ibérique et maghrébine en majorité –, et qui restait motivée à l’idée de faire vivre la petite patrie. Les associations sportives et culturelles, ouvrières et pastorales permettaient de maintenir la ville dans l’illusion de sa gloire passée. Tarascon était résolument tournée vers la Haute Ariège et l’Andorre et s’arcboutait sur les activités de tourisme et son tissu de PME.

Erwan passa Ussat-les-Bains. Il eut la sensation de traverser une ville fantôme. Puis dix minutes plus tard, il s’engageait à droite en direction du village d’Aston tout en repensant au mot spoulgas qu’il avait vu sur un panneau auparavant. Il était indiqué avec le signe d’une curiosité à voir, mais Erwan ne savait absolument pas ce qu’il signifiait.

— Il faudra que je cherche sur Internet, pensa-t-il en ralentissant à l’approche d’une dizaine de personnes réunies devant une maison. Il suivit le chemin communal pendant de longues minutes, puis rejoignit une piste forestière chaotique. Il commençait à se demander s’il n’avait pas fait fausse route, bien que ce soit la seule piste et qu’elle soit balisée par des petits panneaux destinés aux randonneurs. Au bout de quinze minutes, alors qu’il s’inquiétait sérieusement pour sa voiture, il entrevit un camion de la gendarmerie, puis un peu plus loin, trois autres véhicules militaires. Madame Voulza avait raison, un dispositif de balisage de scène de crime, comme on en voit si souvent dans les séries policières, était en place.

Erwan s’arrêta assez loin, ne prit pas son appareil photo pour ne pas brusquer les investigateurs et mit autour de son cou la cordelette qui tenait sa carte de presse. Alors qu’il s’avançait, deux gendarmes vinrent à sa rencontre.

— Bonjour messieurs, je suis journaliste, les devança-t-il en montrant sa carte de presse : La Feuille du Sud.

— Non, étonnant ! Vous auriez pu vous abstenir de le préciser ! répondit goguenard l’un des gendarmes.

— Il y a aussi d’autres organes de presse, La Gazette, le Journal ariégeois, répondit Erwan, un peu vexé.

— Et ? renchérit le gendarme, un petit air sarcastique au coin des lèvres.

— Je ne suis pas ici pour parler du pluralisme de la presse régionale, rétorqua Erwan que ces deux gendarmes commençaient à agacer. Pourrais-je savoir ce qui se passe ici ?

Les deux militaires se regardèrent, hésitant à prendre une initiative, puis l’un d’eux se retourna.

— Je vais en référer au chef, c’est lui qui décidera de vous communiquer les informations… ou pas.

Erwan suivit du regard le gendarme qui évitait soigneusement les nids-de-poule gorgés d’eau. Un chemin de randonnée partait en direction d’une prairie, puis se perdait dans les barres rocheuses. Une silhouette tournait dans le ciel, assez imposante, peut-être un gypaète barbu ou un vautour fauve. Erwan n’avait jamais su distinguer les espèces animales ou végétales, mais il en appréciait la beauté ou l’originalité.

Le gendarme revint avec un homme qui se présenta comme le lieutenant de la brigade des Cabannes. Ce dernier donna l’ordre aux deux militaires de les laisser seuls.

— Vous désirez savoir...? demanda le gradé d’une quarantaine d’années qui portait ses courts cheveux blancs hérissés à la façon des généraux des films de guerre.

— On nous a signalé une agitation de vos services et effectivement je suis étonné de trouver ici un tel déploiement d’hommes ! Que pouvez-vous me dire ?

— Très bien, vous êtes dans votre rôle. Néanmoins, je vous demanderai de ne pas dévoiler certains éléments que je vous indiquerai…

— Auquel cas ?

— Auquel cas, je ne vous dévoilerai rien de plus que vous n’apprendrez déjà par la radio ou un autre média…

— Je respecterai le off… Alors, c’est une scène de crime ? demanda Erwan, légèrement agacé par cette pratique courante qui consistait à négocier avant toute interview officielle. Ces collègues ne s’en formalisaient pas, il était essentiel, selon eux, de se constituer un réseau efficace et varié même aux dépens d’une parenthèse dans le dévoilement de la vérité.

— Oui, un homme d’une trentaine d’années, Adam Garrabeau d’après ses papiers, il réside en banlieue toulousaine à Cugnaux et il travaille pour Airbus. Nous essayons de contacter la famille… Marié, un enfant en bas âge.

— Que s’est-il passé ?

— Plusieurs coups ont été portés à la tête, le meurtrier s’est acharné… Ça c’est du off, précisa le lieutenant.

— Vous voudriez que j’écrive quoi ? Un homme retrouvé mort dans la vallée d’Aston, la gendarmerie procède à une enquête pour déterminer les causes du décès ? objecta Erwan tout en prenant des notes.

— Quelque chose comme cela, oui !

— Vous vous rendez compte de ce que vous me demandez, c’est une entrave à la liberté de la presse !

— Je suis parfaitement conscient de ce que je vous demande, néanmoins, nous voudrions éviter que ne s’installe une psychose dans la vallée…

— Une psychose ! Qu’est-ce qui vous fait croire à ça ?

— Toujours en off, prévient l’officier, nous n’avons pas encore commencé l’enquête à proprement parler, mais nous ne pouvons pas exclure la thèse d’un déséquilibré, d’après les premières constatations. Le meurtre crapuleux est difficilement envisageable, le portefeuille de la victime a été retrouvé sur elle avec une centaine d’euros à l’intérieur, son sac de randonnée n’a pas été fouillé et son véhicule, que nous analysons en ce moment, est toujours sur le parking devant nous.

— Peut-être un contentieux d’ordre privé ?

— Nous allons avancer dans cette direction… Dans tous les cas, Garrabeau n’avait pas de casier et n’était pas connu des services de police.

— Un acte de démence ?

— Peut-être, nous allons devoir interroger la population, vérifier si des gens ont aperçu des personnes suspectes… La saison de randonnée s’achève et le nombre de véhicules sur cette piste forestière est bien plus faible qu’en été où, certains jours, une centaine de personnes vient se promener.

— La rumeur va enfler, les gens du village comprendront que vous recherchez un assassin.

— Raison de plus pour tenter de la circonscrire dans un premier temps, disons deux jours, trois tout au plus, le temps que nous terminions les investigations sur le terrain. Après, vous serez autorisé à divulguer ce que je viens de vous communiquer.

— Trop aimable.

— Vous désirez voir la scène du crime ?

— Non ! répondit Erwan de façon prompte. Cela ne me sera d’aucune utilité pour mon article.

— Un journaliste qui n’est pas attiré par le sang, vous êtes un oiseau rare, déclara le gendarme d’une voix grave, sans moquerie.

— Si ce n’est pas indispensable !

— Très bien, je vous laisse prendre quelques photographies, mais pas de trace du cordon de sécurité. Par contre, vous pouvez, si vous le désirez, photographier le corps recouvert de la couverture.

— D’accord, je vais faire quelques plans de vos hommes, mais en évitant la victime. Le sensationnel ne m’intéresse pas. Je ne travaille pas pour Voici.

— Peut-être vos lecteurs…

— Non, je ne suis dans cette région que depuis peu de temps, mais je sais que la population est très sourcilleuse en matière de respect de la personne, qu’elle soit vivante ou pas.

— Très bien, je donne l’autorisation à mes hommes de vous laisser circuler dans le périmètre, hors du premier rayon inhérent à la scène de crime bien entendu. Je vous fais confiance… lui affirma-t-il tout en réitérant ses conditions.

— N’ayez crainte, le rassura le journaliste.

— Monsieur ?…

L’officier tendit la main qu’Erwan saisit pour le saluer.

— Erwan, et vous ?

— Lieutenant Amnuit, bonne journée, monsieur, prononça-t-il avec un sourire, avant de rejoindre ses hommes.

— Amnuit avec un m suivit d’un n s’interressa Erwan ?

— C’est cela, répondit le lieutenant qui lui avait déjà tourné le dos.

 

***

 

Je suis enfermé dans un petit cagibi sous un escalier, sans lumière. Jai juste eu le temps den percevoir les dimensions quand mes gardiens my ont amené. Je suis assis contre le mur, ma tête touche lenvers dune marche en bois. Jai les mains entravées, mes plaies se sont refermées, jentends une souris qui saffaire dans un coin, mais je nen ai jamais eu peur. Je me sens mieux, au calme, débarrassé de cette foule en colère. Un des gardiens ma donné de leau, il la versée directement, mais patiemment, dune carafe dans ma gorge asséchée. Un morceau de pain il a promis quil passerait me donner un morceau de pain.

Cette foule, ses cris me reviennent. La colère, certes, je la comprends, mais je n’étais pas le seul, loin de là. La foule était aussi présente à acclamer, à applaudir ou à acquiescer en silence. Elle était là à s’enrichir pour certains, à dénoncer pour d’autres. Certains se disaient contre, durant l’apéritif, mais obéissaient aussi aux ordres, d’autres prétendaient écouter la radio, mais se pressaient pour maudire les bombardements relayés par la télévision.

Je n’ai fait que mon travail,...

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