Le tutoiement des racines

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Le héros ne sait pas qu'il est mort...il pénètre dans une autre monde tout en gardant sa vieille logique terrestre et matérialiste. De cette confrontation va naitre une métamorphose de la réalité qui engendrera des situations inattendues entre deux mondes et entre deux vies...

Publié le : jeudi 16 juin 2011
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EAN13 : 9782748117745
Nombre de pages : 133
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Le tutoiement des racines
Charles Viannay
Le tutoiement des racines
ROMAN
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748117751 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748117743 (pour le livre imprimé)
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Un type vient me chercher dans le hall d’entrée. Il prononce mon nom avec une déférence feinte qui laisserait presque croire que nous nous sommes sur un pied d’égalité dans la transaction qui va se jouer. « Excusez moi, je vous précède jusqu’à mon bu reau ! », dit il en me montrant le chemin à travers un long couloir de portes closes. Le type marche vite, une habitude, une nécessité aussi pour asseoir son image d’homme actif et efficace qui contrôle la plus infime seconde de sa vie professionnelle. « C’est ici ! Nous sommes arrivés. Entrez, je vous prie. », il lance en ouvrant avec vigueur la porte de son bureau. « Asseyez vous », continuetil avant de jeter un regard furtif à sa montre. La dessus, il me dévisage quelques secondes selon une procédure vraisemblablement expérimentée sur des milliers de candidats avant moi. Puis, à brûle pourpoint, il me demande : « Vous voyez ce stylo ? Vous avez dix minutes pour me le vendre. » Il place le dit stylo devant mes yeux et il attend, les bras croisés, que je veuille bien rompre le silence. C’est un vulgaire bic que je suis sensé vendre, un bic de couleur bleu armée d’un capuchon en plas tique qui ressemble à une tête de missile. De toute
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évidence, cette pointe bic est la moins cher dispo nible sur le marché, peut être deux à trois francs en grande surface et bien cinq francs chez un détaillant âpre aux gains. Je me dis que je vais bredouiller très vite si je me lance tête baissée dans ce qu’il me demande. C’est proprement invendable, en tant que tel, un stylo à deux francs, tout comme une gomme ou des clous ou des trombones, j’imagine. Je regarde le type qui me jauge avec de plus en plus d’insistance, les yeux rétrécis au fond de ses paupières. Assurément, il cherche à me cataloguer au plus vite pour ne pas avoir à user ses neurones trop long temps.
Devant certaines situations un peu extrême le cœur porte parfois une voix d’ange qui parle à votre place. C’est elle qui m’a sauvé à cet instant précis. Une voix incroyable s’est mis à emplir ma bouche avec des pointes de véhémence indignée échappant à ma réserve habituelle. « Mais enfin Monsieur ! », je dis avec une cer taine emphase, « Mais enfin Monsieur ! », je ré pète pour souligner encore toute l’importance de ce que j’ai à lui développer, « Je ne suis pas un ven deur de pointes bic. Bien sûr, je pourrais vous dire qu’avec un tel stylo vous pourriez écrire, sans la plus petite défaillance, jusqu’à 10 kilomètres de texte si on mettait bout à bouts toutes les lignes que ce stylo peut produire. Notre service recherche et développe ment s’est amusé à compter le nombre de lignes, en moyenne, que ce stylo est capable d’écrire sur des ca hiers standards 21/29,7. 16 284 lignes exactement ! Cette exceptionnelle longévité, Monsieur, est due à la formule de l’encre dont nous gardons jalousement le secret de fabrication. Nous sommes à la pointe de
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la technique et nous y resterons puisque notre groupe investit, chaque année, un tiers de ses bénéfices dans la recherche au sein de ses nombreux laboratoires !Voilà un échantillon de ce que je pourrais dire à un éventuel acheteur. Mais en vérité, Monsieur, un vrai commercial n’userais pas autant sa salive pour une pointe bic déjà achetée à l’avance par la grande surface ou le buraliste du coin. Je m’explique. Le choix qui se présente à notre acheteur, c’est bic ou bic. Il n’y a pas d’autres équivalents sur le marché. L’acheteur que vous êtes signerait le bon de com mande sans opposer la moindre objection, presque harassé de me recevoir ! Et si d’aventure, je me lançais dans un argumentaire trop brillant, l’ache teur ne signerait pas le bon de commande, flairant un piège. Il pourrait facilement imaginer que je cherche à vendre un vieux stock périmé ou des imitations la mentables fabriquées dans un pays en voie de déve loppement dans l’irrespect total des normes élémen taires de qualité. Pour réussir à vendre efficacement des pointes bic, il faut être un preneur d’ordre peu loquace et bien habillé. Inspirer la confiance au pre mier coup d’œil, voilà tout, et parler seulement de quantité et de coloris. 1000 bleus, 2 000 rouges, 500 noirs» Le consultant, en m’écoutant, reste de marbre. Il se contente de prendre des notes et hoche la tête par intermittence. Brusquement, le tiroir de son bureau grince, et, par surprise, sans me laisser le temps de reprendre mes esprits, il découvre à mes yeux un magnifique stylo doré et rouge bordeaux. « Verriez vous une objection à me vendre ce stylo. Tenez, prenez le entre vos mains pour l’ob server de plus près ! » me demandetil en lâchant une ébauche de sourire qui semble dire : « Clas sique, votre réaction, classique ! Nous avons réponse à toutes les éventualités depuis le temps»
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Le stylo est lourd. C’est vraiment un beau stylo avec une plume en or. « Vous auriez une feuille ? Je voudrai l’essayer. » Il arrache une page blanche de son bloc et me la tend, le visage toujours aussi impassible. J’écris mon nom et la date du jour. Il écrit bien ce stylo, d’une écriture ample qui libère d’heureuses courbes féminines dont la régularité tranche avec les griffonnages heurtés et baveux que génèrent une pointe bic entre mes mains. Je souris avant de revenir à la réalité : vendre à ce consultant retors un stylo qui pourrait très bien appartenir à un roi du pétroleJe relève la tête, et là encore, l’ange de mon cœur prend la parole à ma placeMes mots avancent joyeusement comme un train dans un paysage d’été« Ce stylo n’est pas seulement un stylo, il est avant tout un fidèle témoin qui vous accompagne dans les grands moments de votre vieun livre d’or à signer, un contrat important, les registres des mai ries ou des églises pour un baptême ou un mariagel’achat de votre première maison, sans oublier les lettres importantes intimes ou professionnelles. Re gardez cette écriture ample et leste. Essayez vous même, vous verrez la différence. » Le consultant joue le jeux et écrit son nom et celui de son entreprise : « Gilles Chardon. Ethic consul tants. » « Comment trouvez vous son écriture ? », je m’empresse de lui demander car chacun sait qu’un commercial digne de ce nom pose des questions pour élargir le débat et échapper à un monologue qui lui serait fatal à la longue. « Pas mal, oui, pas mal. », répond Monsieur Chardon dans la peau d’un insatisfait chronique.
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