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Le Vallon des sources

De
219 pages
Diane, petite fille de la noblesse, est rejetée par ses parents qui la placent chez son grand-père à la campagne. Elle grandit avec les autres enfants du village et se lie d'amitié avec François, le fils du chapelier. Cette amitié enfantine se transforme avec le temps en fort attachement puis en amour. Mais la famille de Diane fera tout pour empêcher cette mésalliance.
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Marie-Claude Gay
Le Vallon des sources
Après une carrière enrichissante de directrice d’un organisme de formation,Marie-Claude Gay se consacre aujourd’hui à l’écriture. Auteure de nombreux romans à succès où le rôle des femmes est prépondérant, elle sait habilement mêler les destins de ses héroïnes à la grande Histoire.
L’Écharpe d’Iris,1994
Du même auteur
Éditions Lucien Souny
Le Temple de l’Eau, 1995,prix Gironde du deuxième roman
Les Vignes du Clos d’Orcival,1997
L’Enfant de Tolède,1999
Blessures de femmes,2000
Éditions Jean-Claude Lattès
Le Serment de Saint-Jean-de-Luz,2003
Deuxième vie,2004
Le Défi de Solenn,2005
Une famille bien comme il faut,2006
Les Amants du Baïkal,2008
La Part belle,2009
L’Or de Malte,2013
Éditions Presses de la Cité
Les Roses de Tlemcen,2010
La Passion Inès,2011
Les Amours de Lou,2015
Éditions De Borée
Faustine et le bel amour,2011
Fugue vénitienne,2013
Le Secret des Solignac,2013
Le Passant du Bois-de-Lune,Terre de poche, 2014
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© De Borée, 2017
© Centre France Livres SAS, 2016
45, rue du Clos-Four - 63056 Clermont-Ferrand cedex 2
I. Le château des Fades
Marsat, le 8 juillet 1920.
– Allez, pousse-toi de là, tu vois bien que tu me gênes ! Ah ! tu m’agaces. Toujours dans mes jambes !
Félicie déposa deux seaux remplis de pain mouillé mélangé à du maïs et des pelures de légumes, entreprit de déverrouiller la porte grillagée du poulailler. Diane, collée à la clôture, riait aux éclats, sans se soucier du ton agacé de la vieille femme. Comme d’habitude, une ho rde de plumes convergeait vers elle, dans un bruit d’ailes assourdissant.
– Viens pas là, j’ai pas envie de décrotter tes bottines. T’avais qu’à mettre les sabots de Marthe. Et pis, ici, c’est pas un endroit pour une demoiselle comme toi. Ça pue et c’est sale.
Elle referma la porte derrière elle après avoir repris ses seaux et se dirigea vers des cuvettes en émail vides. Toujours suivie de la volée surexcitée, elle déversa ici et là le contenu des récipients sans oublier les clapiers où les lapins attendaient, leurs museaux tièdes toujours en mouvement, collés à la grille. Un calme relatif tomba soudain sur le petit peuple. Félicie ressortit après avoir fait une moisson d’œufs dans les nids.
– Qu’est-ce que tu veux faire maintenant ?
Mais les doigts accrochés au grillage, la petite fille regardait le spectacle et n’écoutait pas. Le poulailler était pour elle le ce ntre d’un univers où se
mêlaient canards, poules blanches et rousses, oies vindicatives qui couraient après les mollets imprudents en criant de colère et tout cela sans raison. Situé au fond de l’enclos, il sentait l’aigre des excréments. La pourriture que dégageaient les épluchures dont le sol était jonché répandait une odeur forte et tenace qui collait aux vêtements pour peu qu’on y séjournât plus que de raison.
– Tiens, va déposer le panier à la cuisine et comme t’es plus dégourdie que moi, écris la date dessus. Laisse-les dans l’évier, je les mettrai dans la jarre tout à l’heure.
Fière de cette double responsabilité, Diane remonta vers la ferme.
– Dis à l’Amable de me rejoindre, lui cria Félicie, je l’attends.
La fillette, après avoir averti le fermier, pénétra dans sa pièce préférée. La cuisine était une vaste salle dont les fenêtres orientées au sud laissaient passer la lumière dorée du soleil avec une belle vu e sur les collines environnantes. Elle poussa une chaise contre le grand vaisselier et atteignit un pot rempli de crayons, y choisit un rouge à large mine, sauta à terre et entreprit de tracer un beau huit sur chaque coquille. C’était un chiffre difficile à réussir. En fait, il ressemblait à un vrai ver de terre, comme celui qu’elle avait trouvé hier dans le parc et qui s’était conto rsionné en faisant des boucles lorsqu’elle l’avait touché avec un bâton ! La langue tirée, elle s’appliquait à bien refermer son cercle.
Pour le sept, ce fut plus facile. Tout en écrivant, Diane pensait à sa mère qui attendait un bébé. Elle allait donc pondre un œuf qu’elle avait dans le ventre. En revanche, elle ignorait combien de temps il fallait le couver pour que le bébé sorte de sa coquille. Soucieuse de ce détail, elle hocha la tête. « Je demanderai à Félicie », se dit-elle.
Dans le cellier attenant à la cuisine, trônait une belle jarre ventrue où, malgré l’interdiction de la fermière, la petite fil le déposa les œufs. Ils tombaient un par un dans l’eau salée. Un seul restait en surface, elle appuya légèrement dessus mais il s’obstinait. Elle le prit, regarda la date. Janvier ! Des criaillements coléreux lui parvinrent. L’œuf tomba à ses pieds, répandant aussitôt une horrible odeur de pourri.
– Zut, dit-elle, contrariée.
Heureusement que personne n’était là pour entendre le gros mot. Seul Dieu savait. « Je dirai un rosaire pour expier », pensa-t-elle. M. le curé, maman, mamé, Mlle Cère étaient tous d’accord : expier pour redevenir blanc après la faute. Papa, lui, écoutait. Puis il tranchait. C’était son métier. « Qui aime bien,
châtie bien », avait-il coutume de dire. Une progression s’imposait pour la punition. Si la faute était grave, elle était alors sévèrement battue. Si elle était jugée vénielle, alors, il lui ordonnait d’aller au coin et d’y rester jusqu’à ce qu’il l’autorise à partir. Parfois, il l’oubliait. Diane restait des heures debout à examiner les défauts de la peinture ou, s’imprégnan t des motifs de la tapisserie, à se raconter des histoires. La toile de Jouy avait le mérite de représenter une foule de petits personnages. Alors, elle créait un conte qui se passait entre eux, des dialogues. Finalement, elle ne s’ennuyait pas. Un seul souci : lorsqu’elle avait envie de faire pipi ! Elle dansait d’un pied sur l’autre jusqu’à ce que l’irréparable se produise. La dernière fois, elle avait changé de coin pour que personne ne puisse se doute r qu’elle était responsable de ce filet d’eau qui descendait vers la porte. De toute façon, elle aurait dit que c’était le chat. Plutôt mentir que d’être battue. Dieu la comprendrait sûrement. Mamé, qui passait dans la pi èce, l’avait enfin délivrée. Le visage fermé, elle lui avait demandé depuis quand elle était là.
– Longtemps, avait-elle répondu.
Le soir, des éclats de voix lui étaient parvenus.
– Mêlez-vous de ce qui vous regarde, avait dit papa à mamé.
Gabin, le grand frère, avait bien de la chance d’éc happer aux punitions. Mais il était infirme. Diane préférait subir toute autre forme de désagrément plutôt que de passer des journées entières dans une chaise roulante… Elle cessa de penser à ces inconvénients pour se consacrer à la réparation de sa bêtise, prit un journal et tenta de nettoyer le sol avec. Pas facile d’attraper le liquide gluant. Il filait entre les doigts, s’évadait du papier, retombait alors qu’elle pensait le saisir une fois pour toutes. Le jaune s’était désolidarisé du blanc. Chacun coulait de son côté. Ça fait un beau dessin, apprécia-t-elle dans un large sourire.
Au-dehors, un fameux tapage fait de rires et de cris indiquait qu’il se passait quelque chose ! Elle renonça à maîtriser l’élément visqueux qui se dérobait une fois de plus, sortit du cellier pour connaître la cause de toute cette agitation. Tant pis pour l’œuf. Elle serait punie. Ma foi, elle dirait unPater et unAveen plus.
Elle aperçut Félicie qui, aidée d’Amable, attrapait une oie. Rouge, des cheveux s’échappant du chignon, elle avait un air triomphant.
– Ah ! la garce, elle m’en donne du mal celle-là, s’exclama-t-elle.
L’autre se débattait et emplissait l’air de ses criaillements coléreux et outrés. Peine perdue. Enfin coincée entre l’étau des genoux vigoureux de la femme,