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LE VAN
Valérie Hervy
© Éditions Hélène Jacob, 2016. CollectionLittérature. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-451-8
La solitude nest quà Dieu. Proverbe serbo-croate
1Les chromes
Sur le campement, l’aube blafarde s’est déjà évanouie depuis quelques heures; un soleil encore frileux réchauffe doucement l’air et la terre. Dans la clarté opalescente de ce petit matin, l’ombre du van se dessine sur la toile de tente déchirée. D’infimes gouttes de rosée glissent le long des vitres avant de sévaporer en traçant un léger sillon sur les portières. La couleur orange métallisée de la carrosserie et les chromes brillent sous la lumière. En ce jeudi 23 avril,Šansaest prêt, prêt pour le grand départ. À une dizaine de mètres, Bojan s’étire lentement dans son sac de couchage. Sa main frissonnante tâtonne sur le sol à la recherche des clés de contact. Chaque jour, son premier regard est pour son cher véhicule. Il n’envisage pas de dormir loin de lui et a besoin de sentir sa présence à ses côtés. Le soir, il ne s’attardejamais avec ses camarades sur le chantier, mais rentre pressé, ayant hâte de le retrouver. Le Combi Volkswagen, comme un trésor inestimable, est son bien le plus précieux, le seul qui lui reste après sa fille bien-aimée. Si quelqu’un s’approche, ne serait-ce qu’à une dizaine de mètres, il fronce les sourcils d’un air sévère etengaged’un geste ample le badaud à déguerpir au plus vite. Personne ne s’approche de son van sans son invitation.Quand il le répare, l’ouvrier chantonne des comptines de son enfancequi lui reviennent en mémoire ou murmure des paroles tendres pour l’amadouer. Loin de l’ambiance oppressante du chantier, il a passé des heures à le remettre sur pied. Connaissant la mécanique, il n’a pas hésité à engloutir ses mains dans les entrailles du moteur,caressant l’espoir d’entendre des vrombissements réguliers quand les toussotements fébriles de la machine n’étaient pas de bon augure. Sous son regard perspicace, chaque pièce a été inspectée ou changée selon la nécessité. Pendant des heures, il a longuement savonné, lavé au Kärcher et lustré la carrosserie ; elle semble maintenant, malgré deux ou trois éraflures, presque neuve. Un matériel de camping, avec une glacière et un réchaud, est rangé dans les placards amovibles fixés derrière la banquette ; des couvertures et des duvets sont pliés sur la roue de secours. Bojan a même tracéŠansaau-dessus du feu arrière gauche :l’inscription indélébile lui portera bonheur, Šansa, la chance en serbe, car tous ses espoirs sont liés au véhicule. Le Combi avait vécu une déjà longue histoire quand il a croisé sa route. Il était dans un piètre état, au fond d’une casse, coincé entre deux carcasses de voitures accidentées. Ses propriétaires précédents ne l’avaient pas épargné. Solide et résistant, il avait connu plusieurs existences.
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D’abord véhicule utilitaire pour une entreprise de plomberie, ses différents chauffeurs l’avaient souvent malmené, toujours pressés par la clientèle et les journées trop courtes. Il avait souffert pendant les interminables heures de bouchon du périphérique parisien et supporté bon gré mal gré le laisser-aller des ouvriers. Revendu une centaine d’euros, il avait ensuite avalé des kilomètres avec un jeune couple en mal d’aventures et de dépaysement. Il avait traversé l’Europe du Sud augré des rencontres, des festivals de techno, dormant sur le bord des routes ou dans des campings bon marché. Après être tombé en panne au fin fond de la Toscane, le van fut abandonné dans une grange et les jeunes, dépités, rentrèrent en France sans lui. En payant le rapatriement, un oncle de la jeune fille en fit l’acquisition. Réparé, il devint ainsi le véhicule attitré de la petite famille pour
partir chaque été à la mer ou à la campagne. Aménagé pour le camping, il avait sillonné les routes de France et de Navarre, affrontant bravement, sous les chaleurs estivales, les cols vertigineux des Pyrénées ou les falaises escarpées de Normandie. Malheureusement, le temps avait passé et le van était devenu un symbole révolu des années hippies. La famille avait préféré s’en séparer et acheter un camping-car plus spacieux et au goût du jour. À la casse, on pensait récupérer deux ou trois pièces et se débarrasser du reste. À l’abandon, il demeurait remisé dans un coin, rouillant doucement sous les assauts dutemps et de l’indifférence. Il ne semblait plus avoir une quelconque utilité, véhicule d’un autre âge sans options ni gadgets, sauf une antique radio qui grésillait désespérément. L’épave n’intéressait vraiment plus personne. Pourtant, le jour de sa visite, Bojan a ressenti un véritable coup de foudre pour la machine. Dès qu’ila aperçu le van, il a su que c’était lui et a sorti ses liasses de billets devant le ferrailleur étonné que l’on veuille encore d’un tel engin.Pendant la transaction, il le regardait avec des yeux émerveillés, son cœur battant la chamade, ému comme lors d’un premier rendez-vous amoureux. L’ouvrier en a fait le tour plusieurs fois, jaugeant la carrosserie,à l’affût du moindre défaut. Il s’est même assis de longues minutes sur le siège avant défoncé, caressant délicatement le volant et le tableau de bord. Il souriait presque heureux, goûtant le bonheur de celui qui a enfin trouvé un ami sur qui compter. Quand il l’a ramené au camp, certains de ses camarades ont émis des doutes sur son acquisition plutôt risquée, se moquant de son aspect délabré. Le Serbe a alors balayé sèchement leurs paroles d’un haussement d’épaules. On a le droit à plusieurs chances dans sa vie que l’on soit une machine, un animal ou un être humain et son Combi connaîtrait à nouveau les joies du bitume. La rencontre pour lui était inespérée, il allait effectuer son périple et son van l’accompagnerait.Aujourd’hui, il est prêt à prendre la route et Bojan éprouve une certaine fierté. Même si le soleil invite à une douce torpeur, il veut encore contrôlerle niveau d’huile, resserrer deux ou trois boulons et s’assurer de la présence des cartes routières dans la boîte à gants. Il doit effectuer les
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ultimes vérifications pour le départ. Le voyage sera périlleux et peut-être sans retour, comme lui rappelle le poids du Luger glissé dans son blouson. Pourtant, il garde foi en son véhicule.Šansaest son fidèle compagnon et ne le laissera pas tomber. Avec lui, il accomplira ce pour quoi il est venu dans ce pays. Et le Serbe, qui ne croit qu’en sa bonne étoile, n’est pas un homme à donner sa confiance
facilement.
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2Bojan
Bojan habite sous une tente miteuse avec dix de ses compatriotes serbes. Les toiles crasseuses dessinent un arc de cercle sous le pont d’une route. Le béton les protège des gouttes de pluie froide qui tombent parfois sans discontinuer et transpercent les corps et les âmes. Les onze hommes vivent sous ces tissus sales et déchirés, à quelques encablures du chantier où ils travaillent au noir pour 20€ par jour. Le soir, ils partagent,au coin d’un brasero, leur maigre repas dans des gamelles rouillées. Ils se nourrissent de boîtes de conserve ou de soupes concentrées trouvées au supermarché du quartier. À la lueur du feu, les Serbes se racontent des souvenirs du pays, évoquent un passé empreint de nostalgie et maintenant révolu. Certaines nuits, on peut entendre leurs chants sur la route ;on sait alors que l’alcool et la musique les aident à
supporter le froid, comme des baumes éphémères sur leurs existences d’exilés. Les plus jeunes se demandent pourquoi ils ont quitté le pays pour vivre cet enfer quotidien. Ils sont partis pour fuir la précarité, le chômage,mais la France n’est pas la terre d’asile tant espérée. En arrivant à Paris, ils avaient cru trouver facilement un bon travail et un petit logement dans lequel habiter décemment. Maintenant, sur le qui-vive, ils craignent à un moment ou un autred’être arrêtés et expulsés sans ménagement,car pour la plupart, ils n’ont pas de titre de séjour. Trimant souvent plus dedix heures par jour sur le chantier d’un promoteur immobilier, les hommes restent tributaires d’un chef d’équipe qui, pour une raison ou une autre, peut décider un soir de ne pas les rétribuer. Bojan s’est installé en janvier sur le campement. Il a passéplusieurs frontières, traversant la Croatie, la Slovénie, l’Autriche, l’Allemagne avant d’atteindre enfin la France. C’était son premier voyage loin de sa ferme de la région de Vojvodine. Sur la route, il s’asseyait toujours au fond du car,près d’une fenêtre, silhouette tassée se voulant la plus discrète possible. Les trois jours et trois nuits lui semblèrent interminables. À chaque arrêt, il avait peur qu’un douanier ne fouille ses bagages ou ne l’interroge sur son séjour en France. Le Serbe avait préparé son discours : il était venu dépenser ses économies pour visiter la plus belle ville du monde et son voyage ne devait durer qu’une semaine ou deux. Arrivé à Paris, son soulagementne se prolongea guère, car, sorti de la gare routière, le paysan se sentit perdu, happé par la capitale et sa fourmilière de bruits, de passants toujours pressés. L’étranger s’est ainsi très vite réfugié dans les couloirs du métro, se nourrissant de sandwiches insipides et voyant fondre désespérément la
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cagnotte qu’il avait ramenée. Le soir, il dormait sur un banc en face d’un square tenant fermement les lanières de son sac à dos entre ses doigts gelés. Peu à peu, il a compris la nécessité de rencontrer des habitués du métro pour trouver du travail. Dans un français un peu académique, il a su tisser des liens avec des SDF qui l’ont aidé à se repérer. Par sa femme, Bojan avait appris la langue de Molière, surtout pour lui faire plaisir,ne sachant rien refuser à l’amour de sa vie. Avant de le connaître, Anna avait travaillé comme bonne à tout faire, pendant plusieurs mois, pour une riche famille d’industriels lyonnais, installée à Belgrade. Elle avait éprouvé une vraie ferveur pour cette langue si délicate et suivait d’une oreille attentive les cours du précepteur des deux enfants. Les années passant,elle avait transmis les mots qu’elle avait appris à son mari et à sa fille sans savoir que la France occuperait, plus tard, une place si importante dans leur vie. Un soir, au repas du SAMU social, il avait rencontré un compatriote, Goran, qui lui avait proposé un travail au noir. Pas de question, pas de papier à fournir. « Tu montes les briques et surtout tu ne dis rien». Depuis ce jour, il s’est installé sous une tente, rassuré de dormir au milieu d’autresétrangers. Paris n’est qu’uneétape, il n’a pas l’intention de s’éterniser et doit à nouveau prendre la route. À 50ans, l’homme n’envisage pas de mendier. Le travail au chantier lui permet de subsister, mais cette situation ne peut pas durer. Il ne parvient pas à trouver sa place dans la grande ville. Le bruit perpétuel de Paris, les odeurs fétides du campement et l’agitation des citadins le plongent dans une solitude d’exilé dont, même la présence de ses camarades, le soir, n’arrive pas à le distraire. Le campagnard pense tous les jours à sa ferme et à son lopin de terre qui l’attendent au pays. Les images de ses champs laissés à l’abandon et de ses vaches qui dorment à l’étable défilent souvent dans sa tête. Il appartient au silence et à la nature de la plaine de Vojvodine. Depuis qu’il est à Paris, il mange peu, fume des cigarettes roulées dans du mauvais tabac qui éraille sa voix et boit beaucoup trop,pour supporter le froid et par habitude. L’infect vin rouge, avalé par petites gorgées dans des bouteilles en plastique, ne le réchauffe pas et commence à faire dangereusement trembler son corps fatigué. Il n’aime pas l’homme qu’il devient: un clochard triste qui survit sous un pont. Pour son apparence et par hygiène, il veille à se laver aux douches municipales chaque semaine et prend soin de tailler sa moustache grisonnante comme il le fait depuis vingt ans. Il nettoie aussi son linge à la laverie quand ses chemises en laine et ses pantalons côtelés sont imprégnés de la sueur du chantier et de l’humidité poisseuse du campement. Pourtant, des rides épaisses se sont creusées sur son visage émacié, sa silhouette se voûte comme celle d’un vieillard. Ses cheveux prennent une inexorable couleur argentée et ses yeux noirs ont oublié leur vivacité. Il a perdu son sourire, sa joie de vivre ets’avère être un compagnon sombre et résigné pour ses camarades d’infortune. Pendant la nuit, coincé dans son sac de couchage, ses rêves le libèrent et le conduisent en Serbie. Malgré tout, au réveil, le
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quotidien triste reprend ses droits et le café fort, avalé au coin du brasero, lui laisse un goût amer qui se prolongera tout au long de la matinée. Bojan est venu en France pour sauver sa fille quitte à perdre la vie. Ses chances de réussite sont minces, fragiles comme les feuilles de son tabac à rouler. Pourtant, il doit y croire, il doit encore y croire. Le Serbe va braquer une supérette avec un vieux Luger, souvenir de la Seconde Guerre mondiale. Il avait appartenu à son père, ancien résistant. Sans chargeur, le pistolet ressemble presque à une pièce de collection. En préparant son départ, il l’a retrouvé dans sa grange, emballé soigneusement dans du papierjournal au fond d’une malle. Pendant son voyage, il l’a caché entre deux saucissons secs dont l’odeur fétide et la texture repoussante devaient dissuader tout douanier trop scrupuleux. Le campagnard n’est pas un homme violent, d’ailleurs il ne s’est jamais battu, seulement il veut au moins faire peur, montrer son agressivité. Une arme impressionne et permet l’obéissance. Il l’a déjà vu en Serbie pendant le conflit. Les hommes savent imposer le respect quand ils tiennent un revolver. C’est ainsi que marche le monde, que ce soit dans son pays ou ici. Depuis le début du mois d’avril, il surveille le magasin, connaît toutes les allées et venues des employés. Situé dans une petite rue tranquille, l’établissement accueille principalement des habitants du quartier, des habitués qui viennent régulièrement s’approvisionner et qui n’ont pas les moyens de se déplacer au centre commercial. Il agira ce matin, à l’ouverture, à l’heure où les Parisiens sont au travail. Sa cagnotte est presque vide :il doit voler de l’argent, prendre un otage et rejoindre celle qui l’attend. Il se rappelle avoir vu des braquages à la télévision. Il s’est persuadé de la simplicité de l’action. Même son âge est un gage de réussite : il ne tremblera pas, tels les jeunes délinquants qui s’énervent en menaçant des patrons de bureaux de tabac avec des pistolets en plastique. Le plan qu’il a échafaudé patiemment dans sa tête l’obsède, mais c’est le seul qui lui paraît réalisable. Il prendra un otage, l’amènera à soutenir sa cause, à le suivre dans cette escapade. Ce pays lui semble si étranger, si inconnu :sans aide, il ne retrouvera pas Milena. Depuis qu’il est en France, ses forces l’abandonnent. Il a l’impression de n’être qu’une ombre, un pauvre hère, un travailleur clandestin, solitaire. Bojan reconnaît sa faiblesse et elle lui enserre le cœur. Il risque gros si la police le pourchasse. Son étoile va le protéger. Il espère tomber sur la bonne personne, celle qui comprendra son désarroi et sa douleur. Il a hésité longtemps avant de prendre sa décision, obliger un innocent à le suivre dans son aventure, tenter de le rallier à sa cause. Le soir, il s’est creusé la tête, s’est posé d’interminablesquestions fixant les cartes étalées sur son duvet. Mais voler l’argent et conduire le vansans être accompagnésur ces routes qu’il ne connaît pas est au-dessus de ses forces. Pour son équipée, il a besoin d’un chauffeur et, sur place, sa seule
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présence ne pourra suffire pour approcher son enfant. De toute façon, il ne lui fera aucun mal, il en est bien incapable. Et si lhomme refuse de le suivre jusquà Saint-Nazaire, il trouvera une solution ; il lui demandera de ne pas prévenir la police. Il sait aussiqu’il ne peut pas tout prévoir. Comme un dé que l’on jette en l’air en espérant qu’il retombe sur la bonne face, il veut croire en sa chance, pour lui, pour Milena. Sa fille mérite qu’il prenne des risques peut-être insensés. Quand on est un père, on ne renie pas son enfant malgré ses erreurs. Un matin, elle s’est enfuie de la maison: elle avait envie de vivre son destin, de vivre l’amour. Elle est partie sans une lettre, sans un mot d’explication. Pendant plusieurs semaines, Bojan l’a cherchée, appelant ses amies, suivant ses traces à l’Université de Belgrade. Partout, on lui répondait par la négative, elle s’était volatilisée sans prévenir. Alors, le père a attendu à la ferme, reprenant son labeur aux champs, sursautant lorsque son portable vibrait dans l’espoir d’entendre la douce voix de sa fille. À la fin décembre,le jour la lettre est arrivée, il a tout de suite reconnu l’écriture ronde et déliée. Elle pleurait, à travers les lignes, sa folied’avoir quitté son pays,la peur aussi de son avenir avec Tibor. Le paysan a sursauté et blêmi quand il a su qu’elle était partie avec le jeune homme, dont la réputation dans le village de petit bagarreur toujours avide d’argent facile,n’était plus à faire. Sans réfléchir, sa fille avait cru à toutes ses promesses de mariage, de bonheur et l’avait suivi, abandonnant ses études, quittant le pays pour la France, l’Eldorado. Quelques jours plus tard, quand il a reçu le SMS angoissant «Papa, viens me chercher, j’ai peur», il a tenté de la rappeler sur le portable. Malheureusement, il est tombé sur la voix métallique de son compagnon et a raccroché, dépité. Bojan, inquiet,n’a pas hésité une seconde à amasser deux chemises en laine et trois pantalons côtelés dans un sac et à partir sur ses traces. Le père croyait la retrouver à Paris, mais devant l’ampleur de la tâche, il a attendu, d’abord abattu dans les couloirs du métro, puis résigné au
campement avec ses compatriotes. Enfin,elle l’a rappelé un soir très tard, ila été soulagé d’apprendre qu’elle était toujours en vie, séquestrée dans une caravane à l’ouest de ce pays, dans une ville portuaire : Saint-Nazaire. Un véhicule devenait indispensable pour la rejoindre,Šansa, son van est ainsi rentré dans son existence. Depuis trois mois, il prépare son plan consciencieusement pour la sortir des griffes de son bourreau. De toute façon, il a promis à Anna sur son lit de mort de toujours prendre soin d’elle. Il ne l’abandonnera jamais à son sort.Le Serbe pense pouvoir l’échanger contre de l’argent. Tibor est un hommevénal, il la séquestre et ne la laissera pas partir sans contrepartie. Bojan n’ose imaginer les sévices qu’elle doit endurer, les coups qu’elle peut recevoir. Elle croupit dans une caravane, sans titre de séjour, sans argent, ne voulant envisager une fuite. Il craint aussi que son compagnon ne la prostitue sur un trottoir d’une ville de province. Ce ne serait pas la première fille de l’Est qui vendrait ses
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