Leçons d'Italie

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Une satire sociale grinçante sur l'amour et la quête de liberté.

L'existence d'Ivan Ogariov semblait destinée à une morosité toute soviétique. Une enfance sans amour, un service militaire traumatisant. C'est grâce à sa carrière de thérapeute en clinique privée et à sa clientèle moscovite qu'Ivan relève la tête. Pourtant, à quarante-deux ans, sa vie est superficielle et routinière ; travail la semaine, courses le samedi, visites à ses parents le dimanche et ternes relations conjugales.
Cette existence si réglée et sans saveur est bouleversée lors de sa rencontre avec Malia, jeune femme exceptionnelle de vingt-quatre ans. Leur folle histoire d'amour sort Ogariov de sa morne existence et le projette dans une relation passionnelle où seuls comptent la poésie, la gastronomie, l'amour et l'Italie. Il tire un trait définitif sur son mariage et quitte son travail. Las de son pays natal auquel il restera à jamais étranger, il voyage et laisse libre cours à ce bonheur retrouvé.
Mais alors qu'Ivan est déterminé à protéger sa vie avec Malia, la jeune femme, elle, a une idée bien différente en tête.



Publié le : jeudi 28 janvier 2016
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EAN13 : 9782365691949
Nombre de pages : 243
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DU MÊME AUTEUR
Les Femmes de Lazare, Éditions Les Escales, 2014 ; 10/18, 2015
Marina Stepnova
LEÇONS DITALIE
Traduit du russe par Bernard Kreise
Cet ouvrage a été publié avec le concours de l’Institut de la Traduction (Russie).
Titre original :Uroki italianskogo(у роки итальянского) © Marina Stepnova, 2014
Édition française publiée par :
© Éditions Les Escales, un département d’Édi8, 2016
Couverture : © Hokus Pokus Créations Photo : © Sebastiano Scattolin / Grand Tour / Corbis
12, avenue d’Italie 75013 Paris – France Courriel :contact@lesescales.fr Internet :www.lesescales.fr
ISBN : 978-2-36569-194-9
« Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales. »
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1
De Malia ne restait que le baklava. Personne ne sait ce que c’est. Mais c’est bon. Broyer cent noix (ça coûte cher, d’accord, mais enfin c’est la fête) dans un hachoir à viande. En métal bien lourd, placé sur un tabouret qu’il bousille perfidement, et avec une manivelle qui produit en tournant des craquètements féroces que l’on ressent jusqu’à l’épaule. Quand on prépare de la viande pour une farce, il faut s’y prendre trois fois au minimum. À cause des nerfs qui s’enroulent sur les tranchants du couteau. Les noix, elles, passent toutes seules. Et rapidement. Ce qui permet de préparer deux gâteaux et demi, riches en calories, pour neuf kopecks. Mordorés, presque carrés, aux flancs boursouflés qui ont une bonne tenue. Une surface vernissée, marron foncé. On peut y ajouter des raisins secs, mais ça coûtera dix kopecks. Ce qui est en trop, on se le fourre dans la bouche, mais pas en une seule fois, on doit y aller en douceur, grignoter en chipotant. Certains aiment ajouter du beurre, mais de toute évidence, c’est superflu. Une déclaration de mort aux artères. Tiens, voici le chat qui arrive à la cuisine, obsédé par d’étranges addictions alimentaires (petits pois, infusion de camomille ; un jour, il a bu en douce un verre de porto et, le lendemain matin, il l’a senti passer). Il a flairé les raisins secs et miaule sur le mode péremptoire, comme un contestataire acariâtre. Il va falloir partager, mais peu importe : sans raisins secs, ces gâteaux riches en calories sont encore meilleurs. Maintenant, on n’en fait plus de pareils, et c’est dommage. Quant au chat, il est mort depuis longtemps. Malaxer les boulettes à la main : il est donc important de les préparer la veille, afin qu’elles soient légèrement desséchées. Il est plus important encore de ne pas oublier de les préparer et de ne pas se les taper le lendemain matin avec du thé. Par conséquent, vous devez les cacher dans la boîte à pain, loin, le plus loin possible des yeux, afin de ne pas sombrer dans le péché. La gourmandise, la luxure, la cupidité, la colère, la tristesse, l’acédie, la vanité, l’orgueil. Saint Ignace Briantchaninov. Brandissant l’écu et le glaive de la sainteté. Pardonne-moi, Seigneur, car je suis un ver de terre, une bête, même pas un homme, mais le dénigrement d’un homme. Ravi de faire votre connaissance. Moi aussi. D’ailleurs, les protestants remplacent la tristesse par la paresse, ce qui est très révélateur. Très. Car un chrétien auquel il est interdit d’être triste n’est pas le frère de celui auquel il est interdit de rester oisif. Ceux qui ont été égorgés, torturés et battus à cause de cela sont légion. Amen. Certes, ces gâteaux sont une convention. Une invention tardive. Des gribouillis d’on ne sait qui sur un texte canonique austère. Desmarginalia. Au commencement, il
n’y avait que le miel, les noix, les graines d’anis. De la noix de muscade. Ces petits gâteaux ont trouvé refuge en exil : il ne s’agissait pas de gâteaux, en réalité, mais de pain. La misère éternelle. La peur de la faim transmuée en ADN. De nos jours, les supermarchés méditerranéens regorgent de gâteaux secs de toutes sortes et de toute nature. Les paysans étaient précautionneux. On ne gâchait rien, on ramassait la moindre miette dans sa paume rêche. C’étaient aussi certainement des fuyards sans le moindre espoir de recevoir une aumône. C’était quoi, ces petits gâteaux ? On mettait dans les boulettes tous les restes que l’on avait réussi à mendier ou à récupérer. On se réjouissait de la fête à venir. On se préparait. On était inquiet. Est-ce ta maman qui a imaginé d’ajouter cette recette dans son carnet ? La mère de ta maman, peut-être. Elle t’en a parlé ? Tu t’en souviens ? Elle regarde ailleurs. Ne dit rien. Une fois encore. Bon, d’accord. Alors, la confiture de rose. Naguère, il était hors de question d’en trouver. La seule solution était de se dégoter de la famille dans le Sud, de se ronger les sangs à cause du tintouin provoqué par tous les racontars, les cris d’orfraie des querelles sans fin, les clameurs jubilatoires, les débarquements à l’improviste par cohortes entières ou villages au grand complet (un lundi, sans prévenir, à six heures et demie du matin). Tu sais que notre petite Joujouna s’est mariée ! Tu te souviens de Joujouna ? Je ne m’en souviens pas et j’en ai rien à fiche ! Mais c’est alors que, d’entre les frusques trimballées, du tréfonds de valises prêtes à éclater, était extrait le pot précieux sous les jacasseries affectueuses. Des pétales de roses écrasés avec du sucre. Une amertume à la fois âcre et satinée. Le goût et l’arôme d’une femme. Maisenfinmondieu, ç’aurait été plus simple de l’envoyer par la poste ! Une seule cuillère à soupe de confiture de rose, pas plus, parce que… Zut ! Le téléphone. Oui, bonjour. Non, vous avez tout compris de travers. Vous en prenez un par jour ? Dans votre cas, trois suppositoires, ce serait plus opportun. Faites-le tout de suite. Vous savez où vous devez le mettre. Vous avez toute ma sympathie. Oui. Au revoir. Les roses, disais-je. Je dois d’emblée reconnaître que je n’ai pas la moindre goutte de sang méridional ni le moindre lien familial dans le Sud. Je suis à ce point russe que c’en est désagréable. De l’alcool pur qui n’est d’aucune utilité. Même pour désinfecter. Pour le boire ou nettoyer une plaie, il faut y ajouter de l’eau vivante. Sinon, tout est brûlé, putain de ta mère. Dans son hypostase à quatre-vingt-seize degrés, il n’est utile que pour la stérilisation. Et il est désagréable d’avoir conscience de soi comme étant stérile. C’est désagréable d’avoir conscience de soi, d’une manière générale. Au moins une goutte de sang différent aurait conféré à ma vie un tout autre sens. Mais… non. Permettez-moi de me présenter : Ogariov, Ivan Serguéïevitch. Non, je ne suis pas de la famille du poète révolutionnaire ni le camarade de l’autre. Quant à mon prénom et à mon patronyme, Ivan Serguéïevitch, ce n’est qu’une vague réminiscence de Tourgueniev. Je suis médecin. Médecin, un point c’est tout.
* * *
On peut aussi mettre des griottes dans le baklava. Plus précisément, de la
confiture de griotte, mais pas n’importe laquelle : sans noyaux et sans sirop, des fruits pratiquement secs, sombres et lisses, tassés dans un pot d’un litre. Serrés les uns contre les autres. On les dénoyautait avec une épingle. Vous vous en souvenez ? Ces épingles à nourrice métalliques en forme deU, légèrement ondulées, avec une minuscule boule à l’extrémité pointue, afin de ne pas blesser la peau fragile. Les coudes relevés, les mouvements rapides des doigts aveugles qui font un nœud sur la nuque, la tête penchée comme celle d’un oiseau. Une natte. Les cheveux séparés par une raie. Des frisettes qui tombent sur un front bas et suave, et derrière, sur le cou. Une question rapide et inaudible à travers les épingles rigolardes serrées entre les dents. Il n’y a qu’une femme dont on est amoureux qui est plus belle qu’une femme qui arrange sa coiffure. Comme c’est dommage qu’aujourd’hui elles se coupent toutes les cheveux, ces idiotes. Malia avait de longs cheveux. Malia a existé. Dénoyauter les griottes prend beaucoup de temps. C’est un travail minutieux : qu’on le fasse à deux ou à trois, de toute façon on sera maculé de taches jusqu’aux oreilles, impossible ensuite de nettoyer le jus avec quoi que ce soit – va-t’en, ne t’agite pas sans fin au milieu des femmes, tu es un garçon ! Comment ça, ma chère, pourquoi dis-tu qu’on ne peut les faire disparaître avec quoi que ce soit ? Voyons, tu sais bien qu’il suffit d’utiliser une demi-cuillerée de jus de citron… Je me balade en me retournant sans cesse ; je fais exprès de traîner les pieds en ramassant du sable dans mes sandales, des épines de pin sèches, fantômes invisibles et poisseux des futures olives – la datcha de je ne sais qui aux environs de Moscou, la charpente précaire d’une enfance passée. Je suis un garçon. On me chasse. On me rejette. Je comprends déjà que c’est une tragédie, mais je ne devine pas encore que ce sera toujours le cas. On met les griottes énucléées dans une bassine, grande, en cuivre, avec une poignée en bois, et on les cuit selon une méthode nouvelle pour Agafia Mikhaïlovna : sans ajouter de l’eau. Vous vous rappelez, dansAnna Karénine? Mais non, comment pourriez-vous vous en souvenir… Une réunion de femmes sur la terrasse – on coud des brassières, on tricote des maillots. Kitty est enceinte. Le gâteau d’Anke. Des citrons, du beurre, de la haine qui s’exhale directement de la cave, elle est plus froide ainsi. Ce pauvre Nikolaï Anke, le charmant docteur, professeur titulaire de la chaire de pharmacologie, de thérapie générale et de toxicologie de l’université de Moscou, conseiller aulique, né le 6 décembre 1803 à Moscou dans une famille de gros marchands, mort également à Moscou le 17 décembre 1872, sait-il que sa recette de gâteau se parerait d’une immortalité aussi effroyable ? Lioubov Alexandrovna, née Bers – oh, cette mélodie de la passion coupable ! –, devenue Islavina par mariage – oh, ce prosaïsme racorni de l’union conjugale ! La très chère épouse, perpétuellement enceinte, d’Andreï Bers, également médecin, et beau-père de Tolstoï. Des collègues. Une fraternité venimeuse. Votre point de vue ne résiste pas à la moindre critique, mon ami. Vos pratiques sont une épine à mon pied. Votre succès est le résultat de la fâcheuse bêtise des gens qui confient ce qu’ils possèdent de plus précieux – à savoir leur santé – à des charlatans ignorants. Vous êtes un diagnosticien absolument lamentable. Mais quand viendra votre tour d’être à l’agonie, de prendre à petites gorgées (avant et après les repas, ou en lieu et place) votre portion de souffrances terrestres, nous nous réunirons tous autour de votre lit de douleur, tous sans exception, et, après avoir froncé nos
crânes chauves et agité nos ailes défraîchies, nous vous soignerons avec une abnégation totale et fervente, sans le moindre espoir, mais en priant tout de même, et sans prendre d’honoraires, non, nous n’acceptons pas de rétribution de nos collègues, pour eux nous nous tenons gratuitement à genoux, car de toute façon nous sommes trop peu nombreux, ridiculement peu nombreux, nous les prêtres véritables et les élus du Dieu authentique. Nous, les médecins. Trente minutes. Trente-cinq minutes. Massez, collègue, allez-y, moi, je n’en peux plus. Des côtes brisées au nom d’une vie qui s’échappe. Un cœur figé. Des cercles noirs. Une sueur glaciale qui s’écoule sur le dos. Une thérapie du désespoir. Aucun signe d’activité vitale. Le cerveau est mort avant même que nous commencions. Massez tout de même ! Trop tard. Il est mort. Rôti sur une broche pour cause de diagnostic erroné, assassiné par une foule ignare et furibonde, empoisonné par le vibrion cholérique avalé cul sec, contaminé par un patient, réduit en cendres, couvert de xanthomes, tailladé, usé jusqu’à la trame par une responsabilité au-dessus de ses forces. Il a servi comme une bouilloire en cuivre, jusqu’à ce qu’elle soit trouée. Flanquez par terre vos nimbes, chers collègues ! Encore un médecin décédé. Bon sang, je m’emporte à nouveau ! Pardonnez-moi. Nous disions donc, Nikolaï Anke. Le gâteau d’Anke. Sa recette dictée par Lioubov Bers, la belle-mère de Tolstoï (Léon, bien sûr, les deux autres ne comptent pas). Son application lui faisait tirer la langue en la notant. Qu’arrive-t-il à votre langue, ma petite Lioubotchka ? C’est du charbon de bois. Du charbon de bouleau. Elle en prenait avec une pincette en argent dans un drageoir spécial, elle s’étouffait en l’avalant – des miettes anthracite qui crissent sous les dents, le cycle de l’oxygène dans la nature, des yeux noirs tourmentés, la consomption. Un jour, nous serons tous à nouveau des diamants. Dans un million d’années, ou plus. Mais enfin, pourquoi du charbon de bois, quels sont ces engouements étranges ? Huit enfants. Un vieux mari aimant. Une toxicose. Une toxicose qui s’éternise. Le charbon de bois n’est qu’une variante anodine d’une non-norme ; d’autres, à la fin de leur grossesse, dévorent du plâtre, des mines de crayon friables, même de l’argile. Un jour, ma mère m’a avoué qu’elle mangeait du savon lorsqu’elle était enceinte de moi, à la glycérine, translucide, vert bouteille. Un seul et unique morceau, presque rond, usé comme un galet. Un cadeau. D’importation. À une époque où l’on manquait de tout. Elle l’économisait afin d’en avoir suffisamment pour toute sa grossesse. Elle le grattouillait en le serrant tendrement entre ses incisives. Elle le rongeait comme une petite souris. Il se passait je ne sais quelle combinaison à l’intérieur de son corps, elle édifiait, elle engendrait quelque chose. Je serais curieux de savoir ce à quoi ce savon a servi, en quoi il s’est transformé dans mon corps. En vaisseaux sanguins ? En squelette ? En une âme, mousseuse et infidèle, à l’arrière-goût légèrement salé ? Si vous saviez de quelle saletéLa confiture pour le baklava – celle qui vient d’Anna Karénine, sans eau – est également préparée selon la recette d’Anke. Vous n’aimez pas Tolstoï ? Vous n’êtes pas normal ?
* * *
Maman faisait une confiture tout à fait différente, même si elle était préparée avec des cerises acidulées, celles que l’on trouve dans les environs de Moscou. Des vladimir à six roubles le seau. Le liquide rouge et douceâtre contenant quelques rares fruits était transvasé dans des flacons d’un litre et d’un demi-litre. C’est pour l’hiver, n’en prends pas ! Je n’avais plus qu’à me rabattre sur l’écume. Rose, spongieuse, comme de la pierre ponce molle qui se serait brusquement figée. Vous vous en souvenez ? La façon dont on allait la lécher en prenant du thé ! Le père proposait d’attendre le dîner, de ne pas être glouton – mais enfin, qu’est-ce que c’est que ce petit cochon ?! Va te laver les mains, paresseux ! Bon à rien ! Il rentrait de son travail, restait longuement assis dans sa chambre, son pantalon baissé jusqu’aux chevilles, il regardait le mur en revivant ses malheurs d’adultes, incroyables et inconnus. Puis il allait à la cuisine et mangeait les petits grains châtains à facettes de la kacha, en l’accompagnant, en guise de pain, de rondelles de saucisson « du docteur », de la mortadelle de régime. Je n’y avais pas droit. Enfin, on m’en donnait, d’accord, mais pas question d’en consommer comme s’il s’était agi de tranches de pain. Ni non plus à la place du pain. Avec du pain, oui, d’accord. Quelques rares jouets, des livres défraîchis, des pantalons dans lesquels je grandissais avant qu’un nouvel arrivage n’atteigne le précieux guichet de l’usine où travaillait mon père. L’ensemble ascétique et bien réglé de l’instrumentarium d’une enfance soviétique. Tu as fait tes devoirs ? Pas encore. Tu parles d’un flemmard ! J’aimerais bien comprendre de qui tu tiens ça. Tu as acheté le pain ? Je restais pétrifié comme une bûche, attendant qu’on me donne de la petite monnaie – le filet à provisions tassé dans ma main, mes genoux écorchés, mes sandales brunes défoncées achetées au Monde des enfants. Trop petit et trop pitoyable pour protester. Qu’est-ce que t’attends ? L’argent ? N’importe quel crétin peut se débrouiller avec de l’argent. Achètes-en sans argent. Mugissements de vache. Pourquoi se comportait-il ainsi ? Afin de me former le caractère ? De forger mon destin ? Je suis même terrorisé à l’idée de dire à quel point je le haïssais. Et puis rien. Rien n’a changé jusqu’à présent.
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On mélange les noix aux petites boulettes longuement pétries. On ajoute deux verres de sucre et un demi-verre d’huile. De l’huile d’olive, bien entendu, mais qui en avait entendu parler à l’époque ? On prenait donc de l’huile de tournesol. Vendue dans des bouteilles en verre. À un rouble cinq kopecks. Oui, parce que chez vous elle se vendait peut-être quatre-vingt-quinze kopecks. Mais chez nous, au magasin d’alimentation du coin de la rue, elle coûtait un rouble cinq kopecks. Les bustes monumentaux et marmoréens des vendeuses œuvraient sous les voûtes fraîches en plâtre. Trop solennelles pour faire du tapage. Des matrones. Aller d’abord au comptoir, puis à la caisse, faire tamponner son ticket, puis retourner au comptoir. Effectuer la
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