Léona

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Inspiré, en partie, de l'héroïne du livre d'André Breton, Nadja, ce roman est à la fois un essaie philosophique, un journal intime, un roman poétique et une histoire d'amour. Dès le début du roman se pose une question : « Qui suis-je ? ». C'est en effet là que réside en partie l'intrigue : on ne connaît pas l'identité du personnage principal et lui non plus ne sait pas qui il est... On apprend juste qu'il se trouve dans un endroit mystérieux, sans savoir où exactement. Le héros de l'histoire nous conte ses rêveries solitaire, sa philosophie et pensées , jusqu'au jour où un de ses rêves devient réalité : il rencontre « la fille au regard océan », celle dont il rêva lors d'une nuit étoilée et dont il tomba fou amoureux…
Publié le : lundi 20 juin 2011
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EAN13 : 9782304009965
Nombre de pages : 131
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2 Titre
Léona

3Titre
Thomas Scellier
Léona

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00996-5 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304009965 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00997-2 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304009972 (livre numérique)

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À Nadja, l’âme errante…
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Paris, le 15 Octobre 1940
Qui suis-je ? L’errance de la nuit perdue dans
le désert de la raison humaine, ou bien la volon-
té mélancolique qui s’abat sur une terre inerte ?
J’aime à espérer y croire. Mais croire reste la vo-
lonté de chacun quand se mêle l’espoir, aussi
maigre soit-il, et qui grandit dans le cœur d’un
Homme, le liant ainsi à sa torture quotidienne
qu’il nomme lucidité. Moi je n’espère plus. En
déduire que par la faiblesse de cet abattement
l’espoir s’est exilé serait sans doute une conclu-
sion logique, mais la logique fut également ban-
nie. Alors que pourrais-je dire sur moi ? Rien.
Et c’est là sans doute qu’est la raison de la re-
cherche de mon identité, chose qui n’est de ce
monde présent, mais plutôt d’un monde passé,
d’un lointain souvenir impalpable qu’il m’arrive
parfois d’effleurer du bout des doigts ; mais
dont l’empressement du futur à venir
m’anéantir chaque jour n’a de cesse de dissiper
l’image floue de mon existence passée. Finale-
ment, je ne crois pas qu’il ait de réponses à mon
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présent, il n’y a que des incertitudes destructri-
ces que croissent en moi. Mais cette question
reste pourtant là… Peut-être est-elle mal for-
mulée ? Si je ne suis plus, alors qui fus-je ? Là
encore, je n’en ai aucune idée.
Les autres c’est ainsi que je les nomme –
m’ont raconté des choses sur moi, sur mon his-
toire et mon passé ; du moins, à ce qu’il est of-
ficiellement dit. Je ne les crois pas. A chaque
fois, je semble entendre l’histoire fictive d’un
autre, d’un autre qui n’est pas moi mais dont ils
tentent de me convaincre avec un réel achar-
nement devenu quasi quotidien. Plusieurs fois,
j’ai eu envie de tout leur expliquer, de tout leur
dire, pour qu’ils comprennent que leurs regards
sur ce que je fus ou ce que je suis n’était que
subjectif. Mais à quoi bon… Au début, j’avais
encore la maigre volonté de le leur faire com-
prendre. Mais eux n’entendaient rien. Et à ce
petit jeu je me suis vite lassé. Aujourd’hui tout
ceci m’est bien égal. Je les laisse raconter leur
petite histoire, faisant mime d’écouter, jusqu’à
ce que retentisse l’épilogue de leur monologue.
Cet après-midi, l’histoire me sembla d’ailleurs
plus longue que d’habitude. Enfin, la longueur
n’est qu’un terme bien subjectif. Qu’est-ce que
réellement que le temps, si ce n’est une futilité
dont le monde s’alimente et où il règle sa vie.
On placarde des définitions sur des mots, des
mots qu’on forme avec des lettres, mais à quoi
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bon ? Se donner le berger supplémentaire pour
nous guider comme des moutons dans les pro-
tocoles terrestres ? Je ne peux m’empêcher de
ressentir une grande haine monter en moi cha-
que fois que les conventions sociétaires effleu-
rent mon esprit. Loin d’elles, j’aime à tout ré-
créer, à tout rebâtir, un monde où je change le
signifié des mots, et parfois même leur signi-
fiant. La pensée est un flux personnel et privé
dont il ne devrait, en aucun cas, être parasité par
celui d’autres personnes. Laisser la pensée se
mêler à l’imagination, loin de tout mode
conventionnel ou moral : là est la véritable fibre
artistique qui s’abrite dans le cœur de tous les
rêveurs qui contemplent la nuit. J’aime prendre
un mot comme une étoile et la laisser vagabon-
der au gré du souffle de la muse, pour ainsi re-
garder les constellations qui se forment dans la
toile nocturne – bien que blanche – des pages
de mon journal. On pourrait y voire là une sorte
de paradoxe ironique entre ces nuances
d’ombre et de lumière, de yin et de yang. Mais il
n’en est rien. Les textes ne sont que le miroir de
la nuit, et le miroir transpose les choses de ma-
nière inverser. Ainsi les étoiles blanches et scin-
tillantes se changent en la nuit ; et la nuit, obs-
cure et mystérieuse, se retrouve être les étoiles :
les couleurs et les formes s’inversent, et voici la
naissance du miroir céleste qui nous renvoie
l’image d’une page d’écriture.
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Les mots sont de ce monde impalpable et
mystérieux, de cette sphère qui nous englobe
dans toute sa magnificence et la beauté de ses
parois qui viennent se presser contre la peau qui
forme notre corps, et un frisson se laisse alors
envahir à travers nous. Elle est là. Je la sens. Le
silence laisse entendre les pas de celle qui arrive,
de celle qui survient comme à l’improviste, cha-
que fois que la tristesse se mêle à un idéalisme
perdu, inaccessible. Désoeuvrée de lumière et
empli de cet élixir obscur dont je m’imprègne,
comme le sable qui fond sous la douce caresse
des vagues de l’océan… Ô douce horreur, triste
bonheur, te voici qui arrive, je sens tes pas léger
et ton ivresse à laquelle je ne puis résisté. Tu es
là, ma mélancolie…
Tu surviens d’un autre monde, d’un autre
temps, d’une autre dimension ; mais tu ne fais
pourtant qu’un en notre âme, en notre cœur.
Comment traduire ton attraction ? Je l’ignore
encore. On ne te décrit pas, on te ressent. Tu
erres dans cet autre monde, à la recherche de
cœurs abîmés par la tristesse, par un roman-
tisme totalement désespéré et qui ne peut
s’accorder avec le monde contemporain. Je suis
ton esclave éternelle, tu le sais, mais laisse moi
leur dire l’autre monde, laisse moi leur montrer.
Je garderai ton secret à jamais tout au fond de
mon cœur. Mais ce monde, ô ce monde en-
chanteur, aurais-je droit de le décrire ? De
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L’écrire ? Si je le leur montrais, cet univers en-
chanteur, où tout s’évapore, où tout n’est que
pur irréalisme. Le ciel impalpable en est le che-
min, il faudrait donc que je leur montre la
route ? La voie que tracent les constellations
menant jusqu’à toi ? Aurais-je raison de le
faire… Je ne sais guère. Alors peut-être que cela
restera enfouie secrètement dans mon esprit,
comme toi qui ères en mon cœur éphémère. Ô
mon univers… si enchanteur et féerique, où
s’évapore tous les pleures. Si je leur montrais,
ne serait-ce qu’une partie, je devrais leur parler
du ciel tout d’abord. Le ciel impalpable - car il
le demeure toujours, et c’est ce qu’il y a de plus
merveilleux – où les regards doivent se tourner
afin de pénétrer dans ce cosmos onirique dont,
seul, je garde le secret avec toi, petite et douce
mélancolie… L’abstraction la plus totale est re-
quise, même au bord de la mer, il faut toujours
laisser les vagues venir se fendre sur la plage,
laisser le vent briser les flots incessants de
l’océan.
Mais pourraient-ils ressentir cet instant si
magique ? Cet instant si longtemps espéré de
mon âme et dont tu m’as donné la clé. Je me
souviendrais toujours de ce moment exquis où,
malgré tout ce qui m’entourait, tu m’insufflais ta
douce solitude mélancolique. Tu étais mon hé-
donisme passager. Le bonheur est bel et bien
spirituel, car hors de ce monde, de cette société,
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