Les aigreurs d'Aglaé

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Les courées de Lille furent nos banlieues, ghettos au coeur de la ville. En mes jeunes années j'y rencontrai celle que j'ai baptisée Aglaée. Impertinente, dure, frêle et totalement amorale.Au hasard d'un hôtel de Barbès bien des années plus tard je l'ai retrouvée, calme, apaisée, heureuse m'a-t-il semblé.De ses confidences j'ai fait ce livre dont tous les autres personnages sont purement imaginaires.
Publié le : jeudi 16 juin 2011
Lecture(s) : 49
EAN13 : 9782748107968
Nombre de pages : 169
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Les aigreurs d’Aglaé
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748107977 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748107969 (pour le livre imprimé)
Jacques Lacroix
Les aigreurs d’Aglaé
ROMAN
Introduction
Ce livre est l’histoire de deux femmes dont j’ai reçu les confidences au hasard de rencontres banales. J’ai voulu n’en faire qu’une vie tant elles avaient en com mun ce détachement vis à vis de tout ce qui nous im porte. L’une d’elles par nécessité, l’autre par choix, je dirais même par vocation.
Je n’apparais que furtivement dans ces pages, à la dérobée pourraiton dire, aucun de mes amis ne m’a d’ailleurs identifié.
Mais, quoi que je fasse ou dise rien ne peut me faire oublier, même aujourd’hui le regard obsédant d’Aglaé et je lui devais de l’écrire.
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Raconter, visages perdus, non pas oubliés : Bino clard, notre bancal, Rose la loucheuse, Pierre le bigleux.
Rose blonde, Pierre roux, Binoclard chatain, et moi, blanche à force de blondeur.
Nous voilà définis de poil, émergeants d’un brouillard factice, Pierre le moins crasseux, Binoclard le plus intelligent, Rose la plus bourgeoise, fille de, et, sans doute, future boutiquière.
Le trottoir nous appartenait et les autres gars du quartier, pommadés et constipés, nous accordaient une avidité dédaigneuse. Il n’y avait encore que peu d’arabes, plus simplement des polonais, des italiens, des espagnols et leur souci d’être français, de se bien couler dans le moule, leur permettait tout au plus une lueur d’envie dans les yeux.
La guerre était à peine terminée, nous l’avions à peine devinée, nous l’aurions déjà oubliée s’il n’en était demeuré les jeans les cigarettes et le coca. La guerre ? ce n’était pas vraiment notre affaire.
D’ailleurs qu’avaitelle changé pour nous ? Notre liberté n’avait rien à espérer de leurs libertés, nos droits rien à attendre de leurs droits.
Il ne nous fallait surtout pas décevoir par une bonté stupide les regards apeurés qui nous effleuraient à la dérobée.
A présent, que vous le permettiez ou non, je vais doucettement, en travelling, descendre jusqu’au pied du vieux clocher carré aux pierres effritées, flaner sur l’urinoir à deux places que les communistes y ont placé pour embêter le curé, effleurer la façade du café aux vitres grasses, prendre le soleil timide se reflétant dans
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Les aigreurs d’Aglaé
le fil d’eau, et, décrouvrir enfin, accroupis dans un pas sage étroit, humide, malsain, providence des amoureux malhonnêtes du quartier, les enfants que nous étions.
Et qui s’ennuyaient. Nous avions pour le pelo tage plus de temps qu’il n’en fallait, nos corps ne nous occupaient encore qu’à mi temps, par bouffées de plai sir, refoulées bien plus qu’exprimées. Cet émoi qui me prenait à la dérobée quand un garçon se grattait l’en trejambes…
 Si on jouait à la bataille ? avait bien dit Bino clard que son jeu de cartes ne quittait jamais. Nous avions aquiescé sans entrain mais Pierre se trémoussait, mêche rousse lui barrant le front, n’y te nant plus il a sorti de sa poche une vieille boîte d’allu mettes :
 Regardez, je l’ai chipée.
 Pfui ! des allumettes ! a sifflé le Binoclard ad miratif et Rose s’est contentée de hausser les épaules en susurrant son dédain :
 Pour ce qu’ils sont capables d’en faire !
 Tu as raison aije ricané, ils n’ont pas de couilles
 Ce que tu es grossière a fait remarquer Rose et, en plus, d’une grossiéreté facile, Maman a bien raison, je ne devrais pas vous fréquenter !
Les garçons s’étaient quant à eux préoccupés bien plus du fond que de la forme :
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 Et toi la pisseuse, dis un peu, t’en a des couilles ?
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