Les Amants de Belle-Plaine

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C'est une histoire de famille(s), dans la Guadeloupe des années 1960 à 2000, dont l'univers se trouvera bouleversé par un secret... Isabelle de Chancey, 18 ans, Békée, et Paul Varaud, 22 ans, Noir et étudiant en médecine issu d'une famille modeste, tombent amoureux l'un de l'autre...


Publié le : jeudi 17 décembre 2015
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EAN13 : 9782334049146
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ISBN numérique : 978-2-334-04912-2

 

© Edilivre, 2016

Un

Rien ne bougeait. Les papillons eux-mêmes ne voletaient plus. Le pipiri s’était tu, peut-être accablé par la touffeur ambiante. On aurait dit un temps de pré-cyclone, quand le ciel est d’une blancheur immaculée, la mer d’huile et les feuilles des arbres d’une immobilité glaçante.

Et soudain, un long cri, guttural, lancinant, déchira le silence. Suivi d’une sorte de couinement plus ténu. Isabelle tendit l’oreille. Le bébé était né. A quatre reprises, déjà, elle avait vécu cette attente en se demandant avec angoisse quand cela allait s’arrêter. Quand elle observait sa mère, entourée de sa marmaille, elle percevait chez elle un air résigné qui venait encore vieillir sa mine fatiguée de poule pondeuse. Car Maxime de Chancey les fabriquait à la chaîne, les petits békés. Il n’en n’avait jamais assez, semblait-il. Isabelle était la deuxième de la fratrie qui n’avait probablement pas fini de s’agrandir… A mesure qu’elle s’approchait de la vaste demeure, curieusement, la plainte gutturale perdit en intensité. Le nouveau-né, lui-même, ne pleurait plus. Dans la maison, en bas, elle vit une des domestiques, Ida, qui la regarda d’un air désolé en secouant la tête… puis la nourrice, Man Adélise venir vers elle les yeux rougis et les traits tirés par la fatigue.

– Ta mère est morte.annonça-t-elle tout de go. Il l’a tuée.

Isabelle ne sut jamais si Man Adélise faisait allusion à Maxime ou au bébé.

A quelques kilomètres de la plantation de Belle-Plaine où se nouait la tragédie, Maxime de Chancey était au lit avec sa maîtresse Hélène de La Ville, épouse de l’homme le plus riche de l’archipel. Au nez et à la barbe de ce crétin d’Harold, chez lui et dans sa propre chambre. Maxime avait fini par céder aux avances pas très subtiles de l’épouse de son grand rival en affaires, une volcanique rousse que le vieux avait ramené de Suisse vingt ans plus tôt et qui avait ouvert ses jambes à peu près à tous les beaux spécimens de Trois-Rivières, békés, Noirs, mulâtres… la dame n’était pas raciste ni très regardante… jusqu’au jour où son regard avait croisé les yeux bleu glacier de Maxime de Chancey. Elle l’avait voulu de toutes ses forces et avait fini par l’avoir, après lui avoir un jour, lors d’un bal, montré un sein rebondi, malencontreusement jailli de sa robe. Et son petit manège avait, bien entendu, eu l’effet escompté.

Il était cinq heures ; Maxime décida qu’il était temps de rentrer chez lui. Non pas qu’il ait encore quelque égard pour sa femme… non, il la méprisait trop pour cela, mais en réalité, la compagnie d’Hélène commençait à lui peser. Elle devenait collante et il détestait ça.

Et puis il avait quelqu’un d’autre dans sa ligne de mire.

La première chose que constata Maxime en arrivant, fut le silence lugubre dans lequel la demeure était plongée. Mme Guérand, la mère de la défunte, Marie-Alice, avait envoyé son chauffeurs récupérer les plus petits de la fratrie sauf le nouveau-né, un garçon dont Man Adélise avait déjà installé le berceau dans sa chambre. Celle-ci se tenait devant Maxime, à l’entrée, l’air mauvais.

– Elle est morte. Tu es content ?

Maxime lui lança un regard décontenancé.

– Morte ? Comment ça, morte ?

– A force de tomber enceinte tous les ans ou presque, c’est ce qui est arrivé et c’est de ta faute.

Maxime allait répliquer vertement, mais l’air belliqueux de Man Adélise l’en dissuada aussitôt. Cette femme était sans doute l’une des rares pour lesquelles il éprouvait un profond respect et qui lui inspirait aussi un peu de crainte.

– Et le bébé, il est mort lui aussi ?

– Non. Il est dans ma chambre. Il dort. Et ta belle-mère a envoyé une voitures prendre les petits.

– De quel droit, commença-t-il mais Man Adélise l’interrompit sèchement.

– C’est moi qui l’ai appelée pour venir les chercher.

Maxime battit alors en retraite. Man Adélise le regarda monter les escaliers d’un air désapprobateur. Au moins, là où elle était désormais, Marie-Alice ne souffrait plus.

Isabelle serra instinctivement a jeune sœur Alice contre elle en regardant le cercueil de leur mère descendre dans la fosse. A ses côtés, son frère aîné, Joël, étudiant, venu de France pour la circonstance. Maxime, lui, n’attendait qu’une chose, c’est que ce pénible moment se termine enfin pour aller faire une longue balade à cheval. Il ne supportait vraiment plus cette atmosphère lugubre qui avait envahi la demeure. Il avait hâte de tourner la page.

Estelle Guérand concentra toute la haine qu’elle éprouvait pour son gendre dans un seul regard, alors que, une fois la cérémonie terminée, chacun regagnait sa voiture.

Pauvre Marie-Alice !! Elle avait fait le malheur de tomber amoureuse du beau Maxime de Chancey, pur produit d’une puissante lignée békée de la Guadeloupe qui traînait derrière lui une solide et lamentable réputation de séducteur. Lui l’avait à peine remarquée mais comme elle était la fille unique d’un riche commerçant de l’île, il ne s’était pas fait prier pour la courtiser, d’autant que si les de Chancey possédaient un patrimoine foncier non négligeable, le domaine de Belle-Plaine dont la distillerie produisait un rhum de qualité moyenne, les Guérand, eux, avaient des liquidités. Neuf mois pile après le mariage, Marie-Alice donna naissance à Joël, puis, deux ans après, à Isabelle. Celle-ci avait 3 ans quand sa mère mit au monde son troisième enfant, puis deux autres au cours des dix années suivantes…

Il fut décidé que Mme Guérand recueillerait chez elle les trois petits. Les aînés et le bébé, eux, resteraient chez leur père.

Juillet se termina.

Bientôt, il serait temps, pour Isabelle Alice et leurs frères et sœurs de regagner Basse-Terre et le Pensionnat de Versailles, l’établissement privé où ils étaient scolarisés comme des générations de Chancey avant eux.

Mais Isabelle, surmontant peu à peu son chagrin, décida de retrouver son amie Armande Varaud qu’elle n’avait pas vue depuis des semaines. Armande était la fille d’une ancienne cuisinière des Chancey qui, un beau jour, avait décidé de leur rendre son tablier et Isabelle n’était jamais parvenue à connaître la raison de ce départ soudain, alors même qu’elle travaillait chez les de Chancey depuis la naissance de Joël.

Leur lieu de rendez-vous habituel était une petite rivière en contrebas du domaine de Belle-Plaine, non loin de la petite maison où vivaient Armande, sa mère devenue veuve et sa sœur cadette Jocelyne. Elles avaient aussi un frère aîné parti faire des études de médecine et qui ne revenait pas souvent sur son île, faute de moyens suffisants.

– Isa…

– Mandy, je suis tellement contente de te voir !!

– J’ai bien pensé à toi, aux enfants… j’ai voulu venir te voir mais ma mère m’a dit que ce n’était pas le moment… en plus, mon frère est là !!!

Le visage d’Isabelle s’éclaira… plus âgé qu’elle de quatre ou cinq ans, elle s’était toujours bien entendue avec Paul et dans le secret de son cœur, avait même un petit faible pour lui depuis quelques années.

– Il a pu venir, finalement ?

– Oui, grâce à l’argent qu’il a économisé. Il va faire un stage de six mois à l’Hôpital Général… Tu imagines !! C’est la joie, « a kaz » !! Il a très envie de te voir…

– Vraiment ? fit Isabelle, ravie. Moi aussi.

– Ma mère organise une petite fête à l’occasion de son retour, ce soir à partir de vingt heures.

– Je viendrai…

– Tu penses que ton père voudra ?

– Mon père ? Il n’est jamais là, c’est Man Adélise qui s’occupe de nous et qui décide de tout… ne t ’inquiète pas, je ne vais sûrement pas rater ça.

Quelques heures plus tard, elle parla de la fête à Man Adélise mais contre toute attente, celle-ci ne parut pas ravie.

– Je ne sais pas si cette invitation plairait à ton père…

– Mais pourquoi ?

– Isa… tu sais bien que ton père n’aime pas te voir traîner avec les enfants du personnel…

– Bernadette ne travaille plus ici… dis plutôt que mon père ne veut pas que je fréquente des nègres…

– Tu le connais déjà…

– Oui et je me fiche de ce qu’il pense ! De toute façon, il n’est jamais là et c’est toi qui t’occupes de moi… donc il n’a rien à dire et il ne dira rien. Il a peur de toi.

Man Adélise ne put retenir un sourire : -ton père ne craint personne…

– Bien sûr que si !! Toi !

Elles éclatèrent de rire. Sacrée Isabelle… !

Le soir venu, Robert, l’un des chauffeurs déposa Isabelle devant la petite maison des Varaut. Sur la terrasse, quelques jeunes gens riaient et buvaient des rafraîchissements. Armande vint accueillir son amie. Elle l’entraîna à l’intérieur dans la cuisine où Bernadette Varaud penchée sur un kanari (marmite) fumant, remuait le plat qui mijotait, un délicieux ragoût de porc, plat préféré de son fils., à l’aide d’une longue cuillère en bois. Sur une table, tout chauds, un plat de riz et un kanari plein de pois rouges odorants. Un beau jeune homme disposait des verres sur un plateau. Il s’arreta net en voyant sa sœur entrer avec Isabelle.

– Isa… c’est toi ? La « petite » Isa ?

– -J’ai dix-huit ans ! Fit-elle semblant de protester

– Ah oui… ça change tout !! se moqua-t-il gentiment avant de l’embrasser sur la joue.

Maintenant assises sur la terrasse, Armande et Isabelle regardaient Paul et ses amis danser. Elles se sentaient un peu mises à l’écart par ces étudiants tous plus âgés qu’elle. A un moment, une fille, très jolie, en robe bustier qui semblait être la cavalière attitrée de Paul (au grand dam d’Isabelle) les toisa et dit à voix haute : -je ne savais pas que tu fréquentais des békés, mon cher Paul… Qu’est-ce qu’elle fait là ?

Paul fusilla Solange du regard : -qu’est-ce qui te prend ?

– il me prend que ces gens-là ne nous invitent pas chez eux, et que je ne vois pas pourquoi, nous, on les inviterait.

Armande s’en méla : -tu es saoule comme d’habitude, hein Solange. ?.tu sais, tu devrais cesser de boire, ça ne te réussit pas !!

– Mandy… laisse tomber murmura Isabelle tandis que Paul, furieux, entraînait Solange d’une main ferme à l’intérieur de la maison… l’esclandre avait jeté un léger froid qui se dissipa bien vite quand quelqu’un mit une biguine entraînante sur le tourne-disque.

– Je suis désolée, Isa… fit Armande ;

– Pas grave, tu l’as dit toi-même, elle était saoule… et puis… elle n’a pas tort.

– Non, c’est vrai, mais ce n’était pas le moment de faire tant d’histoires !!! Solange est une crétine, de toute façon. Et elle boit, en plus ! En fait, c’est une pauvre fille… elle a raté son bac l’année où mon frère l’a eu, elle l’a repassé et elle l’a eu, mais comme elle est tombée enceinte, elle n’a pas pu partir comme Paul et les autres… et maintenant, elle travaille à la poste… et ne s ’occupe pas de son gosse. Elle fume, elle boit et a des tas d’amants…

– C’est triste, finalement et…

– Isa, tu danses ?

Paul était revenu vers elles.

La jeune fille se leva.

– Il ne faut pas en vouloir à Solange… elle est malade. Je l’ai ramenée chez elle… expliqua Paul.

– D’accord.

– Dis-moi, tu danses drôlement bien…

– Je suis Guadeloupéenne !! répliqua-t-elle en créole.

Il lui adressa un sourire éblouissant qui acheva de la faire fondre. Après la danse, ils allèrent prendre le frais sur la terrasse.

–.Alors, reprit Paul, c’est ta dernière année au lycée…

– Oui. Je repasse la deuxième partie du bachot…

– C’est bien. Pas d’études en vue, j’imagine…

– Pourquoi ? Je sais bien que chez des gens comme nous, les filles font rarement des études et préfèrent se chercher un mari, mais pas moi.

– Tu as bien raison… alors tu veux t’orienter vers quelle branche ?

– Je ne sais pas encore… comme j’ai choisi la filière scientifique, peut-être infirmière… ou médecin !

– On sera peut-être collègues, alors.

Elle ne répondit pas mais leva vers lui un regard plein d’adoration qui le surprit et le flatta aussi. Isabelle ne savait pas feindre et, en cet instant, ne le voulait pas. Revoir Paul avait été révélateur pour elle. Elle aimait tout de lui. Son physique, bien sur, mais aussi son intelligence, son humour et cette douceur mêlée de virilité qui émanait de lui. Peu importe qu’il la prenne pour une gamine stupide. Elle l’aimerait pour deux, voilà tout.

– Isa… tu sais que tu es très jolie, dit-il enfin, troublé malgré lui.

Alors, mue par une sorte d’instinct, elle se haussa sur la pointe des pieds et posa maladroitement ses lèvres sur les siennes, s’attendant à être repoussée. Mais il ne chercha pas à s’écarter, bien au contraire. Il prit le visage d’Isabelle entre ses mains et força tendrement le barrage de ses lèvres closes avec sa langue. Isa n’avait jamais rien connu d’aussi… délicieux. Elle ressentait des fourmillements bizarres au niveau du ventre tandis que Paul, qui la maintenait à présent fermement plaquée contre lui, l’embrassait toujours… et ce fut lui aussi qui se dégagea le premier : -je crois qu’on devrait rejoindre les autres…

– Tu as raison, finit-elle par dire, à regret.

Il lui prit la main, et doigts entrelacés, ils rejoignirent les autres sur la piste de danse.

Puis vint le moment de partir, pour Isa.

– Demain, à la rivière, lui glissa Paul, alors qu’elle s’apprêtait à monter près du chauffeur de son père. Quinze heures ?

Isa hocha la tête.

Resté seul, Paul regarda la voiture disparaître dans la nuit puis regagna la maison en se demandant soudain s’il ne venait pas de faire une bêtise.

Deux

– J’ai rendez-vous avec ton frère cet après-midi, annonça Isa à Armande le lendemain matin, alors que cette dernière était venue porter son petit-déjeuner à sa cousine Julie qui était femme de chambre à Belle-Plaine.

Armande la regarda comme si elle avait proféré une insanité : -Isa…

– J’avais hâte de te voir pour te le dire !!!

– Mais… à quel moment… tout ça s’est décidé ?

Armande les avait vu danser ensemble la veille, mais rien de plus, ils s’étaient toujours bien entendus mais elle était persuadée qu’aux yeux de Paul, Isa et elle n’étaient que des gamines…

– Hier soir. On s’est même embrassés !!

– Isa… tu sais que si ton père l’apprend, il sera furieux ? Et Paul risque d’avoir des ennuis.

– Mandy, arrête !! On n’est plus au temps de l’esclavage… et mon père se fiche bien de ce que je fais et avec qui je le fais…

– Tu crois ? répliqua Armande, sceptique.

– Mais bien sûr !!!

– Toi… et Paul… j’aurais dû m’en douter, tu m’as tellement parlé de lui, dernièrement…

Les deux filles furent interrompue par le bruit des sabots d’un cheval. C’était Maxime de Chancey qui faisait sa promenade matinale.

– Déjà dehors, Isabelle ? fit-il sèchement.

Celle-ci ne se laissa pas démonter. Elle n’avait pas peur de ce père qu’elle voyait à peine : -je suis en vacances, Père.

A sa grande surprise, Maxime n’insista pas et son regard se posa sur Armande. Un regard lourd, presque concupiscent, qui déplut aux jeunes filles et mit particulièrement Armande mal à l’aise. Mais il se détourna et remonta à cheval : -ne sois pas en retard pour le déjeuner, Isabelle, dit-il avant de partir.

Pas mal cette petite songea-t-il en regagnant les écuries… en général, il évitait les filles si jeunes, mais il était persuadé que s’il la payait, elle se laisserait faire. Blanches ou Noires, elles étaient toutes pareilles… Mais pour l’heure, c’était une vraie femme qui l’intéressait. Solange, une splendide négresse dont le seul défaut était de boire un peu trop. Mais au lit, un vrai volcan.

– Je suis désolée, Mandy… fit Isabelle une fois que son père se fut éloigné.

– Désolée de quoi ?

– Tu sais bien…

– Isa, ça n’a aucune importance, je t’assure.

– Pour moi si.

– Il ne s’est rien passé…

– Mon père est un porc. Je le sais, j’ai entendu ta mère le dire une fois à Man Adélise.

Bien entendu, tout le monde à Belle-Plaine et aux alentours connaissait la réputation de chaud lapin qu’avait Maxime de Chancey.

– Promets-moi une chose, Mandy. ; reprit gravement Isabelle… si jamais un jour mon père… s’en prend à toi, dis-le moi.

– Isa… il ne me fera rien… j’en suis sûre. Ton père n’est quand même pas un monstre ;

– Je n’en sais rien. Je me rends compte qu’en fait, c’est un inconnu pour moi…

Armande la regarda sans répondre, le cœur serré par la tristesse infinie qu’elle lut soudain sur le visage de son amie. En fait, elle se rendit compte que Isa était beaucoup plus à plaindre qu’elle finalement.

L’après-midi, comme convenu, Isabelle retrouva Paul près de la rivière qui coulait en lisière du domaine de Belle-Plaine. Elle le vit la première, assis sur un rocher et les battements de son cœur s’accélérèrent.

– Paul…

Il tourna la tête, la regarda, sourit. Et bientôt, elle fut dans ses bras, les lèvres de Paul cherchant les siennes, ses mains caressant son visage, son cou, sa poitrine… un instant, il suspendit son geste : -Isa… je pense qu’il vaut mieux qu’on s’arrête là.

– Non !! répondit fermement Isabelle et elle se colla contre lui. Elle osa même lui caresser la poitrine tandis qu’il posait ses lèvres ourlées sur un de ses seins menus. Isabelle n’avait jamais rien connu d’aussi délicieux. Mais Paul s’écarta. A regret.

– Isa, je pense vraiment qu’il faut qu’on arrête… fit-il d’une voix rauque, mais pleine de fermeté.

– Paul, je suis au courant de ce qui peut se passer entre un homme et une femme, tu sais… je m’informe

– Ok… mais pas comme ça… pas ici…

Il remit sa chemise et elle rajusta les bretelles de sa robe mais le regard qu’ils échangèrent était lourd de désir. Et Paul sut à son tour qu’il était tombé amoureux d’Isabelle.

Les vacances étaient terminées.

Isabelle se retrouvait, une année de plus, dans la cour, comme des dizaines d’autres filles en uniforme comme elle… elle allait entamer, enfin, sa dernière année de lycée après avoir refait son année précédente et l’espace d’un instant, elle regretta de ne pas avoir travaillé davantage pour ne plus être là, parmi ces filles de bonne famille bruyantes, heureuses de se retrouver et de se raconter ces trucs idiots dont ce genre de filles avaient le secret. Elle songea à Armande, d’un an plus jeune qu’elle, qui effectuait sa rentrée à Pointe à Pitre. Elle songea à Paul qui, dans trois mois, allait repartir. Il ne le savait pas encore, mais sa décision était prise. Après son bachot, elle ferait médecine et irait le rejoindre à Bordeaux.

Pourvu que cette année scolaire passe vite.

Maxime fit rouler le liquide ambré sous sa langue. Sec et fruité. Parfait...

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