Les balades de Clodomir Selvius

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L'Histoire est-elle un balbutiement répétitif ? Sisyphe sur sa montagne s'est longtemps, très longtemps posé la question. Clodomir Selvius ne se pose pas cette question. Pas encore. Il traverse le temps, son temps, celui du vingtième siècle. Dans cette course effrénée, il rencontre des femmes, des hommes qui sont des acteurs, des témoins ou simplement des victimes de l'Histoire. Chaque rencontre de ce calendrier séculaire est l'occasion de s'interroger sur ce qu'est l'humanité pour un individu quand il est confronté à des événements qui lui échappent. Et parfois se répètent. À l'infini ? À moins que Clodomir Selvius ne franchisse que le vingtième siécle...
Publié le : mercredi 1 février 2006
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EAN13 : 9782748162622
Nombre de pages : 217
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Les balades de Clodomir Selvius
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Lionel Robin Les balades de Clodomir Selvius
ROMANLe Manuscrit www.manuscrit.com 13
LE S B A L A D E SD ECL O D O M I RSE L V I U S
© Éditions Le Manuscrit, 2005 20, rue des Petits Champs 75002 Paris Téléphone : 08 90 71 10 18 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com
ISBN : 2-7481-6263-3(fichier numérique) ISBN : 2-7481-6263-3(livre imprimé) 14
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Le sable s’éprend du temps. Le roi fatigué maudit son royaume. Habillée de poussière immortelle, la pierre roule, roule, roule.
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AVRIL 1946 La mer. Les vagues une à une s’écrasent sur les rochers. Les galets roulent bruyamment. Portés par les vents du Nord, le flux et le reflux semblent inlassables. L’écume bouillonnante retombe avec fracas sur la tête de poissons indifférents. Avant de s’arrêter en bout de ligne, le train couine drôlement, lançant à des voyageurs fatigués un signal chaotique de l’arrivée. L’énorme machine noire émet un jet de vapeur. Un souffle septentrional balaye le quai. Quelques personnes, ombres si peu présentes, attendent. La locomotive dans un grand claquement de freins stoppe. Les portes des wagons s’ouvrent. Des hommes, des femmes, vieux et jeunes, des enfants, tous plus ou moins chargés de bagages, descendent, leurs corps éprouvés par les incessants soubresauts du voyage. Les pieds de Clodomir Selvius tâtonnent sur le marchepied. Il ne porte qu’une petite mallette en cuir marron. Il n’est là que pour la journée. Normalement. Mais est-ce que l’on sait le temps qu’on passe quelque part ? Passer, juste le temps nécessaire. Le quai lui semble froid. Clodomir Selvius vient ici pour la première fois. La dernière aussi, l’espère-t-il. Comme chaque jour à cette heure-ci, des nuages gris et lourds survolent la ville. La petite cité côtière est triste, c’est son air habituel. Pas de passé, pas d’avenir, elle ne vit qu’un présent dépouillé. Clodomir Selvius la traverse sans rien voir. Il cherche un hôtel au cas où il devrait passer la nuit ici. Il préfère être prévoyant. La vie, sa vie, lui a joué de si vilains tours. Au bout d’une demi-heure,
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il dégote un petit ‘’une étoile’’ avec bien sûr une imprenable vue sur la mer. A une réceptionniste ronde et rose, il réserve une chambre sans la visiter. Il ressort. De frais embruns lui fouettent le visage. Il jette un regard circulaire sur la plage de galets. Des badauds, rares, se promènent sur le front de mer. Des mouettes s’approchent par à-coups des poubelles des restaurants. Elles chipent des détritus et s’envolent à tire-d’aile, en craillant. A droite, à gauche, les falaises dominent la ville aux toits rouges. Elles surplombent d’une bonne trentaine de mètres la mer grise. Elles enchâssent, étouffoir crayeux, la petite cité côtière. De la terrasse du café où il s’est installé, Clodomir Selvius les contemple. Il sirote un ballon de rouge. Il a froid comme toujours lorsqu’il voyage. Il est toujours en voyage. Il y a bien longtemps déjà qu’il a oublié sa propre chaleur. Il ne s’en préoccupe plus. Ses yeux cherchent un indice quelconque au sommet des deux falaises. Le vin trop âpre lui laisse la langue pâteuse. Il paye son verre et se lève en soupirant. Le chemin est étroit bordé de verdure rase. La terre, mêlée de sable, s’effrite sous les pas. Le vent est de plus en plus fort. Clodomir Selvius marche difficilement. Avec l’oisiveté de ces derniers mois, il a perdu l’habitude de l’effort. De temps en temps, au détour d’un virage, il aperçoit, à l’entrée d’un terrier le bout d’une queue blanche et douce d’un lapin. Il progresse sans précipitation. Il a encore du temps devant lui. La morsure venteuse lui rougit le visage. Son imperméable kaki se colle à ses jambes. Il s’arrête un instant pour souffler. Ses cheveux volettent autour de ses yeux. Il s’interroge. A quoi bon obéir encore à des ordres
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