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Les Bouzites sauvages

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L’enfance de Daniel Le Faou en Sud-Finistère, dans les années 50, a été bercée par les légendes que les anciens racontaient durant les longues veillées d’hiver ; ses nuits ont souvent été hantées par l’Ankou, l’artisan de la mort qui parcourait la lande bretonne sur sa charrette grinçante.

Le funeste faucheur au large chapeau aimait jouer avec les vivants. Il savait s’échapper de là où on avait cru le voir, pour mieux apparaître là où on ne l’attendait pas.

Certes plus moderne, mais toujours rusé, et multiforme, L’Ankou continue à rôder aujourd’hui parmi nous.

Il ne gagne cependant pas à coup sûr !

L’échec le guette, lui aussi.

Les lois de la physique, la maladresse, l’impatience, les circonstances du moment, ou tout simplement le hasard, parviennent de temps en temps à contrarier ses desseins, voire à les inverser.

C’est du moins ce qu’a pu constater l’auteur au cours de ses rêveries, le temps d’une longue convalescence sur le fameux Holeberg, où viennent sereinement s’éteindre une à une les bouzites sauvages.


Daniel Le Faou, ingénieur mécanicien de formation, exerce la profession de conseil en brevets d’invention. Son écriture mêle avec bonheur rigueur et imagination, dans un style qui reflète son humour bigouden, si particulier.

Sa fille Catherine, diplômée des Beaux-arts de Rennes, a illustré l’ouvrage de manière originale et très personnelle.


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ÉCLOSION FATALE
– Grand Papy,pourquoi tu l’appelles la « Fleur du Daho-mey» ? Cette interpellation déclencha un soulèvement depaupières chez l’interpellé, Valentin Marec. Celui-ci étaitpaisiblement vautré dans sa bergère cossue, en cette douce soirée deprintemps dont la tiédeur, il est vrai, favorisait l’assoupissement. La fleur enquestion n’étaitpas vraiment une fleur, en cet instant du moins. Il s’agissait d’unepl ante d’un mètre de haut environ, à feuilles larges etglauques, harmonieusement réparties autour de la tige. Sonport était hautain. La « fleur » trônait sur une table basse, au beau milieu du salon. Dressée et cambrée au-dessus de sonpot en terre cuite, elle semblait narguer les trois représentants de l’espèce humaine qui lui tenaient compag: lenie, à savoir précité Valentin Marec, nonagénaire maître des lieux, Guillaume, son arrière-petit-fils âgé de neuf ans, et auteur de laquestion, ainsi qu’Agnès, adorablepetite femmequi était tout à la fois fille dupremier etgrand-mère du second. – Parcequ’elle vient du Dahomey,pardi ! finitpar répondre monsieur Marec, de sa voix chevrotante.
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– Quelle drôle de fleur ! Elle n’apas depétales ; seulement des feuilles !poursuivit legamin. Ce constat agaça le vieillard, et déclencha en lui une réac-tion convulsive où se mêlaient hoquet, toux et rires. – El l e en aura bientôt, despétal es. Tu vas voir, P’tit Guil -laume, elle va éclater ce soir, ma fleur, enfin ! clama Valentin, soudain exalté, à demi relevé hors de son fauteuil, au bord de la suffocation. – Calme-toi,papa, ne te mets doncpas dans un étatpareil. Ce n’estqu’uneplante, après tout ! intervint Agnès enposant gentiment une main sur le front de son vieuxpère, tout en le rasseyant. L’aïeul s’apaisa, et retrouva rapidement l’état de semi-somnolence d’où on l’avait sorti. Estimantque sonpetit-fils avait droit à une explication, Agnès s’approcha de lui et luiglissa à l’oreille : – Tu sais, c’est une vieille histoire ! « Ilya bien longtemps, tes arrière-grands-parents firent un grand voyage en Afrique. Sur un marché du Dahomey, un paysqui aujourd’hui s’appelle “le Bénin”, un vieux sorcier leur vendit cetteplante. Il leurpromitqu’elle donnerait une fleur magnifique, dotée de vertusparticulières. Il ajoutaqu’il leur faudrait cependant être trèspatients avant depouvoir l’admirer. Puis il s’éclipsa, dans ungrand éclat de rire. Cette attitude les intrigua beaucoup. Laplante est rare. C’est une espèce d’arum sauvage,qu’on ne trouvequ’en une zone bien délimitée d’Afrique. Après bien des recherches,j’ai finipar en trouver trace dans une encyclopédie spécialisée. Elle ne fleuritqu’une fois dans sa vie, au bout d’unequarantaine d’années. Grand Papy pense que c’est pour ce soir.
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Un pour Un
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