Les Coeurs tigrés

De
«J'étais à peine entré dans la salle des grandes urgences que déjà le diagnostic me sautait aux yeux.
Le malade suffoquait. À demi assis sur la civière, la tête tournée à droite, le visage angoissé et souffrant, il posait la main gauche sur son thorax découvert. Il fléchissait les jambes sans doute pour mieux soutenir les muscles de la respiration. À son côté, une Augustine se penchait sur son bras droit pour y fixer la perfusion intraveineuse.
Je ne savais pas à ce moment que ce tableau reviendrait me hanter et me resterait longtemps gravé dans la mémoire.»
En 1965, un jeune cardiologue de l'Hôtel-Dieu doit faire face à une nouvelle maladie mortelle qui sévit uniquement à Québec. En 1665, Jean de Bonamour, premier médecin à pratiquer en Nouvelle-France, affronte des cas d'hydropisie sévère dont il ignore l'origine.
En juxtaposant deux moments distincts de l'histoire et en s'inspirant de la controverse liée à la bière Dow, Yves Morin signe un roman historique efficace aux allures de thriller médical où l'on suit en parallèle les difficultés que connaissent les deux médecins à trois siècles d'intervalle.
Yves Morin a été cardiologue à l'Hôtel-Dieu de Québec. Il a aussi été doyen de la Faculté de médecine de l'Université Laval. Il est Officier de l'Ordre du Canada, Officier de l'Ordre national du Québec et Chevalier de l'Ordre national du Mérite (France).
Publié le : mardi 27 septembre 2011
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EAN13 : 9782896646579
Nombre de pages : 452
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Yves Morin
LesCœurstigrés
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classique
Hamacclassiqueest sous la direction de Louise Melançon et Éric Simard
Direction littéraire : Éric Simard Révision : Fleur Neesham Correction d’épreuves : MarieMichèle Rheault Mise en pages et maquette de la couverture : PierreLouis Cauchon Illustration de la couverture : Francesco Iacurto.Vue de l’hôpital et du monastère de l’HôtelDieu de Québec. 1938. Huile sur toile. Monastère des Augustines. Illustration de la page 428 : Musée de la Civilisation, bibliothèque du Séminaire de Québec. Sennert, Daniel, 15721637.Danielis Sennerti Vratisliensis… Operum in quinque tomos divisorum: I.A. Huguetan & M.A.. Editio novissima… Lugduni Ravaud, 1666. Page de garde des tomes 35. QMUCSQ000191 Loc. :178.8.3 Idra Labrie, Perspective, Photographe.
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Pour Marie
Mon cœur est rompu L’instant ne le porte plus
Anne Hébert,Œuvre poétique
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’étais à peine entré dans la salle des grandes urgences J que déjà le diagnostic me sautait aux yeux. Le malade suffoquait. À demi assis sur la civière, la tête tournée à droite, le visage angoissé et souffrant, il posait la main gauche sur son thorax découvert. Il fléchissait les jambes, sans doute pour mieux soutenir les muscles de la respiration. À son côté, une Augustine se penchait sur son bras droit pour y fixer la perfusion intraveineuse. Je ne savais pas à ce moment que ce tableau reviendrait me hanter et resterait longtemps gravé dans ma mémoire.
La respiration rapide et laborieuse du malade, nettement perceptible en raison du bouillonnement de râles qui l’accompagnait, emplissait la salle. L’interne du service, Ernest Duplin, jeune Français récemment arrivé à Québec dans le cadre de programmes d’échanges assez populaires à l’époque, était à demi levé de sa chaise, incertain, ne sachant trop s’il devait se mettre au gardeàvous comme il le faisait en France devant ses patrons ou s’il devait rester négligemment assis comme le faisaient ses confrères québécois. « C’est un œdème aigu du poumon », m’atil dit. Un œdème aigu du poumon ! Un des tableaux les plus dramatiques qu’on puisse rencontrer aux urgences. Un des syndromes les plus terrifiants pour le malade. Celuici se présente comme un « noyé interne ». Son cœur flanche, les
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alvéoles de son poumon sont inondés d’un liquide séreux qui l’étouffe littéralement et dont le tropplein s’expulse par la bouche en sérosités abondantes, mousseuses, appelées « expectorations spumeuses » et qui sont caractéristiques de la maladie. « Il est jeune pour un œdème pulmonaire, aije dit à Duplin. — M. Tremblay a trenteneuf ans et… » Duplin s’apprêtait à me lire son observation. Je l’ai interrompu : « Le diagnostic me semble assez clair, nous verrons cela plus tard. Allons directement au traitement. Qu’astu fait jusqu’à maintenant ? » Mon tutoiement l’a fait sourciller. Je tutoyais déjà les internes québécois, me suisje dit, je n’allais tout de même pas commencer à vouvoyer les internes français dans le même service. J’ai persisté : « Alors, quel est ton plan de traitement ? — J’ai déjà démarré les diurétiques et la digitale. » Les diurétiques forcent le rein à éliminer le surplus de liquide du poumon. Déjà à cette période, en 1965, nous dis posions de nouveaux diurétiques puissants qui ont vraiment transformé le traitement de l’œdème du poumon. La digitale de son côté fortifie le muscle cardiaque dont l’affaiblissement est précisément à l’origine de la maladie. « Et la morphine, lui aije demandé ? — Il a déjà reçu la moitié de la dose. » La morphine brise le cercle vicieux qui entretient et aggrave l’œdème du poumon. Plus le malade est anxieux, plus il s’agite, et plus il suffoque. M. Tremblay, notre malade, ne faisait pas exception : tendu, le front couvert de sueur, il nous fixait intensément tout en appliquant toutes ses forces à sa pénible respiration. « Donnelui le complément de sa dose par voie intravei neuse, tout de suite, lentement… »
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