Les confidences de Mbane

De
Ouvrage des Editions Salamata coédité par NENA.

Pourquoi « les confidences de Mbane » ? Il s'agit de présenter ici une société en crise, pour avoir rompu les liens de sa tradition au contact de la culture occidentale, voire coloniale. De dire ses profondes mutations et son degré de perversion. Ecrits en 1965, les événements décrits demeurent toujours actuels, aggravés par les capacités de louvoiement de l'homme moderne.
Publié le : samedi 19 septembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782370151346
Nombre de pages : 344
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Extrait
Chapitre I

Avant la pénétration française, le Oualo était une province riche en histoire. Grâce au Fleuve Sénégal, qui était son Nil, le Oualo connut une indiscutable prospérité.
Ses terres lui assuraient, à côté du Djoloff, du Cayor, du Baol et du Sine, une richesse dont parlaient déjà les explorateurs du XVème siècle.
Au moment des guerres provinciales ou de libération, quand frères et cousins allaient combattre avec Lat-Dior dans le Cayor, avec Bourba Djoloff ou avec Elhadj Omar, les héros du Oualo étaient sur le champ de bataille.
Les mères mettaient au monde les futurs bâtisseurs d’un Oualo nouveau. Un Oualo qui, naguère, exista dans le tumulte des querelles provinciales, sans jamais être victime des exodes qui dévastèrent le Baol ou le Djoloff.
Si le Oualo n’avait pas eu ses guerriers, il n’aurait pas pu survivre. Jamais il n’y eut tant de labeur et autant de nuits sans sommeil : tantôt le Collé était sur le point de tomber aux mains du roi du Trarza, tantôt il fallait se défendre d’une invasion ou du Bourba Djoloff et de ses acolytes ou de l’Almamy du Fouta. De toutes parts, le Oualo se trouvait, chaque jour menacé.
Jamais plus l’on ne verra tel cultivateur sarclant d’une main, le fusil dans l’autre. Jamais plus l’on ne verra tel peuple de mères et d’enfants désolés; jamais plus tel silence et tel oubli autour de ceux qui firent couler leur sang pour le bien de la province et celui de la terre Sénégalaise. Et pourtant, jamais il n’y eut tant de joie et de vie dans le cœur de chaque Oualo-Oualo.
C’était les bons moments disent les anciens ! En ce temps-la les guerriers avaient le cœur noble. Ils savaient qu’ils finiraient leurs jours dans des hécatombes. Ils bravaient la mort; croyant à leur immortalité, sans se soucier de ce que la postérité retiendrait d’eux.
Qu’était-ce que mourir ? Mourir en guerriers, en Oualo-Oualo, était, pour eux, une belle mort que, plus tard, les cordes des griots feraient entendre aux auditeurs attentifs. C’était cela l’immortalité !
Ainsi périrent trois compagnons : Brack, Dawdine et Moussé Sarr Fary Diop dont les griots n’eurent cesse de chanter les exploits.
Ainsi d’autres périrent à Témèyé. La mort de ces braves a laissé des champs stériles, fauché des épis verts. Tous les jours on prévoyait de nouveaux cercueils; les femmes se préparaient au deuil et les enfants à être orphelins.

Ces péripéties font penser aux ravins de Ronceveaux, aux victoires de Tilsit, à la campagne d’Egypte ou à la veillée d’Australie. Tout comme le dernier Mardi de Nder, rappelle le désastre de Waterloo !
A chaque pas sur la terre du Oualo, on marche sur des débris humains comme au Cayor, chaque traverse de rail représente la tombe d’un Cayorien.
Aujourd’hui, guidés par les sages, les enfants du Oualo, regardent le passé comme un mirage et contemplent l'avenir comme un rêve. Ils doutent et espèrent. Le présent, pour eux, n’est qu’une cloison entre le passé et l’avenir. Du passé, ils ne voient qu’un siècle à jamais détruit; un passé sanglant, de défaite, sans doute, mais aussi de victoire.
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