Les contes du Thalys

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Deux amis prennent le train pour Cologne, au départ de Paris. Une fois installés dans le compartiment, ils entreprennent de se raconter des histoires. Les autres voyageurs écoutent, subjugués, et se mettent à raconter leurs propres histoires pour égayer le trajet. Lors des différents arrêts sur la ligne, les occupants en descendent remplacés par d'autres, lesquels racontent à leurs tours des histoires cocasses, fantastiques, policières, d'amour etc...Cependant, alors que le train roule vers sa destination, survient un incident qui pourrait mettre en péril la vie des voyageurs.
Publié le : vendredi 1 avril 2016
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EAN13 : 9791026204749
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Giorgio Fontanari

Les contes du Thalys

 


 

© Giorgio Fontanari, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0474-9

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Prologue.

 

 

J’ai toujours eu horreur de la précipitation.

Calme et pondération, c’est ma devise.

Mais quel hasard sournois m’en a fait détourner ?

J’étais assis sur un banc de la gare de G… à attendre comme tous les jours de la semaine, le train qui m’emmènerait à B… J’étais considérablement à l’avance, en face, sur l’autre quai se trouvait une jeune fille aux cheveux noirs. Elle était assise de même sur une banquette, le buste bien droit. Le bas de son imperméable ouvert laissait voir une paire de jolies gambettes, qu’une jupe à plis barrait à mis cuisses.

Ce n’était pas la première fois que je la voyais, sa présence régulière au même endroit et à la même heure m’avait frappé. Je m’étais mis à l’observer, d’abord distraitement puis de jour en jour avec plus d’insistance. Elle ne paraissait pas s’apercevoir que je la reluquais ainsi sans vergogne.

Cette façon de draguer peu conventionnelle, laissait peu d’espoir à ma prétention romanesque, bien que dans mon for intérieur, j’augurais que cela fut possible.

Qui était-elle ? Où vivait-elle ? Quelqu’un partageait-il son existence ? Qu’elle était sa profession ? Toutes ces questions amenaient une foule d’hypothèses, j’imaginais des tas de scénarios des plus alambiqués à son sujet.

Parfois, quand les sièges étaient occupés par les banlieusards, elle faisait les cent pas sur le quai, je la singeais de mon côté. Elle marchait les bras ballants son sac à main en bandoulière, ses longues jambes lui faisaient une démarche féline, ses longs cheveux noirs flottaient au vent.

Elle dut se rendre compte de mon manège, car elle se mit à m’observer à la dérobée du coin de l’œil.

Les jours suivants, j’entrepris de la fixer avec plus d’intensité. Elle affecta un semblant d’agacement à mon comportement, je devinais qu’en fait, l’intérêt que je lui manifestais la troublait. Je m’aperçus qu’elle prenait goût à cette joute visuelle, elle plantait son regard dans le mien avec l’air de vouloir me sonder. On se jaugeait par ce biais. Parfois nous demeurions captifs l’un de l’autre par la vigueur de notre acuité visuelle, comme l’auraient fait nos membres entrelacés.

À partir de là, c’est elle qui briguait ma présence parmi le flot des navetteurs. À peine surgissait-elle du passage souterrain que ses orbes oculaires se fixaient sur ma personne, je m’en délectais. Un jour, aux fins d’éprouver mes conclusions, je me cachais derrière un panneau d’affichage, elle paraissait désorientée et déçue, j’avançais de quelques pas, elle sembla soulagée en me voyant et esquissa un sourire, je le lui rendis.

Nos retrouvailles quotidiennes s’étoffaient d’importance. Nous étions heureux de nous retrouver ainsi simplement face à face séparés par les infranchissables aiguillages. Et cela paraissait suffisant à nos émois. Avec le temps, on en vint à échanger des petits signes de connivences, un langage de sourd muet que nous seuls pouvions comprendre. Une chose me turlupinait cependant, le soir quand je rentrais du boulot jamais je ne l’apercevais sur l’autre quai, prenait-elle un train plus tôt ou plus tard ? J’aurais tant aimé pouvoir la coudoyer dans le passage souterrain au sortir de la gare. Tôt le matin je me mis en faction à plusieurs reprises croyant ainsi la surprendre, mais sans succès. Paradoxalment quand j’émergeais sur le quai, elle était déjà présente à sa place habituelle, cela relevait du mystère.

Je résolus d’enfreindre nos accords tacites, et courir la rejoindre pour exprimer mes sentiments, mais quelque chose de vague m’en empêchait, comme une sorte de mauvais pressentiment.

Un matin cependant, après avoir échangés avec elle des regards énamourés, je surmontais mon appréhension, et me précipitais avant que nos trains n’arrivent en gare. Devinant mes intentions, je vis l’angoisse tordre son visage, elle me faisait des signes de désapprobations. Le passage souterrain enfilé au pas de course résonnait du vacarme de la locomotion, je grimpais les marches quatre à quatre, et émergeais sur le quai juste au moment où le train s’arrêtait. Ses yeux affolés allaient et venaient de ma personne à la porte d’accès à une voiture. Un flot de voyageurs déferla sur le quai, elle se noya dans la masse, je m’élançais pour l’empêcher d’atteindre le marchepied. C’est alors que l’impensable se déroula devant mes yeux incrédules. Un jeune homme descendu du train entreprit de l’enlacer en posant sur ses lèvres un baiser possessif, elle me regardait du coin de l’œil. Il passa un bras autour de son épaule et l’entraîna à sa suite, ils passèrent près de moi à me frôler. La jeune fille me lança un regard chargé à la fois de reproches, de compassion et d’impuissance.

Je ne la revis ni le lendemain, ni les jours suivants. Elle avait cessé d’attendre, un autre plus habile m’avait devancé, seul resterait le souvenir de mes vaines espérances.

 

***

 

Les contes du Thalys. Thalys story.

 

 

Jaouën Lelouarn, psychiatre de son état, avait été invité à un congrès orchestré par le Psychiatric Institute de Köln. On allait y débattre de pathologie concernant les phobies. On disserterait d’agoraphobie, acrophobie et autres nosophobies. En bref à tout ce qui touche aux peurs irraisonnées où disproportionnées par rapport aux dangers potentiels où subjectifs.

Sa peur à lui était de voyager seul. Ajoutons aussitôt, par souci de s’ennuyer.

Aussi pria-t-il un sien ami, un dénommé pasquin Lanturle de l’accompagner pour ce long trajet. Pasquin était de commerce agréable, et sa bonne humeur déteignait sur ceux qu’il côtoyait. Tous deux se connaissaient de longue date, ils avaient pratiquement grandi ensemble et fréquentés les mêmes cours sur les bancs de l’école, plus tard chacun opta pour une profession différente dépendante de leur bagage intellectuel. Jaouën ne jurait que par Sigmund Freud, Pasquin plus indécis avait tâté d’une multitude de métiers, le dernier en date était maître- coq dans une gargote des bords de Seine. Toutefois, cela ne les empêchait pas de se retrouver avec plaisir et faire les quatre cents coups à l’occasion.

Vous ai-je dit que Jaouën, natif de Bretagne, s’était installé à paris pour exercer sa profession ?

La gare du Nord bourdonnait telle une ruche.

Les deux amis parmi d’autres voyageurs se hâtaient d’atteindre le quai correspondant.

Le thalys, en fauve prêt à bondir, attendait le signal du départ.

Les deux compères accédèrent au wagon portant le nº adéquat, et s’empressèrent d’occuper l’emplacement qui leur était réservé, tout en se débarrassant des lourds manteaux qu’ils avaient revêtus, on était en janvier, et un vent froid venu du nord, vous glaçait les os jusque-là moelle.

Le train se mit en branle et prit rapidement de la vitesse. Bientôt le décor urbain fit place à un paysage figé dans un voile lactescent.

Les deux amis échangèrent des banalités, tout en jetant un œil aux autres voyageurs occupant le wagon. À l’opposé se tenait un couple de septuagénaires devisant à voix feutrée. Ils avaient l’un envers l’autre des gestes de tendresse. À côté d’eux, près de la fenêtre, était assis un jeune homme au teint basané, l’œil rivé sur la perspective.

Jaouën avoua sa perplexité à propos de ces réunions de barbacoles. Pasquin, répondit que c’était les aléas du métier. La conversation glissa sur des considérations littéraires.

« Je fréquente assidument le commerce de bouquinerie, je suis tombé récemment sur un recueil de contes. L’un d’eux a suscité mon intérêt. Je peux t’en faire le récit, proposa Pasquin. »

Jaouën Lelouarn acquiesça, ajoutant que cela ferait agréablement passer le temps.

Pasquin adoptant une position confortable sur son siège, se mit à raconter ce qui suit :

 

Le crime parfait.

 

Konnart releva le col de son imperméable élimé. Un froid crachin tombait noyant la perspective et l’autobus d’où il était descendu s’éloignait brinquebalant.

Konnart se dirigea vers une gare de banlieue dont la façade s’étageait en briques lépreuses, pénétra dans le hall, alla consulter un panneau indicateur, et choisit la destination qui lui parut la plus appropriée, puis demanda au guichetier un aller-retour pour Tognebas, il alla ensuite attendre sur le quai correspondant.

Les usagers se limitaient à un couple qui patientait sous un précaire abri.

À travers le rideau de pluie, des luminaires cherchant vainement à trouer les ténèbres se balançaient au gré du vent.

Ce mois de novembre n’en finissait plus de dégoutter son chagrin.

Les haut-parleurs grésillèrent ; une voix nasillarde annonça l’arrivée d’un train.

Konnart grimpa dans un wagon des premières, fit coulisser la porte d’accès, visualisa les places vacantes et s’installa. Il extirpa de sa poche un paquet de gitanes.

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