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Les courses ou la vie

De
133 pages

Chassé-croisé de nouvelles en boucle. Chassé-croisé de personnages, tous seuls. Portrait d'une société de la communication qui a inventé la solitude et l'incompréhension. Un hymne aux femmes, qui m'énervent tant parfois mais que toujours je pardonne.

Publié par :
Ajouté le : 17 juin 2011
Lecture(s) : 44
EAN13 : 9782748110463
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Les courses ou la vie
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748110471 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748110463 (pour le livre imprimé)
Aude Bach
Les courses ou la vie
NOUVELLE
LES COURSES OU LA VIE
I
Non la vie de Sarah n’était pas vide, ni d’intérêt ni de sens. Les journées étaient rythmées de tâches qu’il fal lait chaque jour refaire, que Sarah se devait de refaire, qu’elle connaissait par cœur, et dont pourtant elle ne se lassait pas. Car toujours le résultat la surprenait par sa magie. Ainsi cette assiette sale, graisseuse, qui lui rappe lait qu’une fois de plus elle avait mangé trop riche, quel plaisir elle avait à la tremper dans l’eau savonneuse pour la faire taire et lui redonner l’aspect raffiné de la porcelaine. Victorieuse elle contemplait alors la vaisselle luisante dans les rayons solaires, et qui se séchait nonchalamment, pu rifiée. Comme si rien ne s’était passé. Il fallait alors bien sûr nettoyer l’évier.
Elle passait d’une pièce à l’autre, et avec elle la lu mière, la paix. Elle se trouvait fée, et se retournait par fois pour voir si ses pas ne laissaient pas des empreintes de poussière d’or sur le sol luisant du bonheur d’être propre. Oui elle était le bon génie de cette maison, le tout blanc, l’ennemi de la crasse. Tandis queLuifaisait le chemin en sens inverse le soir, noircissant et souillant le sanctuaire. Le génie noir qui laissait des empreintes boueuses, même lorsqu’il ne pleuvait pas.Luiqui s’obstinait sadiquement à mettre ses pantoufles dans la chambre, ce qui supposait qu’il dût traverser tout l’appartement avec ses chaussures aux pieds.
8
Aude Bach
Cela n’était pas sans lui rappeler ce qu’on lui avait dit du Yin et du Yang. Un jour, elle avait acheté en cachette un petit insigne du symbole noir et blanc, qu’elle avait discrètement piqué sur l’envers de son manteau. Sur la partie blanche, elle avait gravé son initiale. Mais qui était le Yin et qui était le Yang déjà ? Elle avait encore oublié. Elle oubliait facilement, ce qui l’obligeait à noter les choses, mais offrait l’avantage de ne laisser aucune prise à la lassitude.
Elle conservait toutes ses notes, qu’elle copiait tou jours en double de manière à garder une copie de toutes traces écrites, car elle se disait qu’elles seraient précieuses aux générations à venir pour comprendre comment on vivait à son époque. Ses lettres, ses notes, ses relevés de comptes étaient soigneusement rassemblés dans de jolies boîtes à gâteaux secs en métal qui elles aussi auraient sans doute leur heure de gloire.
Lorsqu’elle avait un moment, ce qui était rare car la maison ne lui laissait guère de liberté, elle piochait une boîte au hasard, l’ouvrait, et y repiochait au hasard encore, un papier. Alors elle le lisait à voix haute avec fierté :
« Chère amie,
La circonstance m’amène à vous appeler ainsi, car le malheur rap proche. C’est un moment bien difficile à passer, mais nous serons là pour vous soutenir, même si lui n’est plus là, justement. Peutêtre êtesvous croyante, ce que je vous souhaite car cela aide bien dans des moments pareils. Dans ce cas, pensez qu’il vous regarde en ce moment même, qu’il est assis à côté de notre seigneur Jésus Christ, et qu’il sourit. C’est donc qu’il n’est pas malheureux, car sinon il ne sourirait pas.
Je vous présente cependant toutes mes condoléances,
bien à vous, votre Sarah »
9
Les courses ou la vie
A qui diable avaitelle adressé cette lettre de condo léances ? Elle ne voyait pas du tout de qui il s’agissait. Probablement une connaissance éloignée.
Elle aimait beaucoup les lettres de condoléances. Elle pensait que le malheur grandit celui qu’il frappe, mais aussi celui qui réconforte. Elle ne manquait donc jamais une occasion.
Un jour elle aussi recevrait des lettres de condo léances. Les gens lui parleraient gentiment, on chuchote rait sur son passage, on s’inclinerait devant son malheur, elle serait une personne importante… sûrement.
Parmi toutes les tâches ménagères, celle qui avait les faveurs de Sarah était le rangement du linge propre. Elle ramenait sur le lit conjugal le linge propre et séché dehors au soleil, qu’elle jetait en un tas informe, volontairement. Plus le tas était gros et plus il y avait de plaisir à le contem pler, car elle savait qu’elle en viendrait pourtant à bout, il n’en pouvait être autrement. Cependant, il arrivait que le hasard lui mît dans les mains une chaussette : à elle alors de trouver la seconde dans le tas serpenteux du linge. Elle redoutait ces momentslà, car elle en ressentait à chaque fois la même angoisse. Elle avait peur, puisqu’il faut appe ler la peur par son nom, peur de ne pas trouver la seconde chaussette. Nerveusement, elle fouillait le tas, se disant pour se rassurer qu’elle ne pouvait pas être loin, tout au pire dans le panier de linge sale.
Pourtant l’inquiétude grossissait au rythme des se condes martelées par l’horloge. La chaussette dépareillée offrait un spectacle de désolation insupportable pour Sa rah, et la sueur glaciale commençait de lui couler du front. La disparition était toujours vécue dans la douleur.
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