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Les dames de Saint-Pétersbourg

De
78 pages
Dix ans après la mort de sa mère, une fille vient recueillir les restes de celle-ci dans le village où toutes deux s'étaient réfugiées durant la tourmente révolutionnaire. Mais dans le jardin où Varvara Ivanovna avait été enterrée, Margarita ne trouve que six tombes anonymes.
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couverture

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Présentation

LES DAMES DE SAINT-PÉTERSBOURG

Fuyant Saint-Pétersbourg, Barbara Ivanovna et sa fille Marguerite arrivent, dans un village, chez le docteur Byrdine où elles retrouvent un peu de la quiétude perdue. Mais la mort soudaine de la mère plonge ce petit monde dans la difficulté. Il faut enterrer Barbara Ivanovna au plus vite, dans le jardin de la pension, en attendant des temps meilleurs. Dix ans plus tard, Marguerite revient dans ce village pour y recueillir les restes de sa mère...

Ce récit, à la fois tendre et cruel, est publié en même temps que Zoïa Andréevna. Ecrits en 1927, ce sont, dans l'œuvre narrative de Nina Berberova, les seuls à mettre en scène les futurs émigrés au moment où, en Russie, ils fuient la révolution.

Née en 1902 à Saint-Pétersbourg, Nina Berberova a passé vingt-cinq années en France et s'est exilée en 1950 aux Etats-Unis où elle est morte à Philadelphie en 1993. L'ensemble de son œuvre a été confié à Actes Sud qui, selon les vœux de l'auteur, en poursuit la publication.

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DU MÊME AUTEUR

L'ACCOMPAGNATRICE, 1985.

LE LAQUAIS ET LA PUTAIN, 1986.

ASTACHEV A PARIS, 1988.

LE ROSEAU RÉVOLTÉ, 1988.

LA RÉSURRECTION DE MOZART, 1989.

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DE CAPE ET DE LARMES, 1990.

A LA MÉMOIRE DE SCHLIEMANN, 1991.

ROQUENVAL, 1991.

CHRONIQUES DE BILLANCOURT, 1992.

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LA SOUVERAINE, 1994.

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TCHAÏKOVSKI, 1987.

HISTOIRE DE LA BARONNE BOUDBERG, 1988.

C'EST MOI QUI SOULIGNE, 1989.

BORODINE, 1989.

L'AFFAIRE KRAVTCHENKO, 1990.

LES FRANCS-MAÇONS RUSSES DU XXeSIÈCLE, 1990 (coédition Noir sur Blanc).

ALEXANDRE BLOK ET SON TEMPS, 1991.

 

Tous les ouvrages de Nina Berberova

sont publiés aux éditions Actes Sud.

 

Titre original :

Baryni

 

© ACTES SUD, 1995

ISBN 978-2-330-08886-6

 

Illustration de couverture :

Piero Marussig, Deux femmes dans un café (détail), 1924

Musée d'Art moderne, Milan

(Tous droits réservés)

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NINA BERBEROVA

 

 

LES DAMES

DE SAINT-PÉTERSBOURG

 

récit traduit du russe

par Cécile Térouanne

 

 

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Partie I
 

I

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La voiture, tirée par une solide jument à la longue crinière, s'arrêta devant le perron d'une vaste propriété de campagne. Le cheval remua vivement la queue, semblant saluer la lune qui se levait. Barbara Ivanovna et Marguerite entreprirent de décharger leurs affaires : le temps n'était plus où l'on s'en remettait à des serviteurs. Mais à l'intérieur déjà on s'agitait, des portes claquèrent, une bande de lumière rousse se projeta sur l'herbe noire, éclairant deux jeunes filles qui se précipitaient, pieds nus, vers les bagages. Le docteur Byrdine et sa femme sortirent sur le seuil.

L'“établissement” du docteur Byrdine était à douze verstes de la gare. Quand on avait construit, juste avant la guerre, cet embranchement de Bologuoïé à Khomout, on comptait tout juste six heures de route en chemin de fer depuis Pétersbourg. Mais les dames qui venaient d'arriver étaient rompues : leur voyage avait en fait duré plus de deux jours, sans dormir, avec trois correspondances. A Maksatikh, le porteur avait directement fait monter Marguerite par la fenêtre du wagon. A peine avait-elle eu le temps de crier, qu'elle s'était retrouvée au milieu d'un compartiment bondé de monde et de paquets. Barbara Ivanovna, sur le quai, s'était frayé un passage à travers les jurons de la foule et les sifflements de soldats, des permissionnaires ou des déserteurs, qui prenaient d'assaut le wagon contigu. A leur descente à Khomout, elles avaient trébuché dans le hall sur des corps de bonnes femmes allongées, sur leurs baluchons et leurs bébés ; sous chaque enfant se répandait une petite flaque.

On mena les nouvelles venues dans la chambre réservée depuis Pâques. Barbara Ivanovna inspecta les lits, la propreté des serviettes de toilette accrochées au-dessus de la cuvette en émail bleu ciel, passa le doigt sur l'étagère du haut de l'armoire. Marguerite, sans prendre le temps de se dévêtir, s'approcha de la fenêtre ouverte.

Des tilleuls, immobiles, entouraient la maison, et dans l'épais silence du vieux jardin le ciel semblait si proche, avec toutes ses étoiles et la lune blanche qui jouait à cache-cache derrière un léger nuage. La lumière frôlait la tête de Marguerite avant d'aller éclairer un bout du chemin, tandis que l'appui de la fenêtre se couvrait déjà de petits scarabées noirs.

Dans le jardin, juste sous la fenêtre, se découpaient trois silhouettes claires, trois jeunes filles. Leurs chuchotements étaient à peine audibles.

– Mais enfin, ce bonheur, qu'est-ce que c'est ? demandait l'une d'elles, la plus petite, âgée d'une quinzaine d'années sans doute, portant une ceinture bleu clair nouée sous la poitrine et des tresses attachées sur le dessus de la tête.

– Ah, ma petite Véra, et la voix tremblait d'émotion, ça ne se raconte pas, il faut le vivre.

Mais la petite Véra insistait, regardant tantôt l'une tantôt l'autre de ses amies :

– C'est l'amour, c'est ça ? Mais alors, c'est tout l'amour ? Et c'est comment, dites ?

“En voilà des idiotes !” pensa Marguerite en s'éloignant.

Elle fit sa toilette à la suite de sa mère, puis se regarda dans le miroir et rabattit sur son front une frange de ses cheveux roux clair, un peu moins fournie qu'à Pétersbourg, lorsqu'elle s'était coiffée ainsi avant l'arrivée de Léonide Léonidovitch, mais suffisamment pour avoir une allure tout à fait citadine. Sa poitrine haute, aux aisselles, soulignait sa taille svelte et fine.

En bas, sur la terrasse qui surplombait le jardin sombre, argenté par les rayons de lune, on préparait un dîner pour les arrivantes. Une lampe en porcelaine blanche formait sur la nappe une tache de lumière, dans laquelle s'affolaient des papillons de nuit poussiéreux. Les pensionnaires du docteur Byrdine, comme s'ils s'y étaient retrouvés par hasard, étaient assis aux coins de la terrasse, près des colonnes en bois, tous l'air éclatants de santé, rouges de soleil et empruntés dans leurs sandales de corde. Les femmes, depuis longtemps lassées les unes des autres, faisaient mine d'admirer le paysage : l'amorce d'un sentier et un buisson de jasmin, le noir engloutissant tout le reste ; les hommes rangeaient les rames avec un air préoccupé : le temps n'était plus où l'on pouvait laisser des rames passer toute la nuit dehors.