Les délits d'écriture

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Verrest, romancier, a disparu en laissant ses héros livrés à eux-mêmes. Méline, son personnage préféré, sa maîtresse d'un jour, élève seule le fruit de leur union éphémère. Même si sa vie devient d'une affligeante platitude, elle a pu retrouver une certaine sérénité... Mais il ne faut pas se fier aux apparences. Il existe de nombreux ponts entre cette situation surréaliste et l'implacable réalité. Un jour, les personnages du passé resurgissent, et reviennent, avec plus de force, mettre à jour des liens, illuminer les évidences. Et ça fait mal aux oreilles et à l'âme. Si « Les lignes obliques » nous a baignés dans une douce torpeur à l'oblicité insondable, «Les délits d'écriture » nous ramène sur terre. Doux rêveurs s'abstenir.
Publié le : jeudi 10 mai 2007
Lecture(s) : 139
EAN13 : 9782304003123
Nombre de pages : 401
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2 Titre
Les délits d’écriture

3Titre
Pascal Lebrun
Les délits d’écriture
Les lignes obliques
Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00312-3 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304003123 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00313-0 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304003130 (livre numérique)

6 . .
8 Les délits d’écriture






As-tu eu conscience, ne serait-ce qu’une
infime seconde, des raisons qui t’ont poussé à
cet acte fou, Lionel Verrest ? T’es-tu donné
assez de temps pour réfléchir à ce pouvoir que
tu t’es donné de construire et de détruire des
êtres dans tes romans noirs ?
Trop tard, diras-tu ?
Le moment est pourtant venu de faire le
point et d’y voir plus clair.
Oui, tu as fait vivre des êtres de chair et de
sang. Oui, tu as probablement tiré de cet
exercice une jouissance extrême, mais quelle
espèce de cruauté ou de sadisme t’a poussé à
faire de leur vie un cauchemar ?
Tu vois ce à quoi tu es réduit, à présent ?
C’est ton tour, Lionel.

Et à présent, que tentes-tu de nous dire ?
Aurais-tu assez payé ?… Est-ce cela que tu
cherches à nous faire comprendre ?
On serait presque tenté de te croire… C’est
un peu ce que pense Méline, en tous cas.

Tu avoueras, quelle ironie… ! Regarde ce que
tu as fait d’elle !
9 Les délits d’écriture
Mais tu as été pris à ton propre jeu, tu as joué
à l’apprenti sorcier, et ce que tu as éprouvé pour
elle, tu ne l’avais pas prévu ! Te voilà bien
avancé, maintenant.

Il a un peu raison, ton ami Doricourt : tu
passes à la caisse, à présent.

Seulement, voilà : tu laisses tout le monde
dans la panade…

Maintenant que Méline a enfin trouvé une
piste d’atterrissage, tu l’abandonnes, avec Léo,
dans un immense désarroi.
Cherche-t-elle à oublier ? Pense-t-elle même
un instant qu’elle pourrait y parvenir ?
Il y a ce procès, mené contre elle par tes
autres personnages, qui traîne en longueur et
dont on ne connaît d’ailleurs plus vraiment les
motifs tant ils paraissent rocambolesques.
Personne ne sait ce qu’est devenu ton
manuscrit abandonné, Les Electrons Libres, et
certaines personnes ont de sérieuses raisons
d’être inquiètes, Méline, mais aussi Sélim, et
d’autres…
Sélim… ! Il a, lui aussi, de sérieuses raisons
de t’en vouloir ! Pourtant, il pressent que son
sort est lié à celui de ta maîtresse d’un jour…

10 Les délits d’écriture
Même tes enfants, devenus maintenant plus
âgés, veulent des explications et se permettent
d’avancer des hypothèses.

Et puis, il faut bien l’avouer, cette théorie des
Lignes Obliques, avancée par cette vieille
bretonne érudite mais un peu illuminée, Edwige
Le Floch, elle ne satisfait pas grand monde,
n’est-ce pas ? Après tout, sont-elles si obliques
que cela, ces fichues lignes ?

Il va donc falloir chercher ailleurs des
explications, si possible plus rationnelles.
Chercher des gens, vivants ou morts, avec
lesquels tu pourrais partager la responsabilité de
tes délits d’écriture, d’autres êtres aux enjeux
pas toujours avouables, un peu pervers ou
corrompus… encore, probablement, des
personnages de roman… !

Décidément, on n’en sort pas. Et pour te
trouver des excuses, impossible d’échapper à ce
cercle vicieux…
… Pour que tu mérites ta rédemption, il faut
que tout cela soit trouvé… dans un livre.
11 Atterrissage autorise

PREMIÈRE PARTIE
ATTERRISSAGE AUTORISÉ

13 Chapitre 1

CHAPITRE 1
Il va bientôt être dix-sept heures.
Il est bien sûr incapable de le savoir, mais il le
sent. Il le voit : Nounou s’affaire du côté de la
salle de bains.

À l’oreille aussi, il reconnaît le bruissement
caractéristique du sac en plastique contenant ses
petites affaires, celui qu’on vide le matin et
qu’on remplit à nouveau le soir. Par réflexe,
alors, il s’approche de son « doudou », cette
petite girafe jaune grossière que lui ont offert
ses grands-parents. Il le garde à la main,
instinctivement : combien de fois a-t-on fait
l’erreur impardonnable de l’emballer avec son
petit matériel de toilette, ses paquets de biscuits
et les petits ustensiles dont Nounou a besoin
dans la journée ? Sans parler des occasions où
on l’a purement et simplement oublié !
Non, évitons absolument de le laisser au
regard des adultes. Déjà, il s’en souvient
confusément, Doudou avait, un matin, disparu
bizarrement, et il l’avait retrouvé dans son petit
lit, le soir, avec une couleur vraiment bizarre…
15 Les délits d’écriture
et une odeur atroce ! Un coup de maman, bien
sûr. Ravi de retrouver son compagnon, il avait
dû déchanter : Doudou avait perdu son parfum
de dodo et il avait failli devoir s’en séparer.
Heureusement, au bout de quelques jours, il
avait retrouvé quasiment sa teinte citron olive,
et surtout sa fragrance familière et
réconfortante. À présent, il se sent responsable
et ne le quittera pas des yeux, surtout à l’heure
de quitter Nounou et de rentrer à la maison. Il
ne laissera personne s’en emparer.
C’est incroyable ce pouvoir qu’ont les gosses,
même à deux ans et demi, de repérer l’heure
approximative de la journée.
Evidemment, il y a la sieste, qui constitue un
excellent point de repère temporel. Mais ce
n’est pas si évident que cela, parce que Léo,
depuis quelques mois, rechigne à regagner le
petit lit de Nounou après le repas de midi. Mais
maman insiste, que ce soit à la maison ou chez
Nounou. Dans ce dernier cas, d’ailleurs, le petit
garçon est levé tôt le matin, alors qu’il fait
encore sombre dehors, maman l’emmène en
auto alors qu’il est encore dans les bras de
Morphée, et finalement, très souvent, l’après-
midi, le sommeil est rapidement le plus fort.
Toutefois, quand maman est à la maison, Léo
ne se laisse plus faire : il proteste et fait
comprendre par tous les moyens qu’il n’est pas
fatigué. Maman semble le croire, parce que,
16 Atterrissage autorisé
bizarrement, depuis quelques temps, elle
n’insiste plus vraiment. Elle le laisse jouer
tranquillement dans son lit, et si, au bout d’un
moment, Léo ne s’est pas endormi, elle accepte
de le laisser gambader dans sa petite chambre
verte et bleue et renverser le contenu du petit
coffre de bois poli qu’elle vient juste de ranger
avec son aide…
Avec un peu de chance, s’il ne pleut pas
dehors, maman finit par quitter ses occupations
et l’emmène jusqu’au parc avec son bolide à
moteur qui roule si bien sur les allées
goudronnées… Chez Nounou, ce n’est pas la
même chose. Pas possible d’utiliser son engin
sur les petits chemins irréguliers du jardin
public. En contrepartie, il peut jouer avec son
petit copain Florian qui habite en face de chez
Nounou…

Quelque chose est en train de changer.
Maman et Nounou discutent souvent en parlant
de lui, il s’en rend bien compte. Un changement
se prépare. Léo aime bien les changements, les
surprises. Il se souvient d’un long voyage en
voiture avec maman. Il avait beaucoup dormi
dans son siège-auto. À son réveil, quelle
surprise ! Il était à la maison de Papy et Mamy,
là où il fait tant de soleil ! Et pendant « plein de
dodos », il avait, là-bas, rencontré tant de
monde qui s’intéressait à lui !…
17 Les délits d’écriture
Dans son petit short en coton, Léo se rend
bien compte qu’il lui manque quelque chose
avant de prendre congé de Nounou. Des yeux,
il repère rapidement sa salopette laissée posée
sur une chaise, s’en saisit, et gagne la salle de
bains pour la donner à Nounou.
– Oui, Léo, dit doucement Nounou… Tu
veux déjà partir, hein ? Maman ne va plus
tarder. Mais si tu t’en vas, qu’est-ce que je vais
faire, moi, sans toi ?
– Goûter… répond l’enfant dans un grand
sourire.
– Goûter ? Mais… petit gourmand ! Tu as
déjà avalé ta banane et ton biscuit… Oh… mais
j’y pense… Pauvre bonhomme ! Nounou a
oublié de te redonner ton berlingot de jus de
fruit…

Un peu plus tard, Nounou a enclenché le
lecteur de DVD, et Petit Ours Brun se balade
sur l’écran, peut-être pour la cinq centième
fois… Léo, comme d’habitude, a installé son
petit coussin sur la moquette, et attend,
patiemment, que son héros aille jouer avec les
robinets de sa maison pour se retrouver trempé
et se faire gronder. Léo adore ce passage, il le
fait souvent hurler de rire. Quelquefois, il
redoute un changement de scénario de dernière
minute, il s’imagine que la chute peut se
modifier…
18 Atterrissage autorisé
Il ne pourra pas le vérifier aujourd’hui. Le
« toc-toc » habituel sur la porte d’entrée le fait
se détendre comme un ressort, et il se précipite
vers le vestibule en criant « Maman ! »

Elle est là, maman, souriante et heureuse de
prendre son loupiot dans ses bras…
– Eh bien ! Tu as fait vite… dit la nounou en
refermant la porte.
– Oh, tu sais, mon entrevue a été vite
conclue, dit Méline en haussant les épaules. J’ai
bien guetté l’heure de la sortie, après mon
boulot. Mais ils ne peuvent pas le prendre
maintenant. Je m’en doutais un peu…

Méline veut continuer et expliquer, mais Léo
l’accapare. Il arrive avec ses dessins de la
journée, et demande l’avis maternel.
– C’est beau, mon chéri ! Attends un peu…
On va en accrocher un dans ta chambre. Il faut
que tu choisisses… Merci, Aurélie…
Aurélie vient de poser le petit jus de fruit
rituel sur la table basse, assez loin pour que Léo
ne s’en saisisse pas. C’est elle qui poursuit :
– Tu as bien quelques minutes… Assieds-toi.
Tu vois, je ne voulais pas te décourager, mais
tout le monde dans le quartier le dit : les classes
de maternelle sont très chargées…
19 Les délits d’écriture
– Oh, mais ma visite à la directrice n’est pas
négative… À la rentrée de septembre, Léo
pourra aller à l’école.
– Avant le jour de ses trois ans, alors ?
– À huit jours près ! Répond Méline en riant.
Non, la directrice me l’a assuré : le jour de la
rentrée, comme tous les autres enfants. En un
sens, ça m’arrange. J’aurai davantage de temps
pour me réorganiser dans mon travail. Il est
temps que j’y voie plus clair, maintenant…
– Tu sais, je te l’ai déjà dit… si tu veux, tu
peux changer tes horaires et tes jours
maintenant. Je n’aurai pas la petite Camille en
nourrice avant juillet…
Méline a le regard dans le vague et semble un
peu soucieuse. Au bout d’un temps, elle
reprend :

– Non, tu es gentille, Aurélie… Mes vingt-
quatre heures hebdomadaires me conviennent
parfaitement pour le moment. Je ne vais rien
changer maintenant, d’autant que…
Elle se pince les lèvres, hésite à continuer,
mais sans doute est-il déjà trop tard. « D’autant
que… », c’est déjà une promesse de s’épancher,
d’aller plus loin… Ce n’est pourtant pas Aurélie
qui aura l’impudence d’inviter son amie à
poursuivre, mais son regard, elle n’y peut rien,
en dit long…

20 Atterrissage autorisé
Méline fait une pause et baisse les yeux, saisie
d’une irrésistible envie de partager ce qu’elle a à
l’esprit depuis deux jours… Après tout, Aurélie
est l’adulte la plus proche d’elle en ce moment,
elle la voit trois fois par semaine, elle sait
parfaitement qui est le père de Léo… Même si
Méline entretient des rapports normaux avec
ses collègues de travail, elle ne compte pas
d’amis véritables parmi eux pour la raison
simple que, dans son job de visiteuse médicale
encore pour quelques mois à temps partiel,
chacun travaille de son côté.
Ses autres relations sont lointaines, aux
rencontres irrégulières. Et la présence à la
maison de son petit bonhomme lui offre un
immense bonheur, mais elle se sent condamnée
à une solitude sans fin, à une restriction
systématique de sa vie de famille, et à l’absence
irrémédiable, dans son foyer, de quelqu’un à
qui, de temps en temps, se confier…

De tout cela, Méline a pris son parti. Elle a
parfaitement intégré les leçons que sa vie lui a
offertes, comme un gamin ayant retenu
mécaniquement des règles d’orthographe ou
des tables de multiplication.
En revanche, tenter d’en comprendre le sens
et les raisons, cela, Méline a décidé d’y
renoncer, du moins pour le moment, comme si
elle craignait que le simple fait d’essayer d’y voir
21 Les délits d’écriture
plus clair risquait de rompre le fragile équilibre
qu’elle a mis en place avec son fils depuis un
peu plus de deux ans.

Oui, Méline voit dans tout cela une sorte de
fatalité. Mais la naissance de son fils l’a sortie de
la torpeur. Elle a mesuré rapidement la chance
immense d’avoir mené sa grossesse jusqu’à son
terme, alors qu’elle s’attendait à toutes sortes de
malédictions.
Ce n’est pas de la superstition, non, mais
Méline, avec tout ce qu’elle a vécu, traverse à
présent les événements dans une sorte de
scepticisme, se contentant d’apprécier
ouvertement les bons moments lorsqu’ils sont
là. Et les quelques amis intimes qu’elle a, plus
ou moins proches d’elle, ont pour elle une
profonde admiration.
C’est vrai, si l’on songe seulement aux neuf
mois pendant lesquels elle a porté son enfant…
Méline avait déjà été enceinte de Thomas, son
ex-mari. Une fausse couche avait interrompu
cet espoir de maternité moins de trois mois
après la conception. Doutant complètement du
montant du capital qu’elle avait dans son destin,
combien de fois a-t-elle dû penser à la
possibilité d’un nouvel échec en attendant Léo ?

Oh, bien sûr, elle avait mis le paquet pour se
faire suivre médicalement et veiller à ce que
22 Atterrissage autorisé
tout se passe bien. Moins de deux mois avant
l’accouchement, elle avait constaté, toute
surprise, qu’une étape décisive était franchie :
l’enfant était viable, le gynécologue satisfait à
tous les examens. Méline allait être maman,
statut auquel elle n’aurait pas cru un seul instant
un an auparavant !
Le moment de la délivrance, ce 9 septembre,
elle le mit au même niveau de bonheur que
lorsqu’elle avait conçu son enfant, quasiment
neuf mois plus tôt.
Neuf… 9… Voilà au moins un chiffre
auquel elle pouvait faire confiance, homonymie
inattendue d’un adjectif qu’elle voulait accorder
avec le mot « destin »…

Alors, elle s’était apaisée, avait construit
autour de Léo un paysage d’amour et de paix
auquel elle s’était elle-même habituée, dans
lequel elle s’était glissée avec lui.
Etait-elle indemne pour autant ?
Non, pas vraiment. Au fond d’elle, les
questions fondamentales demeuraient. Elle
avait perdu un grand amour et les cicatrices, elle
les acceptait en se convaincant qu’elle ne voulait
pas qu’elles disparaissent. Mais surtout, le sens
de son existence, les explications sur les raisons
réelles de sa vie, les liaisons entre l’imagination
d’un auteur de roman qui avait retracé son
chemin semé d’embûches dans le monde, et
23 Les délits d’écriture
l’aspect concret de son quotidien depuis des
années… elle avait laissé tout cela de côté, mais
elle avait bien conscience que cela la minait et
resurgirait un jour.

Elle voit, depuis deux ans, et de manière
assez irrégulière, un psychologue, qui se veut
rassurant. Un peu trop, peut-être.
Il prétend que Méline a besoin de temps
pour tout remettre en ordre. À la limite, Méline
se demande si le médecin croit ce qu’elle dit.
Mais elle ne lui en veut pas : elle a l’habitude.
Autour d’elle, elle a repéré plusieurs sortes de
gens. Ceux, limités surtout à son entourage, qui
la croient, puis d’autres, sans doute très
nombreux, qui feignent de la croire, et enfin
certains, finalement assez rares, qui lui disent
ouvertement qu’ils ne la croient pas.

Bon, d’accord : elle ne raconte pas tout à tout
le monde. Elle s’est déjà donnée en spectacle à
la télé, quelques mois avant la naissance de Léo,
quelques mois après le drame final.
Quoi ? Elle avait su, sur un plateau de
télévision, résumer son histoire… Histoire
qu’elle avait écrite dans un livre de deux cents
soixante pages, édité et vendu à presque deux
cent mille exemplaires…
Méline avait donc, un temps du moins,
connu la célébrité. À son corps défendant.
24 Atterrissage autorisé
Mireille Dumas avait voulu l’inviter dans son
émission, peu après celle d’Ardisson, elle avait
refusé gentiment. Elle se souvenait de la fin de
sa réponse :
« Vous savez… Mon histoire, moi-même, j’ai
du mal à y croire… »
Et cette phrase résumait tout.

Heureusement, dans un premier temps, elle
eut la possibilité, ou plutôt la contrainte,
d’assourdir ces questions lancinantes. D’abord
parce qu’elle a ressenti immédiatement le besoin
d’écriture pour raconter son histoire ; on l’a
grandement assistée dans cette tâche mais cela
lui a mobilisé l’esprit presque totalement.
Par la suite, en même temps que la naissance
de Léo, aidée par un avocat, elle a dû faire face
à toutes sortes de formalités et tracasseries
juridiques. Des procédures ont été entamées par
des gens qui, finalement, dans l’extravagance de
la situation, n’ont pas trouvé d’autre grief que
l’atteinte à leur vie privée… Mais elles traînent
en longueur et promettent de s’étaler sur de
nombreuses années encore, même si leur avenir
lointain devient de plus en plus évident : le
classement pur et simple de ces affaires.
Enfin et surtout, Méline a profité de sa
notoriété malheureuse pour s’investir, avec
enthousiasme, dans les activités de l’U.F.D. ,
« Urgence Femmes en Détresse », une association de
25 Les délits d’écriture
défense des femmes en danger en France et
dans le monde. Sur ce plan là, elle a été
contrainte cependant de ralentir ses activités,
car Léo lui prenait beaucoup de temps, et
comblait un vide social et affectif que
longtemps encore elle n’osait plus penser
soigner… Elle continue donc d’apporter son
soutien, mais s’est résolue à cesser tout
déplacement ou dépense excessive d’énergie
dans ce domaine.

Alors, en sourdine… mais bien présents, les
souvenirs et les questions. Méline sait qu’un
jour, tout cela va réapparaître. Elle ne sait si elle
doit le craindre ou le souhaiter.
Mais de toutes manières, elle n’a pas le choix.
Le jour de la réapparition, si anodine soit-elle,
est arrivé.

L’avant-veille. Un simple appel de la maison
d’édition.


Méline connaît Aurélie, depuis longtemps.
C’est la sœur de sa jeune collègue Dorothée,
celle avec laquelle Méline échange des services à
charge de revanche, des bons tuyaux, des pièges
à éviter, des actes de présence et des comptes
rendus de réunions ou de séminaires pour
lesquels il est inutile qu’elles se retrouvent à
26 Atterrissage autorisé
deux… bref, une complice… Quand Méline est
devenue célèbre, Dorothée est tombée des nues
et a voué à Méline une admiration sans faille,
d’autant qu’elle était une occasionnelle lectrice
des romans de Lionel Verrest…
Sans imposer sa présence, Dorothée s’est
montrée d’une aide efficace mais discrète. Lui
proposer sa grande sœur Aurélie comme
nourrice pour Léo a été l’un des derniers
services rendus à Méline. Lorsqu’elle a repris le
travail, celle-ci avait négocié un temps partiel
sur deux ans minimum, avec vingt-quatre
heures réparties sur trois jours par semaine.
C’est pourquoi, avec une régularité d’horloge,
l’environnement humain de Léo s’est enrichi de
l’existence d’Aurélie… et de la présence
occasionnelle de Dorothée.

Un autre avantage, non négligeable, d’avoir
Dorothée à la fois dans sa liste de collègues
mais aussi d’amies, c’est qu’elle est en contact
avec une petite clique d’étudiantes très
sympathiques qui font du baby-sitting pour se
faire de l’argent de poche tout en travaillant
pour la fac…
Méline, très vite consciente du risque de
mélanger besoins affectifs de son fils et besoins
personnels de temps pour vivre et
décompresser, s’était mise en contact avec
Jamila et Auriane, la première souvent
27 Les délits d’écriture
disponible le soir, la seconde plutôt joignable
dans la journée.
Elle n’abuse cependant pas de cette
possibilité. Au contraire, le simple fait de savoir
que, lorsqu’elle en a besoin, elle peut faire appel
à l’une d’elles la rend finalement plus disponible
pour son bambin.

Aurélie vit dans une petite maison au centre
de Rueil, qui appartient à la famille de son
compagnon, Gilles, chef d’une petite entreprise
de publicité avec deux salariés. Depuis des
années, le couple espère avoir un enfant… En
désespoir de cause, Aurélie a obtenu son
agrément de nourrice et garde… ceux des
autres.
Elle sait tout, ou presque, de l’histoire de
Méline.

– Des ennuis ? demande, prudemment, la
jeune femme, à la suite de la phrase inachevée
de son amie.
– J’espère que non. Mais ça devait bien
arriver un jour… Lionel n’avait plus beaucoup
de famille. Aujourd’hui, il a un fils… Mais il
avait aussi des amis. Et l’un d’eux,
apparemment, ne l’a pas oublié. Je vais devoir,
sans doute, lui consacrer un peu de temps,
parce que par l’intermédiaire des Editions de la
Licorne, il cherche à me rencontrer…
28 Chapitre 2

CHAPITRE 2
Évidemment, si vous le voyez aujourd’hui,
vous n’allez pas forcément le reconnaître.
Pourtant, vous le connaissez. Mais la dernière
fois que vous l’avez vu, on ne donnait pas cher
de son état.
Oui, il a littéralement fondu.
Et, franchement, c’est mieux pour lui. Il était
grand temps.

Il est à Paris, pour quelques semaines, venu
voir ses enfants qui viennent de lui annoncer un
heureux événement. Pour la seconde fois, il est
grand-père.
Il pense repartir chez lui, dans le Var dans la
première quinzaine de mai, bien avant le grand
chambardement routier des vacances.
Mais il est seul. Son épouse, Annabelle, ne
supporte plus les voyages. Elle lui a donné sa
bénédiction, et l’a laissé partir en le suppliant de
faire attention à lui. Mais elle, elle a décidé de
rester à la maison. Son diabète lui joue des
tours, sa vue s’altère, mais lorsqu’elle reste
29 Les délits d’écriture
sagement chez elle à s’occuper seulement de
son jardin et de ses fleurs, elle se porte
relativement bien. Son médecin lui
recommande d’éviter tout changement de
rythme dans sa vie de tous les jours, et, c’est
vrai, la dernière fois qu’elle a voyagé, tout a failli
tourner au vinaigre…
« Et lui ? » me direz-vous. Et vous avez
raison. Car vous l’avez reconnu, pas vrai ?

Eh bien, lui, rassurez-vous, il va à peu près
bien. Enfin, autant qu’on peut bien se porter
après deux interventions chirurgicales pour des
pontages coronariens, qui remontent à un peu
plus de deux ans.

C’est vrai, on l’avait un peu perdu de vue,
lorsqu’il avait dû abandonner Lionel Verrest et
son nouveau manuscrit à leur triste sort, parce
qu’il était, à ce moment-là, terrassé par une crise
cardiaque.
Jean-Philippe Doricourt, comme on avait pu
s’y attendre, avait vu Lionel pour la dernière
fois dans sa chambre d’hôpital, juste avant sa
première intervention, parce que l’auteur avait
eu la gentillesse de lui faire une visite. Ses
ennuis de santé l’avaient ensuite empêché d’être
mis au courant de ce qui se passait, et, après une
longue et lente convalescence, il avait dû arrêter
définitivement de travailler.
30 Atterrissage autorisé
Il avait donc été obligé de changer
radicalement de vie. Correspondant d’édition à
la Licorne, il avait vécu, les années précédentes,
les premiers succès de Lionel Verrest puis, miné
à son insu par l’athérosclérose, n’avait pu
qu’assister, médusé, aux premiers états d’âme de
l’écrivain, ceux qui, pour des raisons obscures,
l’ont poussé à changer radicalement de style et à
découvrir, semblait-il, une réalité stupéfiante.

Mais bien sûr, à ce moment-là, Jean-Philippe
savait sa propre vie en danger. On sut le
convaincre qu’il devait s’occuper de lui.
Lorsqu’il sortit de l’hôpital, il fit des démarches
pour vendre son petit pavillon de banlieue,
renonça aux deux ou trois petites années qui lui
restaient à travailler à la maison d’édition, et
s’installa définitivement dans la petite villa
qu’Annabelle et lui avaient achetée, quelques
années auparavant, du côté de Fayence.
Une diététique rigoureuse fit le reste. En dix-
huit mois, Jean-Philippe réussit à perdre
presque trente pour cent de son poids.
Annabelle lui refit sa garde-robe. De fond en
comble.

Dire qu’il a retrouvé une totale jeunesse
serait exagéré. Il vient d’avoir soixante-quatre
ans, mais on ne sort pas complètement
indemne d’une vie sans aucune privation
31 Les délits d’écriture
culinaire et de deux interventions chirurgicales
sévères. Malgré tout, son état physique est à
présent stable.

C’est mentalement qu’il a pris un rude coup.

Déjà, on n’accepte pas forcément facilement
de ne plus travailler. Surtout dans l’édition,
monde dans lequel le relationnel est
extrêmement riche.
Il y a ensuite les conséquences évidentes de
la perte de son ami Lionel. D’autant qu’il n’a
appris sa mort qu’assez tardivement, un mois à
six semaines après… un événement simultané à
sa première intervention.
Quant aux raisons de sa mort… Pauvre Jean-
Philippe ! Il a eu du mal à trouver des bribes
d’éléments rationnels dans cette histoire. À la
Licorne, on rechignait à lui donner des
informations, et c’est finalement, bien
longtemps après, lorsqu’il a pu voir une copie
des émissions où l’on parlait de Lionel… qu’il
réussit à en obtenir, aussi extravagantes qu’elles
soient.

… Mais alors, lorsqu’il put lire, édité aux
Editions de la Licorne où il avait toujours
travaillé, un livre écrit par… Comment ? Oui,
un personnage, le fruit de l’imagination de son
ami, une entité féminine totalement inventée
32 Atterrissage autorisé
dans l’un de ses livres !… et qui plus est,
justement pas l’ouvrage qui a eu le plus de
succès…
Il lui semblait bien se rappeler avoir décelé
une soudaine et certaine affection de l’auteur
pour cette femme imaginaire. Il avait mis cela
sur le compte d’une petite période de déprime
due sans doute à la solitude…
… Mais il crut qu’il allait subir une nouvelle
attaque, cérébrale cette fois.

Mettons nous à sa place ! Méline… ! Un
personnage de roman qui apparaît soudain… !
C’était probablement une odieuse et ridicule
imposture !

Pourtant, lentement, patiemment, dès sa
convalescence, Jean-Philippe a pu reconstruire
en partie le puzzle éparpillé dans son mental.
Car le brave homme était au courant d’un
certain nombre de petites choses susceptibles
d’éclairer l’affaire.
De choses que le grand public ne sait pas. Et
probablement « cette » Méline non plus.

Et il lui en a fallu, du temps, pour admettre
que cette femme… bon sang, il faut pourtant
utiliser le mot qui convient… existe !
A partir de là, une fois cette hypothèse
acceptée, tout au moins provisoirement, la
33 Les délits d’écriture
compréhension et les découvertes sont
devenues plus faciles.

Alors, il jugea incorrect… voire inhumain, de
ne pas mettre cette femme à l’existence
inattendue au courant de ce dont il était - le plus
anodin soit-il - encore en possession. Et
insupportable, en retour, de ne pas avoir sous la
main tous les éléments pour comprendre et
juger.
Avoir devant soi, offerte à son regard,
entendre sa voix, peut-être la toucher, lui
prendre la main… un personnage qu’il connaît
bien, mais seulement sous la forme de
caractères sombres imprimés sur du papier de
bonne qualité, une image mentale et virtuelle
d’une personne, née seulement spirituellement
dans les neurones d’un professionnel de
l’écriture pour le plaisir et les loisirs de ses
lecteurs, l’héroïne des Approches Manquées de
Lionel Verrest, devenue, qu’il le veuille ou non,
l’auteur des Lignes obliques…
Et l’image qu’il a d’elle, limitée, et offerte
seulement par la régie d’une chaîne publique de
télévision, le trouble profondément, comme elle
semble d’ailleurs troubler une foule de gens,
tant sur le plateau de l’émission qu’à l’occasion
de tout ce qu’il a pu visionner à propos de la
sortie de ce bouquin… Ce n’est pas seulement
le mental de Méline, ni son caractère : aucune
34 Atterrissage autorisé
surprise de ce côté après la lecture et la relecture
des Approches manquées… Mais son physique…
Comment était-il possible de… reconstituer
physiquement un personnage de… C’est fou.
Complètement dingue.

Oui, il est temps. Il faut qu’il la rencontre,
absolument.

Et la naissance de sa petite-fille tombe bien.

***

Oui, physiquement, Méline reste Méline.
Bien sûr, elle approche de la quarantaine, mais
elle a gardé ce décalage d’apparence d’âge qui la
caractérise, même après le drame, même après
la naissance de Léo. On lui donne donc
toujours à peu près cinq ans de moins, mais elle
sait que, le temps passant, cette différence va
devenir de moins en moins perceptible. Un
premier signe de cet état de fait : elle a un peu
maigri, alors qu’elle n’avait nullement besoin de
perdre du poids. Heureusement, pas de
conséquence réelle sur sa silhouette qui a
toujours tendance à provoquer de brefs
détournements de regards masculins plus ou
moins évidents.
En revanche, ses traits se sont un peu
creusés. Oh, pas de manière importante.
35 Les délits d’écriture
Autrefois, la douceur de son visage en cachait
les arêtes, et aujourd’hui, en l’observant
attentivement, on perçoit un peu le contour de
ses joues… Méline s’en est vite aperçue, et pour
qu’on évite de le remarquer, a décidé de
détourner le regard des tiers sur sa chevelure en
la coupant court.

Ses cheveux coupés… Un désastre. Enfin, du
moins, c’est ce qu’elle en a pensé. Pour le coup,
son apparence de jeunesse, de son point de vue,
avait totalement disparu.
Elle faillit aggraver la situation en décidant de
se teindre les cheveux. Heureusement, comme
elle ne parvenait pas à se décider sur la couleur,
elle y renonça. Aujourd’hui, retour à la case
départ : les cheveux de Méline ont repoussé,
mais de manière plus disciplinée qu’autrefois.
Ses cheveux sont légèrement plus clairs, tirant
moins sur l’auburn et davantage sur le châtain,
et elle a un peu perdu cette petite touche
sauvage et rebelle qui caractérisait l’ensemble de
son visage…

Contre toute attente, le premier à s’être
permis d’exprimer plus ou moins, mais de façon
positive, son avis sur ces transformations
successives, c’est Thomas.

Oui, Thomas Sanoy, son ex-mari.
36 Atterrissage autorisé

On s’étonnera peut-être de le voir
réapparaître. Oh, ce fut pour une période très
courte, alors que Léo allait avoir six mois.
On s’étonnera peut-être moins d’apprendre
que cette visite surprise fit malgré tout plaisir à
Méline.
Bien sûr, un flot de souvenirs de toutes
teintes fit brusquement irruption, depuis la
rencontre à l’université, jusqu’au divorce, en
passant par des moments délicieux, le drame de
la fausse couche, la découverte que son mari la
trompait… avec un autre homme…
Depuis, Thomas et Méline ne s’étaient plus
revus, n’avaient échangé que quelques courriers
à l’occasion de la nouvelle année. Avec
amertume, Méline se rappela que la dernière
occasion de voir son ex-mari, c’était lorsque,
bien du temps après le viol qu’elle avait subi
alors qu’elle était à la recherche de son homme
disparu sans laisser d’adresse, ils avaient
recherché, à deux, un appartement pour elle, un
cadre différent pour qu’elle oublie
l’environnement de ses malheurs à la sortie de
sa dépression…
… N’était resté qu’un sentiment partagé de
vague complicité, quelque chose de pas
compliqué, dont Méline se satisfaisait
complètement sans en chercher davantage.

37 Les délits d’écriture
Il y a environ deux ans, la surprise a été
totale. Etonné de retrouver Méline aussi
facilement dans l’appartement de Suresnes où il
l’avait aidée à s’installer, Thomas est venu
rendre visite au petit garçon de son ex-épouse,
en toute simplicité. À trois mois près, cette
envie de retrouvailles aurait pu se solder par un
fiasco, car Méline venait de signer un contrat de
location d’une petite maison, à Courbevoie,
désirant davantage d’espace pour élever Léo,
renonçant du même coup au joli cadre de son
ancien domicile devenu trop petit et à cette ville
où toute opération immobilière était devenue
décidément hors de prix.
Mais ils parlèrent peu du passé. Thomas
évoqua seulement le livre de Méline, laissant
entrevoir une grande part de doute dans ce qu’il
avait lu, mais comment lui en vouloir ? Quant à
la naissance de Léo, il l’avait déduite
simplement parce qu’il avait pu voir l’émission
d’Ardisson en différé, là-bas, au Canada, où
Méline était apparue, enceinte, pour annoncer la
sortie de son livre…
Revenu en France trois petites semaines, sans
son ami, pour affaires, il s’était cru le devoir de
rendre visite à Méline et à son fils à qui il offrit
de magnifiques vêtements, certes un peu grands
pour son âge… La taille des Canadiens n’est-
elle pas au dessus de la moyenne mondiale… ?
38 Atterrissage autorisé
Méline l’invita à manger un soir. Il parla
surtout de son travail, très peu de sa vie
personnelle, apporta de splendides photos
d’outre-atlantique… Elle, de son côté, évoqua
très peu Lionel, se disant que Thomas, de
toutes manières, savait tout. Alors, il se permit
juste une phrase, à laquelle elle ne répondit pas,
le laissant face à ses doutes…

« Je ne sais pas comment il a pu intervenir
dans nos sentiments et nos décisions à tous les
deux… Mais ce qui est certain, c’est qu’avant de
vivre ce tourbillon infernal, je t’ai aimée
vraiment, passionnément, Méline… et, je
t’assure, je ne me suis pas senti téléguidé, c’était
un amour authentique… Tu n’es pour rien dans
ce qui nous est arrivé, mais franchement je
pense que lui non plus. »

C’est un peu plus tard que Méline reçut une
courte et curieuse lettre, postée à Lille. Signée
de Sabine Mecquart… ex-Verrest !
Méline se souvenait qu’elle avait failli
rencontrer l’ex-épouse de Lionel et ses deux
enfants… Encore aurait-il fallu qu’elle ait
disposé d’assez de courage pour aller aux
funérailles de Lionel après son suicide. Et,
fatalement, pour les rencontrer.
Son subconscient, ce jour-là, s’y opposa
formellement…
39 Les délits d’écriture
Enfin… Elle aurait pu passer outre et avoir
assez de cran pour y assister quand même. Mais
elle ne se sentait pas la force de prendre une
décision seule. Complètement désemparée, sans
aucun ami à portée de main pour la conseiller,
elle n’en prit pas. Ce n’est que quelques
semaines plus tard, tandis qu’elle avait trouvé
un peu d’apaisement dans son chagrin, qu’elle
avait pris conscience d’un inhabituel retard de
règles, qu’elle s’était rendue au cimetière de
l’Isle-Adam pour trouver une tombe toute
simple mais très fleurie, verser de chaudes
larmes en expliquant son désarroi mais aussi
son soudain espoir à son amant à peine
entr’aperçu…

Elle avait complètement oublié l’existence du
passé familial de Lionel. Mais sa surprise, à
l’arrivée de cette lettre, fut de courte durée.
La petite enveloppe brune arriva,
bizarrement, au nom de « Madame Méline
Sanoy », son ancien nom marital, au lieu de
« Méline Taillandier », avec son nom de
naissance, celui qui faisait référence, bien sûr, à
la fameuse officine pharmaceutique Taillandier,
du nom de son père, à Périgueux… celui,
également, avec lequel elle avait signé son livre,
devant renoncer, pour des raisons juridiques, à
utiliser le nom de « Méline Verrest »…
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