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LES DENTS DE LA BELLE MERE

De
479 pages
Mercedes Andalou vit un monde de rêves et d’illusions. Au sens propre et figuré. Son mari, le grand Aldo, magicien sur scène et dans l’âme, l’emmène parcourir le monde. Elle est jeune, elle est belle. Ricardito, son petit garçon l’admire ainsi que les hommes et le reste du monde. Elle est heureuse. Pour elle, il en sera toujours ainsi. Mais la vie est comme un beau spectacle. C’est encore une illusion. Le rideau finit par tomber. Les acteurs vieillissent, la roue tourne. Aldo décide de prendre sa retraite et d’aller planter du café en Amérique du Sud avec Wally, son agent, celui avec qui un contrat avait déjà mal tourné ! …
Sa vie de paillettes et de strass, de lumière et d’insouciance, change soudain.
Ricardito grandit et rencontre Linda.
Maman, sera bien obligée de passer belle-maman !
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Les dents de la belle-mère
1
À ma mère,
Les dents de la belle-mère
2
Les dents de la belle-mère 3 Lesdentsde la bellemère.
Chapitre 1
Les Andalous, au singulier.
Maman Ma mère était belle. Petit garçon c'était ma maman à moi, la plus belle du quartier, du monde et de l’univers.Lorsqu'elle m'emmenait à l'école, les passants que nous croisions lui disaient respectueusement «Bonjour Madame» en inclinant ou se découvrant la tête. Elle répondait d'un large sourire. Une fois à droite pour saluer les personnes venant en sens inverse et une fois à gauche pour adresser une révérence aux commerçants restés à la porte de leur négoce. Son petit menton pointait alternativement d’un côté à l’autre. Elle distribuait sa joie de vivre, rayonnait une amabilité sans limite et dans son sillon laissait flotter un nuage de printemps. L’épicier la suivait un moment du regard en faisant semblant d’organiser ses oranges. Le boucher faisait de même en aiguisant plus longtemps son couteau. Au fil des ans, dissimulé derrière sa vitrine fumée, le photographe l’avait suivit avec tout son arsenal de zooms japonais.
Les dents de la belle-mère 4 Comme les plus beaux papillons, elle s’envolait toujours avant qu’on puisse l’attraper. Elle saluait tout le monde, échangeait quelques phrases avec tout le monde, plaisantait avec tout le monde mais ne laissait à personne le privilège de pénétrer complètement le halo de mystère qui l’entourait, elle et notre famille. * Les années passaient, je grandissais et elle, par je ne sais quel miracle, semblait presque rajeunir. Petite nature, brune aux yeux noirs, pétillante fille d’émigrés espagnols, rien ne paraissait l'affecter, ni les soucis d'argent, ni le temps. Ma voix grossissait, un léger duvet poussait au-dessus de mes lèvres et maman, me présentait avec orgueil à tous les commerçants de la place. Elle le faisait pour recevoir des compliments sur sa progéniture et également observer l’étonnement suivit de réflexions comme: «Je pensais que c'était votre frère!» ou encore «On pourrait croire que c'est votre fiancé. » Certainspensaient même que c’était de la magie._C'est certainement un truc de votre mari !Elle partait en riant, laissant le doute s’approfondir.L’éternelle jeunesse de ma mère émerveillait les hommes, laissait les femmes de son âge avec un nuage de jalousie et finit par la cloîtrer dans l’idée que jamais rien n’allait pouvoir briser cet enchantement. *
Les dents de la belle-mère 5 Papa était illusionniste. Maman était sa partenaire. Moi aussi. Nous étions le trio Andalou. Je suis allé à l'école primaire normalement et pour le secondaire, on m'inscrivit à des cours par correspondance. Le métier de papa m'avait classé dans le rang des saltimbanques. Je complétais mes fiches « à renvoyer »dans le train, l’avion ou les coulisses d’un théâtre.Au cours des années, notre numéro s’était étoffé. Finiles petits contrats aux alentours de ma ville natale. Le trio Andalou croisait les frontières et sautait d’un pays à l’autre. Finies également les apparitions de colombes pendant les banquets de mariage des voisins ou les foulards multicolores à la fête de l'école. Nous avions loué les services d'un imprésario international. Ce dernier nous fit connaître la gloire, les grands hôtels, les théâtres de renom et les tournées à l'autre bout du monde. * Papa menait notre numéro à la vitesse « grand V ». Habillé en toréador,il réglait la corrida avec maestria. Tout s’enclenchait au quart de poil. Tout était minuté. Bien que ceci n’est qu’une expression, , car il aurait été plus juste de dire à la fraction de seconde. Le rythme endiablé d’une musique espagnole accompagnait chaque mouvement de notre trio. Chaque geste décisif était souligné par l’accord d’un instrument. Ni avant, ni après. C’était un de ses secrets. Le public n’avait pas le temps de comprendre un truc que déjà, il était obligé d’en élucider un autre. Maman disparaissait d’une boite pour réapparaître quasi instantanément dans une autre à l’autre bout de la salle. Elle flottait dans les airs au dessus d’un brasier ardent, était coupée en deux avec une énorme scie circulaireet s’évaporait
Les dents de la belle-mère 6 transformée en un vol de blanches colombes, devant le public admiratif. * Lors d’un «trou » dans la continuité de nos contrats, ou simplement quand papa voulait monter un nouveau truc, nous rentrions dans mon quartier natal. Quelques fois après six mois d’absence, un an, ou seulement une quinzaine de jours.Pour ceux qui n’étaient pas encore au courant de nos activités, ces apparitions intermittentes ne faisaient qu’attiser le mystère flottant sur notre famille. Pour ceux qui savaient, elles ne faisaient qu’augmenter le désir de connaître les dernières nouvelles, les derniers voyages. Ils voulaient voir les articles de journaux écrits dans une langue étrangère, narrant les exploits de papa, la dextérité du roi des illusionnistes ou glorifiant notre union familiale. Chacun de nos retours « au bercail » était un spectacle de plus où maman devenait la vedette. L’achat d’une simple flûte de pain était une nouvelle entrée en scène. Radieuse, elle poussait la porte de la boulangerie. A juste titre, elle s’imaginait la surprise de la patronne, madame Canot et celle de son mari, blanc de farine, qui allait sortir de son arrière boutique en écoutant sa femme s’exclamer vivement : _Madame Andalouuuuu ! De retour parmi nouuus !Les clientes présentes allaient se retourner. Ma mère, éblouissante lancerait un triomphal «Bonjouuur Certaines allaient lui rendre son salut, le regard avide de nouveautés. D’autres, s’approcheraient même lui faire la bise. En pensant,
Les dents de la belle-mère 7 sans doute, que la célébrité est une qualité contagieuse et qu’elles’attrape comme un simple rhume. Et enfin, pour faire jubiler davantage maman, d’autres, comme des voleuses, s’empresseraient de ramasser leur monnaie et s’enfuiraient en marmonnant quelque chose d’incompréhensible, mortes de jalousie. Maman se faisait un plaisir de poursuivre ces récalcitrantes à l’épicerie du père Louchar, puis à la charcuterie « Chez Chermet ». La même scène se répétait alors. Les mêmes bonjours, les mêmes bises, les mêmes joies, les vraies, les fausses, les mêmes fuites en ramassant la monnaie. On l’admirait ou on la jalousait. Elle faisait partie de ces personnes dont l’histoire passe à la télé, dont la vie semble se dérouler à une autre vitesse et dans un autre monde. La femme du boulanger, ainsi que celle du charcutier, de l’épicier et bien d’autres dans la rue, vivaient leur quotidien dans la résignation. Le rêve d’échapper à ce train-train amer et sans épices se limitait, pour elles, à une ou deux semaines de vacances par an. Peut-être à la campagne, chez la belle-mère ou, si elles avaient de la chance, dans un camping pas trop loin d’une plage espagnole. Face à ma mère, elles avaient le sentiment de stagner dans ce quartier sans prétentions ni prestige. Elles n’avaient pas un mari célèbre, un mari dont on parlait dans les journaux, un mari qui les emportait à l’autre bout du monde.Leur mari à elles, travaillait dur brassant des tonnes de farine dans le fournil, soulevant des cageots de pomme de terre à n’en plus finir ou supportantles humeurs d’un chef de bureau, huit heures par jour. Maman elle, avait un mari différent. Elle avait un homme qui avait du temps pour elle. Un homme qui travaillait une demi-heure par jour sur la scène d’un théâtre ou d’un cabaret à la mode et qui, en plus, la promenait aux quatre
Les dents de la belle-mère 8 coins de la planète. On l’applaudissait pour son travail, on lui faisait des éloges et le prenait en photo. _!Les voyages que vous avez faits  Ah !  S’exclamaient rêveuses quelques-unes des commères avec lesquelles maman échangeait deux ou trois mots. Dans la conversation, maman « glissait » subtilement que ses chaussures venaient de Singapour et son sac à main de Los Angeles. _Ah! Quelle chance vous avez d’avoir trouvé un mari comme le vôtre !Maman souriait, prétextait qu’elle n’avait pas encore déballé toutes les valises de notre dernier voyage et continuait son chemin. Après quelques mètres, elle pouvait alors se retourner et voir la commère qu’elle venait de laisser, discuter avec d’autres. Ce pouvait être unecelles ramassant rapidement de leur monnaie, la femme du boulanger sortie sur le pas de sa porte, ou l’épicier ayant fait de même. Maman savait qu’on parlait d’elle. En bien ou en mal, ceci n’avait finalement pas d’importance. On parlait d’elle. En bien,c’était normal. En mal, ce n’était que des médisances de personnes jalouses. De toute façon, tout dépendait du point de vue de la personne. Pour « les gens biens », papa était un artiste, un de ceux qui avait réussit à imposer son art aux yeux du public. Un artiste international connu et admiré dans de nombreux pays. Pour « les autres», les jaloux, papa n’était qu’un raté déguisé en toréador. Un saltimbanque sans domicile fixe, un fainéant et un rêveur incapable de travailler normalement comme « les autres ». Qui avait raison ?
Les dents de la belle-mère 9 Qui avait tort ? Ceci ne changeait rien à la réalité. On parlait de nous « les Andalous», on parlait d’elle, Madame Andalou et dans son esprit de petit oiseau volage, c’était amplement suffisant. Maman était Madame Andalou, une femme qui voyageait, côtoyait du monde important et connaissait les secrets de son mari illusionniste. Ce que disaient les autres n’avait pas d’importance. Ou plutôt si, quels qu’ils soient, tous les ragots avaient de l’importance et même beaucoup.Mais c’était encore un secret. Un secret plus vital que les trucs de son mari. Ils étaient le combustible de maman Andalou. Ils étaient le foyer faisant pétiller son aura d’un feu d’artifice intérieur. Elle était jeune et belle grâce à eux. Elle était sympathique, joyeuse et avenante grâce à eux. Elle les aimait et vivait grâce à eux. ***