Les derniers seront les premiers...

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Jo est un clochard qui arpente les rues de la ville et qui fait la manche devant une église. Les poux le rongent jusqu’au sang et la crasse lui recouvre le corps. Son état fait fuir les badauds. Un jour, il pense à son passé, un passé radieux et brillant qu’il a occulté durant sa longue errance, et il prend conscience de sa décrépitude. Jo veut se venger d’une femme érotomaniaque qui l’a harcelé quand il avait dix-sept ans et qui est, selon lui, responsable de sa déchéance.
Publié le : vendredi 4 avril 2003
Lecture(s) : 54
EAN13 : 9782748127287
Nombre de pages : 183
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Les derniers seront les premiers...
Matthieu Paulo
Les derniers seront les premiers...
ROMAN
© manuscrit.com, 2003 ISBN: 2748127293 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748127285 (pour le livre imprimé)
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A mes élèves pianistes. A mon ami Maurice Duval.
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Les jambes engourdies par le froid rigoureux de l’hiver, le clochard Jo se dirige vers le centre ville en traînant les pieds et traverse un pont sous lequel un torrent tourbillonne avec force. Les toits des bâti ments en verre et en béton sont recouverts d’une fine couche de gelée blanche. Tout en marchant, Jo se frictionne les doigts pour que le sang circule mieux. Le petit matin montre sa face et les premiers rayons timides du doux soleil s’emparent, peu à peu, du macadam et des bâtiments. Après avoir franchi le pont et assisté à l’aurore hivernale, Jo, abattu par la fatigue, s’arrête, s’assoit et s’appuie contre un mur sale pour reprendre un peu son souffle. Il a vécu une nuit terrible ; il s’est battu avec d’autres clodos, aussi misérables que lui, pour s’approprier une place dans un grenier, légèrement chauffé par le chauffeeau qui alimente tous les autres appartements de l’immeuble. Les gens, qui vivent légalement dans leur nid, douillet n’ont pas supporté le bruit. Ils ont appelé les flics qui ont dé boulé en masse, matraques à la main, et sans aucune forme de procès, ils ont mis tout le monde dehors. Pendant des heures, Jo a cherché un hall d’immeuble ouvert, un hall de gare, une entrée couverte pour se protéger de ce froid inhumain. Il a parcouru toute la ville, mais en vain ; tout était fermé. Il s’est alors
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résigné à dormir dehors, dans sa couche habituelle, sur un vieux matelas inconfortable avec des ressorts qui lui trouent la peau, et sous de multiples cartons. Il n’a pas passé une bonne nuit à cause de ce froid et il a attendu l’aube, la chaleur, les rayons revigo rants du doux soleil. En effet, il est heureux là, sous ces faisceaux de chaleur qui l’apaisent. Au bout de quelques heures, il sent enfin ses pieds qu’il peut plier et déplier. Pour cette fois, il ne les a pas perdus. Il se souvient d’un de ses potes qui s’est fait amputer les deux membres rongés par le froid. Son ami n’a pas consulté de médecin, il a attendu trop longtemps, si bien que ses pieds ont commencé alors à pourrir. Ne pouvant plus marcher, l’éclopé se faisait porter par Jo. Ce dernier l’allongeait sur son vieux matelas et tentait, avec difficulté, de lui retirer ses vieilles bottes en cuir, trouées et déformées par l’humidité. Le pauvre homme a hurlé de douleur lorsque Jo a enfin réussi à le déchausser. Surpris et dégoûté, Jo a fait un bond en arrière lorsqu’il a découvert des pieds nécrosés, nauséabonds et bouffés par des vers blancs qui se tortillaient. Jo a enveloppé la chair pourrie dans de vieux chiffons et a conduit son ami à l’hôpital. Le verdict tomba : il fallait amputer. Jo a encore cette odeur pestilentielle de viande pourrie dans les narines. Enfin, le soleil lui masse la peau avec douceur et dégonfle petit à petit ses doigts ankylosés. Très éprouvé, il commence à s’endormir. Il ne le faut pourtant pas, il doit aller faire la manche pour pouvoir manger et boire aujourd’hui et demain. Mais ce soleil qui le soulage est telle ment agréable. Ses paupières sont lourdes comme du plomb et sa respiration est du plus en plus lente. Bercé par ces rayons du bon astre, Jo s’endort fer mement.
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