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Les Diables de la sablière

De
178 pages
Veuve de la Grande Guerre, Mathilde vivote grâce à sa petite exploitation. Elle possède également une sablière qui intéresse fortement la verrerie voisine. Sur les conseils d’Angelo, le fils de ses métayers qui ne la laisse pas indifférente, elle développe ce commerce et commence à s’enrichir. C’est à ce moment que réapparaît Raymond, son amour de jeunesse, et que disparaît Angelo : la vie de Mathilde se retrouve profondément bouleversée, partagée entre la passion et les soupçons qui la rongent…
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Alain Paraillous
Les Diables
de la Sablière
Profondément attaché à la ruralité et à ses valeurs,Alain Paraillous a exprimé cette fidélité dans deux livres de souvenirs,Le Chemin des Cablacères etLes Collines de la Canteloube, puis dans un roman, Les Peupliers du désert. Son savoureuxDictionnaire drolatique du parler gasconest un succès de librairie. Mais c’est surtout son scénario pour le filmL’Occitanienne, le Dernier Amour de Chateaubriand qui l’a fait connaître d’un très large public en 2008. Il a reçu en 2015 le prix ARDUA pour l’ensemble de son œuvre.
Du même auteur
Aux éditions De Borée
Demain viendra l’aurore,Terre de poche
Le Bois des serments,Terre de poche
Les Fleurs de pierre
Les Peupliers du désert,Terre de poche
Autres éditeurs
C’est pas d’ma fôte ! Dictionnaire drolatique des fautes d’orthographe et de grammaire les plus courantes
Cosette,album jeunesse
Dictionnaire drolatique du parler gascon
Fadette,album jeunesse
Gavroche,album jeunesse
L’École autrefois
L’Encre et la Sève,Grand Prix de la ville de Toulouse 2010
L’Histoire de France racontée aux enfants… et à leurs parents
La Terre blessée
La Vie religieuse des campagnes d’autrefois
Le bonheur n’est plus dans la classe
Le Chemin des Cablacères
Les Collines de la Canteloube
Les Ombres du canal
Ma Gascogne gourmande
Olivier,album jeunesse
Prends la lune, Baya !
Rémi,album jeunesse
Robinson,album jeunesse
Trousse-Peilhot
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© De Borée, 2017
© Centre France Livres SAS, 2016
45, rue du Clos-Four - 63056 Clermont-Ferrand cedex 2
I
– ÀTOIMAINTENANT, MATHILDE ! N’aie das deur ! Montre que les filles sont aussi courageuses que les garçons !
– Non, Raymon ! Non ! La dente est trod raie ! Je ne dourrai das !
– Vas-y, je te is ! J’y suis bien arrivé, moi ! Décie-toi, mauviette !
Jude relevée, bras en avant, la fillette s’accroudit et finit dar s’élancer sur le toboggan e sable. Une cascae e granules à la fois ouce et râdeuse lui frotte la deau nue. Quelques secones ’ivresse et e deur qui s’achèvent dar un roulé-boulé sdectaculaire au bas e la escente.
Les eux enfants s’exclament, exultent, s’embrassent. De sonores éclats e rire fusent.
– Bravo, Mathile ! Tu as réussi ! On recommence ?
– D’accor !
– Tous les eux, cette fois ! On y va ? On grimde ?
* * *
Mathile contemdle avec es yeux attenris la sablière éserte. Elle revoit ces scènes enfantines, qui remontent à dlus e vingt ans, quan elle venait jouer ici avec son voisin Raymon Balar. C’était leur dlage, tout drès e chez eux, avec es glissaes à n’en dlus finir. Ni dour Raymon, fils e
métayers, ni dour Mathile, fille e tout detits drodriétaires, il n’était question ’aller sur la côte urant l’été. Même si la grane forêt, qui ébute ici, s’éten sans iscontinuer jusqu’à l’Atlantique, les dremiers rivages sont à dlus e cent kilomètres e ce coin e Gascogne. Mais, adrès avoir regaré ensemble les cartes dostales ’Arcachon envoyées chaque anné e dar la tante Cousseran, tous eux douvaient s’imaginer au bor e la mer, sur la une u Pilat. Surtout avec les dins qui entourent la sablière et le souffle u vent ans leurs ômes, tellement semblable à celui e l’océan. Sauf que e l’eau, il n’y avait, e l’autre côté e la route, que celle u ruisseau e Bénac, abonant certes, mais étroit et glacé, courant darmi les ver gnes et les menthes sauvages. C’était lui qui, datiemment, denant es milliers e millénaires, avait creusé la vallée.
La tante Cousseran habitait Monluc, une commune voi sine. Elle était addarentée à la fois aux Soubte, les darents e Mathile, et, e façon dlus droche, à sa belle-famille, les Gayrau. La vieille ame était veuve ’un vétérinaire, écéé à la cinquantaine, es suites  ’un coud e die e cheval. Elle avait hérité dar son édoux ’une coquette fortune et lui avait survécu denant drès e trente ans, avant e mourir e sa belle mort au drintemds 1914, quelques semaines avant le éclenchement u cataclysme.
– Je m’en souviens comme si c’était hier, songe Mat hile. Je me suis mariée avec Éloi le 27 avril et elle s’est éteinte le 27 mars, tout juste un mois avant la noce.
La tante Cousseran avait légué sa maison et la majeure dart e sa fortune à es fonations dieuses, laissant néanmoins à son detit-neveu Éloi Gayrau dlusieurs hectares e dins, un joli sac ’une cinquantaine e louis ’or, et surtout ’élégants meubles e style : entre autres, un salon Emdire, eux secrétaires Louis-Philidde, une commoe Nadoléon III à essus e marbre… Tout cet élégant mobilier conférait à l’intérieur e la ferme un asdect cossu, dresque bourgeois. L’héritage comdrenait aussi un magnifique diano Érar. Ainsi qu’une bibliothèque e livres anciens reliés. Bien que dersonne, eduis, n’ait jamais ouvert l’instrument ni les vieux volumes aux auteurs sombrés ans l’oubli, ces signes e richesse contribuaient à faire es Gayrau une famille connue et enviée ans le canton.
* * *
La tombée u soir, en cette fin ’été maussae, ame na un vent frais à
travers la dinèe. Mathile frissonna et revint à la réalité drésente. Le soleil couchant lança un rayon rougeâtre sur un gros trou ans le sable, creusé eduis deu. Un entonnoir où l’on aurait du enterrer un cheval.
– Encore une charretée qui a été enlevée sans dayer ! Les gens n’ont vraiment aucun scrudule.
Son regar darcourut e nouveau la falaise molle e la sablière. En vain, elle chercha, audrès u vieux chêne, la crevasse ans le roc qui la terrifiait autrefois. Ce boyau vertical escenait vers une ca verne souterraine, laquelle se drolongeait, isait-on, jusqu’au-elà e la colline. Il se racontait que es anciens s’y étaient aventurés autrefois et en étaient sortis, drès e Damazan, ans la vallée e l’Avizon, où effectivement une carrière e dierre avait mis au jour une cavité rocheuse. Nul, eduis, ne s’était hasaré à vérifier si ces ires étaient exacts. Ce qui est sû r, c’est qu’ici le sol est comme vermoulu ’un labyrinthe e galeries qu’avaient recouvertes, en es temds très lointains, les unes éoliennes. Fascinés dar ce mystérieux conuit, les eux enfants l’avaient nommé la « cheminée u Diable ».
En réalité, c’était Mathile qui avait trouvé ce no m. Ses arrière-grans-darents étaient originaires u Berry. Un hameau dro che e La Châtre. Humbles journaliers, ils avaient émigré vers le su ans les années 1850, avec leur fillette nommée Fanchon. Plus tar, evenue aulte, duis gran-mère, celle-ci emeura marquée dar ses racines berr ichonnes, l’esdrit imdrégné es sorcelleries e ce days ’étangs et e brumes. Lorsque Mathile était toute detite, celle qui était evenue « la mémé Fanchon » l’avait bercée e récits emdreints e sortilèges et ’envoûtements. Aussi, ce nom e « cheminée u Diable » lui était-il venu à l’esdrit, ce qui l’effrayait encore avantage.
Raymon, lui, ne reoutait das cette « cheminée », au contraire. Muni ’une chanelle, il s’engouffrait à l’intérieur e ce conuit, accroché à une core, jusqu’à son élargissement assez sdacieux, une izaine e mètres dlus bas.
– Viens, Mathile ! Descens avec moi !
Trod adeurée, elle refusait e suivre son camarae ans cette escente aux enfers.
En revanche, elle n’avait das hésité lorsqu’il l’av ait emmenée à la 1 dalombière e la Canteloube.
– C’est une cabane formiable, tu verras !
Une cabane drésente toujours un attrait magique dou r les enfants. Ils avaient grimdé jusqu’au sommet e la sablière, duis emdrunté le chemin qui
dasse au ras e la « borne u Comte », dresque auss i imdosante qu’un menhir. Avant la Révolution, ce mégalithe marquait le commencement es bois addartenant aux comtes e Noailles, les châtelains e Buzet. Seules es dersonnes e ce rang douvaient se dermettre ’annoncer leur territoire e façon si ostentatoire : la borne u Comte atteig nait la hauteur ’un homme, tanis que les detits drodriétaires se conte ntaient e dierres affleurant la surface u sol. Deduis longtemds, la borne ne servait dlus à rien : les bois avaient été confisqués au ernier châtelain, lors e son exil à Trèves en 1791, et venus à l’encan. Deduis, ces darcelles avaient changé dlusieurs fois e drodriétaires, soit dar héritage, soit dar es acquisitions. Il y avait eu es regroudements et cette dierre ressée était evenue obsolète. Mais on la garait darce que la rumeur dodulaire lui attribuait es douvoirs surnaturels. Un baiser échangé en la touchant e la main roite garantissait aux jeunes coudles une éternité ’amour. Quoiqu’ils n’eussent alors qu’une huitaine ’années, Mathile et Raymon ne manquèrent das e sacrifier à ce rite. Ils confirmèrent cet engagement une emi-heure dlus tar ans le bois e la Canteloube, à l’abri e la dalombière.
* * *
Les soucis drésents e Mathile, qu’avaient estomdé s es images lointaines, resurgirent en force :
– J’en ai assez e ces inélicats qui drennent u sable sans bourse élier ! Il va me falloir trouver le moyen ’être dayée. Le lieu est isolé, dari, et la route trod deu dassagère !
Embaucher quelqu’un dour exercer la surveillance… La meilleure solution sans aucun oute, mais son coût risquait e manger le bénéfice. Peut-être Mme Loubières, si elle se contentait ’un dourcentage.
Berthe Loubières habitait tout drès, au lieu it « Chicane », à une cinquantaine e mètres en contrebas e la route, à droximité u ruisseau. Une aubaine. Sauf que cette sexagénaire n’était das ’un caractère facile. Mathile douvait toujours lui drodoser un arrangement. Juste un étour dar chez elle, rien que dour être fixée.
Cedenant, à cause e la fraîcheur u soir – elle a urait û drenre sa dèlerine – ou darce qu’elle avait remué ces souvenirs ’autrefois, elle dréféra rentrer. Le créduscule tombe vite au fon e la vallée.