Les digressions essentielles

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Mieux vaut régner en Enfer que servir au Paradis. L'auteur, lui, est aux portes de l'Enfer, prêt à sombrer dans la folie... Deux ans qu'il ne parvient plus à écrire. Ecrire est une prêtrise: c'est s'ouvrir à la voix des hommes - à la voix de Dieu ? - pour en être, quelle qu'en soit la forme, l'instrument auprès des hommes. L'instrument auprès de Dieu, peut-être... L'artiste touchera-t-il enfin le paradis ? Ceci n'est qu'un livre, son livre et son chef d'œuvre. En tout modestie. Non que cette histoire soit mieux écrite ou plus digne d'intérêt qu'une autre. Simplement parce qu'en l'écrivant, ses propres ténèbres se sont dissipées, pour laisser apparaître l'utilité, le sens de sa vie : l'écriture.
Publié le : vendredi 7 novembre 2003
Lecture(s) : 68
EAN13 : 9782748122640
Nombre de pages : 131
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LesdigressionsessentiellesFran ois Laboure
Lesdigressionsessentielles
ROMAN' manuscrit.com, 2002
ISBN: 2-7481-2265-8 (pourle fichiernumØrique)
ISBN: 2-7481-2264-X (pourlelivreimprimØ)Avertissement de l Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littØraires etde chercheurs),ce manuscritestimprimØ telunlivre.
D Øventuellesfautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
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TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comIntroduction
DIGRESSION n.f. (lat. digressio,dedigredi,
s’Øcarter de son chemin). DØveloppement Øtranger
au sujet, dans un discours, une conversation.
ESSENTIEL, ELLE adj. 1. PHILOS. Relatif à
l’essence, lanatureintimed’unechoseoud’unŒtre,
par opp. à accidentel. 2. NØcessaire, indispensable.
La piŁce essentielle d un mØcanisme. 3. TrŁs impor-
tant, capital. C est un point essentiel. 4. M D. Se dit
d’une maladie dont la cause est inconnue…
Larousse
7LaguerrerØpandaitungoßtmØtalliquesurlepays,
mettant ses viscŁres à nu. Partout, les hommes hur-
laient, les femmes en noir se taisaient, comme tou-
jours. Ici, pourtant, au milieu des champs ØventrØs,
dans la cuisine anonyme d une ferme isolØe, le des-
tin du pays venait de prendre un nouveau visage.
Rouge,latableavaitcØdØsouslepoidsducorps. Le
cercle de bottes, soudain silencieuses, rendait taci-
tement hommage à la masse de chaires sanglantes,
gouttant surlecarrelage d un liquide visqueux.
9AAAAAAAAAAAAHHHHH !
J ai giclØ de mon lit comme un diablotin de sa
bo te. La table de chevet rend l’ me sur le parquet,
lesquatrefersenl air. Ledrapreposesurlelit,chif-
fonnØcommeunemueencorechaude. Ilmesemble
presque le voir fumer… Nom de dieu, quel rŒve !
Pas un cauchemar, au sens usuel du terme ; plut t
une pensØe, subtilement dØrangeante, dont je n arri-
vais pas à me dØpŒtrer, un vieux sparadrap mou qui
secollepartoutquandonessayedes endØbarrasser.
Dieu !
Dieu.
J Øtais Dieu.
Pas l image d Epinal, un vieux hippie au regard
bienveillant,àlabarbechampŒtre. Simplementmoi-
mŒme,flottantbŒtementaubeaumilieudel univers,
dans un silence absolu, sidØral, cosmonaute ØgarØ
attendant le passage de la prochaine navette.
Je me souviens Øgalement avoir ressenti une lØ-
gŁre dØmangeaison sur l Øpaule, j ignore pourquoi
je m’en souviens.
Dieu…
D abordincrØdule,bienqu habitØd uneprofonde
certitude− certains parleraient de foi en moi− j en
Øtais venu petit à petit à accepter mon essence di-
vine, à la perspective du pouvoir et des filles faciles
quidevaientcertainementaccompagnermafonction
11Les digressions essentielles
nouvellementØchue. C est alors quej’avais entrevu
le prix à payer, il y a toujours un prix à payer. Ce-
lui-làdØpassaitdebeaucoupmesmodestesmoyens:
laresponsabilitØ. LesresponsabilitØs. Desresponsa-
bilitØs infinies et ce, pour l ØternitØ.
Au simple fait d y repenser, mes nerfs se re-
mettent à vibrer. Il me semble presque voir le drap
vibrer aussi.
JeprØfŁredebeaucoupŒtreØcrivain: unbouquin
lafois,uneseuleresponsabilitØ,soi-mŒmeetses
casseroles, les lecteurs, en fait, on s’en fout plus
qu autre chose.
Mais bon, je suis rØveillØ, quoi faire ?
Rouler une cigarette ?
Non, envie de fumer mais pas de rouler.
Allumer la radio ?
Non, envie de calme etde prØserverlesilence.
Alors ? Quelque chose de calme : aller boire un
verred eauàlacuisine,direbonsoirauchatettenter
de recoller les bouts de nuit qui me restent. Je pose
un premier pied sur le parquet : une douleur fulgu-
rante parcourt mon corps d une extrØmitØ à l autre,
comme la note suraiguº d’un koto pincØ par un fou.
C estlechat,planquØsouslelit,quivientdemeba-
lancerunepattepleinedegriffesdanslapeautendre
et fragile de mon coup de pied. Il a ØtØ excitØ par
mon rØveil en fanfare, il a envie de jouer, la masse
de poils qu il a sur la couenne doit Œtre plus lourde
quesoncerveau,iln ajamaiscomprisquecertaines
parties de mon anatomie ne sont VRAIMENT pas
faites pour jouer. Je le chope par la peau du cou et
l amŁne jusqu la fenŒtre donnant sur les toits, que
j ouvre, je le dØpose dehors.
Dans l appartement d’en face, la voisine dØam-
bule dans leplus simpleappareil, comme à l accou-
tumØe, lan ant au hasard quelques œillades par les
fenŒtres grandes ouvertes. Je me suis promis qu un
12François Laboure
soir je dØfoncerais sa porte pour lui tØmoigner tout
lerespectettoutelatendressequejevoue lanu-
ditØ lorsqu elle se veut fra che et touchante. C’est
peut-Œtre là ce qu’elle attend, qu’une bonne âme
vienne la dØlivrer d une solitude si pesante qu elle
n’ensupportepluslesimplepoidsdesesvŒtements.
Je n en sais rien, je n en n ai jamais rien su, cer-
tains naissent avec un instinct pour ces choses l
et les filles sont douces et sans problŁme, moi je
n’ai hØritØ que d un don pour la confection des ma-
quettes, concordes, biplans et trois m ts en matiŁres
diversesencombrentmonappartementvidedetoute
prØsence fØminine, quand je n arrive pasà m’en dØ-
barrasser en les offrant autour de moi. Presque une
chambredem me,enplusrangØ,ilnemanqueplus
que quelques chaussettes sales dans un coin et des
magazinespornosouslematelas. CequidiffØrencie
unhommeadulte,cØlibatairepardØpit,d unadoles-
cent tout en complexes et points noirs ? Les cor-
beilles à linge et les magnØtoscopes.
Le chat est toujours l .
« Allez, vas socialiser ! »
Il ne semble pas comprendre ; se frotte contre le
chambranle;arpentel appui;Øvitemonimpatience.
« Vas jouer avec les animaux de la ville ! »
GuŁre plus de rØaction.
« T as pas des potes dans le coin ?… »
Il ne m Øcoute toujours pas. Ma voix doit lui
parvenir comme un gazouillis affectueux.
«Bordel,vasauxputes,situveux,maisvasfaire
un tour ! »
Jelepoussesurletoit,ildØtale. Ilacertainement
compris.
Jeleregardes Øloigner. Invariablement,ilsefige
à quelques mŁtres, en Øquilibre sur une tuile, tourne
la tŒte vers moi. Je suppose que si j avais eu l oc-
casiondeconna trecetØtatb tard,suspenduentrela
13

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