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Snowdonia Vertigo

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LesdigressionsessentiellesFran ois Laboure
Lesdigressionsessentielles
ROMAN' manuscrit.com, 2002
ISBN: 2-7481-2265-8 (pourle fichiernumØrique)
ISBN: 2-7481-2264-X (pourlelivreimprimØ)Avertissement de l Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littØraires etde chercheurs),ce manuscritestimprimØ telunlivre.
D Øventuellesfautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de lA’ sile Popincourt
75011 Paris
TØlØphone:0148075000
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comIntroduction
DIGRESSION n.f. (lat. digressio,dedigredi,
s’Øcarter de son chemin). DØveloppement Øtranger
au sujet, dans un discours, une conversation.
ESSENTIEL, ELLE adj. 1. PHILOS. Relatif à
l’essence, lanatureintimed’unechoseoud’unŒtre,
par opp. à accidentel. 2. NØcessaire, indispensable.
La piŁce essentielle d un mØcanisme. 3. TrŁs impor-
tant, capital. C est un point essentiel. 4. M D. Se dit
d’une maladie dont la cause est inconnue…
Larousse
7LaguerrerØpandaitungoßtmØtalliquesurlepays,
mettant ses viscŁres à nu. Partout, les hommes hur-
laient, les femmes en noir se taisaient, comme tou-
jours. Ici, pourtant, au milieu des champs ØventrØs,
dans la cuisine anonyme d une ferme isolØe, le des-
tin du pays venait de prendre un nouveau visage.
Rouge,latableavaitcØdØsouslepoidsducorps. Le
cercle de bottes, soudain silencieuses, rendait taci-
tement hommage à la masse de chaires sanglantes,
gouttant surlecarrelage d un liquide visqueux.
9AAAAAAAAAAAAHHHHH !
J ai giclØ de mon lit comme un diablotin de sa
bo te. La table de chevet rend l’ me sur le parquet,
lesquatrefersenl air. Ledrapreposesurlelit,chif-
fonnØcommeunemueencorechaude. Ilmesemble
presque le voir fumer… Nom de dieu, quel rŒve !
Pas un cauchemar, au sens usuel du terme ; plut t
une pensØe, subtilement dØrangeante, dont je n arri-
vais pas à me dØpŒtrer, un vieux sparadrap mou qui
secollepartoutquandonessayedes endØbarrasser.
Dieu !
Dieu.
J Øtais Dieu.
Pas l image d Epinal, un vieux hippie au regard
bienveillant,àlabarbechampŒtre. Simplementmoi-
mŒme,flottantbŒtementaubeaumilieudel univers,
dans un silence absolu, sidØral, cosmonaute ØgarØ
attendant le passage de la prochaine navette.
Je me souviens Øgalement avoir ressenti une lØ-
gŁre dØmangeaison sur l Øpaule, j ignore pourquoi
je m’en souviens.
Dieu…
D abordincrØdule,bienqu habitØd uneprofonde
certitude− certains parleraient de foi en moi− j en
Øtais venu petit à petit à accepter mon essence di-
vine, à la perspective du pouvoir et des filles faciles
quidevaientcertainementaccompagnermafonction
11Les digressions essentielles
nouvellementØchue. C est alors quej’avais entrevu
le prix à payer, il y a toujours un prix à payer. Ce-
lui-làdØpassaitdebeaucoupmesmodestesmoyens:
laresponsabilitØ. LesresponsabilitØs. Desresponsa-
bilitØs infinies et ce, pour l ØternitØ.
Au simple fait d y repenser, mes nerfs se re-
mettent à vibrer. Il me semble presque voir le drap
vibrer aussi.
JeprØfŁredebeaucoupŒtreØcrivain: unbouquin
lafois,uneseuleresponsabilitØ,soi-mŒmeetses
casseroles, les lecteurs, en fait, on s’en fout plus
qu autre chose.
Mais bon, je suis rØveillØ, quoi faire ?
Rouler une cigarette ?
Non, envie de fumer mais pas de rouler.
Allumer la radio ?
Non, envie de calme etde prØserverlesilence.
Alors ? Quelque chose de calme : aller boire un
verred eauàlacuisine,direbonsoirauchatettenter
de recoller les bouts de nuit qui me restent. Je pose
un premier pied sur le parquet : une douleur fulgu-
rante parcourt mon corps d une extrØmitØ à l autre,
comme la note suraiguº d’un koto pincØ par un fou.
C estlechat,planquØsouslelit,quivientdemeba-
lancerunepattepleinedegriffesdanslapeautendre
et fragile de mon coup de pied. Il a ØtØ excitØ par
mon rØveil en fanfare, il a envie de jouer, la masse
de poils qu il a sur la couenne doit Œtre plus lourde
quesoncerveau,iln ajamaiscomprisquecertaines
parties de mon anatomie ne sont VRAIMENT pas
faites pour jouer. Je le chope par la peau du cou et
l amŁne jusqu la fenŒtre donnant sur les toits, que
j ouvre, je le dØpose dehors.
Dans l appartement d’en face, la voisine dØam-
bule dans leplus simpleappareil, comme à l accou-
tumØe, lan ant au hasard quelques œillades par les
fenŒtres grandes ouvertes. Je me suis promis qu un
12François Laboure
soir je dØfoncerais sa porte pour lui tØmoigner tout
lerespectettoutelatendressequejevoue lanu-
ditØ lorsqu elle se veut fra che et touchante. C’est
peut-Œtre là ce qu’elle attend, qu’une bonne âme
vienne la dØlivrer d une solitude si pesante qu elle
n’ensupportepluslesimplepoidsdesesvŒtements.
Je n en sais rien, je n en n ai jamais rien su, cer-
tains naissent avec un instinct pour ces choses l
et les filles sont douces et sans problŁme, moi je
n’ai hØritØ que d un don pour la confection des ma-
quettes, concordes, biplans et trois m ts en matiŁres
diversesencombrentmonappartementvidedetoute
prØsence fØminine, quand je n arrive pasà m’en dØ-
barrasser en les offrant autour de moi. Presque une
chambredem me,enplusrangØ,ilnemanqueplus
que quelques chaussettes sales dans un coin et des
magazinespornosouslematelas. CequidiffØrencie
unhommeadulte,cØlibatairepardØpit,d unadoles-
cent tout en complexes et points noirs ? Les cor-
beilles à linge et les magnØtoscopes.
Le chat est toujours l .
« Allez, vas socialiser ! »
Il ne semble pas comprendre ; se frotte contre le
chambranle;arpentel appui;Øvitemonimpatience.
« Vas jouer avec les animaux de la ville ! »
GuŁre plus de rØaction.
« T as pas des potes dans le coin ?… »
Il ne m Øcoute toujours pas. Ma voix doit lui
parvenir comme un gazouillis affectueux.
«Bordel,vasauxputes,situveux,maisvasfaire
un tour ! »
Jelepoussesurletoit,ildØtale. Ilacertainement
compris.
Jeleregardes Øloigner. Invariablement,ilsefige
à quelques mŁtres, en Øquilibre sur une tuile, tourne
la tŒte vers moi. Je suppose que si j avais eu l oc-
casiondeconna trecetØtatb tard,suspenduentrela
13