Les égarements du coeur

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Quand Marie sort du couvent du Sacré-Coeur de Jésus où elle a passé toute son enfance, elle a seize ans et son éducation est achevée. Comme toute jeune femme au XVIIIe siècle, elle doit désormais être présentée au monde, et trouver un époux honorable.
Dès ses premières soirées parisiennes, Marie tombe amoureuse d'un bel inconnu au charme mystérieux. Mais il n’est pas celui qu’on lui destine. Le père de Marie s’est en effet entendu avec un ami, le Comte de Guénédal pour qu'elle épouse son fils, Loïc. Désespérée, Marie tente tout ce qu’elle peut pour échapper à son destin forcé. Parviendra-t-elle à se libérer du mariage qui lui a été imposé et à rejoindre un jour l'élu de son cœur ? L'homme qu'elle aime est-il vraiment si différent des autres ? 
Au travers des lettres que Marie échange avec ses proches, nous découvrons toutes les péripéties de son histoire, entre espoirs, tentations, déconvenues et trahisons. Prise dans un conflit de loyautés, Marie devra lutter pour conquérir son indépendance et défendre son droit au bonheur.
Publié le : mardi 24 mai 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026205470
Nombre de pages : non-communiqué
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Marie-José Aubrycoin
Les égarements du coeur
© Marie-José Aubrycoin, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0547-0
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
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Préambule
J’adore les brocantes et les vide-greniers. Quoi de plus revigorant que de se lever tôt le dimanche matin pour aller explorer un petit village qui en ce beau jour d’été permettra de découvrir les plus rares trésors tel un pied de lampe en cuivre d’esprit art nouveau ou un cadre en bois sculpté dans lequel se trouve encore la photographie jaunie d’un ancêtre oublié.
Bien sûr que les objets inanimés ont une âme et qu’ils conservent l’empreinte des souvenirs de ceux qui les ont possédés et aimés au point de les rendre suffisamment précieux pour qu’ils puissent défier le temps et survivre à la génération qui les a vus naître.
C’est encore plus vrai des livres qu’ils soient pieusement exposés sur une table et enveloppés d’un papier transparent pour protéger leur fragile reliure ou entassés dans des cartons poussiéreux, flétris par l’usage et fleurant le parfum délicat et incomparable du vieux papier (ou parfois tristement de la moisissure pour ceux qui avant leur exposition ont eu le malheur de séjourner au fond d’une cave sombre).
Qu’importe, je les aime tous car ils racontent des histoires qui emportent leur lecteur dans un monde imaginaire et merveilleux.
Les livres ont toujours été partie intégrante de ma vie. Ce sont eux qui m’ont permis d’échapper à une enfance solitaire et à une jeunesse sans joie. Ce sont encore eux qui m’ont aidée à vivre alors que toute espérance m’avait désertée et que ma misérable tentative de quitter cette vallée de larmes s’était révélée un douloureux échec.
Jamais je ne cesserai de tenter de transmettre l’amour de la littérature et le pouvoir libérateur de l’écriture.
Je peux dire sans fausse modestie que ma carrière d’enseignante universitaire fut couronnée d’une éclatante réussite que je dois bien sûr au soutien sans faille de mon cher et tendre époux trop tôt disparu.
Même si le temps a fait son œuvre et que je suis à présent une vieille dame, je conserve une agilité intellectuelle et une capacité de discernement qui me sont quelquefois particulièrement utiles. Je m’amuse beaucoup en postant mes chroniques sur mon blog. Miracle de la technologie, en deux clics, on peut créer son site (merci Wordpress) et faire participer le monde entier à ses états d’âme.
Maintenant que je suis à la retraite, il faut bien que je m’occupe…
Ma longue fréquentation du milieu universitaire m’a convaincue depuis bien longtemps que la formation des esprits devait commencer bien avant le début des études supérieures et qu’il était indispensable d’orienter les adolescents vers la littérature, source inépuisable d’enrichissement personnel (et aussi d’apprentissage de l’orthographe).
Récemment, j’ai donc répondu favorablement à l’appel relayé sur internet, d’une association qui recherchait des bénévoles pour donner des cours de soutien scolaire à des jeunes d’un milieu défavorisé postulant non seulement pour le bac, précieux sésame vers l’enseignement supérieur mais aussi pour l’accès aux classes préparatoires des grandes écoles qui ouvrent à présent généreusement leurs portes à un petit contingent d’élèves méritant issus de ce qu’on appelle pudiquement « les quartiers ».
Pour moi qui n’ai eu comme élèves que des étudiants plutôt érudits qui se trouvaient déjà en possession d’un bagage culturel significatif, l’enseignement à des jeunes cumulant les handicaps sociaux et l’envie de s’en détacher me sembla un défi que j’eus envie de relever.
Ma feuille de route m’assignait un but élevé : amener mes élèves à la littérature classique d’abord puis à l’écriture ensuite afin qu’ils puissent se frotter au maniement de la langue pour en décrypter les codes.
Il allait me falloir faire preuve d’inventivité.
Alors que je me creusais la tête pour savoir de quelle manière j’allais m’y prendre (il ne s’agissait pas pour moi de me substituer au professeur de français qui avait la lourde tâche dans le cadre de l’enseignement obligatoire de couvrir un programme scolaire concocté par les énarques du rectorat totalement déconnectés des réalités du terrain), je tombais lors d’une de mes déambulations en brocante, sur un livre qui attira ma curiosité, d’abord par son aspect, un in-quarto de grand format sur papier grainé jauni imprimé en caractères gothiques sous une couverture de cuir patiné, puis dès que je commençais à le feuilleter, par son contenu.
Il s’agissait d’un roman épistolaire publié de façon anonyme et intitulé « les égarements du cœur et les surprises de l’amour ».
Le roman épistolaire était un genre très prisé au 18ème siècle. Présenté comme une collection de lettres authentiques échangées par des personnes réelles, il est par essence polyphonique puisqu’il fait parler chacun des protagonistes de sa propre voix, ceux-ci présentant les événements qui se déroulent dans l’intrigue de leur seul point de vue, fournissant ainsi au lecteur des clés de compréhension différentes en fonction du personnage qui s’exprime.
Comme les romans contemporains, ce type d’œuvre a pour fonction première le divertissement mais aussi l’information sur la réalité sociale et culturelle dans laquelle il trouve son contexte.
En outre, l’analyse psychologique des personnages s’épaissit au fil des correspondances à travers ce qui est dit, mais aussi ce qui est tu.
Les lacunes événementielles inhérentes à cette forme de récit obligent le lecteur à faire preuve d’imagination et à participer par sa reconstruction personnelle des zones d’ombre du récit à une intrigue dans laquelle il finit par s’impliquer totalement.
J’avais étudié et enseigné le genre à travers sa plus brillante représentation : « les liaisons dangereuses » de Laclos.
Le livre que je tenais entre les mains me parut soudain tellement désirable que je ne marchandai que mollement le prix, par ailleurs plutôt modeste, qui m’en était demandé.
Je repartis ma trouvaille sous le bras, pressée de me plonger dans sa lecture, ce que je fis l’après-midi même, allongée au creux de ma chaise longue favorite, la tête à l’ombre et les pieds au soleil.
Progressant dans ma lecture avec un plaisir de plus en plus évident, je me surpris à constater une fois de plus qu’il n’y avait vraiment rien de nouveau sous le soleil et que les sentiments des hommes (et des femmes) restant les mêmes à travers les siècles,
« Les égarements du cœur ou les surprises de l’amour » n’avaient rien à voir avec l’ouvrage de Crébillon publié en 1736 sous le titre « les égarements du cœur et de l’esprit » (merci Wikipedia).
Dans le livre que je découvrais avec une délectation liée à l’usage de la langue classique, il y avait toute la problématique du passage de la jeunesse à l’âge adulte, du choix de la personne à qui donner son amour, de la loyauté et du désir d’affirmation de soi, mais aussi la construction d’une sexualité adulte assumée et enfin le bonheur au sein d’une aimable famille recomposée. Tous ces thèmes m’apparaissaient propres à susciter l’intérêt de mes futurs élèves.
C’est à vous lectrices et lecteurs, que je veux d’abord le proposer. Qu’en pensez-vous ?
Lettre 1
Ma chère Amie,
Mariede Saint-Amand
À Blanche d’Estiers
Couvent du Sacré Cœur de Jésus
An de grâce 174… et le…
Dire que votre absence me plonge dans le plus grand des désarrois est encore bien au-dessous de la réalité…
Huit jours se sont écoulés depuis votre départ et chaque heure qui passe me fait ressentir plus cruellement encore le poids de la solitude.
Je passe de longs moments à rêver, à l’écart de toute compagnie, et mes pensées ne vous quittent pas.
Notre vie calme et paisible, les liens de la plus tendre amitié joints à l’attrait de l’étude, tout ceci faisait de moi la plus heureuse personne au monde. Nous étions si proches l’une de l’autre et notre affection mutuelle était si grande qu’il me semblait que cet heureux temps ne dût jamais finir…
Aujourd’hui, je prie pour votre bonheur et je supplie le Seigneur, qui dans son immense Grandeur dispose de tous pouvoirs, de permettre qu’un jour, nous soyons de nouveau réunies.
Notre confesseur, l’Abbé de Blaignac, celui-là même dont les sermons avaient l’extrême avantage de vous porter à des accès de gaîté pendant le Saint-Office, m’a tenu de longs discours sur l’institution sacrée du mariage et les devoirs qui en découlent.
Bien sûr, je ne puis ignorer la nécessité dans laquelle nous nous trouvons toutes de nous soumettre à cette fatalité. Dans la mesure où l’indulgence et la bonté d’un père soucieux du bonheur de sa fille, ne nous impose pas une union contraire à notre cœur, le mariage peut être envisagé avec joie et allégresse, surtout lorsque le futur époux réunit toutes les qualités de votre promis, Monsieur de Quincy-Portrieux.
Mais peut-on se réjouir de s’éloigner de l’enfance et de la plus tendre jeunesse, sans espoir de retour ?
Avec vous, c’est toute ma vie qui m’échappe et j’essaie désespérément de la retenir en usant de procédés si maladroits que je rougis de vous les relater. Pourtant, je ne veux pas m’y soustraire car je n’ai aucun secret pour vous qui êtes ma sœur par inclination à défaut de l’être par le sang.
Je vous avoue donc que je me suis emparée dans votre ancienne chambre de votre plume et de l’écritoire que vous aviez laissée et c’est sur le papier qui s’y trouvait que je vous écris la présente.
Les larmes me sont venues aux yeux quand j’ai retrouvé un ouvrage de broderie inachevé que vous n’aviez pas emporté. Je me suis procuré les soies les plus fines et les plus vives pour achever ce mouchoir de cou que j’aurai l’honneur de porter en pensant à vous.
Mais est-il besoin d’un objet quel qu’il soit pour faire ressurgir le souvenir d’une personne aussi chère ?
Écrivez-moi je vous en prie…
Il me tarde tant de vous lire.
Votre Marie
Lettre2
Ma trop tendre petite sœur,
Blanche d’Estiers
À Marie de Saint-Amand
Paris, le…
Votre lettre m’a plongée dans un tel état d’affliction que j’ai voulu aussitôt y répondre pour vous gronder de cette tristesse qui me fait grand peine.
Je vous aime trop tendrement pour ne pas éprouver moi-même le grand vide de votre absence.
Mais la Providence ne voudra pas, j’en suis sûre, que notre séparation soit définitive. Le Ciel aidant, je suis certaine de trouver un moyen de nous réunir et je vous demande de m’honorer de votre confiance.
La grande affection qu’éprouve pour vous notre Mère Supérieure ne l’a-t-elle pas conduite à vous faire de justes remontrances ? Ne l’avons-nous point entendue, à maintes reprises, nous répéter que tristesse était péché et que l’Amour de Notre Seigneur ne pouvait que nous guider vers l’allégresse ?
Combien alors ma foi doit être grande !
Monsieur de Quincy-Portrieux me rend chaque jour une visite et je peux constater que mon futur époux possède en abondance d’incomparables qualités telles courage, honneur et probité.
Les années n’ont fait qu’anoblir son visage et sa mise reflète la plus totale perfection tant pas la richesse des étoffes que par la coupe merveilleuse de ses habits.
Mes propres robes me paraissent bien modestes en comparaison, mais je n’ai que peu de temps à patienter. Bientôt, je serai la châtelaine de son manoir de Bretagne où nous devons aller vivre dès que notre union aura été célébrée. L’évocation de cette terre de Portrieux, battue par les vents et les flots déchaînés, comble déjà mon esprit et je brûle de vivre au milieu de la sauvagerie des éléments auprès de l’homme de cœur qui m’a fait l’honneur de demander ma main.
Les préparatifs du mariage se prolongent trop à mon goût. Les hommes de loi de mon père disputent depuis trois longues journées les termes du contrat de mariage avec le Notaire de Monsieur de Quincy-Portrieux.
Le souci que l’on prend de mon intérêt me paraît bien vain et les multiples clauses prévues au contrat sont autant de précautions inutiles qui ne font que retarder l’heure de mon bonheur.
C’est cependant ainsi, dit-on, que doivent se préparer les unions les plus solides…
Je vous quitte là, ma douce amie, et vous promets pour bientôt une nouvelle lettre.
Lettre3
Ma chère Blanche,
Marie de Saint-Amand
À Blanche d’Estiers
Couvent du Sacré-Cœur de Jésus
le
Cette longue lettre que je veux vous écrire, vous ne la lirez peut être jamais. Mais mon cœur est trop plein de ce silence qui m’entoure et du poids de la solitude pour que je puisse le faire taire plus longtemps.
Vous qui êtes toute lumière et dont l’existence a toujours été faite de bonheurs, pouvez-vous seulement concevoir que la Providence puisse se montrer moins clémente envers certains de ses sujets qu’elle ne le fût envers vous-même ?
Vous n’avez connu que des satisfactions tant grâce à l’excellence de votre caractère, qu’à la bonne fortune qui vous a toujours suivie.
Toute enfant, vous deviez être déjà plus belle et plus aimée que vos sœurs. Vos parents éprouvèrent constamment pour vous la plus vive des affections et vous en fournirent les preuves les plus éclatantes en maintes occasions.
D’entre nous toutes, vous étiez celle qui possédait les plus jolies toilettes, qui recevait le plus de visites et qui était comblée des cadeaux les plus appréciés telle cette jument isabelle qui fut votre fidèle compagne et qui vous fut donnée par votre père le jour anniversaire de vos dix ans.
N’allez pas croire, mon amie, que c’est la basse envie qui me fait ainsi comparer votre destinée à la mienne. S’il est vrai que vous reçûtes toujours à profusion ce dont je fus cruellement privée, je n’en ai jamais pour autant conçu à votre égard le moindre ressentiment et je prie le Ciel que vous en soyez convaincue.
Si Celui-ci n’a pas cru devoir me donner l’amour d’un père, l’aisance d’une vie sans gêne matérielle et la tendresse d’un homme de cœur, c’est certainement que je m’en suis montrée indigne…
Mais pourquoi vous entretenir de moi ? Ma personne est si peu digne d’intérêt…
Vous avez toujours représenté pour moi un idéal de vie heureuse et dans votre intimité, je devenais un peu vous-même, comme si votre éclatante lumière avait éclairé mes propres ténèbres.
Vous étiez mon modèle et vous fûtes la première, et peut-être la seule personne au monde à laquelle je fus chère…
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