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Les Enfants de Gayant

De

La Grande Guerre terminée, Hélène, infirmière au Val-de-Grâce, se rend au chevet de sa mère, qui lui confie dans un dernier soupir qu'elle n'est pas sa vraie génitrice. Son père, Joseph, lui relate alors l'aventure de sa naissance, d'une mère internée dans un asile et morte dans un incendie.

Ajouté le : 08 mars 2017
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EAN13 : 9782812914553
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Passionné de littérature et de cinéma,Emmanuel Prosta rapidement été attiré par la volonté d'écrire : d'abord un recueil de nouvelles, Concerto sur le Sornin, puis un roman,Kamel Léon, les tribulations d'un métamorphe. AprèsLa Descente des anges, il publie son deuxième roman aux éditions De Borée et continue de rendre hommage à l'ex-bassin minier artésien, sa région d'adoption.
LESENFANTS DEGAYANT
La Descente des anges
Du même auteur Aux éditions De Borée
Autres éditeurs
Concerto sur le Sornin Kamel Léon, les tribulations d'un métamorphe
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20 rue des Grands-Augustins, 75006 Paris. © , 2015
EMMANUELPROST
LESENFANTS DEGAYANT
À mon frère, Denis.
Gayant, c'est pour Douai son héros, son sauveur ; du peuple et des enfants, c'est le culte et l'idole .
Auguste BOUILLON,Gayant et ses fêtes, 1845.
Note de l'auteur
Ce récit est une fiction et, même s'il s'appuie sur un contexte historique bien réel, je n'ai à aucun moment cherché à faire œuvre d'hist orien, me réservant donc le droit de laisser libre cours à mon imagination quan t aux événements et aux personnages. En outre, je prie de bien vouloir m'ex cuser les personnes qui, à mon insu, porteraient l'un des noms empruntés pour certains de mes personnages avec lesquels elles n'auraient bien entendu aucun rapport. Je tenais notamment à préciser que la destinée du t ableauUne fille de pêcheur telle que racontée dans ce roman n'est que pure fan taisie de ma part dans la réalité, ce tableau de Jules Breton a bien disparu en 1918, au moment du départ des soldats allemands, et n'a ressurgi sur le march é de l'art qu'en 2000, pour n'être restitué au musée douaisien de la Chartreuse qu'en octobre 2011.
Prologue
E DR LÉON GOURMET pencha son visage à hauteur du judas pour scruter L l'intérieur de la cellule. Une jeune fille s'arc-bo utait sur son lit, s'agitant comme si le diable était en elle et l'avait convain cue que son corps malingre pouvait venir à bout des entraves qui la tenaient p risonnière. Le psychiatre la regardait d'un œil mort, blasé par ce genre de réac tion. Il en avait vu défiler tant depuis qu'il dirigeait le service des aliénés de Sa int-André-lez-Lille. Et chaque nouvel arrivant avait toujours ce même refus. La mê me agitation. Les mêmes hurlements pour annoncer à qui voulait bien l'enten dre qu'il ne pouvait s'agir que d'une effroyable erreur. Mais Léon savait qu'il fal lait laisser les choses se décanter d'elles-mêmes. Un petit séjour dans une de s cellules d'accueil - le sas, comme il disait, qui consistait en une chambre sans décor avec un lit taillé dans un bloc de roc et de solides sangles fixées à la ba se de la couche - finissait toujours par calmer les ardeurs des plus virulents. Pour lui, l'aliénation était un état, une malfaçon de l'individu, et ne pouvait en aucun cas être imputable à un accident de parcours. - On ne devient pas fou, claironnait-il dans les dî ners mondains de la capitale des Flandres, lorsqu'on est aliéné, on l'est de nai ssance, et puis c'est tout ! La vie ne fait que révéler ce que l'on est, ne fait qu e rétablir une vérité qui s'était contentée de rester en sommeil jusque-là ! Il restait farouchement opposé aux théories de ses collègues qui essayaient de lui faire admettre que des événements pouvaient très bien altérer l'esprit de certains pourtant jusque-là très équilibrés. La gue rre de 1870 n'avait-elle pas engendré nombre d'aliénés qui n'avaient pourtant au cune prédisposition à le devenir ? La récente cassation de la condamnation d e Ferdinand de Lesseps ne pouvait-elle pas pousser certains bons pères de fam ille - ayant répondu favorablement à son appel de souscription publique pour sauver son projet de canal au Panama - à sombrer dans la folie meurtrièr e pour assouvir leur soif de justice ? Et cette très prochaine fin du monde, que de nombreux journaux annonçaient pour l'an 1900, ne pouvait-elle pas plo nger la population dans une psychose générale à l'idée d'entrer dans son tout d ernier septennat d'existence ? Pas pour Léon Gourmet. Pas plus qu'il ne croyait en une quelconque médecine capable de soulager les fous qu'on lui con fiait. Il y avait pourtant cru quand il avait choisi la psychiatrie comme spéciali té. Mais, après un quart de siècle de pratique, il paraissait quelque peu désab usé et ne voyait plus en sa mission que le devoir d'accueillir les aliénés, de les isoler et de les surveiller afin qu'ils ne puissent plus représenter le moindre dang er pour la société. Et c'était ce qu'il avait l'intention de faire avec cette jeune fille qui avait été amenée par son père dans la matinée. Sur les consei ls de son médecin de famille, Armand Bellecourt avait abandonné pour une journée la direction de sa brasserie douaisienne pour faire le voyage jusqu'à Saint-André-lez-Lille. Léon devait bien reconnaître que les riches notables de la région Nord-Pas-de-Calais étaient de plus en plus nombreux à faire appel à se s services - même quand il existait des structures d'accueil plus près de chez eux , surtout depuis qu'il avait
embauché le Dr Pierre Herbion. L'arrivée de son jeu ne collègue dans la métropole lilloise avait fait grand bruit. On le co nsidérait déjà comme un véritable génie de la psychochirurgie. Âgé de trente ans, il avait fait ses classes à Neuchâtel, en Suisse, aux côtés de l'avant-gardiste Gottlieb Burckhardt. Son embauche avait permis à l'hôpital psychiatrique de Saint-André d'acquérir une renommée encore bien supérieure à celle qui était d éjà la sienne jusque-là. Léon Gourmet ne partageait pas forcément la vision théra peutique de Pierre Herbion, mais, si la venue de celui qu'on annonçait comme un précurseur dans son domaine lui permettait d'envisager des subventions à la hausse, il était tout à fait disposé à mettre un peu d'eau dans son vin. Beaucoup affluaient à Saint-André dans l'espoir d'u n résultat que la toute nouvelle renommée de l'établissement pouvait laisse r espérer. Mais le Dr Gourmet avait vite compris que la qualité présumée de son établissement n'avait pas fait partie du choix d'Armand Bellecourt. Si le brasseur avait fait quarante kilomètres en landau depuis la cité des Géants, c'é tait surtout parce qu'il voyait en Saint-André un hôpital suffisamment éloigné du D ouaisis pour creuser un large fossé entre sa fille et lui. Il avait une sol ide réputation et cette distance lui était nécessaire s'il voulait la préserver. Il n'ét ait resté que le temps de signer quelques papiers, puis était reparti, sans se retou rner, sans un dernier regard pour sa progéniture. Le contrat semblait ferme et d éfinitif. Il avait engendré un « monstre » et se contrefichait dorénavant de son sort. Un instant hypnotisé par le physique virginal de la jeune fille qui luttait sous ses yeux pour tenter d'arracher ses liens, Léon sen tit Pierre arriver dans son dos. - Qu'est-ce qu'on a ? demanda le jeune médecin. - Une pyromane ! répondit le médecin-chef en s'écartant pour laisser la place à son jeune collègue devant le judas. - Mais c'est une gamine ! - Tout juste seize printemps… Je vous présente Arme lle Bellecourt. Elle a mis le feu chez elle et sa mère a péri dans l'incendie pendant qu'elle faisait une danse de la joie dans la cour de la propriété famil iale. Très riche famille. Des brasseurs de Douai. Le père sort à l'instant, et il nous a versé une somme qui nous permet de la soigner jusqu'à son dernier souff le, même si elle venait à finir centenaire… - Euh ! Bien, mais il est conscient qu'aucune fortu ne ne peut lui garantir la guérison de sa fille ? - Oh, vous savez, j'ai cru comprendre qu'il n'espér ait aucun résultat. On n'est pas près de le revoir. Il m'a même signé une déchar ge pour qu'on s'occupe nous-mêmes de la demoiselle si d'aventure il lui ar rivait quelque chose… Elle n'existe déjà plus dans sa vie. - Elle a plutôt l'air coriace pour son âge, la boug resse ! - C'est parce que vous manquez encore d'expérience quant aux arrivées. C'est toujours comme ça le premier jour. Mais laissez le sas faire son ouvrage. Il n'est pas encore l'heure pour nous d'intervenir, conclut le Dr Gourmet en repartant vers son bureau. Pierre Herbion claqua la porte du judas et lui embo îta le pas. Au-dehors, les épais nuages gris qui s'étaient amon celés sur les Flandres depuis le début de l'après-midi semblaient embarqué s dans un ballet déstructuré au rythme d'un long grondement, comme si les tambou rs du 43e régiment