Les Enfants de Jeanne

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Jeanne, petite paysanne normande de quinze ans, a été louée par ses parents, comme domestique, à la famille d'un notaire qui part s'installer à Neuilly. Elle va découvrir la grande ville, les aléas de sa condition et le retour dans sa province à la fin de la Première Guerre mondiale, alors que sévit la grande grippe. Elle y retrouve un ami d'enfance qu'elle épouse. Mais elle garde, pendant vingt ans, profondément enfoui au fond d'elle, le drame qu'elle a vécu dans cette maison de notables. Quand la France traverse la guerre de 39-45, avec ses bombardements et ses restrictions, le manque de soins atteint les villes et les campagnes. Jeanne ne résistera pas à une pneumonie mal soignée. De ses trois enfants, Pierre, l'aîné, écrasé sous le poids d'un secret de famille, se relève enfin quand la vérité fait surface. Chacun, ici, effectue son parcours, pour trouver la sortie du labyrinthe et tenter d'oublier les heures difficiles.
Publié le : jeudi 4 décembre 2014
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342031294
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342031294
Nombre de pages : 166
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Chris Jouvelet LES ENFANTS DE JEANNE
Mon Petit Éditeur
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À Renaud mes proches, ma famille mes amis de Province et de Paris. Ma sincère gratitude à Paul.
1954 - La part de rêve
Le soir tombant, elle détend la lingerie de sa patronne, mise à sécher, soulevée par le vent. Le soleil s’est caché derrière la colline ; l’air est sec, la température a brusquement fraîchi. Ma-riette frissonne et d’un geste sec rabat son châle sur l’épaule, avant de soulever son panier plein et d’aller se mettre à l’abri des bourrasques. Son chien folâtre à ses pieds ; d’un brusque mouvement de la jambe et sur un ordre bref, elle l’écarte et se dirige vers la porte entrebâillée de la maison. Il est huit heures du soir ; avec ce printemps frisquet, elle n’espérait pas pouvoir rentrer le linge aussi tôt. Le soleil et le vent se sont alliés pour en activer le séchage. Il y a là, dans le couffin, caracos et culottes brodés, lourds jupons évasés, che-mises de nuit aux empiècements froncés par des smocks, à bretelles ou à manches longues resserrées aux poignets. Et puis, des chemisiers garnis de dentelle de Calais, des tabliers coquets à arborer à la maison pour quelques menus travaux non salis-sants. Tout cela est de tradition un peu vieillotte, mais de grande qualité, Madame Forestier n’aime que le beau et confie à Mariette les travaux qui nécessitent du doigté et de la patience. Elle entre dans la vaste salle qui sert de pièce à vivre, de cui-sine et parfois de coin de repos. Sur un banc divan dissimulé dans l’ombre, elle dépose le linge : les lourdes pièces d’abord, puis le plus léger, le vaporeux, batiste et dentelles. Elle y prend grand soin, pour que le travail de repassage soit plus facile. Le printemps est là depuis peu. C’est l’époque pour les femmes du village de se rejoindre au lavoir. Celui-ci retrouve son animation
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dès la fin du gel. Le linge sale entassé durant l’hiver dans un grand bac est descendu dans une brouette, puis trempé, savon-né, battu, tourné, pressé et rincé dans l’eau froide. Ces trois derniers mois, Mariette a pu reposer son dos en s’activant dans la chaleur de la maison à des travaux de couture, de raccommodages ou de tricot, à la confection de conserves. Il a de nouveau beaucoup souffert ces derniers jours avec les les-sives. Les muscles des bras et des épaules tiraillent, les genoux peinent, les douleurs dues à la faiblesse de ses articulations se révèlent. Oui, si jeune, à vingt-cinq ans à peine ! Est-ce pos-sible ? « Repasser ce soir ? Ah non ! Demain ! Je suis trop fati-guée ». Elle garnit néanmoins la grande table d’une couverture, d’un drap élimé. Puis dispose la jeannette et les fers à repasser : les larges pour les grandes pièces et les petits pour les dentelles, les tuyautés et les fronces. Demain elle alimentera abondam-ment en bûches la cuisinière de fonte afin de tenir ses fers à bonne température. Mais ce soir, la jeune femme renonce ; elle veut goûter seule une bonne flambée, installée dans le fauteuil du vieux père, le plus confortable de la maison, avec pour com-pagnon son « Elle » qui lui offre un peu de rêve, ou un des livres qu’elle rapporte de la bibliothèque. Le poste de TSF lui fera entendre de la musique ou des chansons, peu importe, elle tournera le bouton jusqu’à trouver à travers les grésillements, une mélodie douce qui lui convienne. La soirée du mardi lui appartient. Son frère Pierre, médecin en ville, est venu chercher son père comme toutes les semaines. Mariette reste seule, heureuse de n’avoir pas pour un soir à ré-pondre aux sollicitations constantes de cet homme grincheux et frondeur. Il est souriant avec son fils, disponible même, sachant qu’il n’accepterait jamais ses caprices de vieil enfant gâté. Avec sa fille, en revanche il se laisse trop souvent aller à ses pleurni-cheries et ses exigences.
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