Les enfants de la guerre

De
Publié par

Roye, Seconde Guerre mondiale. Suivez les aventures des enfants de la guerre dans le labyrinthe des couloirs du secret militaire et d’État, de ces héros ordinaires qui ont manifesté leur hostilité envers l’envahisseur malgré un climat délétère de délation et d’angoisse. Par la magie des mots, vibrez à la lecture de cette histoire faite de haine, d’amitié fraternelle et de passion amoureuse, revivez l’histoire de Roye et découvrez un itinéraire encore caché des défenseurs de la liberté.

Publié le : mardi 1 janvier 2013
Lecture(s) : 4
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782954746029
Nombre de pages : 288
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Jérôme, qui avait à peine six ans, gardera gravé dans sa mémoire cet atroce baptême du feu. Le moindre ron ronnement d’avion l’angoissait ; c’est avec un impatient soulagement qu’il regardait la nuit venir. Jamais il n’avait éprouvé autant de joie à voir le soleil se coucher. Il était né entre les deux guerres et avait vécu entouré d’affec tion, calmement au rythme des saisons au milieu des marais sans autres désirs que celui de découvrir ad libi tum son environnement en compagnie de son chien qu’il appelait maintenant dans son sommeil, ce que la nature lui présentait. En liberté… du matin au soir… ces mots soudainement n’avaient plus la même saveur. La misère des uns succédait à la panique des autres. Au loin, des colonnes de fumée s’élevaient suivies d’explosions tandis que chacun trouvait un réconfort en humant les parfums du foin coupé que nous offraient les champs insensibles à ces points noirs qui grossissaient dans le ciel dans des bourdonnements angoissants. Les Royens prenaient la fuite sans savoir quel serait l’abri du soir. Emportant ce qui leur était le plus pré cieux, errant sans aucun but précis, pourtant vers le midi, des files de piétons pliés sous les bagages, se croisaient avec d’autres, désorientés, pour se reformer, mêlées aux chariots pleins à ras bord et débordants de toute sorte, aux voitures à bras, aux vélos et aux poussettes d’enfants. Elles rencontraient des autos en panne sèche, des ca davres, des animaux en liberté. La lâcheté de l’ennemi est allée jusqu’à jeter, par avion, des stylos explosifs et des bonbons empoisonnés. Marie prévenait : — De leur part, il faut toujours se méfier de tout. Les maigres provisions se sont vite épuisées. Dans les fermes désertées, Germano trouvait quelques nourritures et de l’eau. Exténués par cette longue marche interminable,
23
les fugitifs accueillaient avec soulagement la nuit qui leur apportait plus de sécurité ; les hangars abandonnés offraient leur paille sèche et un isolement pour faire les besoins naturels. Après des kilomètres de cheminement, les muscles tétanisés ne commandaient plus les pieds endoloris et les talons couverts de cloques. Écrasés moralement, les éva cués enduraient des allures épuisantes ; un peuple en débandade n’est pas beau à regarder. Lundi 17 mai 1940 à SaintJustenChaussée, Germano et sa petite famille ont eu la chance de monter dans l’un des wagons, d’une rame à bestiaux, bondés de réfugiés affolés et harassés par cette épreuve inhumaine. C’était leur premier voyage en train ! Ils ont encore subi un mitraillage aérien sans trop de dommage. Par route, par rail, puis de nouveau par route, ils sont arrivés à Cognac et durent dormir plusieurs nuits dans la salle des fêtes à même le carrelage, dans un brouhaha continuel. Germano mendiait tous les jours, de porte en porte, et parvenait à trouver de quoi manger jusqu’au moment où un vigneron lui offrit du travail à Segonzac et un héber gement dans une cabane de jardin en tôle à même le sol, près d’un gardebarrière. De nombreux réfugiés avaient l’impression d’être des intrus. Il faut bien reconnaître que l’accueil dans certaines provinces ne fut guère cordial. Vinrent ensuite l’Armistice et la France partagée en 3 quatre zones . À de rares exceptions, petit à petit, tous les
3  En fonction du processus d’expansion de l’Allemagne hitlérienne, la France fut divisée en quatre zones. Les trois quarts sud de la France étaient réservés à la Zone Libre. Entre cette zone et la rive gauche de la Somme cette partie ouest se trouvait en Zone Occupée.
24
exilés ont regagné leurs villes ou leurs villages de la région occupée, laissant derrière eux les plus faibles enterrés au grès des chemins. Germano et les siens ont préféré retrouver leur petite demeure au lieu de rester dans la zone dite libre où ils n’ont jamais ressenti de sympathie. Après quatre mois de déracinement, le mardi 17 septembre 1940, ce fut le retour à la maison, le retour de l’exode par le train grâce aux économies de Marie. Elle cachait ses sous dans une sacoche en toile qu’elle tenait liée à la ceinture sous sa jupe fripée et rapiécée. Depuis l’arrêt en gare de Montdidier, Germano ne quitta plus les vitres de son wagon ; ce qui lui permit pendant que l’omnibus ralentissait à l’approche de Roye d’observer avec justesse le marais et la demeure. — Elle n’a rien eu,avec un ouf de remarquatil soulagement. En sortant de la station, contrôlée par une meute de soldats en armes (Marie les appelait Prussiens) et de 4 Gestapos allemands, les frisés comme on les nommait, ou les doryphores, à cause de la couleur de leur uniforme, Germano, Marie et Jérôme prirent au plus court en longeant les voies ferrées afin d’arriver au plus vite ; ils étaient tant pressés de retrouver leur masure… Du pont de SaintMédard, un spectacle de désolation étalait ses ruines, ses rangées de maisons éventrées, ses arbres déchiquetés, sa chaussée défoncée. Tout au long
Audessus de la rive droite et dans tout le nord du pays, on entrait dans la Zone Interdite. La Lorraine et l’Alsace étaient les parties annexées. 4 Police hitlérienne chargée de lutter contre les adversaires du régime nazi. Cette organisation est synonyme de terreur, de torture et joua un rôle essentiel dans l’extermination des Juifs.
25
de l’étroit chemin qui bordait le ballast des rails, pourtant une nouvelle énergie accélérait leurs pas.
1940. Rue SaintMédard. Le Pont et la forge Ducamp. Les gardesbarrière, les Lejeune Juliette, leurs voisins les plus proches, de retour depuis huit jours, les accueil lirent au coin de la Route de SaintMard. — Ça fait plaisir de revoir les gardiens du marais. Et ils leur racontèrent les difficultés particulières qu’ils avaient rencontrées pour vivre sous une occupation barbare qui se faisait de plus en plus pesante. — Le pire, si vous voyez la Place de la Mairie et la Rue des Annonciades, les écoles des garçons… tout est détruit. Dans d’autres lieux, on ne compte plus les habi tations pillées, les monceaux de briques, les alignements de décombres, l’église même n’a pas été épargnée. C’est affreux. Ne parlons pas des magasins, il n’y a plus rien sur les étalages. Comme vous, nous avons la chance d’avoir un jardin et de la volaille. Au bas du chemin, ils furent accueillis joyeusement par le chien Bako très amaigri, sortant de sa niche en
26
castrée dans le mur de la grange. Il se jeta sur le garçon et se dressa de tout son long pour lui passer la langue sur la figure. Il renifla ensuite l’un après l’autre les revenants, leur lécha les mains, jappa comme un chiot et sautilla devant Jérôme. Puis, il se serra contre la jambe de son jeune maitre, bien décidé à ne plus le quitter. La maison de Marie et de Germano avait aussi été saccagée, les matelas éventrés, les vitres cassées, des immondices, des déjections, tout était en dessus dessous. Les odeurs leur revenaient pourtant fidèles à leurs souvenirs ; elles leur donnaient du courage. Celles de la terre, celles des étangs et ainsi que celles du fumier des étables les transportaient de réconfort. Ils étaient de retour… dans leur masure. À leur grand soulagement, ils retrouvèrent l’essentiel du bétail éparpillé et errant dans les marais. Le premier soir, après un souper cassecroute accom pagné des pommes du jardin, allongé sur les matelas étalés sur le sol de la chambre des parents, chacun trouva difficilement le sommeil. Tout heureux de dormir aux pieds de son jeune maitre, le chien Bako, la tête sur ses pattes, ne le quittait pas des yeux. On avait l’impression qu’il ne savait comment transmettre sa joie autrement qu’en donnant quelquefois des coups de museau ; qui plus est, quand Jérôme tapota sur sa cuisse un ordre muet, il ne se fit pas prier pour s’allonger à ses côtés malgré la timide protestation de Germano. Il fallait repartir à zéro, avec les moyens du bord. Marie et Germano se sont remis rapidement au travail. Le jardin était envahi de mauvaises herbes, de chiendent surtout, qui étouffaient les quelques légumes échappés des rapines. Très vite, la bassecour s’est animée à nou veau de volailles.
27
Après un grand nettoyage, la petite maison de trois pièces retrouvait son ambiance paisible. Rien n’était luxueux, pourtant le confort rustique suffisait aux gens simples. Les rares meubles chamboulés avaient été dé crottés et ensuite réinstallés. Le peu de vaisselle en état regarnissait les étagères. Les tomettes rouges qui recou vraient le sol de la cuisine gardaient déplaisamment les traces de martelages. Les barques, à demi noyées près de l’embarcadère, furent écopées à grands coups de pelle creuse et très vite les nasses abandonnées furent disposées le long des rives des étangs. Alimenté par une source s’échappant en filets invisibles, le vivier connut rapidement de nouveaux poissons qui dégorgeaient leur odeur de vase. En ville, les Royens s’organisaient au milieu des ruines et des immeubles pillés. Les boulangers reprenaient leurs activités malgré le rationnement de farine. Toutes les épiceries éprouvaient de sérieuses difficultés d’appro visionnement à cause de la pénurie de carburant. L’école des garçons, complètement détruite, l’instruction publique s’exerçait dans des baraques et dans des bâtiments dé saffectés. Une grande partie de la cité fut longtemps dépourvue d’électricité.
28
Roye : saccagé et détruit deux fois en 25 ans par les mêmes envahisseurs.
1914. La Mairie Rue de Paris.
1917. Destruction
Rue de Paris : 1946 – 1970
29
1943. La Route d’Amiens.Àdroite vers la Rue des Annonciades.
1944. Place de la Mairie. Les magasins en ruine. Roye fut violemment bombardé du 18 mai au 5 juin 1940, les deux jours suivants de furieux combats se sont déroulés à la lisière des grands axes (8 Royens tués et 20 blessés).
30
1943. Place de la Mairie. Les magasins en ruine. Au centre à droite vers la Rue de la Poste, devenue Rue Victor Hugo.
1943. Ici à l’angle de la Rue d’Amiens en direction du Boulevard du Nord, la Rue des Annonciades qui a reçu des bombes de gros calibres ; le quartier est en ruine.
31
1943. La Place de la Mairie.La ville se souviendratelle de cela ?
1943. Les ruines de la Place. Vue en direction de la Rue d’Amiens.
32
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi