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Les Expats

De
138 pages
Les Expats raconte l'histoire vraie et pittoresque d'une famille française qui a cru au mirage de l'expatriation et à la recherche d'un Eldorado. Suivez cette famille composée de quatre enfants en bas-âge, d'une mère au bord de la crise de nerfs et d'un homme à l'ego surdimensionné.

Un regard critique sur une tranche de vie, des situations traitées avec humour et dérision. Après tout, quand on touche le fond de la piscine... on ne peut que remonter !

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Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-93196-2

 

© Edilivre, 2015

Chapitre I
Le grand départ ! L’aéroport

Nous roulions vers Paris Charles-de-Gaulle, en provenance de Sainte-Maxime cette nuit-là, pour notre grand départ, celui pensé et repensé par l’autre, pour une destination que lui seul avait eu le privilège et l’honneur de découvrir.

Nous allions devenir des étrangers. Nous allions réapprendre à vivre, apprendre une nouvelle langue, de nouvelles coutumes… Et si ce n’avait été que cela ! Bref, en un mot comme en cent, la vie allait changer et, croyez-moi, le changement allait être radical.

Le père conduisait, la mère s’occupait des enfants mi-endormis, mi-éveillés, le copilote (Raoul, qui apparaîtra plus tard dans mon histoire) argumentait sa prochaine venue, et un chien de 52 kg, pour bien ponctuer nos bagages, ne trouvait pas sa place dans l’habitacle.

Avec le recul, je ne garde rien de négatif de tout ce qui s’est par la suite produit, juste une seule question : si cela était à refaire, le referai-je ? Serai-je capable de surmonter autant d’épreuves ? De m’immerger de nouveau dans un autre pays ? La question restera posée.

Nous roulions donc vers cet aéroport, qui allait nous propulser sur une terre étrangère, pleine de promesses et de « désillusions ». Le vol était prévu à 7 h 30 pour relier Madrid, il ne fallait pas traîner.

L’arrivée fut des plus ordinaires, c’est l’effectif qui l’était moins. Quatre enfants toujours mi-endormis, mi-éveillés, un père qui ne cessait de faire semblant de prendre les choses en main, et une mère qui continuait à garder le sourire pour sa couvée, sans compter le chien (très important, le chien).

L’enregistrement des bagages commença, le dossier complet de notre molosse prouvant vaccins et autres, fut remis à la section vétérinaire de l’aéroport, afin que nous puissions l’installer dans sa « cage de voyage » (qui aurait pu être une maison de jeux pour les jumeaux).

Puis l’attente interminable commença. Je me disais que j’avais hâte d’arriver à destination, car le voyage promettait d’être éprouvant, et je n’avais aucune idée de la réaction des enfants sur un si long trajet. Huit mille kilomètres allaient nous séparer de la France, et ces huit mille kilomètres allaient se faire ressentir. Quand je ne savais pas, mais ils se rappelleraient à ma mémoire à un moment.

– Donne-moi les gouttes pour le chien. Le vétérinaire a dit qu’il fallait les lui administrer maintenant, pour qu’il ne panique pas dans l’avion.

– Oui, tiens, les voilà. Il faut les lui mettre dans la gorge, pour qu’il ne recrache pas.

Et ce fut chose faite ! Mais autre chose, aussi, allait être faite. Le chien, pris d’une envie pressante, se mit à bouger dans tous les sens. L’autre décida de sortir de l’aéroport (puisque nous avions du temps) pour qu’il puisse faire ses besoins. Quand il revint, il me donna le chien et partit faire un tour au service vétérinaire afin de savoir si le dossier de notre gros de 52 kg avait bien été enregistré.

Je ne sais combien de temps dura réellement son absence, mais je me souviens bien de son retour et de ce qui s’ensuivit. Débordée que j’étais avec les enfants qui s’étaient tout à fait réveillés, je n’en pouvais plus. Enzo ne cessait de parler, Viktoria n’arrêtait pas de râler (mal réveillée), les jumeaux ne cessaient de vouloir s’échapper de leur poussette double. Et le chien, dans cette histoire, me direz-vous ? Comme j’avais dû coincer sa laisse, et que je m’étais déplacée pour essayer d’occuper les enfants, cet adorable berger allemand de 52 kg ne trouva rien d’autre à faire que de faire à nouveau ses besoins. Mais quels besoins !

– Maman, Schaft a fait caca ! dit Enzo.

– Maman, ça pue, dit Viktoria.

– Le chien ! Hahaha, riaient les jumeaux.

Je me sentis fondre comme neige au soleil. Quelle honte ! Je pense qu’à cet instant précis, j’aurais pu disparaître dans n’importe quel trou ou fissure que le monde m’aurait présentée.

Je ne pouvais pas encore bouger, car l’autre n’était toujours pas revenu. Je jetais autour de moi des regards confus, cherchant une bonne âme décidée à me venir en aide, mais en vain. Les gens commençaient même à manifester leur écœurement, autant à cause de l’odeur que devant le spectacle des déjections nauséabondes de mon pauvre toutou.

Une femme, à un guichet d’embarquement, me fit signe qu’elle appelait le service de nettoyage de l’aéroport, afin qu’il vienne nettoyer, et je l’en remerciais. Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’était l’étrange défilé qui allait se produire durant une trentaine de minutes car, croyez-moi… il est immense cet aéroport !

Comme il était très tôt, et hormis les voyageurs comme notre famille, il se croisait dans l’aéroport : des gens en transit, des tours operator, des cadres supérieurs pressés de trouver leur hall d’embarquement. Le détail croustillant était que tout ce petit monde avait eu l’air de s’être donné rendez-vous devant moi ou plutôt devant les déjections de mon chien…

S’enchaîna un ballet époustouflant, qui fut lui-même ponctué par les rires d’Enzo et de Viktoria. Il est vrai que, très jeune, quand on a compris comment mettre un pied devant l’autre, il est rare de bien vérifier où on les pose dans la vie quotidienne. On sait où l’on va, et une telle vérification ne se fait qu’en cas de travaux à proximité, durant une randonnée mais, dans un aéroport, jamais, ou si, au moment de faire la queue, mais pour se déplacer, les yeux sont plutôt rivés sur les tableaux d’affichage pour connaître départs et arrivées. La vue se pose au loin pour chercher informations, directions, mais ne se porte pas au sol, afin de ne percuter personne. Eh bien, sachez qu’il n’y a rien de plus dangereux qu’une famille quittant tout, au milieu d’un aéroport, accompagnée d’un chien !

Les gens, pressés de rejoindre leurs terminaux pour décoller, se ruaient devant nous. Il était impossible de les prévenir afin qu’ils évitent le monticule… et tous y pataugèrent. Hommes et femmes, sans différence. J’étais morte de honte et les enfants morts de rire ! Les pantalons s’entachaient d’horribles auréoles, certains faillirent chuter, d’autres, en colère, se mirent à hurler, ou encore, honteux d’avoir pataugé dans des excréments, levaient les yeux et espéraient que personne ne les avait vus. Ils ressemblaient à des funambules, levant les pieds, secouant les jambes, traînant leurs talons crottés sur le sol pour ôter le surplus, et vérifiant un peu plus loin s’ils en avaient encore… Cela dura longtemps avant qu’un employé de nettoyage pût rejoindre les lieux, qui s’étaient passablement élargis. Il eut un mal fou, dans un premier temps, à contenir les individus. Il tentait de les prévenir, mais sans succès. Il se décida donc à marquer un périmètre de « propreté » ce qui lui permit de mettre fin à sa tâche, et de ne plus voir les dégâts gagner du terrain.

À l’appel des passagers, je bondis.

– On y va ! dit l’autre. On part, les enfants !

– Oui, on est prêts.

Notre voyage commençait et il allait s’annoncer des plus mouvementés… (Oui, oui, vous verrez).

Adieu Charles-de-Gaulle, bonjour Las Americas !

Chapitre II
Vol de… jour !

Nous avions pris place dans l’avion. Cependant les intempéries sur Paris ce jour-là étaient telles, que notre avion avança sur le tarmac et se positionna en stand-by. Plus d’une quinzaine d’avions avançait à la queue leu leu, ne laissant rien présager de bon quant à l’heure du décollage. Néanmoins, coincés dans cet avion, il n’existait aucune alternative.

Les minutes passèrent, puis une demi-heure, puis une heure. J’aurais dû réaliser que ceci était peut-être un avertissement divin, que même le ciel me mettait en garde pour mon futur, mais rien n’y fit, j’étais là, plutôt scotchée et fatiguée, avec des enfants qui ne trouvaient pas le sommeil.

Quand l’avion décolla, toutes les personnes poussèrent un hourra de soulagement, tant chacun d’entre nous avait redouté de ressortir de l’avion, pour raison de mauvais temps. Il n’en fut rien, mais le retard pris était conséquent. Notre première destination, avant d’arriver à bon port, était Madrid, avec une correspondance pour la République Dominicaine. L’angoisse de l’autre ne se fit pas attendre.

– Putain, je dois parler à quelqu’un, il faut que je parle à l’hôtesse, que je lui explique que l’avion de Madrid doit nous attendre, que bien entendu il ne faudra pas qu’ils oublient de mettre le chien dans l’autre avion… (et j’en passe et des meilleures).

Je ne m’étais absolument pas occupée du voyage, laissant l’autre chercher les vols (au plus bas prix), les horaires (incluant ces fameux « bas prix »), la maison dans laquelle nous vivrions (j’avais tout de même hâte de la voir). Mais là, sa panique se faisait sentir, et je commençais sans mot dire à me poser des questions.

Quand il revint, d’après lui tout était réglé, tout le monde avait été prévenu, et notre avion nous attendrait.

– Je suis fatigué, je te laisse t’occuper des jumeaux, je dois dormir un peu.

Voilà, c’était tout. Il était épuisé, et je devais, comme chaque fois, m’occuper des enfants. Toutefois, ce qui me posait un problème c’était l’horaire. Comment nous, pauvres voyageurs, famille d’expats, allions-nous, sur simple injonction de l’autre, faire attendre un long-courrier tel que celui-ci reliant Madrid à Saint-Domingue ? Serait-il devenu khalife à la place du khalife ? Viendrait-on nous récupérer pour rejoindre notre avion ? Je ne comprenais pas, j’étais sceptique, donc je m’abstenais.

Enfin Madrid, avec trois heures de retard ! L’avion se vida en un temps record mais, à la descente de l’avion, nous n’étions pas les seuls à avoir accumulé du retard et à chercher notre correspondance… Les pancartes avaient sans doute fleuri dans l’heure précédant notre arrivée, et l’on pouvait lire toutes les destinations du monde.

Maroc, Algérie… Mais pas de République Dominicaine !

J’étais comme une cocotte-minute et ma soupape ne demandait qu’à sauter… Je ne décolérais pas, tout bouillait au fond de moi. Mais quel était le con qui s’était occupé de ces billets, qui avait choisi cet horaire, ce jour ? En un mot, comme en cent : il était responsable !

– République Dominicaine ?

– Oui.

– Madame, Monsieur, dépêchez-vous, le vol au complet vous attend depuis des heures. Il faut traverser l’aéroport, le terminal pour la République Dominicaine se trouve à l’opposé.

Elle avait lâché ces mots avec une simplicité déconcertante, puis avait commencé à courir.

Le seul problème, de nouveau, fut de m’organiser.

Imaginez la scène. Quand on part à l’étranger pour un voyage d’au moins dix heures, avec des enfants en bas âge, on prend des précautions : biberons, couches, vêtements de change, jouets, doudous, médicaments, lait en poudre, eau, lingettes… Eh bien, je disposais de tout cela dans le sac seulement destiné aux jumeaux. Viktoria et Enzo portaient leur sac à dos, je portais le mien, j’avais dans les bras Matthias, Enzo courait devant avec Viktoria, et l’autre tenait Lucca.

Je me souviens très bien de cette traversée d’aéroport sous les regards éberlués des voyageurs, qui riaient en voyant passer notre équipage. On aurait pu brandir la pancarte « bidochons en vacances », cela aurait été une évidence.

– Maman, j’en peux plus, mon sac est trop lourd.

– Donne, ma chérie. Enzo, ne perds pas ton père. Ça va Matou ?

Et cette course dura, dura et dura jusqu’à nous amener à la navette qui nous conduirait à la passerelle qui, elle, nous mènerait jusqu’à nos sièges.

Nous entrâmes dans l’autobus en trombe, et là, toute notre petite famille commença à reprendre son souffle. Nous haletions. Les enfants, qui avaient couru derrière leur père, avaient les joues rouges, les jumeaux, ballottés durant la course, tentaient tant bien que mal de remettre leur tee-shirt, comme dans un geste à l’unisson qui disait : « Tu as vu dans quel état on est ! »

Notre épopée s’arrêta, du moins le croyais-je, au pied de la passerelle. Je me saisis de Matthias et commençais à grimper les marches sous la pression de l’hôtesse qui nous demandait encore d’accélérer. D’ailleurs, deux choses :

1/ Je ne savais pas comment elle avait fait pour parvenir aussi vite en haut de la passerelle.

2/ J’aurais adoré la voir, cette conne, avec un enfant dans les bras et deux sacs, traversant un aéroport en courant, puis monter une passerelle ! Prétentieuse !

J’étais à peu près au milieu de la fin de mon parcours quand, derrière moi au pied de la passerelle, j’entendis Enzo, avec des sanglots dans la voix, hurler :

– Maman, il a oublié le bébé !

J’hallucinais ! L’autre, dans son angoisse de voir disparaître l’hôtesse, au cas où, devant la porte qu’elle aurait refermée, elle lui aurait, avec un sourire démoniaque, annoncé : « Non, trop tard », l’autre avait oublié Lucca !

– Bouge pas chéri, je viens !

Je fis volte-face, dégringolai les marches, attrapai Lucca, sans oublier Matthias dans mon autre bras. Oui, par chance mes parents m’en avaient donné deux et ce jour-là ils m’ont bien servi. Je dis à Enzo de monter. Ce dernier ne se fit pas prier, vola littéralement jusqu’au sommet de la passerelle, et me lança à son tour des cris d’encouragement :

– Viens Maman, allez !

Je levai les yeux et vis de nouveau mon supplice ! Il était là, mon « Mont des Oliviers », à me tendre les bras ou plutôt mes fauteuils, bien que de là où j’étais je ne pusse même pas apercevoir le bout d’un accoudoir. Mais il était là, et mon dernier effort serait récompensé. Je franchis la porte comme si des lauriers m’attendaient, ou comme dans « Les chariots de feu ». J’étais dans l’avion.

Je me souviens, en traversant les travées de sièges, des regards haineux des gens confinés qui nous avaient attendus. Il me paraissait donc très urgent de nous asseoir et de faire profil bas.

– Où est le chien ? J’espère que ces cons ont mis le chien dans l’avion.

J’eus beau chercher dans ma mémoire, mais ce dont je me souviens très bien, c’était ma douce pensée concernant sa connerie. Il avait oublié un de nos fils dans la navette et me parlait de notre chien ! J’aurais pu l’étriper de mes mains, lui faire subir le supplice de Tantale, le piétiner. Il avait parlé du chien, non de son fils. S’il n’avait pas pleuré… NON. Si son chien était dans l’avion. Il tenta désespérément de dialoguer avec une hôtesse, visiblement exaspérée par le retard, de la situation dudit chien. Le retard qui avait été pris devait être rattrapé, nous devions décoller.

– Mon chien, merde ! Ils vont m’entendre ! Où est mon chien ? Est-il dans l’avion ?

Mais comment répondre à un homme qui s’exprime en français, qui beugle davantage qu’il ne parle, qui ne met à aucun moment à profit les bonnes manières françaises, et qui plus est s’adresse à des Espagnols ! C’était ridicule, la scène m’aurait fait pleurer, tant j’étais à bout de nerfs.

– Tu ne comprends pas ? Le chien, on ne sait pas où il est. Tu réalises, Schaft, tu entends ? Mais merde, il n’y a pas un con dans cet avion qui pourrait m’aider ? !

Comme il s’exprimait à voix haute, personne ne pouvait échapper à cette discussion et qu’elle ne fut la honte suprême que d’entendre, dans une rangée devant nous : « Si ! Moi ».

La coupe était pleine. J’avais rempli ma carte du bingo, j’avais tous les numéros, j’étais l’heureuse gagnante d’un very bad trip. La femme l’aida à savoir où était passé ce foutu chien de merde, et je m’assis.

Quand il...