Les fiancées de l'ange

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Elles sont plusieurs à vouloir sa peau.

Publié le : jeudi 16 juin 2011
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EAN13 : 9782748120844
Nombre de pages : 219
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Les fiancØesdel angeJean-Fran ois Lauret
Les fiancØesdel ange
ROMAN' manuscrit.com, 2002
ISBN: 2-7481-2085-X(pourlefichiernumØrique)
ISBN: 2-7481-2084-1(pour le livreimprimØ)Avertissement de l Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrandsLecteurs(libraires,revues,critiques
littØraires etdechercheurs),cemanuscritestimprimØtelunlivre.
D Øventuellesfautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
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TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comL“ es funØrailles chez l homme ne seraient-elles pas des
fian ailles chez l ange ?”
Khalil Gibran/Le sable et l’Øcume- Ce que vous lui reprochez vraiment
- C est la baignoire qui dØborde, la moquette qui
s’imbibe. Ilvientdemedirequ’ilasuivilesconseils
de ma meilleure amie, il m avoue qu il me trompe
avecsonassistante,qu ilvavivreavecelle. Levoi-
sin rugit qu il vient de refaire toutes les peintures
de son appartement et qu au lieu de pleurer je fe-
rai mieux d aller fermer les robinets qui sont tou-
jours ouverts. Je changeai de ville, je m installai
dans une maison en me disant qu il finira par ren-
trer, que tout n Øtait qu une passade. Je lui deman-
dai de me faire l amour avant de partir. Je devenais
friable comme de l argile sŁche, ma peau ne trou-
vaitplusdans mes chairsl eaupours hydrater,mes
lŁvres cherchaient dans mes joues l humiditØ pour
lesapaiser,monbas-ventrenetrouvaitplusdansmes
veines la force de dØsirer. Je maigrissais. Fallait-il
qu ilnem aimepluspourne pasessayer ànouveau
de vivre avec nous
-Vousn avezjamaisditjet aimeàunhomme
- Je n ai jamais dit je suis amoureuse de toi à un
homme.
- Quand un homme vous dit je t aime
- Je rØponds moi aussi.
- Vous aimez votre nuditØ.
9Les fiancØes de l’ange
-J aimema nuditØavec l hommedontje partage
les Øtreintes. Elle me protŁge de tout sentimenta-
lisme. Je ne suis paspudique parce que je crois que
c est comme la franchise, elle me donne confiance
en moi. On ne peut pas tricher.
-C’estparcequevousavezbeaucoupd espritque
vous avez ØtØ privØe d enfance. Vous l avez aban-
donnØe,cachØederriŁrevostalentsd amanteamou-
reuse.
- Au revoir.
-AurevoirMarie.
Dimanche
Il n a pas plu cette annØe. Marie plie machina-
lement les napperons blancs dans les cartons de dØ-
mØnagement, elle Øcoute la fin du concert de Jean
Ferrat. LarecetteaØtØbonne,sonmariestenpleine
discussionavecquelquescamaradesàlabuvette.
- Appelle-moi Catherine lui a-t-elle dit en sou-
riant, la main ouverte tendue vers elle.
GØrante de plusieurs magasins bio en
Rh ne-Alpes elle veut discuter avec elle, au calme,
d un contrat pour la distribution exclusive de ses
g teaux.
- Vous aviez la moue boudeuse, votre Ølocution
ØtaitlØgŁrementneuilly-auteuil-passy. Vousn aviez
quedesgestesbienveillantsàsonØgard. L entrØede
votre appartement Øtait bleu ciel et son salon lie de
vin.
-Jel avaisàpeineterminØquejedØmØnageais. Il
Øtaitsonamant,jelereconnaissaiscommetel.
10Jean-Fran ois Lauret
- Vous aviez osØ remettre en cause votre avenir,
vous ne vouliez plus Œtre comptable, vous arrŒtiez
tout, vous vous inscriviez en fac de littØrature com-
parØe pour devenir lettrØe.
- J’Øtais amoureuse de lui mais je me sentais tel-
lement gourde à c tØ de son amie que je dØcidais
de me fabriquer pour lui. Je voulais l interpeller
mais il me voyait à peine. Je n arrivais pas à fŒler
cettepelliculed indiffØrencequil isolaitdemoi. Je
luireprochedem’avoirremontØlemoralquandje
pleurais mais d avoir refusØ de me serrer dans ses
brasquandj avaisfroid,c estdem’avoirindiquØles
bons livres dans la bibliothŁque mais de ne pas me
les avoir apportØs, de n Œtre jamais arrivØ en retard
à nos rendez-vous pour ne pas avoir à s excuser, de
m’avoirengueulØequandletracmedØvoraitlesen-
trailles mais de n Œtre pas restØ dans la salle, je lui
reproche d’avoir effleurØ ma peau sans la caresser,
d’avoir rØchauffØ mon c ur sans l apaiser, d avoir
volØversmoimais sans sebrßlerlesailes.
- Catherine vous allez mieux.
-Jesais.
Les chaises sont rouge bordeaux, les nappes en
papier vieux rose. Catherine allume une cigarette,
sonchemisierblancesttoutsimple,ungiletbleunuit
met en valeur l Øclat de ses yeux, pas de bijoux si
ce n est une alliance glissØe dans une cha ne en or
autour du cou, Marie l Øcoute.
- J envisaged acheter toute ta production, jesuis
sßrequenousallonsŒtreamies,unecoupedecham-
pagne pour commencer ?
- Non merci je ne bois pas d alcool.
11Les fiancØes de l’ange
DevantlacrŁmebrßlØequiafaillimettrelefeuen
cuisineCatherineØcritunnomsur lanappe.
-Ilsuivaitlespartitionsmusicalessanssavoirlire
le solfŁge mais en repØrant les paroles. AprŁs un
long passage uniquement instrumental, je le voyais,
depuisla scŁne,feuilleter àtoutevitesse lapartition
pour trouver le bon endroit et faire semblant de t y
conna tre. Il Øtait mŒme plusieurs fois figurant, il
prenaitgoßtautraitdekh lsoussesyeuxquifaisait
craquerlaharpiste. Avoirdel oreillen empŒchepas
d avoir des yeux…
- Sa beautØ n Øtait que l’ombre ingrate de votre
splendeur.
- C est ce qu il lui murmurait pendant les rØpØti-
tions ? Les joueurs ne devraient jamais avoir d en-
fant. Shawdisaitqu unhommequin apasd adresse
estunvagabondetqu unhommequiadeuxadresses
estunlibertin. Ilajustelal chetØdesimbØcilesqui
croientquecequ ilsnevoientplusn existeplus.
Jeudi
L’Alfa-RomØo toussote, elle l’entend depuis le
jardin.
- ChØrie, tu peux venir s’il te pla t ? J ai une
clientequit areconnuesurl affichedanslebureau,
vous pourriez parler opØra pendant que je rØpare sa
voiture, je n en ai pas pour une heure.
Une belle femme blonde vŒtue d un jean s sa-
vammentdØlavØ,souriante,descendlesescaliersqui
mŁnent au jardin, la main sur le c u r
12Jean-Fran ois Lauret
-Sivoussaviezlechocquejeviensd avoirquand
votre mari m a dit que vous Øtiez ici… vous, la
CØcile que j admire tant, je crois que j ai vu tous
vos spectacles, excusez-moi, je bafouille tellement
je suis Ømue, je ne me suis pas prØsentØe, je m’ap-
pelle Marie, j’espŁre que je ne vous dØrange pas au
moins ?
- Vous prØpariez le petit dØjeuner dans un somp-
tueuxpeignoirblanc. VousØtiezbronzØe,votrepeau
sentait le savon à l amande douce. Il se souvient,
vous Øtiez au moins quinze à table, c Øtait un dnerî
d’aprŁs le spectacle, d une amie qui Øtait montØe à
Paris dont la premiŁre avait eu lieu le soir mŒme.
L’humeurØtaitàl humour,nousØtiezØloignØs,vous
nevous parliez pas, nous vous regardiez
-AladØrobØe,ilsemblaitØvidentquesinosyeux
restaient ensemble plus de trois secondes ils le res-
teraientpourl ØternitØetsurtout,toutelatablØes en
rendrait immØdiatement compte. Je lui reproche de
m’avoir fait croire qu il Øtait amoureux de moi. Je
lui reproche de m avoir fait croire que j Øtais belle,
je lui reproche de m avoir pris la main alors que je
nesavaisplus oøj Øtais tout ennem enportant pas
simal,jeluireprochedel avoircruquandilm adit
je t aime, je lui reproche de m avoir appelØe toutes
les heures, d avoir aimØ la mŒme musique que moi,
d’avoirØtØsympaavecmonchat,d avoiraimØfaire
le marchØ avec moi, je lui reproche de ne pas avoir
vuquej Øtaisfragile,jeluireproched avoirØtØmon
amant, je lui reproche d avoir lu l insouciance dans
sesyeux. VousvoulezuneautretassedecafØ?
13Les fiancØes de l’ange
Samedi
CØcilefinitsonsaumoncuitàl unilatØralesurune
lØgŁregrimace,lafemmequisetientderriŁrelebar,
d une ØlØgance discrŁte s approche.
- Pardonnez-moi mais j ai cru lire dans vos yeux
unecontrariØtØ,n Œtes-vouspastotalementsatisfaite
de votre saumon ?
- Non, non, tout est parfait, un grain de gros sel
a sans doute dß rØveiller une dent sensible, ce n est
rien,vraiment,toutestparfait,maispuis-jevouspo-
ser une question ?
-Bien sßr, que dØsirez-vous savoir ?
-J aientendusanslevouloirmonvoisindetable
vous appeler A da, c est votre vrai prØnom ? Vous
comprenez j ai chantØ cet opØra de Verdi il y a
quelques annØes.
-Jemedisaisbienquevotrevisagem Øtaitfami-
lier…Oui,c estmonvraiprØnom,j aiunecollection
presque complŁte des enregistrements de cet opØra,
dont quelques uns sont trŁs rares.
A da semble hØsiter.
-Ilesttard,restezdonc,nousallonsfermer. J ha-
bite au-dessus du restaurant, ce serait un honneur
pour moi de vous les montrer… si vous aviez la
bontØ de me signer vos exemplaires j en serai flat-
tØe. Bien-sßrvousŒtesmoninvitØe,jenousfaispor-
ter une bouteille de champagne.
Dimanche
CØcile tire doucement la porte de l appartement.
Sa voiture est garØe en face du restaurant, les lam-
padaires de la rue s Øteignent à peine a-t-elle mis le
contactetemballØlemoteurdel AstonMartin,A da
14Jean-Fran ois Lauret
la regarde partir en buvant son cafØ, dans son pei-
gnoir blanc.
- Vousnagiez la brasse la tŒtebien droite au-des-
sus de l eau pour ne pas mouiller vos cheveux re-
levØs. Votre sourire se crispait dŁs qu un enfant
faisait mine de vouloir plonger tout prŁs de vous.
Chaque fois qu il apprend dans la presse l histoire
d’une femme quia aimØ un deses ØlŁves,il pense à
vous mais il ne lit pas l article.
- Je ne suis pas morte de chagrin.
- Il le sait bien. Il pense à la fragilitØ de cette
femme qui risque tout, qui va tout perdre dans cette
histoire mais que l amour rend solide, il lit tant de
mØdiocritØ chez les bien-pensants qui la montrent
dudoigt,ilsaitl incroyablefatuitØdel’adolescence
qu ils Ømeutdecettefemmequivasenoyer. Telle-
mentpeudechosessØparentleboulevarddelatragØ-
die,c estuninstant,uncontretemps,uneluciditØ,un
regard. Vousenseignezaujourd huienfacultØ,vous
avezdivorcØ,vousfaiteslesplusbeauxbouquetsde
myosotis de la rØgion.
Sharon Karlin vØrifie soigneusement chaque
table, la sØance d initiation commence dans une
heure, c est en quelque sorte un cours particulier
puisque les quatre femmes qui y participent ont fait
une demande conjointe. Sharon relit ses notes de
synthŁse extraites d un ouvrage de FrØdØric Obrin-
ger, elle doit se concentrer pour se pØnØtrer de son
cours à venir. Le foie de ce poisson, le Lateolabrax
japonicus, est toxique, l empoisonnement se traduit
par une desquamation de la peau du visage, le foie
et les œufs à l intØrieur du fugu sont trŁs toxiques
et ne doivent pas Œtre mangØs. Leur consommation
15Les fiancØes de l’ange
conduittrŁssouventàlamort. TouteviandesØchØe,
si elle est humidifiØe par un Øcoulement goutte à
gouttevenantd’untoitvØtuste,devienttrŁstoxique.
Si onlaconsomme, il se forme entroisjours, d une
fa on soudaine, une masse immobile, incurable ; il
arrive aussi que la mort survienne immØdiatement.
La viande qui, r tie, ne bouge pas, mais qui en
prØsence d eau, remue, est Øgalement mortelle, les
lØgumes cultivØs dans les jardins, en eux-mŒmes,
ne sont pas toxiques. Les champignons xun et jun,
quantàeux,naissentdelatransformationdesherbes
et des arbres ; ceux qui sortent des arbres sont des
xun, ceux qui sortent de terre sont des jun. Tous
naissentduqidel humiditØetdevapeursenfermØes,
c est pourquoi certains sont toxiques. Les victimes
de ces poisons sont nombreuses à mourir, et cela
trŁs rapidement. Quand la mort ne survient pas, il
peut cependant se produire sensation de malaise
et d’agression, vomissements et diarrhØes. On ne
commence à sortir de la torpeur que longtemps
aprŁs. A propos de l Asarum sieboldii, plus connu
sous le nom de xixin, quand on utilise ce remŁde,
ilnefautpasdØpaserladosedelamoitiØd’un
gian, sinon le souffle ne circule plus, et la mort
se produit sans blessure apparente. Des assassins
l ont employØ. La drogue n est pas, par nature,
toxique, et si des accidents surviennent, c est que
l on ignore quelle quantitØ il faut utiliser. A propos
des pratiques gu, au Ier siŁcle de notre Łre, Wang
Chang dØclare « Dans les territoires de Taiyang, les
gens sont impØtueux ; leur bouche et leur langue
produisent du poison. C’est pourquoi quand les
habitants de Chu et de Yue, qui sont impØtueux et
passionnØs, parlent avec quelqu un, si leur bouche
envoie de la salive sur la personne, cela entra ne
gonflement, tumØfaction et formation d ulcŁre.
L’atteinte se fait d abord au-dessus du diaphragme,
et il ya alorsrejet desang par labouche. Si l on ne
16Jean-Fran ois Lauret
traite pas suffisamment t t, les viscŁres zang et fu
sont entiŁrement dØvorØes, et la mort survient. La
bestiole toxique Shegong vit d ordinaire dans les
eaux des grottes. A l intØrieur de sa bouche existe
un os transversal, comme un arc ornØ de cornes.
Elle na t et ronge les cheveux. Dans les cas graves,
au bout de trois jours au plus, du sang sort d entre
les dents, et la mort survient si l on a pas donnØ
rapidement un traitement. Dans les cas tardifs la
mort se produit dansles quatorze jours, auplus tard
dans les vingt et un jours. Le qi dØmoniaque donne
naissance à la beautØ, c est pourquoi les personnes
de belle apparence sont souvent pernicieuses et
mauvaises, le poison de la dispute rend malade
l’homme qui l atteint. Un homme touchØ par un
poison est seul à mourir, c est pourquoi l homme
de bien ne craint pas le tigre, mais seulement la
bouche des calomniateurs. C est d elle que procŁde
lepoisonleplusgrand. OnditqueledØmonduchat
(maogin) est l essence des vieux chats sauvages.
Elle se transforme en yu dØmoniaque, et s attache
à un homme. Ceux qui l ØlŁvent s en servent pour
empoisonnerdesŒtreshumains,commeaveclegu.
-«JevousinvitepourensavoirplusàlireleTraitØ
de l Origine et des Sympt mes des Maladies plus
connu sous le nom de Zhubing yuanhou lun, publiØ
en610denotreŁreettraduitrØcemmentparFrØdØric
Obringer. Je vous remercie de votre attention. Des
questions ? Catherine ?
-Accepteriez-vousdedØjeuneravecnous?
Vendredi
Marie
17Les fiancØes de l’ange
-Laseulefa ondemenernotreprojetàbienc est
de lui faire croire que c est par hasard qu il nous a
rencontrØes.
Sharon ait la moue, CØcile intervient
- Toutes les cinq, par hasard ?… il va tilter à la
troisiŁme.
CØcile intervient
- D’autant qu avec ce qu il a sur la conscience à
notresujet,s ilnevoit,deloin,neserait-cequedeux
d entrenousdanslemØtrolamŒmesemaine,ilprend
le bus pendant un an.
A da
- RØsumons la situation, pour arriver à nos fins,
il faut qu’à aucun moment il ne puisse se douter
quenousnousconnaissons,quenouspourrionsnous
croiser, le hasard est le ma tre du jeu
Catherine sourit
-Etqu il lui est acquis. J ai un plan.
Jeudi
Lavoixestgrave,mØlodieuse,Catherineoubliela
camØra peu à peu
-Ludivine,cen estpasvotrevraiprØnom.
-Eneffet.
- Nous en avons discutØs tous les deux avant
l Ømission et je comprends vos raisons.
- Merci.
-Vousnevoulezpasqu onpuisseretrouvervotre
numØro de tØlØphone.
-Oui,eneffet.
-Vousvoulezqueseulceluidontnousallonspar-
ler puisse se reconna tre et que vous ne soyez pas
victimed appels anonymes ou d escrocs.
-Eneffet.
18Jean-Fran ois Lauret
Mathieu Etfils, l interviewer dont on murmure
dans les journaux qu il rØussirait à faire avouer à
Bill Gates qu il a besoin de ses doigts pour comp-
ter jusqu neuf, se dit - c est une grosse conne, je
vaisdonnerson numØro detØlØphoneen directpour
debonsiellecontinue àlajouercomme a.
- Expliquez aux spectateurs pourquoi votre dØ-
marche est exemplaire.
- Je nesaispascommentcommencer.
- Commencez par le dØbut.
Catherine sepenche imperceptiblement vers Ma-
thieu.
Plein cadre.
- Vous comprenez, Mathieu vous Œtes tellement
sØduisant que je suis intimidØe, vous savez dire les
choses tellement mieux que moi, aidez-moi je vous
en prie.
Catherine s humidifie la lŁvre infØrieure en sou-
riant la tŒte penchØe en avant, elle respire par le
ventre.
MathieuEtfilsfixelacamØra. PlanrapprochØ. La
voix est profonde.
- L histoire de Ludivine est exemplaire. Il y a
huit ans, elle rencontre un homme, nous l appelle-
rons Roger. C’est l amour fou, l’amour passion. Il
est mariØ, il va divorcer. Ludivine se sØpare de son
petit ami. Ils s aiment. Un soir, à la fin de l ØtØ,
suruneterrasseombragØe,c estunsamedi,ilestdix
neuf heures trente, il y a un point de validation du
Loto en face du cafØ, de l autre c tØ de la placette.
Ludivine chuchote des mots doux à Roger, elle lui
19Les fiancØes de l’ange
demandesadatedenaissance. LudivinedØcided al-
ler jouer leurs deux dates de naissance au Loto. Il
y a une cagnotte exceptionnelle. Ludivine l’ignore.
Ludivine traverse la placette, elle retient sa robe de
cotonquelemistralfaitminedesoulever,ellesere-
tourne pour envoyer des baisers à Roger. Devant la
machinerougeetbleuedevalidation,Ludivinerem-
plitunegrilleetjouecentdouzefrancspourlesdeux
tirages de samedi. Leurs deux dates de naissance
plus la date de leur rencontre. Ludivine joue donc
huit numØros.
PlanfixesurLudivinequisetientdroite,leregard
perdu.
Plan rapprochØ sur Mathieu Etfils.
-Oui,vousdansvotrefauteuil,vousdansvotreca-
napØ, vous, moi, nous avons devinØ. Mais le drame
attend, tapi dans l ombre du bonheur. La tragØdie
va se nouer sur cette placette, ce jour de fin d ØtØ
à l ombre des tilleuls. Ludivine, son bulletin à la
mainseretourneetsortpourrejoindreRoger,lec ur
battant, les mains moites d Ømotion de le retrouver
aprŁs ces quelques minutes de sØparation. Soudain,
elle s arrŒte au bord du trottoir, comme frappØe par
la foudre, hagarde. Vous dans votre fauteuil, vous
dans votre canapØ, vous, moi, nous le pressentons.
Des larmes glissent doucement sur les joues de Lu-
divine,elledevinequesavievientdebasculerdans
l indicible, dansl horreur,danslecauchemar.
Plan large.
- Oui madame, oui mademoiselle, oui monsieur,
Roger, notre Roger, son Roger est parti. Roger a
abandonnØLudivinesansunmotsuruneplacetteen
Provence un soir d ØtØ. Et Ludivine n aura comme
20Jean-Fran ois Lauret
maigre souvenir de son amour disparu qu un ticket
gagnant qui lui a rapportØ soixante millions de
francs. Elle a perdu l homme de sa vie pour un
misØrableticketdelotoetsonc urn ajamaisarrŒtØ
de saigner depuis ce samedi 18 juillet 1992. Sa vie
est devenue triste comme ce triste jour. Roger, je
m’adresse à vous personnellement.
Plan rapprochØ
- Roger, oø que vous soyez, revenez, Ludivine
vousattend. LudivineagardØvotrepartdugain.
PlanlargesurLudivine,lesyeuxdemerlanfrit.
- Elle vous attend. Appelez-la. Son numØro de
tØlØphone est dans l annuaire.
Plan serrØ sur Mathieu.
-Roger,sachezconsolerLudivine,ellevousaime.
Elle attend votre appel. Appelez-la. Je vous en
prie ».
GØnØrique de fin.
Vendredi
CØcile
- Ila voulu te sauter aprŁs l Ømission ?
- Queue de cerise. Je me suis tirØe. Comment
vous m avez trouvØe ?
A da
- GØniale !
Marie
-Surtoutluienfait,ildevraitfairedutØlØ-achat.
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