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Les fils de la Pelée

De
164 pages
Quelques jours après l'éruption de la montagne Pelée qui a détruit la ville de Saint-Pierre, en Martinique, Victor retourne sur les lieux,pour voir ce qu'il en reste. Il est pris de nostalgie. Et alors que tout le monde semble faire un trait sur le passé, il ressent le besoin de se remettre à cultiver un lopin de terre qu'il cultivait jadis au pied de la montagne. Mais ce sera sans compter sur l'adversité de certaine personnes qui ne partagent pas ses idées.
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Les fils de la PeléeJean-Pierre Pondezi
Les fils de la Pelée
ROMAN© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-1987-8 (pourle fichiernumérique)
ISBN: 2-7481-1986-X (pourlelivreimprimé)Avertissement de l’éditeur
DécouvertparnotreréseaudeGrands Lecteurs(libraires, revues, critiques
littéraires etde chercheurs), ce manuscritestimprimé telunlivre.
D’éventuelles fautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueuse de
lamiseenformeadoptéeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l’ouvrage, le texte en l’état.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de l’Asile Popincourt
75011 Paris
Téléphone:0148075000
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comAVANT-PROPOS
Après avoir vécu des siècles mouvementés, mar-
quéspardesguerresd’occupation,desconflitspoli-
tiques - entre royalistes et républicains - et l’époque
triste de l’esclavage, la Martinique, désormais par-
tenaire économique et commercial de la Métropole
−commercedusucre,delabananeet… du rhum,
s’apprête à entrer en toute confiance dans le ving-
tième siècle.
L’île se distingue de ces congénères de l’archipel
etparmi tous ses attraits, on remarque en particulier
la ville de Saint-Pierre, située au Nord, dans une
immense baie de la mer des Antilles.
SurnomméetantôtlepetitParis,tantôtlaperledes
Antillestantelleestmoderne,prospère,accueillante
etsanscesseeneffervescence,lavillehébergel’élite
créoleetlaissetoujoursunsouvenirinoubliableàses
visiteurs et aux voyageurs.
Au débutdumoisdemai1902,alors quelacam-
pagne des élections législatives rend l’atmosphère
encore plus bouillonnant, dominant la baie, la mon-
tagne pelée, toute majestueuse, continue à manifes-
ter les signes de son réveil.
Mais on reste indifférent, on ne s’affole pas, on
rassure même.
Etle8maià8heuresdumatin,c’estl’apocalypse.
Aprèsuneterribleexplosionquiéventrelamontagne
endirectiondeSaint-Pierre,unenuée suiviede lave
7LesfilsdelaPelée
incandescenterecouvrelabaie,détruisantlavillesur
son passage et faisant 26 000 victimes.
../..
8I
Assisàmêmelesollesbrascroiséssursesjambes
repliées, Victor regardait le soleil se coucher sur la
baie. Chaquerayonquipassaitréfléchissaitsurl’eau
commesurunmiroirenrendantunelumièreéblouis-
sante.
Victor s’était ému quelques instants devant ce
spectacle qu’il trouvait… magique.
Magique. Le mot lui était venu comme par en-
chantement.
S’il n’avait jamais, par le passé, eu l’occasion
d’observercespectacle,c’étaitparceque,jusqu’àce
terriblematinduhuitmai,avantquelamontagnePe-
léenecrachesonveninincandescentsurlabelleville
deSaint-Pierre,toutn’étaitquemagie;ilyavaittel-
lement de choses à voir, que le regard ne s’attardait
sur rien.
../..
9II
La nuitétaittombéesur lecheminàtraverssous-
bois et savane qu’empruntait Victor pour rejoindre
le quartier Démarré. C’était dans ce quartier de la
commune de l’Ajoupa-Bouillon qu’il vivait depuis
trois semaines, chez sa belle-mère, avec sa femme
et ses enfants, depuis le sept mai au soir, veille de
l’éruption…
Cejourlà,alorsquelapopulationdeSaint-Pierre,
rassuréeparlesproposdugouverneurquiétaitvenu
expressémentdeFort-de-France,sepréparaitpourla
fête de l’Ascension qui tombait en plein dans la pé-
riodemouvementéedelacampagnedesélectionslé-
gislatives, Lucette était venue prévenir Marie-Paule
que leur mère était très malade.
Malgré les manifestations de la montagne, - des
cendresobscurcissaientleciel,letonnerregrondait-
lavillenedésemplissaitpas. Certainsosaientmême
des excursions jusqu’à son sommet pour voir de
plus prés ce qui s’y passait et pour prouver qu’ils
n’avaient aucune crainte.
C’est une ville en pleine euphorie que sa famille
et lui avaient quittée pour se rendre précipitamment
au chevet de Mme Léa.
Le docteur qui était présent à leur arrivée ne les
avait pas alarmé pas plus qu’il ne les avait rassuré.
Il leur avait surtout recommandé de respecter les
consignesdessoinsqu’ilavaitprescritsetd’attendre.
11LesfilsdelaPelée
Après une nuit de veille, tout le monde avait les
yeux rougis par la fatigue et gonflés à cause du
manque de sommeil, mais une certaine sérénité se
lisaitsur lesvisages; lamaladeavaitpasséla nuit.
Il était six heures et demie. Les enfants étaient
partissereposerunpeutandisqueLucettesepropo-
sait à faire du cafépour lesadultes. Victor lui, s’oc-
cupa d’ouvrir les fenêtrespour faire entrer le jouret
de l’air frais dans la maison.
Le ciel était bas et d’un gris opaque, comme si
un violent orage se préparait. Il n’entendait pas les
oiseaux chanter, dans le poulailler les poules glous-
saientnerveusementetlecoqn’avaitpaschantéune
fois. Il trouva tout cela bizarre et inquiétant.
Ilsattendirentlecaféensilencepuisleprirentlen-
tement, en le dégustant. Entre deux gorgées Victor
avaitparlédecequ’ilavaitressentienouvrantlafe-
nêtre. MaisMarie-Paule,safemme,sevoulaitrassu-
rante etmettait celasurle comptedes manifestation
de la montagne.
Après le café Lucette et Marie-Paule s’étaient à
nouveaurenduesauxchevetsdeMmeLéaalorsque
lui,toujoursinquiet,ilallaits’asseoirsurlavéranda.
C’est ainsi qu’ils furent surpris à huit heures par
le bruit terrible, assourdissant, d’une explosion.
Les enfants, apeurés s’étaient levés précipi-
tamment en appelant leurs parents, Lucette et
Marie-Paule qui s’étaient dressées restèrent sur
place en s’interrogeant sur l’origine de cette défla-
gration. Victorquiavaittoutdesuitecompriscequi
se passait, était rentré pour donner l’alerte.
« Venez voir, avait-il dit. »
MmeLéaavaitalorsmurmuréfaiblement,comme
dansunderniersouffle: «Lamontagneàprisfeu.»
En peu de temps, tous les habitants du quartier
étaientsortisdechezeuxet,leregardfixésurlesom-
metdelamontagnepelée,ilsassistèrent,incrédules,
à un spectacle stupéfiant.
12Jean-Pierre Pondezi
Des gerbes de laves incandescentes jaillissaient,
tel un feu d’artifice, du cratère en même temps
qu’une nuée se répandait, comme poussée par un
vent violent, dans l’atmosphère.
Ils étaient restés tous sans voix, en proie à toutes
les émotions possibles : l’angoisse, la frayeur, la
peur…
Lucettes’étaitpriselatêtedanssesmains,Marie-
Paule avait plaqué ses mains sur sa bouche comme
pour s’éviter de hurler et Victor secouait inlassable-
ment sa tête.
Une demi-heure après, le début de l’éruption les
cloches de l’église de l’Ajoupa-Bouillon s’étaient
mises à sonner, accompagnées peu après par celles
des autres communes.
La montagne vida ses entrailles durant toute la
matinée…
Victor se dirigeait droit, comme un insecte noc-
turne, vers les raies de lumière qui filtrait sous les
voletsclosdesfenêtresdelamaison. Ilétaitheureux
de rentrer pour retrouver sa famille un bon dîner et
un foyer. Retrouver tout ce qui représentait la vie
normale.
La table était dressée sur une nappe toute fleurie,
onn’attendait que lui pour commencer àmanger.
Marie-Paule alla prévenir sa mère qui se reposait
avant de passer à table.
MmeLéasedéplaçaitencoreavecdifficultémais
son état s’améliorait de jour en jour.
Ledocteurnedoutaitplusdesonrétablissementà
conditionqu’ellecontinueàsesoignercorrectement.
Elles’étaitassiselentement,s’étaitsignéeetavait
remerciéàhautevoixleseigneurdeluipermettrede
prendre ce repas.
Elle faisait le signe de la croix à chaque fois
qu’elle se mettait à table depuis qu’elle avait pu à
nouveau se lever.
13LesfilsdelaPelée
LapremièrefoiselleavaitmêmeajouterqueDieu
n’avait pas voulu la rappeler à lui en même temps
que les victimes de Saint-Pierre parce qu’elle savait
etelleledisaitquelemalheurallaitunjours’abattre
sur Saint-Pierre. Et c’est pour en être témoin qu’il
l’avait garder en vie.
« Dieu n’y est pour rien » lui avait alors fait
comme remarque un de ses petits enfants.
Elle l’avait regarder fixement avant de se lancer
dans un long discours :
« Mon cher Athanase, ne crois pas que je me ré-
jouisdecequis’estpassé,aucontraire. J’aitoujours
beaucoup aimé la ville de Saint-Pierre. J’y ai passé
des moments inoubliables pendant ma jeunesse.
Je n’oublierai jamais son carnaval, le plus beau
de toute la Martinique sans aucun doute… C’est
d’ailleurs à cette époque que j’ai connu le jeune
homme qui allait devenir mon mari.
Chacune des communes qui participaient au car-
navaldevaitprésentersoncharavecsapropredéco-
ration, ses animateurs et son « vidé ». Cette année
là Nous avions réalisé un très beau char pour repré-
senter l’Ajoupa-Bouillon, et notre « vidé » formait
une véritable marée humaine tellement nous étions
de jeunes à le former. Nous suivions le char en
chantant à gorge déployée et en nous tenant par les
épauleslorsqueMichelm’aregardéeninsistantavec
son plus beau sourire… Que je lui ai rendu. Il a été
si gentil par la suite que nous ne nous sommes plus
quittés de la soirée…
Un sourire tendre avait éclairé le visage pendant
sa courte pause.
Jenemelassaisjamaisdecourirlesboutiquesde
Saint-Pierre, et j’ai été très heureuse d’acheter ma
robe de mariée dans l’une d’elles.
Aprèsmonmariagej’allaistroisfoisparsemaine
vendreleslégumesdenotrejardinsurlemarché. Je
14Jean-Pierre Pondezi
retrouvaismesamies,laclientèleétaitsympathique,
je passais toujours une bonne journée.
Toutétaitbien,beau,merveilleux. Troppeut-être
etpersonnen’afaitattentionaumalquis’introduisait
de manière insidieuse dans la ville. Des gens de
mauvaiseréputationquivenaientdecheznosvoisins
desîlesetmêmedelamétropoleontamenéaveceux
le vice, le vol, les jeux clandestins et les filles de
mauvaise vie. Au début cela amusait mais ensuite
ce fut la décadence.
Evidemment, l’argent coulait à flot, les commer-
çants s’enrichissaient, les hommes faisaient la fête
toute la nuit. Alors qui aurait eu des raisons de se
plaindre ?
Le plus triste dans tout cela, c’est que Dieu n’a
même pas épargné les innocents, et j’avais encore
des amis là bas. »
Après s’être tue, Mme Léa avait poussé un long
soupir et était restée quelques secondes les yeux
mi-clos, bien droite sur sa chaise. Personne n’avait
rienajouteretlesilencequirégnaitdanslapiècedon-
nait rendait une atmosphère de méditation.
Ce soir là donc, après avoir rendu grâces à Dieu,
elleavaitsaisisafourchetteetavaitdemandéàVictor
suruntonquilaissaitpercevoirunepointed’ironie:
« Alors Victor, avez vous constater du change-
ment là-haut depuis la semaine passée ? »
«Pasvraiment…pasvraiment»,avait-ilrépondu
après une petite hésitation.
Il avait bien été frappé par l’avancé rapide de la
végétation. Surtout des plantes rampantes qui trou-
vaientdorénavantdel’espacepourétendreleursten-
taculesetmenaçaientderecouvrirlesol. Maisiln’en
parla pas, il avait pensé que ces détails étaient trop
banals pour risquer d’intéresser qui que se soit.
La semaine précédente se fut différent. C’était
la première qu’il retournait sur les restes de Saint-
Pierre, il avait eu des choses à raconter et c’était
15LesfilsdelaPelée
avec beaucoup d’émotions qu’il avait fait son récit
enprésence,en plusdesa famille, dequelquesamis
quiétaientvenuprendredesnouvellesdeMmeLéa.
Ce jour là, c’était un mardi, il était arrivé là-haut
en début d’après-midi. Il avait déambulé pendant
prèsd’uneheureàtraverslesrestesdelaville,deux
semainesaprèsledéblaiement: unchampvague,un
désert. Il avait eu du mal à se repérer dans le grand
vide qui s’étendait à perte de vue autour de lui. Il
régnaituneatmosphèresisilencieusequ’ileneutdes
frissons. Seul la montagne lui avait semblé encore
avoirvieetcontemplaitsonœuvreavecindifférence.
Il s’était alors souvenu du jour de l’éruption,
lorsque dans l’après-midi, peu de temps après que
la montagne se soit enfin calmée, il était parti avec
des voisins pour se rendre sur les lieux. En chemin
ils avaient rencontré d’autres personnes qui comme
eux, voulaient voir de plus près ce qui s’était passé
etaiderlespierrotinsàsesortirdudélugedefeuqui
leur était tombé sur la tête.
Tous,sansexceptionfurentfrappésparl’ampleur
desdégâts. Personnenes’attendaitàsetrouverface
à une telle scène d’horreur. C’était du jamais vu, de
l’inimaginable.
Ceux pour qui c’était insupportable détournaient
leur regard et s’en allaient.
Toutes les maisons, tous les édifices avaient été
soufflés,lesolétaitrecouvertdelaveencorefumante
quiretenaitdescorpsprisonniers,pétrifiés. Souvent
c’était un bras ou une jambe qui permettait de les
repérer.
Dans la bais s’était le désastre. Les bateaux qui
s’étaient fait piéger, bombardés par les projections
de lave, brûlaient encore en coulant lentement. Des
arbresdéracinésaupassagedelacouléeflottaientsur
la mer.
Ilarrivaitdumondedepartout, jusqu’à lanuit.
16