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Les français du jour J

De
386 pages
Des Français ont débarqué le 6 juin 1944 sur les xxx soixante-dix-sept très exactement. Georges Fleury xxx raconte, heure par heure, l'héroïque combat des xxx plus long". Ils ont gagné ce redoutable honneur xxx commun : traversée de la Manche en canots, franchissement des Pyrénées à xxx champs de bataille d'Afrique du Nord, dures écoles des commandos britanniques xxx premiers raids en Europe occupée...
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Première partie
LE TEMPS DES PÉRILS
I
Vers la tourmente
Adolf Hitler, le Führer du parti national-socialiste qu'il a fondé le 24 février 1920, est au pouvoir en Allemagne depuis le 2 août 1934. Le 4 février 1938, il annonce à son gouvernement que la direction des armées allemandes sera désormais assumée par le haut-commandement qu'il vient de former afin de remplacer le ministre de la Guerre et le chef d'état-major de la Wehrmacht, les généraux Werner von Fritsch et von Blomberg, qui viennent de démissionner.
La raison de santé est invoquée pour expliquer le départ des deux officiers généraux issus de la noblesse militaire hostile à Hitler. Ils sont en fait, l'un comme l'autre, victimes des arcanes nazies. Les sbires d'Hitler ont fait courir le bruit que l'ancien ministre de la Guerre était homosexuel. Ils ont poussé von Blomberg à la démission en claironnant qu'Erna Gruhn, son épouse (Hitler avait pourtant été témoin à son mariage!), se livrerait à la prostitution.
Adolf Hitler, en s'appuyant sur le général d'artillerie Wilhelm Keitel, sur Hermann Goering qu'il vient de nommer maréchal de l'Air, et sur le général von Brauchitsch, son nouveau chef d'état-major, Hitler, ancien caporal de la guerre 1914-1918, est désormais le maître absolu des armes et des aigles allemandes. Le 12 février 1938, il reçoit son homologue autrichien Kurt von Schuschnigg à sa résidence montagnarde de Berchtesgaden, dans l'Obersalzberg.
Des militants nazis sont emprisonnés en Autriche depuis 1936 : Hitler exige et obtient leur amnistie pour le 18 février au plus tard! Le chancelier du III
e Reich aimerait qu'un homme acquis à sa cause fasse partie du gouvernement de Vienne: von Schuschnigg agrée cette exigence en nommant au ministère de l'Intérieur Arthur Seyss-Inquart qui, pour n'être pas membre du parti national-socialiste, est un pangermaniste des plus actifs.
Kurt von Schuschnigg est allé en vain à Canossa. Les concessions de Berchtesgaden ne suffisent pas à Hitler. Un mois après le rendez-vous montagnard, dans le but de devancer les visées allemandes sur l'Autriche, le chancelier de Vienne annonce un référendum qui permettra, au moins, au peuple autrichien de choisir lui-même son destin. Arthur Seyss-Inquart, parlant au nom du Führer, le somme de reporter la consultation. Comme il refuse, Hitler fait entrer des troupes en Autriche et exige sa démission.
Von Schuschnigg s'exécute «contraint et forcé» au soir du 11 mars 1938. Wilhelm Miklas, président de la République d'Autriche, nomme aussitôt à sa place Arthur Seyss-Inquart, l'homme du Reich qui, prétextant des soucis de maintien de l'ordre, s'empresse d'appeler Hitler à l'aide.
Sans coup férir, les armées allemandes se déploient en Autriche à l'aube du 12 mars 1938. Hitler franchit la frontière à Braunau-am-Minn, la petite ville où il est né le vendredi 20 avril 1889.
Les menées d'Adolf Hitler inquiètent la classe politique française. De nombreux mouvements pacifistes organisent des manifestations. Ils prônent la non-ingérence dans les affaires allemandes. Dans les universités, la jeunesse française est divisée entre la gauche et la droite. Des bagarres éclatent entre monarchistes attachés aux Camelots du roi et des communistes. Des crieurs de journaux se disputent les meilleurs emplacements pour diffuser
L'Humanité communiste, le très bourgeois Je suis partout, La Liberté, tribune du parti de Jacques Doriot devenu d'extrême droite après avoir été communiste, l'Action française royaliste de Charles Maurras, le Petit Journal du parti social français formé en 1936 par les turbulents Croix-de-Feu du colonel de La Rocque.
Les francistes, dirigés par Marcel Bucard, ne cachent pas leur admiration pour Mussolini. Ils attisent les dissensions entre fractions et, au-dessus de cette agitation, plane l'ombre crainte de la Cagoule.
Loin des remous politiques, loin même de la lutte de classe qui anime les ouvriers des grandes usines et les mineurs de fond, ignorant aussi les préoccupations des huit cent cinquante mille chômeurs déçus par le Front populaire, des milliers de jeunes Français s'engagent dans l'Armée.
Les équipages de la Royale qui protège l'Empire sont en majorité composés de volontaires attirés par le voyage et l'aventure. Ils sont formés dans des écoles où règne une stricte discipline. La plus dure est à Lorient où les élèves du bataillon de fusiliers marins subissent un entraînement physique d'une âpreté rare dispensé par des instructeurs qui ont combattu dans les tranchées de la Grande Guerre sous les ordres de Ronarc'h, «l'amiral de fer».
Les gradés de Lorient savent qu'au moment du combat, la survie de leurs élèves sera tributaire des réflexes qu'ils leur donnent. Alors ils crient, ils poussent, marchent, courent avec eux jusqu'au dernier jour de leur stage. Ils les regardent s'en aller vers leur destin en leur souhaitant de ne jamais connaître un nouveau Chemin des Dames.
Destinés à l'école des mousses, les plus jeunes élèves de la Marine ont à peine seize ans. Ils écarquillent des yeux ronds dans la longue rue de Siam qui descend en pente douce vers le pont tournant de Recouvrance enjambant la Penfeld mêlée d'eau de mer. Ils embarquent sur des canots à vapeur dont le ballet bruyant et fumeux relie les pontons et les quais aux bâtiments accostés dans l'arsenal ou amarrés à des coffres en rade.
Le vieux croiseur Armorique a été transformé en ponton-école. Les gamins dépaysés, houspillés par des gradés en casquette, reçoivent leur uniforme et un hamac dans lequel ils ont du mal à trouver le sommeil. Puis, matriculés, les cheveux ras, épouillés, vaccinés contre la variole, ils subissent un test d'instruction.
Les apprentis marins de 1938 ne savent rien des visées d'Hitler sur l'Autriche lorsqu'ils obtiennent à seize ans le droit de porter le fusil. Ils ont la chair de poule en défilant pour la première fois rue de Siam, arme sur l'épaule droite, bonnet à pompon rouge ajusté au menton par une jugulaire blanche. Des veuves de la Grande Guerre implorent pour eux le Christ et la Sainte Vierge. Elles marmonnent en se signant des «C'est-y pas Dieu possible! Voilà des gamins transformés en chair à canon!»
Dure école que celle de l'Armorique, mais la nourriture y est plus abondante que dans les fermes bretonnes d'où viennent la plupart de ses élèves et même que dans les maisons parisiennes, alsaciennes ou marseillaises qui fournissent le reste de l'effectif.
Parmi ces jeunes volontaires, André Bagot est un Breton des Côtes-du-Nord. Pas très grand, il est solide. C'est un pupille de la Nation car son père est mort en 1922 des suites de blessures reçues durant la Grande Guerre. Il a fait ses classes sur
l'Armorique durant l'année scolaire 1933-1934 avant de suivre un cours de radio en 1935 et d'embarquer sur le torpilleur Enseigne-Roux affecté en Méditerranée.
Alors qu'un incendie s'est déclaré à bord de son bateau lors d'une escale en rade de Bizerte, André Bagot a étonné ses gradés par son courage en se glissant tranquillement au travers de tourbillons de fumée où ses compagnons n'osaient plus s'aventurer.
Un autre ancien de l'école des mousses, Jean Morel, lui, est un Malouin de vieille souche né par hasard à Paris. Il est blond et plus petit que Bagot. Comme André Bagot, comme tous les autres matelots de la Royale, il se soucie bien peu qu'à Rome, Benito Mussolini, le Duce fasciste, reconnaisse l'Anschluss. Ni même qu'Adolf Hitler et Seyss-Inquart signent ensemble le dimanche 13 mars 1938 la loi qui rattache l'Autriche à l'Allemagne.
Encadrée par des militants nazis reconnaissables à leur brassard à croix gammée, la foule de Vienne applaudit le chancelier du Grand Reich, ainsi que s'appelle désormais l'Allemagne. Un SS s'est introduit dans chaque famille pour imposer la liesse sur le trajet triomphal de l'ancien caporal.