Les Gad,jos

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« Elle est née un matin d’hiver,

Dans un climat de haine.

L’amour, dans les yeux de ses parents était absent.

Les gens du voyage lui apportèrent la tendresse.

Avec eux, elle apprit la vie.

Dans les drames qui ont marqué son enfance,

Dans des aventures peu communes,

Elle a essayé de survivre.

Il lui aura fallu du courage,

Lorsque personne n’est là

Pour vous tendre la main.

Il faut suivre son destin

Et se battre.

C’est ce qu’elle a fait… »


Découvrez un parcours semé d’embûches et de souffrances dans cette bouleversante autobiographie romancée.


Publié le : dimanche 1 janvier 2006
Lecture(s) : 26
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 2952656703
Nombre de pages : non-communiqué
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Un long tunnel. Je suis seule. Jai peur du noir. Au plus profond de mes souvenirs, jai toujours eu peur du noir. Je tremble. Il faut que jarrive à traverser ce tunnel. Je ne peux plus reculer, derrière moi un trou : le néant. Au bout, la liberté. Des prés dun beau vert tendre et puis des fleurs des champs, de belles marguerites aux pétales couleur de linnocence. Des boutons-d'or délicats, des coquelicots rouge sang. Fleurs si fragiles quon ne peut les cueillir, coupées de leur racine, elles meurent quelques heures après. Celles que je préfère sont les bleuets, ils se cachent dans le blé, mélangés aux marguerites et aux coquelicots, ils font des bouquets aux couleurs de la liberté. De-ci de-là, des rosiers sauvages. Aux fleurs fragiles, je nai jamais compris ce quils faisaient ici. Leur place est dans les jardins, pour moi ce sont des fleurs sophistiquées, dans des espaces aménagés pour elles, avec des mains gan-tées qui les bichonnent, les soignent, comme le fera mon père beaucoup plus tard lorsquil aura son jardin. Je suis fatiguée. Il faut que jarrive à cette oasis de paix, métendre dans lherbe fraîche, respirer lair pur que dégage la nature. Je suis seule pour vaincre ma peur, mais je dois avan-cer pour avoir droit au repos. Si je réussis, la première chose que je ferai sera un bouquet de fleurs, sans rose, elles ont trop dépines.
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Derrière moi le vide je ne peux reculer. Toute ma vie, je devrai me battre pour franchir des tunnels invisibles que je devrai affronter pour arriver à vivre sans trop de peur. Je suis là bien au chaud. Il fait noir, jentends du bruit dans le lointain. Je ne peux pas savoir quil vient des bombes, elles tombent sur mon pays. Déjà, il fait noir, mais un noir sécurisant. Je suis au chaud, dans le ventre de ma mère. Ce bien-être na duré que neuf mois, il me faut affron-ter les affres de la vie. Cette vie pour moi si peu charitable. Quelle faute peut commettre un bébé dans le ventre de sa mère pour recevoir sur lui, dès sa venue au monde les foudres du Seigneur ? Si Seigneur il y a. Pour moi, pas de fée avec une baguette magique pen-chée au-dessus du berceau. Jarrive un beau jour du mois de mars dans une famille de trois enfants. Laînée, Marcelle, a treize ans, puis il y a Charles, onze ans, et Irène, six ans. Mon père est à la guerre. Employé à la SNCF, il est conduc-teur de train, son rêve : il aurait aimé travailler dans la mécanique, mais « pas question », ont dit ses parents, dans la famille, « on est cheminot de génération en génération », il avait appris à aimer son travail. En ces temps difficiles, il fallait éviter les bombes et ramener à bon port les êtres vivants. Peu de souvenirs de ma petite enfance. Quelques anecdotes sur la guerre, recueillies pendant les soirées avec les voisins, groupés autour dun poële qui laisse échapper des volutes de fumée qui nous font pleurer et tousser. Nous avions de quoi nous chauffer par ces temps difficiles, et lon oubliait un peu labsence des hommes qui étaient au front. Ma première mésaventure commence quinze jours après ma naissance. Je suis une enfant chétive. Je pleure sans cesse et déjà, sans le vouloir, jénerve mes proches. Ma
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mère na pas assez de lait pour me nourrir. Lors de ses repos, mon père avait autre chose à faire et à penser que de soccuper dun petit être qui ne lui appartenait peut-être pas ? Ce secret, si secret il y a, il la emporté avec lui dans sa tombe. Nous habitions à Grigny dans le Rhône, dans des immeubles de la SNCF, tout près de la gare de mar-chandises. Aussi, nous étions sans arrêt la cible des bombes, car les Allemands avaient pour mission de détruire les trains qui transportaient outre de la marchandise, des armes et des munitions. Les habitants étaient tous amis. Les chemi-nots, cest une grande famille. Ma mère est une forte femme. Ce nest pas facile en temps de guerre dessayer seule de nourrir cinq bouches. Elle ne se défend pas mal avec le marché noir, mais que de kilomètres à vélo elle fait pour nous trouver un peu de lait, des ufs, enfin lessentiel ! Par une belle journée du mois de mars, les villageois qui viennent dessuyer une alerte ne sont pas encore rentrés chez eux. Ils sont groupés dans un champ, pas loin de leur demeure, en train de préparer les légumes pour le repas ou simplement en train de raconter les événements de la journée. Voilà que retentit à nouveau la sirène. Pas daffole-ment. Ils ont lhabitude. Chacun ramasse sa marmaille et se réfugie aux abris. Les bombardements éclatent de toute part. Mon frère vient de sapercevoir de lerreur de ma mère : elle tient, serré sous son bras, ses poireaux et non son bébé. Trop dangereux de ressortir. Les poireaux, cest diffi-cile en temps de guerre den trouver. Mais un bébé quil faut nourrir, qui pleure sans arrêt, les médecins ne lui donnent pas beaucoup de chance de vivre, alors laissons faire le destin.
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La fatalité a voulu quune heure après la fin des bom-bardements près dune gare et dun dépôt SNCF complète-ment détruits, au milieu dun champ troué de part et dautre par les bombes, il y ait moi qui hurle, qui bouge. Les voisins nen reviennent pas. Comment sest produit ce miracle ? Maman me ramène à la maison qui, par chance, est encore debout. Dans ce petit village du Rhône, les Allemands, avant de partir, nous ont laissé leur signature. Ils ont tout détruit. Il ne reste, de-ci de-là, que quelques maisons. Plus décole, un pan de mairie, mais cest surtout le réseau SNCF qui fut détruit. Mais voilà, le bébé que je suis, à force de crier, sest fait une hernie étranglée. Cest ainsi que débutent mes pre-miers ennuis, petit être oublié parmi les bombes. Il faut mopérer durgence. Le médecin arrive assez rapidement, décide avec laccord de ma mère de mopérer sur place. Pas le temps daller à lhôpital, trop dembouteillages, trop de dégâts. Les routes sont coupées. Les gens courent dans tous les sens à la recherche dun des leurs. Il ny a pas trop de pertes parmi les habitants. Sitôt dit, sitôt fait, on nettoie la table de la cuisine, déplie un drap, le pose dessus. « Pensez-vous avoir le courage de rester près de moi ? demande le médecin à ma mère. Il faudra tenir votre fille pour quelle ne bouge pas trop. Oui, alors lavez-vous bien les mains. Toi mon grand (il sadresse à mon frère), va voir près des ruines du dépôt si tu ne trouves pas une infirmière. Amène-la vite, elle soignait les blessés lorsque je suis arrivé ici. » Et voilà mon frangin, ses jambes à son cou à la recher-che de la dame en blanc. Ma sur aînée fait bouillir de leau. La plus jeune joue dans les décombres avec les gosses de son âge. Elles sont contentes, car il ny a plus décole. On sactive dans la cuisine. On nettoie. Hop, un peu déther pour mendormir.
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Avec des gestes sûrs et rapides, habitué à des opéra-tions durgence en ces temps de guerre, le médecin me fait une belle entaille dans le bas-ventre, à laine. Ma mère a du mal à tenir le coup. Heureusement, linfirmière arrive et voilà, cette grosseur, qui avait mis quelques minutes à appa-raître, est enlevée aussi rapidement. Le médecin referme la plaie. Il est temps, je commence à magiter, il est de plus en plus difficile à linfirmière de me tenir. Elle jette un regard au médecin qui hoche la tête. Ils ont fait leur boulot, reste à savoir comment ce petit corps frêle et amaigri pourra survivre à cela. Le médecin me donne un somnifère et un calmant. Il ny a plus quà espérer. « Prévenez quand même votre mari, ce sera plus prudent. Elle ne va pas vivre longtemps. » Ma mère me couche, ma grande sur reste près de mon berceau. Ma mère part, elle se renseigne pour trouver mon père qui doit être entre Paris et Mâcon. Le lendemain matin, mon père arrive et trouve une petite chose dans son berceau qui pleure, qui sagite, qui réclame à manger, mais qui na pas envie, mais alors pas envie du tout, de passer dans lautre monde. Il replace dans la penderie le costume noir qui ne sert quaux grandes occasions et que ma mère avait déjà préparé. Les médecins ont eu des rôles importants dans ma vie, souvent néfastes dailleurs. Il est écrit dans ma destinée que ces messieurs avaient pour but de me guérir, comme leur profession lindique. Moi, jai toujours pensé le contraire. Bien sûr, ils soulagent mes douleurs, les calment. Combien de fois ai-je entendu cette phrase : « Pour cette fois, elle sen tire, nous avons fait du bon boulot » ? Durant les quarante-cinq premières années de mon existence, jai eu affaire à beaucoup de médecins. Avec le recul du temps, je maperçois que les traitements qui me guérissaient de mes maux avaient des effets secondaires.
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