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Les géraniums sauvages

De
265 pages
Les Géraniums sauvages mettent en scène deux garçons qui participent à leur corps défendant à la Guerre d'Algérie. L'un dont la famille est laïque et plutôt antimilitariste cherche simplement à faire son devoir. Le second se rebelle et se trouve en conflit avec ses chefs. Le hasard fait qu'il tombe amoureux d'une jolie fille et vit des heures inoubliables. Malheureusement, l'histoire finira mal pour les deux jeunes gens.
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Les géraniums sauvages
Claude Trapied
Les géraniums sauvages
ROMAN
© manuscrit.com, 2002 ISBN: 2-7481-0455-2 (pour le fichier numérique) ISBN: 2-7481-0454-4 (pour le livre imprimé)
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Découvert par notre réseau de Grands Lecteurs (libraires, revues, critiques littéraires et de chercheurs), ce manuscrit est imprimé tel un livre. Déventuelles fautes demeurent possibles ; manuscrit.com, respectueuse de la mise en forme adoptée par chacun de ses auteurs, conserve, à ce stade du traitement de louvrage, le texte en létat. Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com 5bis, rue de lAsile Popincourt 75011 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.com
CHAPITREI
Philippe Gerbaud vit le jour en 1932 dans une famille de la petite bourgeoisie provinciale. Les établissements Gerbaud étaient connus de toute la Champagne pour la qualité des bâches, vêtements de travail et habits de coutil quils diffusaient. Bien quil noccupât aucune fonction officielle à lexception dun mandat consulaire à la Chambre de commerce, Pierre Gerbaud était de ces notables qui influent sans quil y paraisse sur la vie dune cité. Personne ne pouvait prétendre aux fonctions de maire, délu cantonal ou même de notaire sans laval du patron des établissements Gerbaud. La famille sappuyait sur de solides valeurs morales et elle représentait à la perfection la bourgeoisie locale dans ce quelle pouvait avoir de traditionnel et de bien pensant. Marie-Thérèse Gerbaud, lépouse de Pierre, versait dans un paternalisme apprécié des petites gens. Elle faisait preuve de bienveillance envers les domestiques quelle employait. Toute la famille allait à la messe le dimanche. Elle était limage de lharmonie regroupée autour du patriarche. Les établissements Gerbaud passaient pour une entreprise sérieuse et bien gérée et on y travaillait souvent de père en fils. Le père, la mère et les parents veillaient au respect de la loi, de la politesse, de la religion et des usages. Le père Masure, curé de la paroisse était souvent reçu à
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leur table. A lintérieur du cercle familial, tous les membres du clan offraient le même aspect policé. Pierre Gerbaud navait jamais eu lidée même de tromper sa femme et ne laurait pas fait sil en avait eu loccasion. Dieu soit loué ! : aucune créature navait eu le dessein de le tenter ! De son côté, Marie-Thérèse navait pas dérogé aux principes les plus anodins de la religion, ni levé les yeux vers un autre homme que son mari. Le patriotisme était aussi pour les Gerbaud un précepte élévé au rang de dogme. Pierre navait fait que quelques mois de la Grande Guerre mais il en avait gardé un profond respect du drapeau tricolore et il avait des égards pour ceux qui avaient fait la preuve de leur bravoure dans les combats de Champagne, dArgonne ou des deux batailles de la Marne. La vérité oblige à dire quil avait, à lâge de partir à la guerre, un papa qui était aussi influent à lépoque quil létait lui-même maintenant. Grâce à cela, il avait obtenu une affec-tation qui lui avait évité des dangers trop évidents. Il nempêche que Pierre Gerbaud appartenait aux associations danciens combattants de la région et quil assistait à toutes les manifestations patriotiques parmi les personnalités de la ville. Le petit Philippe fut élevé dans le respect de ces valeurs et, comme il était un enfant obéissant, il gran-dit en observant ces préceptes intangibles. Comme il se devait, il entra de bonne heure à lécole des pères maristes où il commença dexcellentes études. Philippe ne marchait pas depuis longtemps que son cousin naquit au foyer des Marchand. Eux aussi appartenaient au monde cossu des bonnes familles de la ville. Etienne Marchand sétait marié jeune à la soeur de Pierre Gerbaud. Bien que très diffé-rent de son beau-frère, il faisait lui-même partie des notabilités par ses fonctions denseignant. Prof de maths au lycée Michel-Angevin, il était unanime-ment respecté et même si les Gerbaud avaient éspéré
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pour Antoinette un autre époux que Marchand, ils avaient dù admettre quEtienne ne discréditait pas la famille. Les deux couples sentendaient bien malgré leurs différences. Les Marchand étaient beaucoup moins férus de religion que les Gerbaud. Sous lin-fluence de son mari, Antoinette Marchand avait pris ses distances avec la paroisse. Ils étaient croyants mais leur foi était assez tiède et ils pratiquaient peu. De la même façon, Etienne avait tendance à se mo-quer quand il voyait son beau-frère tenir une place de choix parmi les combattants de la Grande Guerre. Son humour corrosif le faisait le traiter de combattant de pacotille, ce que Gerbaud acceptait mal. La poli-tique lui seyait peu et bien que sa sensibilité le pousse vers la gauche, il navait rien dun révolutionnaire ou dun anarchiste. Les deux couples se fréquentaient assidûment et ils avaient même lhabitude de louer en commun une maison sur la Côte Basque et dy passer un mois lété. Les femmes se reposaient sur la plage et tricotaient en surveillant les enfants tan-dis que leurs époux sillonnaient à vélo lintérieur des terres. Ils ne dédaignaient pas à loccasion déguster le petit Iroulèguy du pays. Pierre Gerbaud que lâge et lhabitude avaient promu patriarche de la famille, admettait volontiers que son beau-frère était un homme de qualité même sil affectait de vilipender les enseignants quil qua-lifiait dagitateurs patentés. Marchand se situait dans la lignée des hussards noirs de la République tels que Jules Ferry les avait voulus. Au moment des examens, il népargnait pas sa peine pour que ses élèves aient de bons résultats. Les parents lesti-maient et leurs enfants nétaient pas loin den faire autant même si, dans leurs conversations, il passait pour un prof sans pitié.
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Les deux hommes suivirent avec intérêt les évène-ments de lété de 1936 et lavènement du Front popu-laire. Gerbaud craignait pour lavenir de son entre-prise et pour la paix sociale mais, la distance émous-sant les divergences, la province réussit à surmonter les plus grosses difficultés. Lindustriel eut cepen-dant à intégrer en bougonnant contre la gauche les conquêtes sociales obtenues par le Front populaire. Les deux beaux-frères avaient pourtant conscience que ces remous préludaient à dautres conflits en-core plus menaçants. Ils sopposèrent vivement au moment où Axel, le fils des Marchand, dut être sco-larisé. Gerbaud qui se sentait des droits sur lui en tant que chef de famille sattendait à ce quil rejoigne Phi-lippe chez les maristes mais Marchand fut intransi-geant : son fils commencerait ses études à la commu-nale. Pierre Gerbaud entra dans une violente colère et nen sortit que quelques semaines plus tard pour incriminer avec vigueur lécole du Diable par rapport à celle du Bon Dieu qui éduquait son fils. Philippe et Axel, indifférents à ces luttes intestines, jouaient tous les deux le jeudi et passaient leurs vacances en-semble. Les quelques mois daînesse quil avait sur Axel faisaient tout naturellement de Philippe le lea-der des deux enfants. Philippe navait que sept ans quand survint la dé-claration de guerre. Gerbaud et Marchand étaient tous deux officiers de réserve. Lindustriel était ca-pitaine et le professeur de maths portait les galons de lieutenant. Le premier clamait haut et fort son pa-triotisme. Le second était plus réservé mais il ne se déroba pas. Sils ne partirent pas la fleur au fusil, ils nenvisageaient pas un conflit de longue durée et les sanglots de leurs épouses et de leurs fils ne les firent pas fléchir. Partis ensemble, les deux hommes furent rapidement séparés. Le capitaine Gerbaud fut affecté à un fortin de la ligne Maginot et le lieutenant Mar-chand à une section de fantassins basée à Laon. Les
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