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Les Hommes de bonne volonté - L'Intégrale 1 (Tomes 1 à 4)

De
1000 pages
Jallez et Jerphanion, les camarades de promotion de l’École normale ; Gurau, le député idéaliste ; le criminel Quinette ; Louis Bastide, l’enfant de Montmartre ; le marquis de Saint-Papoul ou encore le chien Macaire… Ces individus d’une diversité passionnante peuplent la multitude dont Jules Romains nous raconte la vie dans Les Hommes de bonne volonté.
Ce roman-fleuve est aux dires de l’auteur même son œuvre majeure. Par ses dimensions, bien sûr : vingt-sept volumes déroulant une fresque d’un quart de siècle, du 6 octobre 1908 au 7 octobre 1933. Mais aussi par son dessein grandiose, puisque Jules Romains a l’ambition d’y exprimer « dans le mouvement et la multiplicité, dans le détail et le devenir, [sa] vision du monde moderne ».
Une vision « unanimiste » qui prend la société comme sujet, avec sa diversité de destinées individuelles, s’entrecroisant parfois, mais s’ignorant le plus souvent. Chaque personnage mène ainsi sa propre aventure, qui se fond sans cesse dans la grande Histoire, avec Verdun comme point culminant du roman. Mais, face aux désastres qui ébranleront cette génération, Jules Romains veut croire qu’il subsiste encore des Hommes de bonne volonté.
Ce volume contient : Le 6 octobre - Crime de Quinette - Les Amours enfantines - Éros de Paris.
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Jules Romains de l'Académie française
Les Hommes de bonne volonté I
Flammarion
www.centrenationaldulivre.fr
Droits de traduction, d'adaptation et de reproduction réservés pour tous les pays. © 1932, by ERNEST FLAMMARION.
ISBN Epub : 9782081405424
ISBN PDF Web : 9782081405431
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782080678607
Ouvrage numérisé et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentationde l'éditeur Jallez et Jerphanion, les camaradesde promotionde lÉcole normale ; Gurau, ledéputé idéaliste ; le criminel Quinette ; Louis Bastide, lenfantdeMontmartre ; le marquisde Saint-Papoulou encore le chienMacaire Ces individusd’unediversité passionnante peuplent la multitudedont Jules Romains nousraconte la viedans Les Hommesde bonne volonté. Ceroman-fleuve est auxdiresde lauteurmême sonœuvre majeure. Parsesdimensions, bien sûr: vingt-sept volumesdéroulant une fresqued’un quartde siècle,du 6octobre 1908 au 7octobre 1933.Mais aussi par sondessein grandiose, puisque Jules Romains a lambitiond’y exprimer «dans le mouvement et la multiplicité,dans ledétail et ledevenir, [sa] visiondu monde moderne ». Une vision « unanimiste » qui prend la société comme sujet, avec sadiversitédedestinées individuelles, sentrecroisant parfois, mais signorant le plus souvent. Chaque personnage mène ainsi sa propre aventure, qui se fondsans cessedans la grande Histoire, avec Verdun comme point culminantduroman.Mais, face auxdésastres qui ébranleront cette génération, Jules Romains veut croire quil subsiste encoredes Hommesde bonne volonté. Ce volume contient : Le 6octobre Crimede Quinette Les Amours enfantines Érosde Paris
Les Hommes de bonne volonté I
PRÉFACE
Je publie aujourd'hui lesdeux premiers volumesde l'œuvre qui sera probablement la principalede ma vie. Par lesdimensionsd'abord. Cesdeux volumesdoivent être suivis, àdes intervalles que je tâcheraiderapprocherautant que possible,d'un certain nombred'autres. (Je m'abstiensd'indiquerun chiffre plus précis pourn'effrayerpersonne.) Parle contenu aussi, je l'espère. Si je cherchaisde quanddate le tout premierdesseinde cetteœuvre, jeremonterais presque au débutde ma carrre littéraire. Dès l'époqueoù j'écrivais laVie unanime, je sentais qu'il me faudrait entreprendre tôtou tard une vaste fiction en prose, qui exprimeraitdans le mouvement et la multiplicité,dans ledétail et ledevenir, cette visiondu monde moderne,dont laVie unanime chantaitd'ensemble l'émoi initial. Et j'exagérerais à peine endisant que, parla suite, plusieursde mes livres n'ont été qu'une façonde me faire la main,d'éprouvertourà tourmon instrument et la matière, ou encored'explorerdes territoires qu'il s'agirait un jourd'occuperetd'organiser. Ce jourdécisif, je me suis gardéd'en hâtervenue ; j'ai même laissé les ci la rconstances m'apporter leursdiversions, persuadé qu'une entreprise aussi intimidante ne pouvait que gagnerces à délais. Les années qui précèdent l'âge mûrne cessentd'accroître lesressources intérieuresd'un écrivain, quandil sait écarter certains périls,dont le succès n'est pas le moindre, avec la tentationde s'imiter soi-même, etde continuerà plaire parles moyens quiontréussi. Ces années lui permettentd'étendre,d'approfondir, de corrigersa connaissancede la vie etdes hommes ; sa connaissance mêmede l'art. Elles lui laissent le tempsde sedébarrasserde ce qu'il pouvait y avoir,dans sa vuedes choses,de trop théorique,de trop préconçu, et,dans sa manièred'écrire,de trop attentifoude trop particulier. Enfin elles groupent autourde lui un public plusou moins vaste qui est prêt à lui faire confiance et à le suivre. Ces diverses considérations avaient en l'espèced'autant plusde poids, que l'œuvre à laquelle je songeais ne pouvait prendre son vrai caractère etremplir sadestinée, que si elle savait parler un langage accessible à tous les hommes, et leurproposerdes motifsd'intérêt universel. Ondevine assez,d'ailleurs, que le travaild'uneœuvre semblable ne commence pas à l'instantoù l'on trace la première lignedu premiervolume. La préparation en est presque aussi longue, et parfois plus laborieuse,oudu moins plus angoissante que l'exécution ; surtout quandse posent pourl'auteur des problèmesde structure, comme ceuxdont il faut bien que jedise un mot.
*
En effet, lesdeux volumes que je publie ne sont pas lesdeux premiersromansd'une sérieoud'un cycle. Ils sont ledébutd'unromandedimensions inusitées. Je suisdoncobligédedemander au lecteurune patience et un crédit un peu exceptionnels.Mais ce n'est pas le seul changement que je le pried'apporterà ses habitudes. L'autre effort,ou, pourm'exprimerd'une façon qui me plaît mieux, l'autre marqued'amitié etde confiance que j'attendsde lui, c'est qu'il veuille bien se fairedès ledébut au modede composition que j'ai adopté, et croire que je l'ai adopté non pour l'amusementde la chose, mais parce que la naturede mon sujet, l'espritde cetteœuvre, et les tentativesdediversordres que j'avais faitesdans le passé m'y amenaient nécessairement. Aureste, je suis persuadé que l'effort ne sera pas grand, et je merisquerais à promettre que,dans la mesureoù il existera, il sera payé ensuite parun plaisirassez nouveau. La seulerésistance que je craigne est celle qui vient nondu goût spontané, maisdes préjugésde l'éducation littéraire. Quelquesréflexions nous aideront peut-être à la vaincre. Quand unromancierp se ropose un travailde grande envergure, comme, parcelui exemple, de peindre le mondede son temps (qu'on me passe cette expression commode), la tradition luioffre deux prodés principaux,dont les autres ne sont quedes variantes. Le premier consiste à traiter,dansdesromans séparés, un certain nombrede sujets convenablement choisis,de sorte qu'à la fin la juxtapositionde ces peintures particulièresdonne plus ou moins l'équivalentd'une peintured'ensemble. Laréapparitionde tel personnage, lerappel d'événements contés ailleurs, peuvent enoutre jeter,d'unroman à l'autre, une attache perceptible. Mais il faut avouer que l'unitéde l'ensemblereste précaire et flottante. Il arrive que l'auteur lui-même ne ladégage qu'après coup. En tout cas elle ne s'impose pas au lecteur; je veuxdire querien ne l'oblige à la sentir bon gré mal gré. Vous pouvez lireEugénie Grandet etCésar Birotteau sans vous soucierdurestede laCodie Humaine, et sans apercevoir entre cesdeux chefs-d'œuvre un
liend'un autreordre qu'entre l'Éducation sentimentale etMadame Bovary. Je n'ai pas besoinde rappeler que Zola, s'il a voulu, pour la riedesRougon-Macquart, une unité plus forte, et plus intérieure aux parties, ne l'a pasobtenue autant qu'il le pensait. Les liensdu sang etde l'hérédité, qu'il a noués entre ses héros,ont à ses yeux une importance théoriquedont il neréussit pas à nous convaincre. Nous gardons l'impression que l'unitéde la sériereste extérieure et par surcroît se compliqued'un artifice. Oserai-je ajoutercette faç que ond'entreprendre un tableaude la société, qui adonné au siècle dernierdesrésultats grandioses, auxquels lesremarques que nous venonsde faire n'enlèventriende notre admiration, ne gagnerait pas à serépéterde nos jours ? Une telle investigationdu monde social, morceau par morceau,région parrégion, qui eut à son heure une allurede conquête, prendrait maintenant quelque chosede bien mécanique,de bien prévu. Leroman sur les milieux financiers, venant après leroman surles milieux politiques et leroman surles milieux sportifsoui, ce serait un peu trop comme le n° 17 surles Animauxde basse-courvenant après le 16 surles Arbres fruitiers et le 15 sur les Parasitesde la vigne. Nousdemandons auromancierde nous laisseroublier davantage ce qu'il y a, forcément,de laborieux etde quotidiendans son métier. Le second prodé que nousoffre la tradition, tant française qu'étrangère, aboutit àdesœuvres dont, cette fois, l'unité interne n'est pas contestable. Ce n'est plus une collectionderomans, groupés sous unerubrique,ou enfermésdans un cadre àdemi arbitraire, que nous avonsdevant nous, avec la liberd'y choisir selon nos préférences, etde commencer paroù bon nous semble. C'est un seul roman, qui sedéploie en plusieurs volumes. Ce qui en fait l'unité c'est la personne et la viedu héros principal. Ses aventures, sur lesquelles viennent se greffer cellesdes personnages qu'ilrencontre, fournissent à l'auteurl'occasiondedécriredivers milieux. Finalement une peinturede la société, plus ou moins complète, avecdes lointains etdesraccourcis plusou moinsdéformants, s'ordonne en perspective autourd'un individu. Sans parlerdesdigressions que l'auteurpeut s'accorder. Tel est le casdesMisérables; et, si l'on veut,duJean-Christophede Romain Rolland. Tel est même celuides œuvres qui fontdu personnage central plutôt un témoin qu'un acteur, et prennent ainsi, comme chez Proust, un aspectdeMémoiresromanesques. Parfois, cette unitéd'ordre biographiquerepose non sur un individu, mais surune famille. Du même coup, la peinturede la société s'étale surunedurée plus ample. Je pense en particulieràdesœuvres étrangères célèbres,dont certaines sontrécentes, comme l aForsyte Sagade Galsworthy,ou lesBuddenbrooksde ThomasMann. Bien que l'exempledes Rougon-Macquartpuisse être à l'originede ces amples constructions, notons qu'elles fontdu thème de la famille un usage tout autre. Il s'agit ici non plusd'unrayonnage commode,où viennent se loger de sœuvres foncièrement indépendantes ; maisde l'histoire concrèted'une famille à travers les générations, avec ses aventures, sa montéeou sadéchéance, ses variationsd'idéal. Ce modede composition échappe à toute critique,dans la mesureoù le sujetréel coïncide avec le sujet apparent. Si c'est bien au personnage central individuou famille que l'auteur s'intéresse d'abord, si les événements qu'on nousraconte, les milieuxoù l'on nous fait passer, les autres personnages qu'on nous présente viennent se placeravec natureldans ledéroulementde ladestinée du héros, nous n'avonsrien àobjecter. Tel est le cas en particulierdesœuvres qu'on appelle en Allemagne «romansdedéveloppement », mais qui fleurissent aussi chez nous, etdont l'objet essentiel estde nous montrerledéveloppementd'un individu,d'une âme individuelle à travers la vie. Il est vrai quedansde pareillesœuvres lareprésentationde la société a bien peude chancesd'avoir une valeurparelle-même. Elle sera nécessairement très partielle et très subjective, toute colorée par les préoccupationsdu héros, etréduite aux limitesde son expérience. Si au contraire nous sentons que l'auteur se sert sans aucunediscrétionde son personnage principal ; s'il le mène arbitrairementdans tous les endroits et milieuxoù lui, l'auteur, a envied'aller; s'il lui prêtedes aventures,desrencontres,des expériencesdont l'enchaînement n'est pas naturel, et ne s'explique que parledésiroù est l'auteurde faire avant toutde sonœuvre un tableaude la société ; alors l'artifice nous gêne et peutdevenir intorable. Nous souffronsd'avoir affaire à un héros qui n'est plus qu'un prétexte ; qui n'est plus comme tout à l'heure la consanguinitédes Rougon-Macquartqu'un artificede composition. On trouve tous lesdegrésdans cet abus. Il s'affiche avec ingénuitédans certainsromans picaresquesd'autrefois,où la personnalitédu héros principal perdtoute consistance, n'est que le fil ténu quiretient ensemble un collierd'histoires.Maisreconnaissons que peud'œuvres s'en préservent tout à fait, parmi celles qui ne se bornent pas scrupuleusement àretracerch la roniqued'une vie, l'histoire intérieured'unedestinée. (Il y ade l'enchaînement arbitraire etdu picaresquedans le
WilhelmMeisterde Gœthe.) Dès que l'auteursonge à peindre la société, mêmedès qu'il s'intéresse profondément à l'âme et à ladestinéed'individus qui ne sont ni le personnage central, ni les êtresde son entourage immédiat, ildoit chercher un biais pour les introduiredans le champdu personnage central, et l'artificede composition nousdevient sensible. Nous nousdisons malgré nous : « Comme il est beau, et surprenant, que toutes ces aventures, que toutes ces existences viennent à point nommé croiserladestinéedu héros ! Que le hasardfait bien les choses en procurant à un seul homme tantde contacts, tantd'expériences, et justedans l'ordreoù notre curiosité le souhaitait ! » Cetteobligation de toutrapporterau personnage central s'aggraved'une autre, qui prodedu même étatd'esprit, et qui consiste à utiliserle plus possible les personnagesde premierplan qu'on adès ledébut groupés autourde lui. Si bien qu'une petite équipe en arrive à avoirle monde entiersurles bras. La critique que je fais ne s'applique certes pas à toutes lesœuvresde cette catégorie ; mais elle s'applique souvent aussi auxromansde l'autre catégorie ; et auxromansdu typeordinaire pour peu qu'ils se flattentde nousoffrirtableau un de la société. Quede fois, parn'ai-je pas s exemple, ouri un momentde sourire peut se placerentre beaucoupde momentsd'admirationen voyant,dans unrécit qui prétendait mereprésenter la viede Parisoude Londres, cinqou six personnages, toujours les mêmes, seretrouver par hasarddans les lieux les plusdiversDe leu « r loge lesMorteville aperçurent soudain les Dupont assis à l'orchestre» puis : « En entrant au pesage la première jolie femme querencontra Jacques Dupont fut AliceMortevillepuis : « Su », rf la oule houleusedes manifestants, PierreMorteville vitdépasserla tête énergiquede Jacques Dupont». L'auteur peut s'évertuer ensuite à nousdécrire l'immense foule houleuse, la cohue brillantedu pesage, et nous brossertous les fondsdedécorqu'il voudra ; le malheureux ne serendpas compte que ses Dupont et sesMorteville,dès qu'ils seretrouvent, etdu fait qu'ils seretrouvent avec une sidéplorable facilité, suppriment toute immensité autourd'eux, m'empêchentde croire un seul instant que Paris,ou Londres, sont quelque chosed'énormeoù l'on se perd, communiquentd'emblée à Parisou à Londres un brave petit airde Landerneau. Vous medirez que c'est unedes conventionsdu genreromanesque ; que le théâtre en admet bien d'autres, etde pires.Mais je ne vous suis pas. Au théâtre, certaines conventions servent à compenser faiblementde terribles servitudes (où le théâtre puise ce qu'il ade spécialement méritant, et parfois d'héroïque). Leroman, lui, ne connaît pasde vraies servitudes. Ce quidiminue peut-être pour le roman comme genre lesoccasionsd'acquérirun mérite esthétique supérieur(j'ai écrit là-dessus jadis des choses que je nerenie pas), mais ce qui en tout cas lui interditde cultiverles conventions. Je crois plutôt qu'il faut voirlà l'effetd'undésaccordentre unordrede sujets qui s'est imposé peu à peu à la littérature avecdes exigences croissantesde vérité etde profondeur, et un tourd'esprit plus anciendont prodent les habitudesde compositionromanesque. Le besoinde toutrapporter à un personnage central serattache à une visionde l'univers socialoù l'individu est le centre, et que l'on peut appeler, plus précisément qu'« individualiste », « centrée surl'individu », (comme il y a eu jadis une conception « géocentrique »du monde solaire). Le prodéde composition qui endécoule demeuredonc légitime chaque fois qu'il s'agitd'exprimerune âme et unedestinée individuelles,ou même la vied'un grouperestreint ;ou encore l'actionréciproquedu héros etdu milieu social.Mais il devient une survivance, quandsujet vé le ritable est la société elle-même,ou un vaste ensemble humain, avec unediversitédedestinées individuelles qui y cheminent chacune pourleurcompte, en s'ignorant la plupartdu temps, et sans sedemanders'il ne serait pas plus commode pourleromancier qu'elles allassent toutes serencontrerparhasardau même carrefour.
*
Or, il se trouve que tout mon travaildepuis vingt-cinq ans a tourné autourde ces questions. Unde mes soucis les plus anciens et les plus constants a été justementde chercherun modede composition qui nous permîtd'échapperà nos habitudesde vision « centrées surl'individu ».Mondébut en prose, Le Bourgrégénéréne tendait qu'à cela. Dès 1911, je publiaisMortde Quelqu'unqui, pourne parler quede la technique, présentait, je crois, une première solutiondu problème etouvrait la porte à d'autres. Chaque fois que je l'ai pu, j'airepris le problème, en tâchantde l'aborderdedifférents côtés : déjàdansPuissancesde Paris, mais encoredans certainsrécitsduVin blancde la Villette, et jusque dans le conte cinématographiquedeDonogoo-Tonka,ou le scénariode l'Image, que j'écrivis pour Feyder. J'ai eu la satisfactionde voirl'ét à ranger, particulièrement en Russie et en Amérique (où Mortde Quelqu'unt est raduitdepuis prèsde vingt ans) s'épanouir certainsdes principesde
composition que j'avais essayés, et,d'une manière plus générale, sedéveloppern chez ombrede jeunesromanciers une techniquederoman qu'il faut bien nommerunanimiste », et « dont j'espère qu'on me pardonnera, même en France,derappelerest qu'elle d'origine française. C'est ainsi que diverses expériences faites par autrui, et pleinesd'ailleursd'inventionsoriginales, sont venues me relayeropportunémentdans mesrecherches, et confirmer, s'il en était besoin, ma foi en l'avenirde cette formule. J'ai fait allusion àdes essais pourl'écran. On sera peut-être tentéd'établirunrapprochement entre la techniqueromanesquedont je parle et certains effortsdu cinéma. J'y consens ; à condition qu'on se défended'un malentendu, et qu'il ne soit pas question en l'espèced'une influencedu cinéma sur le roman. Ce serait absurde. Pourenreveniraux exemples personnelsles seuls à proposdesquels j'aie qualité pouraffirmerquandj'écrivis en 1906 leBourgrégénéré, qui est,dans la forme, m'a-t-ondit souvent, la plus « cinématographique »de mesœuvres, je n'ai pas songé une seconde au cinéma, ni davantage quand j'écrivaisMortde Quelqu'un, pour cetteraison que le cinéma était alorsdans l'enfance, et que ses produits ingénus, sa technique balbutiante ne pouvaient vraiment faireréfléchir personne. Parla suite, j'ai pensé au cinéma quandil m'est arrivéde travaillerpourlui, mais jamais, je l'avoue, quandje composais unromanou une pièce. La vérité me semble être qu'à chaque époque undes artsautres que la littératuret se rouve particulièrementoutillé pour satisfaire telle tendancedominantede la sensibilité à ce moment-là. Mais commed'autre part, à causede son extrême souplesse etdes moyens trèsdiversdont elle dispose, la littératurereste toujours en contact avec tous les mouvements et toutes lesdemandesde l'esprit ; en un mot, comme elle est l'art le plus « co-extensif à l'âme humaine », il enrésulte qu'elle ne laisse jamais un besoin spirituel naîtreou grandirtâche sans rd'yrépondre ; si bien qu'à chaque époque la littérature et l'undes autres arts serencontrent curieusement autourde préoccupations analogues, et tententdes effortsd'expression parallèles. D'où l'apparence souvent trompeuse que par cet art la littérature est influencée : peinture au milieudu XIXe siècle, musique vers la findu même siècle. Il est certain que lesressourcesdu cinéma, arrivé à l'âge adulte, sont venuesrépondre à leur tourau besoin qu'éprouve l'esprit moderned'exprimerledynamisme et le foisonnementdu mondeoù il plonge.Mais il est moins certain que la littérature, pouryrépondrede son côté, n'avait pas attendu le cinéma, et avait su trouverelle-même le p en rinciped'unrenouvellement approprde sa technique. Ajoutons qu'une certaineressemblancedes prodés, commandée par lesraisons que je viensdedire, nedoit pas masquer lesdifférences profondes qui subsistent entre lesdeux modes d'expression, nidavantage nous laisserméconnaître les pouvoirs inimitablesde l'expression littéraire.
*
Je m'excused'attachertantd'importance àdes questions qui peuvent paraître ne concernerque la forme et le métier, etdont le lecteuraurait ledroitde faire peude cas. Il n'est nullementdans mon espritde vouloirattirerl'attention surelles. Au contraire. Je me serais bien passéde lesdébattre si, justement, elles n'avaient pas « fait question ». J'aurais mieux aimé parlerdu contenude mon ouvrage,des préoccupations humainesde tousordresdont il est né, etdesdirections idéales qu'il est appelé à prendre. Il est vrai que la suitede livres qui va veniraura bien le tempsd'en parler. Et puis je medemande si ces questions, qui semblent toutes formelles, ne touchent pas beaucoup plus au fond des choses qu'on ne le croirait. Bref, j'ai surtout voulu éviterle plus petit malentendu initial entre le lecteurm et oi.Mesrelations avec luidoivent être très longues. Il faut qu'elles soient confiantes et aiséesdès ledébut. Jedésire aussije tiens à lerépéterparlerpourtout le monde et être entendu du plus grandnombre possible. Un effort comme celui que je tente appelle la plus vaste communion humaine, une immense camaraderie. J'ai lerespectde l'élite véritable, et c'estd'abordsurelle que je compte pourrecevoirles signesd'amitié qui empêchent le voyageurde sentirla fatigue etdedouter de son chemin.Mais ce n'est pas elle qui mereprocherad'essayercama cette raderiedont personne d'avance n'est exclu, qui n'exige pasdes gens, pourles admettrede plain-pied, qu'ils soientrompus à certaines petites malicesou petites manières. Ces petites malices et petites manières, le lecteur s'apercevradès la troisième page qu'il a moins que jamais à les craindrede mon style. Je n'ai pas voulu lui laissercroire non plus quedu côtéde la construction je m'étais complu àdes jeuxobscurs, àde vaines ingéniosités. Peut-être s'en serait-il aperçu tout seul. Peut-être et c'est même le plus probablen'aurait-il éprouvé aucunedifficulté sérieuse, et s'étonnera-t-il après coup que j'aie trouvé nécessairede l'avertir. Le lecteur, quandil veut, est trèsdébrouillard. Quoi qu'il en soit, je pense au
moins l'avoir convaincu que je n'ai pas eudesseinde « l'embrouillerà plaisi » r, et que je n'aiobéi qu'àdes nécessités mûrementressenties etdébattues. Prévenude certains changements à ses habitudes, j'espère qu'il n'en souffrira pas. Il sait maintenant qu'il nedoit pas s'attendre à voir cette vaste composition s'ordonner, suivant l'artifice traditionnel, autourd'un héros miraculeusement élu. Il sedoute qu'il n'a pas à compter suracti une onrectiligne,dont le mouvement vous entraîne sans bousculervotre paresse (caril y a une inertiedu mouvement) ; ni même une harmonie trop simple entredes actions multiples, surune symétrie trop balancée quideviendrait à son tourune convention. Ildevine qu'à maintesreprises le fildurécit lui paraîtra serompre, l'intérêt se suspendreou se disperser ; qu'au momentoù il commencera à se familiariser avec un personnage, à entrerdans ses soucis,dans son petit univers, à guetterl'arrivéede l'avenirparla même lucarne que lui, il sera invité soudain à se transporter bien loinde là, et à épouserd'autres querelles.Mais peut-être qu'au bout d'un certain temps, il m'en saura gré. Peut-être sera-t-il soulagéde n'avoirpas à contemplerune fois de plusdans un livre un monde laborieusementrétréci auxdimensionsd'un homme. Peut-être éprouvera-t-il peu à peu un sentimentd'aération,dediversité imprévisible,de « libre parcours ». Et si quelque chose peu à peu se construitou serassemble, peut-être approuvera-t-il que ce soit avec les incertitudes, lesretours, les hasards que prodigue la vie. Car, j'y insiste, il n'est pas questionderemplacera un rtifice paraut un re, uneroutine par une autre, etde fairede ce modede composition un usage qui proderaitde l'espritde système, et nous éloignerait à nouveaud'uneréalité inépuisable en cheminements et enressources. En particulierles ruptures et jointuresderécitdont j'ai parlé se garderontd'obéir à unrythme mécanique. Aucune tyrannie égalitaire ne maintiendra les personnages et les événementsdans une équivalence monotone. Chaque fois que,d'un mouvement naturel, une figure, une action feront leurpoussée pourvenirau premierplan,rien ne les en empêchera. Comme un corps se montre en écartant les branches ; et l'on ne voit plus que lui, sans pourtantréussiràoublierla forêt qui continue à faire sesombres surlui et à lancerdes tigesdedroite etde gauche. Qu'on neredoute pas non plus l'effacementdes individus,de leurs visages,de leurs voix non pareillesdans la confuserumeurde la multitude. Je n'ai jamais cru que la grandeurd'un ensemble, l'ampleurd'une synthèse pussentdispenserde la vue aiguë et infiniment particulièredudétail. Je le crois moins que jamais. Je souhaite aussi qu'au coursde cette œuvre les passagesde l'individuel au collectif se fassent tout spontanément ; que ce soit comme un de ces vents imprévusde laMéditerranée qui se lèvent etramassent en une croissante houle les mille petites vaguesdont un instant plus tôtonregardait à loisirles facettes, les miroitements brisés. Ce que j'aimerais surtout persuaderm à on lecteur, c'estde ne pas avoird'impatience, c'estde ne pas vouloirse prononcertrop vite, ni que les choses non plus se prononcent trop vite. Je ne vois pas d'inconvénients à ce qu'il sedemande parfois : « Où cela va-t-il ? », à ce qu'il se sente, un moment, «dérouté », puisque je sais bien que ce ne sera jamais pardes bizarreries gratuites, pardes subterfugesd'auteur. Ne nous arrive-t-il pas, même à ceuxd'entre nous quiont le plusde foi en l'avenir,de nousdemander, enregardant autourde nous : « Où cela va-t-il ? » etde trouverce monde actuel « biendéroutant » ? Jedésire même qu'on s'aperçoive, en me lisant, que certaines choses ne vont nulle part. Il y adesdestinées qui finissenton ne saitoù, comme lesouedsdans le sable. Il y a les êtres, les entreprises, les espérances «donton n'entendplus parler». Bolides qui se pulvérisent ou comètes apériodiquesdu firmament humain. Tout un pathétiquede ladispersion,de l'évanouissement,dont la vie abonde, mais que les livres serefusent presque toujours, préoccupés qu'ils sont, au nomde vieillesrègles,de commenceretde finirle jeu avec les mêmes cartes. J'espère pourtant que nous arriverons quelque part.Mon titre vous le promet. Je ne suis pasde ceux qui trouventdans la contemplationde l'Incorence finale un amerassouvissement. Je n'ai pas ledilettantismedu chaos. Sansdoute le monde, à chaque instantde sadurée, est tout ce que l'on veut. Mais c'estde ce pullulement nonorienté,de ces efforts zigzagants,de ces touffesdedésordre, que l'idéald'une époque finit pars'arracher. Des myriadesd'actes humains sont projetés en tous sens par les forces indifférentesde l'intérêt,de la passion, mêmedu crime etde la folie, et vont s'écraserdans leurs entrechocsou se perdredans le vide, semble-t-il.Maisdans le nombre quelques-uns sont voulus avec un peude constance pardes cœurs purs, et pourdesraisons quiont bien l'airderépondre auxdesseins les plusoriginelsde l'Esprit. Et il se faitdes contagions,des transfertsde vouloiretde rite peu explicables. Tout se passe comme si l'Ensemble avait voulu marcher, par lourdes secousses. Dans la cohuedes volontés, ildoit sûrement y en avoirqui sont les bonnes volontés. Ne medemandez pasde vous lesdésignerd'avance,d'undoigt infaillible. Je ferai comme vous. J'apprendrai à lesreconnaître peu à peu, enregardant leurs actions. Je suppose que les « bonnes