Les Hommes qui croisent ma route ne font que passer

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Autour de moi, tout n'est que gris et débris en ce premier soir d'amertume. Il commence à se faire tard. Je crois avoir dormi. Mais mon sommeil était plein d'une telle rage que j'ai dû me réveiller pour extirper cette infinité d'épines qui m'ont profané le myocarde. Je suis seule. Je suis effarée et je suis égarée entre les accents et les torrents du néant. Mon coeur oscille, vacille et saigne. Ô ciel!J'ai besoin d'un peu de paix, juste un tout petit peu de tranquillité et de quiétude sur les versants de mon âme.
Publié le : jeudi 1 octobre 2015
Lecture(s) : 4
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342042801
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342042801
Nombre de pages : 76
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Nougnimani Silué LES HOMMES QUI CROISENT MA ROUTE NE FONT QUE PASSER Mon Petit Éditeur
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Tu sais ; je te voulais. L’année dernière ainsi que celle d’avant, j’avais même dressé un plan d’action. Comme indiqué dans les grands livres j’étais élégante en toutes circonstances. J’étais joviale jusque dans le sommeil. Si les coachs disaient vrai, en toute logique le premier août au plus grand tard tu devais appartenir à ma vie. Bien sûr, comme dans les grands livres tu me serais apparu soudainement. Jusqu’au dernier jour de juillet, j’ai rêvé de coup de foudre et il n’en fut rien. J’aurais dû exiger un bris de réconfort, des tessons de conso-lation au monde entier ou de la compassion dans le regard des autres. J’aurais pu noyer mes peines, toutes les offenses que l’existence m’a infligées dans l’alcool. Moi, je tiens le stylo. Car c’est le seul cadeau que la vie ne m’ait fait. J’ai tellement de bonnes raisons de me sentir éclopée peut-être même estropiée. J’étais d’abord venue dans cette ville pour faire des études. En me remettant mes diplômes, mes profes-seurs m’avaient assuré qu’une belle carrière s’annonçait pour moi. Mais le ciel en avait décidé autrement. Avant de te rencontrer ; ma vie était toute tracée. C’est-à-dire très bien planifiée. Même le moindre détail était anticipé des heures voire plusieurs jours à l’avance. Avec moi, même les surprises n’étaient pas des surprises. Pour tout dire, tout était sur contrôle. Rien ne me tombait dessus. Les samedis je lisais les livres que je ne pouvais pas m’offrir là-bas au CCF, l’endroit que l’on a rebaptisé Institut Français. L’après-midi, avait lieu ce qu’il était impropre d’appeler revue de presse. Le vigile en charge de la consigne collectionnait à l’intention de quelques filles, les plus géniales peut-être, les titres
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les plus sensationnels. Pour l’honneur des paparazzis, nous étions quelques unes à nous réunir dans le seul but de commen-ter des choses qui à dire vrai n’ajoutaient rien à nos intelligences respectives. Un de ces samedis-là, tu m’avais trouvé jolie. Les jours qui suivirent, tu entrepris même de m’offrir le ciel. Étran-gement, tu avais pour initial C.H. comme chéri. Mais je ne t’ai jamais désigné autrement que par des formules de politesse. Tu m’appelais mademoiselle. Tu étais un penseur. Tu étais un pro-fesseur et tu fus mon partenaire le temps d’un clignement d’œil. J’avais croisé ton regard à plusieurs reprises. La première fois, rien ne laissait présager que tu me chérirais un jour. C’était lors d’une séance de travaux dirigés. Le premier matin du pre-mier jour du début des enseignements, tu étais arrivé une main agrippée à ta serviette couleur d’acajou et l’autre enfouie dans l’une des poches de ton pantalon, la démarche indécise et l’air impatient de nous remplir la tête. Nous étions épouvantés mes camarades et moi. Tu étais un monsieur au physique ingrat et à la démarche un peu voûtée. De tes membres osseux affleurait un corps étonnamment hideux. Non seulement, tu étais longi-ligne avec des traits d’une rare régularité mais encore tu n’égalais en rien un apollon ou un adonis. Ton visage était celui de ces gens qu’on n’oublie jamais ; ces personnes qui se laissent remarquer pour leurs disgrâces. J’ai dû me résoudre à contem-pler au travers des volets, les tourterelles et les hirondelles faire des rondes dans les airs tandis que quelques silhouettes d’étudiants découpaient le carré de la cour de l’université. Heu-reusement mon supplice n’avait pas excédé trois mois. Tu n’étais pas l’assistant estimé des étudiants que nous étions. Pour tout dire, nous te détestions sans pour autant te haïr. Loin d’être notre ennemi ; tu n’étais qu’un spectateur à l’instar de tous ceux qui remplissaient la fonction d’assistanat à l’université. Cinq années se sont écoulées. Des hommes fascinés par ma plastique lisent des livres savants. Tu scrutes l’écran de ton or-dinateur. Lorsque tu lèves la tête et que mes yeux rencontrent
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les tiens, mes pensées s’égarent. Je veux fuir. Je veux partir. Ja-mais auparavant un regard ne m’avait autant déstabilisé. Mais avant de disparaître, j’avance le pas long et mal assuré pour m’agripper au premier livre. Il est dit que l’amour est quelque chose de grandiose. Il est dit encore de là-bas d’où je viens, sur la terre de mes ancêtres et partout ailleurs sur les rivages de ce globe peuplé par les hu-mains que l’amour c’est cette lueur que le cœur s’invente, ce vent léger qui souffle et emplit le cœur d’allégresse. Je sais aussi de par mes ancêtres, ces honnêtes hommes pétris de la sagesse d’hier que l’amour est aussi et surtout la plus grande des choses. Hélas, j’ai tellement peur d’aimer. Et il m’est impossible de m’imaginer amoureuse de quelqu’un encore moins de toi. Je suis plutôt une exception, une espèce d’anormalité mieux une défectuosité. À ce moment-là, à cette époque-là je veux un homme juste pour passer le temps, juste pour flirter avec et pour lui dire merde l’instant d’après. Ne rien qu’aimer m’affole, me terrifie ou me terrorise. Avec moi les histoires d’amour ne s’éternisent pas. Alors, les hommes qui croisent ma route ne font que passer. Les éventuels courtisans m’agacent, m’étouffent ou m’asphyxient. Pour rien au monde, je ne dois m’encombrer d’un petit ami voire pis encore d’un mari. Je dois pouvoir aller où je veux, faire ce que je veux, quand je le veux comme je le veux sans avoir de compte à rendre ni de permis-sion à prendre avec quiconque. En aucune manière, un individu qui qu’il soit, quel qu’il soit ne doit par sa seule présence parve-nir un jour à renverser mes tendances narcissiques. Toutes les fois que je me suis arrachée à un amour ; ce fut un bonheur ! Seule je me suffis. Seule, je vis mieux. Rester seule, me con-vient. Je n’aspire qu’à créer le vide autour de moi. Je suis jeune. Je suis belle. Donc, rien ne presse. Je suis trop occupée à postu-ler. Bientôt, je vais pouvoir m’offrir une voiture, une maison
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immense, des tas de trucs superbes. Alors, pourquoi rêver au prince charmant ? Qu’elles sont bêtes ! Toutes ces filles qui projettent de se marier de faire des enfants, de les élever et de les éduquer. Qu’elles sont bêtes toutes celles qui font la cuisine, la vaisselle, le repassage ou le tricotage à l’intention de leurs biens aimé. Toutes mes camarades qui passent la nuit dans le lit de leur amoureux. Celles qui s’endorment la tête posée dans le duvet de la poitrine de leur amoureux ou dans le creux de son épaule. Le week-end, elles, vont à la plage accompagnées de leurs princes charmants. Qu’elles sont connes encore mes amies, celles qui trouvent normales, de recevoir des roses rouges et énormes à la saint Valentin. Nos pas se sont allègrement dirigés vers l’amour ; à l’endroit où se trouve la station des cœurs enflammés. Je n’ai pas eu la force de refuser tes avances. Et puis surtout, j’ai tenu à te faire bonne impression le temps d’un après-midi. Ensemble, nous avons marché en direction de nulle part sur les chaussées trop grandes et vides que quelques véhicules sillonnaient à vive al-lure. C’était rare les fois où je faisais le trajet en compagnie d’un homme. Les commerçants marocains ou libanais nous ont sa-lués depuis les stores de leurs magasins. Nous sommes passés devant l’hôtel du district. Les rumeurs d’un mariage nous sont parvenues. Nous sommes pareils à deux adolescents bras des-sus, bras dessous se disant de doux mots d’amour à l’oreille en attendant que le feu vire au rouge. Les chauves souris dansent sous un ciel bleu azur. La lagune envoie ses langoureuses brises nous caresser et les rayons de soleil sont aussi doux que des bulles de coton. Je t’écoute amu-sée me disant de faire attention chaque fois qu’une voiture ou tout autre véhicule à moteur arrive à notre hauteur. Toutes les fois que nous devons traverser une voie, je t’entends dire :« At-tends ne traverse pas… ». C’est à peine que tu te retiens pour ne pas me prendre la main comme à une gamine, une fillette de
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