Les îles du Samovar

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C’est l’histoire de quelques personnages, Xénia, Ivan, Elia, David, la voyageuse et le trio, dans l’atmosphère des Balkans et de la Méditerranée, de l’été et des ferries. On les rencontre pour eux-mêmes d’abord, puis avec une jeune femme qui voyage, on parcourt avec eux un bout de leur chemin, on frappe à la porte de leur vie comme on débarque sur une île. Dorothée Shepens écrit le voyage tout en refusant de décrire le voyage, elle propose au lecteur une lecture du temps qui passe, d’un espace qui se construit comme lorsque le voyage naît de l’incertitude des lendemains.
Publié le : mardi 2 mars 2010
Lecture(s) : 62
EAN13 : 9782304031300
Nombre de pages : 275
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Les îles du Samovar
Dorothée Schepens
Les îles du Samovar
Roman
Éditions Le Manuscrit Paris
© Éditions Le Manuscrit -www.manuscrit.com-2010©Couverture et dernière page : Illustration de Raphael Resasco ISBN : 978-2-304-03130-0 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304031300 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-03131-7 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304031317 (livre numérique)
Dorothée Schepens
I Face à l’éventail infini – ou peut-être assis dessus ou abrité dessous – l’espace du rêve.
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ATTENDRE SANS ATTENTE:RÊVER
Troisième jour de voyage, troisième bateau, troisième file d’attente impatiente. Bien calée entre son sac à dos et le mur du bâtiment portuaire, elle déguste son minuscule café italien en regardant la foule. Énorme. Forcément, avec sept ferries qui partent en même temps. Grecs, Italiens, Croates, Monténégrins. Dix-neuf heures, vingt heures, vingt et une heures. Le béton est tiède et l’odeur de sel forte. Elle vadrouille sur leur visage. Elle imagine leur vie, leur caractère, leur manière de boire le café. Pourquoi ils sont là plutôt qu’ailleurs, pourquoi ils vont là-bas plutôt qu’ailleurs. Elle, sa destination ? Choisie un peu comme ça, au son d’un « Pourquoi pas ? ». Presque minuit. On s’agite de plus en plus, force huées, cris et passages de barrières par-dessus les têtes à l’appui. Sortie d’écouteurs et mise en marche d’une musique de départ. Alors, la petite porte du bâtiment s’ouvre enfin et la file obèse commence à s’écouler au compte gouttes en direction de l’unique poste de douane opérationnel planté au milieu d’un étroit
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Les îles du Samovar
couloir. Sourire intérieur. Extérieur aussi d’ailleurs. Elle se lève et se faufile. Bousculée, elle n’en perd pas son bonheur. Elle vole, portée par le départ. Projetée sur les quais, direction le bateau. Arrivée sur le pont supérieur, neuvième étage, elle trouve sans difficulté le banc tout indiqué pour lui servir de lit. Sac de couchage. Epuisée. A peine le temps de lire quelques pages du mauvais roman-pavé qu’elle vient de commencer que, toute lampe de poche allumée et affaires dispersées, elle s’enfonce dans un profond sommeil. Bercée et confiante, elle dort d’une traite, paisiblement. Réveillée vers sept heures trente, elle roule son sac de couchage et va faire un tour. Comme un tour du propriétaire. Question de prendre le vent, de se dégourdir les jambes et de voir de quoi ce bateau à l’air de jour. Puis, accoudée au bastingage, elle se perd dans le bleu et dans les remous. Capitaine d’un trois mâts héroïque, pirate vivant sa propre loi, aventurière jamais essoufflée d’absolu. Retour sur le pont. Elle se met à la recherche de la place qui lui ouvrira ses bras pour la matinée. A la mi-ombre mi-soleil, ni totalement exposé au vent ni protégé, un peu en vue des autres voyageurs mais aussi discrètement retiré, tel est le banc qu’elle se choisit. A la frontière, à la limite, entre deux. Assise en tailleur, le dos droit, la poitrine ouverte et le centre de gravité
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