Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Lire un extrait Achetez pour : 9,95 €

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Publications similaires

Naissances

de presses-de-la-cite

Norbert et Tonia

de robert201

Vous aimerez aussi

Regard à l'ouest

de Mon-Petit-Editeur

Le Trouble-vie

de Mon-Petit-Editeur

suivant
Charles Vanstil
LES LARMES DE L’ESPOIR
Ni rouges, ni blancs… Mais libres
Mon Petit Éditeur
!
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur :
http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits dauteur. Son impression sur papier est strictement réservée à lacquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits dauteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS  France
IDDN.FR.010.0117250.000.R.P.2012.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2012
« Il y a des maux si terribles et si peu mérités que lespérance même du sage en est ébranlée. »
Bernardin de Saint-Pierre
Chronique ordinaire dune famille ukrainienne dans la tourmente de lhistoire.
Les Dobrenko Un vent froid davril, sans hâte, déchire la brume qui seffiloche en longues écharpes au creux de chaque vallon. Il vient den haut, du pays des Outsouls1: ceux des Carpathes. Son air vif mordille les oreil-les dOleg, accusant le rose de ses pommettes légèrement saillantes. Le soleil, timide à cette heure matinale, se faufile avec peine entre les rameaux dénudés, arrêtant sa course hésitante  comme par pudeur  en lisière de la jupe sombre des grands sapins qui respirent douce-ment sous la caresse glacée du vent. Aucune plante ne se hasarde vraiment à croire que le printemps sactive déjà pour organiser son éternel jaillissement de vie et de cou-leurs. Les oiseaux pourtant, avertis par un message secret ont compris que lheure est proche ; leur chahut matinal, désordonné, semble plus enjoué quà lordinaire. Il trahit leur impatience sans parvenir à dis-traire Oleg qui, sourd à leur tapage, dévale la pente  maintenant familière  du chemin herbeux : raccourci entre les deux villages. Ses pas assurés, souples et rapides évitent avec précision les quelques pierres, pourtant rares qui en roulant sous ses bottes noires, au cuir élimé, tentent de le déséquilibrer. Surgie brusquement  il lattendait, impatient  une trouée de forêt lui découvre les lambeaux de brume qui rendent imprécise la surface immobile de lémeraude sombre de létang. Un bosquet à contourner, des enjambées plus rapides : le village se livrera dans léparpillement de ses toits de bardeaux, noircis des pluies dautomne, craquelés des brûlures de lété. Peu lui importe dailleurs lordonnance anarchique des fermes exiguës assises le long de lunique rue centrale qui serpente au bord de la rivière, son esprit, totalement absorbé, ne voit que la première ; rien cependant ne la distingue des autres, ni son jardinet de
1montagnards des Carpathes, ainsi désignés par les habitants de la plaine.
9
LES LARMES DE L’ESPOIR
terre noire profonde, ni sa palissade dun bleu délavé où affleurent les gerçures du hêtre vieilli. Il aime cette maison aux formes approxima-tives, aux fenêtres avares de leur lumière ; laube grise pourtant rend la blancheur de ses murs chaulés blafarde et terne, presque sale. Cest celle de Bohdan Dobrenko, maire de Krivoïnika : village du sud de la Galicie ukrainienne Celle du père de Maroussia. Son cur bat plus vite  la descente rapide peut-être  mais plus sûrement cette excitation familière qui chaque nouveau dimanche le submerge, linonde dune vague puissante dun bonheur débordant. Depuis six mois, la même rencontre se répète avec cet instant magi-que, à peine voilé par la sensation fugitive, presque douloureuse, quil vit là des moments uniques de sa vie Bientôt, sous sa poussée, la porte de la palissade gémira. À ce signal discret, lunique porte de la maison souvrira sur lallée sablonneuse dévorée par lopus irrégulier dune mousse rebelle ; alors elle sera là dans lencadrement : douce, rayonnante du blond de ses cheveux et la magie, une fois encore, se renouvellera. Bruyant et pressé, Bobeck  sorte dépagneul sans race  accélère dun solide coup de reins le mouvement de la porte et entame autour dOleg une sarabande effrénée ponctuée de la joie claire de ses jap-pements brefs, pour terminer, pattes en lair, dans lattente immobile et patiente dune tape caressante sur la soie lisse du ventre, là où les grands poils se font plus rares et la peau plus fine. Puis, satisfait, ou-bliant dun coup les jeunes gens, il sen va fureter dun nez bruyant la planche vermoulue et odorante du poulailler où, depuis laube, on glousse, on caquette, on simpatiente Oleg, dun regard, saisit le sourire figé, inhabituel de Maroussia.  Que se passe-t-il ?  Mikhola est arrivé de Lviv2hier soir.  Oh non ! Comme toujours cela ira mal avec Vassyl    Je le crains ! Tout le monde dort encore, précise Maroussia, sauf maman qui prépare le repas. Papa met la chapelle en ordre pour loffice de dix heures.
2Capitale de la Galicie qui changeait de nom suivant loccupant. Lviv pour les Russes et les Ukrainiens, Lvov pour les Polonais et Lemberg pour les Autrichiens et les Allemands.
10