Les Larmes de l'espoir

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Après ses heures de puissance, de richesse et de gloire autour de l’an mil, l’Ukraine, dans un terrible asservissement disparaît de la scène européenne pendant près de huit siècles. Un faible espoir de liberté apparaît lors de la Première Guerre mondiale lorsque les puissances dominantes s’affaiblissent à force de se déchirer. Mais l’émergence fracassante, inattendue, de l’Union Soviétique remet tout en cause. Le sol de l’Ukraine devient alors le théâtre d’un affrontement fratricide impitoyable entre cinq armées qui écument le pays, semant la mort et la désolation: l’armée Blanche de Dénikine, l’armée Rouge des bolchéviks, celle des nationalistes indépendantistes de Petlioura, celle de Makhno l’anarchiste, celle enfin omniprésente des Austro-hongrois alliés des Prussiens. Dans ce déferlement de haine et de violence, une famille: les Dobrenko, comme tant d’autres, est ballottée sans cesse au gré de l’horrible tourmente. Chacun de ses membres, avec sa propre sensibilité, subit un destin implacable qui le dépasse et l’entraîne dans son flot impétueux et dévastateur. Après beaucoup de larmes et de souffrance, ceux qui ont gardé l’espoir et qui ont survécu à ce terrible cauchemar peuvent passer le témoin à leurs descendants qui pourront eux, mais seulement à la fin du siècle, connaître une Ukraine indépendante, enfin libérée…
Publié le : jeudi 15 mars 2012
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748380026
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748380026
Nombre de pages : 294
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Charles Vanstil
LES LARMES DE L’ESPOIR
Ni rouges, ni blancs… Mais libres
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IDDN.FR.010.0117250.000.R.P.2012.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2012
« Il y a des maux si terribles et si peu mérités que lespérance même du sage en est ébranlée. »
Bernardin de Saint-Pierre
Chronique ordinaire dune famille ukrainienne dans la tourmente de lhistoire.
Les Dobrenko Un vent froid davril, sans hâte, déchire la brume qui seffiloche en longues écharpes au creux de chaque vallon. Il vient den haut, du pays des Outsouls1: ceux des Carpathes. Son air vif mordille les oreil-les dOleg, accusant le rose de ses pommettes légèrement saillantes. Le soleil, timide à cette heure matinale, se faufile avec peine entre les rameaux dénudés, arrêtant sa course hésitante  comme par pudeur  en lisière de la jupe sombre des grands sapins qui respirent douce-ment sous la caresse glacée du vent. Aucune plante ne se hasarde vraiment à croire que le printemps sactive déjà pour organiser son éternel jaillissement de vie et de cou-leurs. Les oiseaux pourtant, avertis par un message secret ont compris que lheure est proche ; leur chahut matinal, désordonné, semble plus enjoué quà lordinaire. Il trahit leur impatience sans parvenir à dis-traire Oleg qui, sourd à leur tapage, dévale la pente  maintenant familière  du chemin herbeux : raccourci entre les deux villages. Ses pas assurés, souples et rapides évitent avec précision les quelques pierres, pourtant rares qui en roulant sous ses bottes noires, au cuir élimé, tentent de le déséquilibrer. Surgie brusquement  il lattendait, impatient  une trouée de forêt lui découvre les lambeaux de brume qui rendent imprécise la surface immobile de lémeraude sombre de létang. Un bosquet à contourner, des enjambées plus rapides : le village se livrera dans léparpillement de ses toits de bardeaux, noircis des pluies dautomne, craquelés des brûlures de lété. Peu lui importe dailleurs lordonnance anarchique des fermes exiguës assises le long de lunique rue centrale qui serpente au bord de la rivière, son esprit, totalement absorbé, ne voit que la première ; rien cependant ne la distingue des autres, ni son jardinet de
1montagnards des Carpathes, ainsi désignés par les habitants de la plaine.
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LES LARMES DE L’ESPOIR
terre noire profonde, ni sa palissade dun bleu délavé où affleurent les gerçures du hêtre vieilli. Il aime cette maison aux formes approxima-tives, aux fenêtres avares de leur lumière ; laube grise pourtant rend la blancheur de ses murs chaulés blafarde et terne, presque sale. Cest celle de Bohdan Dobrenko, maire de Krivoïnika : village du sud de la Galicie ukrainienne Celle du père de Maroussia. Son cur bat plus vite  la descente rapide peut-être  mais plus sûrement cette excitation familière qui chaque nouveau dimanche le submerge, linonde dune vague puissante dun bonheur débordant. Depuis six mois, la même rencontre se répète avec cet instant magi-que, à peine voilé par la sensation fugitive, presque douloureuse, quil vit là des moments uniques de sa vie Bientôt, sous sa poussée, la porte de la palissade gémira. À ce signal discret, lunique porte de la maison souvrira sur lallée sablonneuse dévorée par lopus irrégulier dune mousse rebelle ; alors elle sera là dans lencadrement : douce, rayonnante du blond de ses cheveux et la magie, une fois encore, se renouvellera. Bruyant et pressé, Bobeck  sorte dépagneul sans race  accélère dun solide coup de reins le mouvement de la porte et entame autour dOleg une sarabande effrénée ponctuée de la joie claire de ses jap-pements brefs, pour terminer, pattes en lair, dans lattente immobile et patiente dune tape caressante sur la soie lisse du ventre, là où les grands poils se font plus rares et la peau plus fine. Puis, satisfait, ou-bliant dun coup les jeunes gens, il sen va fureter dun nez bruyant la planche vermoulue et odorante du poulailler où, depuis laube, on glousse, on caquette, on simpatiente Oleg, dun regard, saisit le sourire figé, inhabituel de Maroussia.  Que se passe-t-il ?  Mikhola est arrivé de Lviv2hier soir.  Oh non ! Comme toujours cela ira mal avec Vassyl    Je le crains ! Tout le monde dort encore, précise Maroussia, sauf maman qui prépare le repas. Papa met la chapelle en ordre pour loffice de dix heures.
2Capitale de la Galicie qui changeait de nom suivant loccupant. Lviv pour les Russes et les Ukrainiens, Lvov pour les Polonais et Lemberg pour les Autrichiens et les Allemands.
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