Les lunettes d'Archibald

De
Publié par

Entre Voltaire et Woody Allen, ce conte moderne se veut une imitation "décalée" des romans feuilletons populaires du début du siècle. Il a pour ambition d'amuser (beaucoup) tout en faisant réfléchir (un peu) sur notre époque. le lecteur s'y initiera, en outre, à un usage pour le moins non conventionnel du poète Saint John Perse. il va sans dire que l'auteur connaît comme sa poche ces confins du nord Sahara où est censé se passer ce roman d'amour et d 'humour.
Publié le : jeudi 16 juin 2011
Lecture(s) : 42
EAN13 : 9782748117622
Nombre de pages : 198
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Les lunettes dArchibald
Fanny Seguin
Les lunettes dArchibald ou le voyage énigmatique
ROMAN
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2-7481-1763-8 (pour le fichier numérique) ISBN: 2-7481-1762-X (pour le livre imprimé)
manuscrit.com 5bis, rue de lAsile Popincourt 75011 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.com
PROLOGUE
Où lon ne saura pas pourquoi je porte des lunettes noires mais où lon apprendra, entre autres, comment je ne me suis pas appelé Robert
Je ne quitte plus, je ne quitterai sans doute jamais plus les lunettes noires qui cachent mon regard. Je ne suis recherché daucune police, daucun ennemi, nobserve aucune mode, supporte parfaitement la lumière si aveuglante soit-elle, et ne souffre dau-cune affection des yeux. Jajoute que ceux-ci nétant pas dépourvus de beauté, jaurais tout à gagner à me montrer sans ces encombrants accessoiresEt pourtant, non, je ne suis pas fou.
En fait, tout a commencé par le prénom que je re-çus à ma naissance. Mes parents se désolaient de ne pas avoir denfants, dautant que mon père avait dé-cidé dès le premier jour de son mariage que, si garçon il devait y avoir, son nom serait Robert. Or, gar-çon il y eut. Ce fut moi. Je me pointai sans crier gare après dix ans de vains efforts parentaux. Je ne vous dis pas le délire. Quand lhonorable Odilon Parisys, mon père, notaire de son état, me vit pour la première fois dans mon berceau, lémotion le précipita dans une transe qui devait mêtre fatale. Il me saisit, me brandit à bout de bras, fulgura sans prévenir, frisa
7
Les lunettes dArchibald
1 la glossolalie* et sombra dans une attaque de pro-phétisme : un nouvel Einstein, un nouveau Mozart, à tout le moins un nouveau Borg, était né, clama-t-il urbi et orbi. Le monde navait quà bien se tenir. Puis jetant dans la foulée Robert aux oubliettes, il resta sans voix pendant deux jours. Après quoi lillumi-nation eut lieu. Cest depuis que je nai plus cessé de mappelerArchibald.
Deux ans passèrent. Quand il parut évident que jétais le génie prophétisé, tout fut mis en uvre pour me donner léducation convenable : cours privés aux Enfants de France, séjour aux Etats-Unis, ten-nis, golfe, piano, que sais-je encore ? Reste quau terme de dix-sept années de ce régime, jétais devenu Archibald de la tête aux pieds. Adonné très jeune aux échecs, intoxiqué à Proust, carrément shooté, di-sons le mot, à Bach et Boulez, jétais guetté, sans men rendre compte, par loverdose. Grâce au ciel, je fus sauvé de justesse par deux passions inavouées (parce que en loccurrence inavouables) : lune pour les aventures de pirates (flibustiers, corsaires, bou-caniers, forbans, écumeurs des mers de tous poils navaient aucun secret pour moi, et dans ma hiérar-chie des lieux mythiques lîle de la tortue tenait la première place, avant lOlympe et le Crazy Horse) ; lautre pour les hippies et la méditation transcendan-tale. Cette époque des années soixante-dix, que je ne connaissais que par quelques lectures et ouï-dire, était à mes yeux une sorte dâge dor où des jeunes gens ornés de fleurs, beaux comme des archanges et innocents comme des agneaux, occupaient le plus clair de leur temps à sélever, par la pratique de la fameuse méditation, jusquau septième ciel de la
1. Glossolalie : don de langues, étrangères ou inconnues, quétaient censé posséder les premiers chrétiens pendant leurs transes et, encore aujourdhui, ceux quon appelle : les charismatiques.
8
Fanny Seguin
Transcendance absolue (sans pour autant négliger un autre septième ciel, les transports de lEsprit nallant jamais chez ces Bienheureux sans ceux du corps). Etat ineffable et merveilleux que je me morfondais dignorer et auquel je métais juré daccéder coûte que coûte. En outre, ces êtres de légende, nhési-taient pasautre merveille- à aider lascension de leur esprit par le moyen de drogues mystérieuses aux noms étranges et, selon moi, ravissants : cannabis, chanvre indien, kief, haschich, marie-jeanne, mari-juana, et jen passe,terriblement dangereuses pour le commun des mortels, mais inoffensives et même souveraines pour eux, Grands Initiés, qui en maîtri-saient à la perfection les secrets et les pouvoirs re-doutables. Ces demi-dieux communiaient dailleurs par une sorte de rite qui consistait, le soir venu, au-tour dun feu -sacré, cela va sans dire- à faire circu-ler dans le recueillement, le Joint de la Paix Univer-selle, le Calumet de la Fraternité entre les Hommes. Quant à leur fameuse devise : Faites lamour pas la guerre, elle me paraissait dautant plus belle que je navais encore jamais fait lun, et aucune envie de faire lautre.
Il me faut ajouter avant de conclure cet auto por-trait que, pendant des années, je fus affligé dun cheveu sur la langue. La chose en soi naurait pas tiré à conséquences si je navais porté le nom que vous savez. Mais allez prononcer « Archibald Pa-risys » -en accentuant le « s » final- quand vous ne faites pas partie de ces fortunés du sort qui naissent la langue rigoureusement glabre. Par chance, appa-reils dentaires en tous genres et orthophonistes fi-nirent par venir à bout de ce handicap qui ne réappa-raîtlégèrement- quaux moments de grande fatigue ou démotion, ce qui dailleurs ne va pas sans don-ner une touche de distinction toute britannique à ma personne.
9
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.