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4 . Où l’on apprend que Louise boxe Louise a toujours fait ce qu’elle a toujours voulu. Pas facile pour une black aux parents immigrés et prolétaires pour ne rien arranger. Louise s’est bien évidemment éduquée toute seule avec, très tôt, le sentiment d’une enfance déjà pointée vers le moment adulte, apprendre, lire et compter, jouer pour donner le change à sa mémoire, l’esprit en permanence ten-du vers l’indépendance, la débrouillardise et le culot. Au-jourd’hui, Louise loue une chambre dans un foyer de jeunes filles où la liberté est à tailler quotidiennement au couteau, au détriment de celle des autres pensionnaires ; toutes des salopes exceptée peut-être Orangeade, surnommée ainsi à cause de la couleur de ses cheveux. Chaque vendredi, Louise se rend au chevet de sa mère qui possède – au prix de quelle vie ! – une chambre de bonne misérable située en bas du boulev ard de la cloche. Chaque vendredi, donc, et c’est un calvaire pour toutes deux car elles ne se parlent pas. En raison d’une dispute dont elles ont oublié le motif, il y a bien longtemps, mais certainement pas la rancune. La visite heb-domadaire est un pacte d’amour non dit. Je vais voir si tu vas bien, je t’embrasse et je m’en vais en me maudissant et te méprisant, nous pardonnant, te disant sans les mots d’al-ler te faire foutre ma maman tant aimée.
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Louise n’a jamais hésité à faire venir dans sa chambre les hommes qu’elle désirait baiser malgré les jalousies inéluc-tables des autres filles. Un soir, elle a ramené un marin beau comme un dieu et taillé comme un lion. La tête des péron-nelles ! Ils ont fait l’amour pendant trois jours. Entre deux baises, ils commandaient des pizzas. Quand le marin a re-pris le bateau, Louise a affirmé haut et fort, dans ce qui lui restait de souffle, qu’elle ne l’aimait pas. Puis on ne l’a plus revue pendant trois autres jours. Ce soir, elle passe la porte en compagnie d’un type qui ne présente pas terrible. Raille-ries et moqueries. « Eh, Louise ! Il te paie celui-là ou quoi ? Tu nous avais habituées à mieux ! » Bien sûr, Louise ne ré-pond pas. Elle se rend comme à son habitude dans la pièce du feu (où est située la cheminée) rejoindre Orangeade noyée dans la lecture de son illustré, ne tentant pas de perdre le goût de la drogue. Celle-là, tout le monde sait qu’elle crèvera avant Noël. C’est d’ailleurs ce qui peut lui arriver de mieux. On l’enterrera avec son nounours. Pour ne pas qu’elle puisse conter aux vivants qu’elle a trépassé seule. Et puis, tchao. De toute façon, sa misère n’intéresse personne. Sa mort non plus. Seule Louise joue la concernée. Mais Louise n’est pas idiote. Il se peut qu’elle se trouvera en chagrin quand Oran-geade passera la main mais elle n’ira pas se flinguer à son tour pour autant. Orangeade donne à Louise l’un de ses rares sourires dont elle conserve le secret, se laisse caresser les cheveux et fait tomber sa tête dans le néant. Cuve ta poudre. Ouest ne dit rien. Pas d’un naturel bavard. Il s’occupe de lui. De personne d’autre. Il se laisse entraîner dans la chambre de Louise. La première chose qui le frappe, c’est la paire de gants de boxe qui trône sur le lit. Puis les feuilles de service accrochées aux murs lui confirment l’invraisemblable : Louise boxe ! Elle dispute des combats contre des loustics.
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Un pour Un
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