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Les Misters de Sophie

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Qui est cette Sophie ?
Désormais installé à La Rochelle, Franck a fait sa rencontre tout à fait fortuitement, dans un bar… à moins que le destin n’ait choisi de faire basculer son existence…
Cette soirée relativement anodine, au-delà de la victoire de l’Atlantique Stade Rochelais, va avoir des répercussions pour le moins inattendues…
Séduisante, tantôt aguicheuse, parfois mystérieuse, Sophie est avant tout souvent surprenante… Intéressé et intrigué, Franck imagine toutes sortes de scénarios et veut savoir ce qui se cache derrière cette façade.
Il va se retrouver dans des situations improbables, dont il peinera parfois à se sortir. Au Tadjikistan à la frontière afghane comme en Normandie, il s’attendait à tout sauf à ce que Sophie va lui faire endurer.De méprises en aventures, de surprises en mésaventures, Franck va finir par percer certains secrets, mais saura-t-il pour autant qui est vraiment Sophie ?
Ce qui est certain, c’est qu’à sa poursuite, il fera également la découverte de régions nouvelles, de la Normandie jusqu’à l’Asie, avec des rencontres inattendues, et par-delà ces expériences se trouvera surtout… lui-même !
En partageant ses recherches, vous aurez l’occasion de suivre ses découvertes… et risquez d’être surpris !
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Franck Zeud

Les Misters de Sophie

Tome 1 : Le secret dort

 


 

© Franck Zeud, 2017

ISBN numérique : 979-10-262-1080-1

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Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

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Merci à Maryse, qui restera la première à m’avoir fait confiance

 

Merci à Samanta pour la couverture
et les nombreux fous rires entre les dédicaces

 

Merci à tous ceux qui m’ont soutenu et qui attendent
avec impatience la suite de mes aventures !

 

Prologue

 

Franck, Gérardmer, samedi 7 septembre 2013

 

Immobile. Rincé. Oisif. Naïf. Misérable. Atteint. Neuf. Les impressions que je ressens après l'arrivée sont multiples, mais la plupart sont relatives à mon épuisement.

Immobile, car je n'ai pas bougé pendant un long moment, ne parvenant qu'à boire et à manger pour récupérer.

Rincé, car j'ai littéralement tout donné et qu'il ne me reste pas une once d'énergie.

Oisif, car je n'ai d'autre envie que d'être ramené en voiture jusqu'à mon lit, pour ne plus en bouger pendant des jours.

Naïf, car j'ai cru que l'équipement était secondaire et que je m'en tirerais très bien avec les moyens du bord.

Misérable, car je n'ai pas cessé de me faire dépasser pendant presque toute la course.

Atteint, car je suis physiquement touché, mais aussi car le virus de la compétition m'a définitivement contaminé.

Neuf, car malgré mon manque d'expérience, malgré une certaine malchance, malgré un excès de confiance, malgré toute ma souffrance, j'ai fait preuve de persévérance pour arriver au bout, et un nouvel océan de possibles s'offre à moi.

 

***

 

J'ai donc relevé le défi proposé par mes amis1. Et la peur de perdre la face a certainement joué un grand rôle dans mon obstination à terminer cette satanée course. Le simple fait de prendre le départ a d'ailleurs été déraisonnable. La natation a été un désastre. J'ai essayé de partir en crawl, mais après une dizaine de respirations, soit cinquante mètres à peine, j'étais déjà essoufflé. J'avais pourtant bien essayé de prendre des cours, mais mon assiduité à la piscine s'était effritée assez rapidement. Pendant neuf cents mètres, j'ai alterné entre brasse et crawl, avant de me résigner à faire la deuxième moitié en brasse. J'avançais plus vite et je me fatiguais moins. Je dénotais parmi les autres nageurs, mais mon but n'était pas de me fondre dans l'amoncellement de bras et jambes qui traversaient le lac. J'étais d'ailleurs d'autant plus remarquable que j'étais quasiment le seul à être en maillot de bain, les autres étant très majoritairement en combinaison. Dans mon esprit, je relevais un défi, je n'étais pas en train de me reconvertir en triathlète. Investir dans une combinaison m'avait donc paru lourd. En plus d'être protégé contre le froid, j'ai bien remarqué que mes concurrents glissaient plus facilement sur l'eau. Je comprends encore mieux pourquoi les combinaisons ont été interdites pour les compétitions de natation.

Alors que j'avançais lentement mais sûrement en brasse, je me souvenais de mon premier cours de natation. Le maître-nageur m'avait demandé de lui montrer ce que je savais faire. A la fin de ma formidable démonstration, son commentaire avait été des plus explicites : "Ah ce n'est pas du crawl ça monsieur." Ah bon? Je l’avais pourtant cru. Et il m'avait expliqué tout ce qui n'allait pas. La liste était tellement longue qu'elle aurait pu constituer à elle seule un roman, qui n'aurait pas été des plus passionnants. Le seul aspect positif qu’il avait trouvé était que je parvenais à rester à l'horizontal. Après avoir écouté ses conseils, j'avais ensuite pris quelques cours et essayé de les mettre en pratique. Mais les séances s'espaçaient, ma motivation diminuait beaucoup plus vite que mes progrès, qui restaient de fait très légers. Je savais que dans le pire des cas, je pourrais me rabattre sur la brasse, et c'est ce que j'étais en train de faire. Les rares fois où j'étais allé nager avant de relever ce défi, qui me semblait particulièrement stupide à ce moment-là, j'étais parvenu sans problème à nager mille cinq cents à deux mille mètres en brasse. La limite avait d'ailleurs été l'ennui plus que la difficulté physique. Au-delà de mon manque de technique en crawl, ma volonté d'aller le plus vite possible avait été finalement mon plus gros frein. Je parvenais à tenir une grande cadence, mais ce faisant mettais mes bras en opposition. Au lieu de glisser, j'augmentais donc la résistance provoquée par l'eau, ce qui réduisait ma vitesse et m'essoufflait rapidement.

A quelque deux cents mètres de la berge, j'étais bien sûr distancé par la tête du peloton qui devait déjà être en haut du premier col à vélo, mais je tenais le rythme des concurrents autour de moi, qui nageaient pourtant le crawl dans leur combinaison, mais de façon probablement aussi inefficace que moi lorsque je m'y essayais. J'étais toutefois très loin de vouloir me moquer d'eux. J'étais simplement rassuré de ne pas être bon dernier. En sortant de l'eau se présentait une autre de mes spécialités, la transition natation-vélo. J'étais censé être avantagé en étant en maillot de bain, puisque je n'avais pas besoin de retirer la combinaison. Mon manque d'expérience a cependant été flagrant, même par rapport à ceux qui surnageaient comme moi. N'ayant aucun objectif chronométrique, j'ai tout de même essayé d'aller le plus vite possible, en vain. J'ai en plus oublié de mettre mon casque dans les temps. Même si je m'en suis rendu compte avant de sortir de la zone de transition et de monter sur le vélo, les arbitres ont été intraitables. J'ai donc écopé d'une pénalité.

En cyclisme, j'étais normalement beaucoup plus fort qu'en natation. Je pédalais très régulièrement depuis que j'étais tout petit. Mais j'ai payé mon manque d'entraînement aujourd'hui. Et j'ai compris qu'il y avait une grande différence entre un vrai vélo de course et mon vieux VTT. Bien que me déplaçant tous les jours en Vélib dans Paris, ma motivation pour aller rouler sur des plus longues distances avait suivi le même chemin que celle pour aller nager. La distance à faire pour trouver un terrain agréable était en elle-même rédhibitoire. Au moins dix kilomètres pour aller dans le Bois de Boulogne, ça faisait déjà beaucoup de temps à sillonner les rues parisiennes, qui n'étaient pas les plus propices avec leurs milliers de voitures. J'avais bien réussi à trouver des amis pour aller une fois jusqu'en forêt de Rambouillet, mais le propre d'un bon entraînement étant la répétition, cela n'avait pas suffi.

Le point positif, c'était que je savais que je n'étais pas prêt pour une telle course. Je n'avais donc aucun objectif, et par conséquent moins de scrupules à partir tranquillement. Si j'avais été tenté de partir trop vite, la première côte, au bout de deux kilomètres, m'aurait remis sur le droit chemin. Vers la mi-course, alors que mon allure était toujours aussi prudente, je me rappelais la mésaventure d'hier. Avant d'aller récupérer mon dossard et déposer mon vélo, j'étais allé vérifier la liste des inscrits, sans doute avec l'espoir inconscient de ne pas y voir mon nom. Et j'avais eu beau vérifier trois fois, je ne l'avais effectivement pas trouvé. Après quelques tergiversations, j'avais finalement appelé l'organisation. La bénévole qui m'avait répondu m'avait confirmé l'ouverture de mon dossier, mais mon paiement n'avait pas abouti, ce qui expliquait l'absence de validation de mon inscription. Une place m'était toutefois réservée. Il suffisait que j'amène un chèque pour être dans les règles. Quand j'avais entendu la question fatidique : "Voulez-vous toujours vous inscrire?", la tentation avait été grande de renoncer, d'assumer mon manque de préparation, d'autant plus facilement que je n'avais du coup engagé aucun frais. Mais l'engagement était d'ordre moral, et donc d'un tout autre niveau, ce qui m'empêchait de me défausser. Trois amis parmi ceux qui m'avaient lancé le défi ainsi que mes parents étaient présents pour m'encourager, et il était inconcevable de les décevoir. Et surtout, j'avais récolté 1335 euros sur ma page du Challenge du Mékong, et cette somme représentait une aide pour les enfants philippins défavorisés, mais aussi toute la confiance que ma famille et mes avis avaient placé en moi. Même Verna2avait contribué depuis Oslo, assez généreusement d'ailleurs. Et je m'étais moi-même promis de compléter à 1500 euros si j'atteignais mon objectif, à savoir aller au bout.

En montant péniblement le dernier col du deuxième tour, je songeais que j'avais respecté la moitié de mon engagement. Il me restait encore les trois ascensions de l'ultime boucle, avant le semi-marathon libérateur. Le chemin à parcourir jusqu'à l'arrivée me semblait long, mais abandonner ne m'avait pas effleuré l'esprit. Paradoxalement, j'avais très envie de m'arrêter au bord de la route. Je découvrais que les pensées d'un sportif lors d'un effort de longue durée pouvaient être contradictoires. Pendant le dernier tour, j’ai bénéficié d'un second souffle. Je doublais pas mal de concurrents dans les montées, qui avaient sans doute préjugé un peu de leurs forces. A moins que ce ne soit moi qui aie particulièrement bien géré mon effort. Dans les descentes, certains me redoublaient alors que je redoublais de prudence sur la chaussée rendue humide par une averse.

En posant le vélo, je considérais que le plus dur était fait. J'étais parti depuis cinq heures, et il me restait normalement moins de deux heures de course. Le semi-marathon était ce que je gérais le plus facilement, et si mes entraînements en natation et cyclisme avaient été laborieux, j'avais été beaucoup plus sérieux pour la course à pied. La facilité de mettre ses baskets n'importe où et n'importe quand y était pour beaucoup, et j'avais également profité des entraînements pour les 20 kilomètres de Paris dans le cadre du Challenge du Mékong. La course se déroulait un mois plus tard, et j'étais également inscrit, plus pour découvrir l'ambiance que pour l'aspect sportif.

D’après ce que m’ont dit de nombreux coureurs plus expérimentés, il est fréquent d'avoir les jambes lourdes en arrêtant de pédaler pour se mettre à courir. Mais cela n'a pas du tout été mon cas. Bien au contraire, j'ai eu l'impression de voler dans les premiers kilomètres, à tel point que je suis parti un peu trop vite. Le troisième et dernier tour du lac a donc été plus difficile, et j'ai engagé ce qu'il me restait de forces dans la bataille. C'est ce qui fit que j'étais à l'arrivée immobile, rincé, oisif, naïf, misérable, atteint, mais neuf.

La seule chose qui m'a convaincu de bouger à nouveau fut le massage que m'ont offert mes parents. Cette fois, je n'ai eu aucun scrupule à m'abandonner aux mains expertes du masseur. Mes jambes ont bien travaillé et ont mérité de se faire frictionner. J'en suis sorti relaxé, prêt pour un bon repas revigorant et une bonne nuit récupératrice. Comme lors des voyages de l'année dernière, et les rencontres avec Julie et Verna que je ne peux dissocier de mes épopées, quelque chose s'est éveillé en moi aujourd'hui. Il faudra que je me plonge dans mes pensées. Mais le temps de la réflexion n'est pas venu. Le dîner me ramène au présent. Mes proches trinquent à mon exploit, que je me surprends à relativiser. Non pas par fausse modestie, car je suis conscient de la performance réalisée, et je ne m'en cache pas. Mais il me reste un goût d'inachevé que je ne parviens pas à expliquer. J'ai pourtant tout donné, sur un parcours dont la facilité n'est pas la caractéristique première. C'est sans doute un des aspects que j'ai à creuser. J'aurai du temps pour le faire seul. Les félicitations de mes amis et le bruit, reconnaissable entre mille, d'une bouteille qu'on débouche, me ramène à la réalité, et je profite de cette soirée en mon honneur.

 

 

 

Chapitre 1 :
une rencontre insolite

 

Franck, La Rochelle, lundi 19 mai 2014

 

S'il est une véritable institution à La Rochelle, c'est le club de rugby. Tout du moins une parmi d’autres. Le Stade Rochelais est depuis quelques années une des meilleures équipes de Pro D2, le deuxième échelon de l'ovalie française, mais peine à chaque fois en fin de saison à se qualifier pour la remontée dans l'élite. Hier, la demi-finale contre Pau était donc l'événement à ne pas manquer. Les places pour aller voir le match au stade avaient été prises d'assaut, et je m'étais donc rabattu sur un des nombreux bars qui diffusaient l'affiche de cette pénultième rencontre. Pour tous les supporters présents, dont je faisais désormais partie, il était hors de question que ce soit la dernière. Il était inconcevable que la finale à Bordeaux se joue sans les Jaunes et Noirs. J'étais loin d'être aussi impliqué dans les résultats du club que certains, même si je me sentais bien intégré dans ma nouvelle ville. Ce match allait néanmoins compter beaucoup pour moi, tout du moins indirectement, d'une façon que je n'aurais pu imaginer en entrant dans le bar.

 

***

 

Ma décision avait finalement été facile à prendre. J'avais donc quitté Paris. Après plus de dix ans passés dans la capitale, j'avais compris que cette vie n'était pas pour moi. Tout du moins elle n'était plus pour moi. J'ai toujours aimé les grands espaces, la mer, la montagne... Et les parcs, la Seine et les buttes parisiennes ne me comblaient plus vraiment! Je n'avais pas l'intention de m'isoler complètement non plus, et c'est pourquoi j'ai choisi de m'installer dans une ville à taille humaine, d'où il est facile de sortir. A La Rochelle, j'ai également la chance d'habiter dans une des plus belles villes de France qu'il m'ait été donné de visiter. Evidemment, pour le côté montagneux, ce n'est pas la panacée, mais il fallait bien faire des compromis, et j'avais dû prendre en compte la possibilité de trouver du travail à proximité.

Bien sûr, je ne peux pas dire que Paris ne me manque pas du tout. La plupart de mes amis vivent là-bas ou en banlieue, les possibilités de sorties culturelles, ludiques ou festives sont infinies, et il est facile de s'échapper pour un weekend presque partout en France grâce au TGV. Les événements sont aussi très nombreux, tels que le Challenge du Mékong auquel j'avais participé peu de temps avant de faire cet important choix de vie. Plus de deux cents coureurs avec le T-shirt vert, et autant de supporters qui criaient nos prénoms lors de notre passage, ça m'avait marqué! L'expérience avait été inoubliable, et m'avait permis de rencontrer des gens extraordinaires, qu'ils eussent fait partie de l'organisation ou simples coureurs.

D'un autre côté, Paris restait très accessible, et les nombreux témoignages que j'avais entendus m'avaient convaincu que voir la capitale en tant que visiteur avait un charme très différent.

 

***

 

Depuis mon arrivée, j'ai redécouvert le triathlon. Je n'ai participé à aucune compétition, mais je me suis inscrit au club local. Il y a huit jours, j'ai sympathisé avec Géraldine lors de la sortie vélo. C'est sa première année également. Elle a donc quelques mois d'expérience de plus que moi dans le club. Comme moi, elle avait commencé par la course à pied et avait ensuite voulu varier les plaisirs. En fin de séance, elle me donna rendez-vous pour le cours de natation du mardi matin. Jusque-là, j'avais toujours privilégié ceux du soir, mais je lui répondis que j'allais tenter le coup. 7h du matin, c'était vraiment tôt, j'étais content d'habiter à moins de cinq minutes à vélo de la piscine. C'est d'ailleurs ce que j'apprécie à La Rochelle, c'est que tout est à proximité, ce qui est aussi une source de motivation pour être assidu aux entraînements.

Mardi à 6h45, mon réveil a donc sonné, trop tôt à mon goût. Mais je me suis motivé pour me lever. J'ai avalé un ersatz de petit-déjeuner et j'étais à 6h55 sur mon vélo. A 7h04, j'étais dans le bassin, me demandant comment j'allais faire pour ne pas couler. Habitué aux cours débutants qui se déroulent sur les vingt mètres de la largeur de la piscine, les cinquante mètres me paraissaient interminables. Au bout des deux cents mètres d'échauffement, j'étais épuisé. J'ai quand même continué à faire les exercices tant bien que mal, même si je n'en saisissais guère la finalité et encore moins la façon de les faire correctement. J'ai accueilli avec soulagement la nouvelle des cent derniers mètres, à faire en mode récupération. J'ai dû faire cinq cents mètres de moins que les meilleurs de ma ligne d'eau, pourtant eux aussi débutants, mais j'ai donné tout ce que j'ai pu. En sortant de l'eau, j'ai remercié Géraldine, avec une pointe de sarcasme. Elle ne l'a pas relevée et m'a présenté à un petit groupe de nageurs plus ou moins expérimentés. Je n'en connaissais qu'un de nom, les autres de vue. Très avenants, ils m'ont intégré spontanément à la conversation et m'ont proposé de me joindre à eux pour aller voir le prochain match du Stade Rochelais dans un bar. J'ai évidemment accepté avec plaisir. L'enjeu était de taille. L'ambiance promettait d'être géniale. Et c'était une occasion d'élargir mon cercle d'amis encore restreint.

C'est ainsi que je me suis retrouvé dans ce bar de la rue Saint-Nicolas. Avec mes collègues triathlètes et leurs amis, nous étions un groupe d'une vingtaine, prêts à encourager notre équipe, même si les joueurs ne pourraient évidemment pas nous entendre. Le match a tourné largement en faveur des Maritimes, ce qui a favorisé les rapprochements. Quand l'arbitre siffla la fin des faibles espoirs palois, tout le monde s'est donné rendez-vous pour le traditionnel envahissement du Vieux Port. C'est à ce moment que Sophie, une jeune femme avec qui je n'avais échangé que quelques mots, m'a proposé de lâcher les autres pour aller boire un verre en tête-à-tête. Déjà prêt à sortir pour aller fêter la victoire, je n'ai pas hésité longtemps à changer de plan et accepter son invitation. Je ne l'avais pas vraiment remarquée plus tôt dans la soirée, mais elle ne manquait pourtant pas de charme. En la dévisageant le temps de lui donner ma réponse, j'ai noté qu'elle était châtain, les cheveux mi-longs, pas très grande, et surtout qu'elle avait des grands yeux d'un bleu intense. Son regard enjôleur m'a d'ailleurs convaincu qu'il n'y avait pas vraiment d'alternative. Je ne voyais en tout cas plus d'autre choix possible.

En sortant du bar, j'ai pu la voir vraiment. Sa silhouette mince et sa démarche élancée dénotaient une certaine sportivité. Heureusement elle ne s'est pas enfuie en courant pour me le prouver. Directe et malgré tout intrigante, Sophie m'a fait vivre un rendez-vous des plus insolites. Je ne peux pas me targuer d'être particulièrement expérimenté en la matière, mais il ne fait aucun doute pour moi que la demande de Sophie sortait de l'ordinaire. Nous marchions depuis une dizaine de minutes, n'ayant pas trouvé de bar tranquille pour discuter. C'est le moment qu'elle a choisi pour me poser une question manifestement bien préparée, me donner son numéro de téléphone et me souhaiter une bonne fin de soirée, disparaissant ensuite dans la nuit, profitant de la foule sur le Vieux Port, telle une Lucky Lukette à la fin de chacune de ses aventures, le cheval en moins.