Les monstres de Bomarzo

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« Les « monstres » de Bomarzo sont de grands monuments bizarres, qui se trouvent en Italie, non loin d’Orte, dans la province de Viterbe. »

André Pieyre de Mandiargues

Publié le : vendredi 11 février 1994
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EAN13 : 9782246156390
Nombre de pages : 126
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© Éditions Grasset & Fasquelle, 2012.
9782246156390 — 1re publication
I
Ruisseau des femmes de Viterbe.
Léon-Paul Fargue.
Les « monstres » de Bomarzo sont de grands monuments bizarres, qui se trouvent en Italie, non loin d’Orte, dans la province de Viterbe.
Silence au guide ! Avant de continuer, et qu’il ne nous emmène, en groupe, dans le mystérieux vallon, faudrait-il pas savoir un peu ce que représente pour lui ce mot de
monument qui est venu comme avec innocence au bout de ma plume, savoir aussi ce que vous-même, qui me lisez, entendez par là ?
Certaines personnes, de leur propre aveu, n’y voient qu’un ouvrage destiné à embellir un site urbain ou naturel. Devant un ouvrage de la sorte, neuf fois sur dix et à moins qu’il n’ait de la réputation, elles le trouveront laid, se plaindront qu’il soit une offense au site. Affaire de goût. L’idée de beau a peu gagné en précision depuis la simple formule quœ visa placent de Thomas d’Aquin, lequel, d’ailleurs, s’inspirait d’Aristote. Je ne conseille pas de les lire tous les deux, non plus que Kant ou Hegel, qui ont, comme on dit, approfondi la question, mais plutôt de boire une bouteille de ce petit vin d’Orvieto, voisin des monstres par le cru et qui sent agréablement la violette, si l’on veut être fin prêt pour une visite à Bomarzo.
D’autres personnes, fortes de l’usage et de l’étymologie, définissent le monument par sa fonction qui serait d’indiquer, d’avertir, tiennent que c’est en somme un mémento, presque un pense-bête, comme le ruban que souvent j’épingle au velours de l’alcôve, avant de m’endormir, pour me rappeler un devoir pressant le lendemain. Et ainsi un gendarme de bronze, sur sa monture fringante, tranquille ou fatiguée, selon l’époque, tel qu’il y en a beaucoup aux carrefours des grandes villes, n’est là que pour me (vous) faire souvenir de l’une de ces victoires ou de ces défaites, glorieuses nécessairement, qui résument, d’après les professeurs, l’histoire d’un vieux pays.
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