Les mystères du Valdasi

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Alors que nous fixions la porte qui était en train de céder sous les coups des policiers, un murmure incompréhensible survint derrière nous.
Rien ! Quand, sur le mur du fond, se dessina peu à peu une ouverture verticale. Tout à coup, surgissant à une vitesse incroyable, un immense visage de femme luisant, aux yeux blancs, serpentant de droite à gauche, nous arracha à notre empressement...Elle paraissait aveugle mais réagissait aux moindres de nos mouvements...

Illustration de couverture :
Alain Philippe


Publié le : lundi 23 juin 2014
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782332684035
Nombre de pages : 280
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ISBN numérique : 978-2-332-68401-1

 

© Edilivre, 2014

Prologue

– Marseille le 4 juin 2013

Il y a trois jours, j’ai fait une découverte bien étrange !

Je m’appelle Valentin, et je suis paysagiste dans le sud de la France à Marseille. Mardi dernier, dans le parc Henri Fabre, mon équipe et moi-même avions entrepris la restructuration des haies, entourant le bâtiment du Ballet National de Marseille.

Il était pratiquement seize heures trente, et depuis ce matin, le mistral ne nous avait laissé aucun répit. Alors que je m’apprêtais à planter mon dernier laurier rose, ma Pioche alla taper dans quelque chose d’inattendu. C’était une banale boîte à chaussures, que quelqu’un avait enterrée là, et soigneusement emballée dans un sac plastique. Dans un premier temps, je n’y prêtai pas grande attention, je la mis de côté et poursuivis tout simplement mon travail. C’est au moment de partir, après avoir nettoyé et rangé mes outils, que je repensai à ce mystérieux paquet. Il était posé là, parmi les déchets et les feuilles mortes.

Une fois dans ma voiture, à l’abri du vent, j’ouvris finalement la boîte en carton.

Elle renfermait un gros classeur jaune-vif.

En haut, à droite de sa couverture, il y avait une étiquette sur laquelle étaient inscrits « Simon Ripert, Damien Nazabal et Alain Philippe » ; et en plein milieu du classeur, écrit au marqueur noir, un titre : « Les Mystères du VALDASI ».

En voici son contenu :

Simon raconte notre été 2003 :

. Le retour des trois sorciers.

Damien raconte notre été 2004 :

. Le Larriot maudit.

Le retour des trois sorciers

Simon raconte :

1
Départ en vacances

Alors que les vacances de l’été 2003 venaient à peine de commencer, l’organisation des départs n’était pas facile pour tout le monde.

– ASSEZ !!! Alain ! s’égosilla Mme Philippe. Tu iras chez ta grand-mère, que tu le veuilles ou non ! De toutes façons tu n’as pas le choix, ton père et moi devons nous rendre à Hong-Kong pour affaire !

– Mais maman, à quatorze ans, je n’ai aucune envie d’aller passer mes vacances dans un vieux manoir crasseux, avec une vieille ringarde, qui ne comprend rien à la mode.

– PARDON ??? hurla Mme Philippe.

– Avec mamie, qui n’a pas les mêmes goûts vestimentaires que moi, rattrapa-t-il.

Quelques minutes plus tard, dans son bain, Alain trouva la solution à son problème, il allait inviter ses deux meilleurs amis (Damien et moi) à venir passer ce séjour avec lui. Après nous avoir contactés, et après qu’il eut été certain de nos réponses positives, il alla, enfin, demander la permission à sa mère. Cette dernière n’ayant d’autre choix que d’accepter les caprices de son rejeton s’en alla calmer ses nerfs sur le pauvre Mr Philippe.

C’est après trois bonnes heures de voyage, conduits par Mme Philippe, que nous arrivâmes enfin au manoir de Mme Raymonde Aurouze (alias mamie Raymonde), la grand-mère d’Alain.

Cette vieille dame, veuve depuis environ cinq ans, venait tout juste de racheter cette ancienne propriété.

– Bonjour tout le monde, avez-vous fait bon voyage ? questionna-t-elle en descendant les marches du manoir.

– C’est vraiment magnifique ! s’exclama Mme Philippe tout en contemplant la façade de la bâtisse. Tu m’as l’air d’avoir fait une belle affaire ! ajouta-t-elle.

– En fait, à dire vrai, cela faisait très longtemps qu’elle était en vente. L’agent immobilier m’a expliqué, qu’elle était restée inoccupée pendant une bonne vingtaine d’années, depuis le suicide des derniers propriétaires, après la disparition mystérieuse de leurs quatre enfants.

– Mm, charmant ! dit Alain en embrassant sa grand-mère. Bon, on peut visiter mamie ?

– Bien sûr, allez-y, on arrive, acquiesça-t-elle.

Nous nous mîmes alors à parcourir les couloirs froids et humides. Les pièces se comptaient par dizaines. Tandis que Damien et moi-même étions agréablement surpris par l’architecture assez impressionnante du bâtiment, Alain avançait avec précaution, soucieux de ne pas salir ses beaux souliers cirés.

Au loin dans le couloir, mamie Raymonde et sa fille nous rejoignirent enfin.

– Il est vrai que tout cela aurait besoin d’une bonne restauration et d’un bon coup de peinture, affirma la vieille dame, en revisitant la vieille demeure.

Après avoir passé un joli petit hall, nous pénétrâmes dans une chambre qui, à notre grande surprise, venait d’être entièrement réaménagée. Contrairement aux murs vétustes, le mobilier était neuf.

– Voilà votre chambre, les garçons. Sachant votre venue, j’ai jugé indispensable d’investir dans une chambre plus confortable, dit mamie Raymonde toute souriante.

A ce même moment, une jeune femme, le balai à la main entra dans la pièce.

– Voici Mlle Nusbaum ! Solène travaille pour moi en tant que femme de ménage, elle veillera à maintenir l’ordre dans votre chambre ! expliqua-t-elle.

En sortant de la pièce, nous passâmes devant un long corridor qui semblait encore plus abîmé que tout le reste.

– Je vous interdit formellement de vous aventurer dans cette partie du manoir ! s’exclama mamie Raymonde.

Cela peut s’avérer dangereux, étant donné qu’il n’y a pas d’électricité.

A ces mots, nous nous regardâmes tous les trois d’un air malicieux.

A l’heure du souper, la grand-mère d’Alain nous présenta la cuisinière, Mme Manès. C’était une femme corpulente au visage sympathique.

Le repas fut fort agréable et nous attendions à présent le dessert.

– Que vas-tu faire de tous ces vieux meubles démodés ? questionna Mme Philippe.

– Les services municipaux doivent venir dans la semaine, pour emmener les plus abîmés à la décharge publique, répondit sa mère.

De notre côté, nous élaborions un plan :

– Dès que ma mère sera partie, nous attendrons minuit après le coucher de ma grand-mère, pour partir en excursion dans la partie interdite, nous chuchota Alain recroquevillé sur la table.

– Il faudra prévoir des lampes torches, pour pouvoir se déplacer en toute sécurité, proposai-je.

– Il ne faudra surtout pas oublier les vivres, au cas où nous nous perdrions, dit Damien d’un air gourmand.

Le départ de Mme Philippe venait d’être annoncé ; lain, Damien, et moi-même l’accompagnâmes jusqu’à sa voiture. Elle nous embrassa tous les trois et nous souhaita un agréable séjour.

Par la suite, nous regagnâmes notre chambre en attendant le moment venu.

2
Le temps d’une excursion

Minuit sonna. Nous sortîmes silencieusement de la chambre en nous dirigeant prudemment vers le corridor interdit.

Une torche à la main, je menais le groupe ! Le couloir obscur nous conduisit après six chambres insignifiantes, aussi sales que délabrées dans une septième pièce beaucoup plus intéressante !

Le mince faisceau lumineux de la torche, ne nous laissait entrevoir que très peu de détails, mais suffisamment pour apercevoir, sur le manteau de la cheminée sept petits bougeoirs.

– Heureusement que je pense à tout ! affirma Damien sortant de son sac une boîte d’allumettes.

Nous pouvions dès à présent distinguer clairement trois lits, ainsi qu’une grande étagère pleine de livres et de bibelots en tout genre. Il y avait aussi, au fond de la pièce, à côté d’un coffre à jouets, un immense miroir. Damien, curieux, s’approcha du coffre, et en sortit un vieux ballon de football à moitié dégonflé. Il ne put aussitôt s’empêcher de l’envoyer droit sur Alain, qui, surpris, le rattrapa et trébucha sur une lame de plancher, pour bousculer finalement la vieille étagère qui se renversa. Dans un fracas surprenant, une épaisse vague de poussière envahit la totalité de la pièce. Nous n’arrivions même plus à distinguer le bout de notre nez. Un silence inquiétant régnait à présent. Au même moment, je m’attendais à voir surgir mamie Raymonde. Mais non ! Mon impression se révéla inexacte, et j’en fus soulagé.

La chute de la bibliothèque avait laissé apparaître, accrochées sur un mur clair, trois capes. Elles étaient suspendues à de vieux clous rouillés.

– Regardez, des capes ! dit Alain, en les retirant de leur support.

– Elles devaient sûrement appartenir aux enfants des anciens propriétaires, supposa Damien prenant l’une d’elles.

– Mais pourquoi les avoir cachées ? me demandai-je.

– Eh, regardez, une enveloppe vient de tomber de ma cape ! reprit Damien.

– Génial !!! il y a peut-être des documents secrets ou bien une carte à l’intérieur, supposa Alain les yeux brillants d’imagination.

– A mon avis, il serait plus probable que cette enveloppe renferme de vieux dessins d’enfants ! rétorquai-je.

Ce fut avec déception que nous découvrîmes, trois vulgaires morceaux de bois qu’Alain s’empressa de jeter sur le sol, jugeant qu’ils étaient sans intérêt.

Par fantaisie, nous enfilâmes tous trois les longues capes couleur bleu nuit.

C’est alors que tout excités, Alain et Damien se mirent à sauter sur l’un des vieux lits grinçants.

M’étonnant de la solidité de ces derniers, je lançai :

– Continuez comme ça, et ta grand mère va rappliquer Alain !

Ne prêtant aucune attention à ce que je venais de leur dire, ils continuèrent leur jeu comme si de rien n’était. Je me dirigeai à présent vers le miroir, afin de contempler ma nouvelle allure.

C’est avec stupéfaction, que je vis une chose à laquelle je ne m’attendais pas. L’image dans le miroir était illogique. Je sentis alors une angoisse monter en moi. Tandis que le décor des lieux y était justement reproduit, mon reflet, quant à lui, avait l’apparence d’un tout autre garçon. Il était de grande taille, avec de larges épaules, et des yeux verts perçants qui ne cessaient de me fixer d’un regard glacial.

Mon pouls s’accéléra et ma gorge se noua. Il m’était impossible de détourner le regard de ce personnage figé, aux paupières immobiles.

Ce n’est qu’après quelques secondes qu’il se mit à me sourire amicalement. Il tourna la tête lentement, et pointa son doigt, en direction d’un bureau, entreposé dans l’angle de la chambre. Suivant son indication, je me retournai brusquement vers le meuble désigné. C’est alors que dans une lueur tamisée, je vis apparaître sur le bureau, une pochette sombre. Voulant mieux comprendre ce qui venait de se passer, je me retournai à nouveau afin de trouver la réponse auprès du jeune garçon ; celui-ci avait disparu, me laissant seul témoin de la situation. Je fus néanmoins soulagé de voir se refléter dans le miroir mon visage quelque peu hagard.

Avant d’aller analyser le nouvel objet, je jetai un coup d’œil sur Damien et Alain qui n’avaient cessé leur chamaillerie.

– QU’EST-CE QUE VOUS FAITES ICI ?? SORTEZ IMMEDIATEMENT ! hurla mamie Raymonde.

Surpris par l’arrivée brutale de cette dernière, nous sursautâmes tous les trois et eûmes le réflexe d’ôter les capes en les gardant à la main.

– NE VOUS AVAIS-JE PAS DEFENDU DE VENIR ICI ?!!! NE VOUS AI-JE PAS INTERDIT CETTE PARTIE DU MANOIR ?!!! ALLEZ ! DU BALAI !

Elle nous raccompagna jusqu’à notre chambre et nous dit posément :

– Puisque c’est comme ça et que vous ne pouvez vous empêcher de faire des bêtises, dès demain, vous dormirez dans des chambres séparées. Bonne nuit ! ajouta-t-elle en refermant la porte.

Fatigués et épuisés par cette soirée, mes deux compères à peine allongés dans leurs lits, s’endormirent profondément. Je pris alors le temps, de feuilleter les pages abîmées de l’un des trois cahiers, que renfermait la pochette. Je l’avais discrètement cachée sous mon tee-shirt, lors de notre expulsion de la chambre. C’était un très beau cahier avec un nombre considérable de pages dont la couverture vierge et encrassée laissait paraître une couleur verdâtre. Ses pages étaient entièrement rédigées à la main, et sa calligraphie était semblable à celle d’un enfant. Je m’aperçus très vite que les deux autres ouvrages étaient identiques au précédent. Ces écrits étaient incompréhensibles pour moi, ça n’était ni du grec ni du latin, encore moins de l’anglais ou de l’espagnol. Certaines de ses lettres avaient une forme bien étrange avec la particularité d’être écrites en pointillé.

Je réalisais après maintes réflexions, grâce à un petit rectangle situé en bas de chaque page, que ces trois manuscrits étaient peut-être de véritables leçons de magie. Bizarrement, ces petits encadrés étaient rédigés en français, comme une sorte de traduction abrégée du cours qui la précédait.

Je n’arrivais pas à y croire. Pourtant cette apparition dans le miroir était belle et bien réelle. Je ne pus m’empêcher d’essayer l’une de ces formules :

Partons d’ici allons là-bas

Aussi rapides que le vent

Partons d’ici allons là-bas

Car ici est Maintenant

Il n’y eut aucune réaction. Pensant que l’erreur venait de ma diction trop chuchotée, je renouvelai l’opération sur un ton plus élevé.

Toujours rien. Déçu par le résultat, je balançai aux pieds de mon lit les trois cahiers accompagnés de leur pochette, en me persuadant malgré ce que j’avais vu, que tout cela était bel et bien le fruit d’imaginations enfantines.

3
A la recherche des deux manquantes

Le matin suivant, alors que je dormais encore, la voix criarde de Damien vint brusquement interrompre le charmant rêve que j’étais en train de faire :

– DEBOUT, C’EST LE MATIN, ON SE LEVE ! ALLÔ ALLÔ !

Tapant allègrement dans ses mains, Alain rajouta son grain de sel à cette fanfare matinale.

(Une envie de meurtre m’envahit alors)… Faisant finalement abstraction de cet AGREABLE réveil, je me levai, stoïque, et me dirigeai vers la porte tout en me frottant la nuque. Arrivé au seuil de la chambre, je décidai de faire chemin inverse et empoignant fermement mon édredon encore chaud, j’ouvris la bataille en leur donnant à chacun un coup vengeur. Des bombardements commencèrent : nous entreprîmes alors l’anéantissement total de la chambre. Coussins et draps volaient d’un bout à l’autre de la pièce quand tout à coup :

– STOP !!! hurlai-je en écarquillant les yeux.

Alain s’apprêtait à me balancer l’un des mystérieux cahiers, dont il ignorait encore la valeur.

– Mais qu’est-ce qui te prend, Simon ? s’étonnèrent Alain et Damien.

C’est alors que je leur racontai ce qui s’était passé la nuit dernière…

– Mais bien sûr Simon ! ricana Alain.

– Livres de magie, capes, baguettes… enfonça Damien.

– BAGUETTES !!! mais oui !

En se moquant, Damien venait de trouver la solution à mon problème.

Les vieux bouts de bois qu’Alain avait balancé sur le sol, devaient probablement avoir un rapport avec les écrits des cahiers !

Je me mis alors à courir jusque dans la partie interdite.

– Mais où tu vas encore ? m’interrogèrent-ils, tout en me suivant.

– LES BOUTS DE BOIS QU’ON A JETES HIER SOIR, SONT PEUT-ÊTRE MAGIQUES !!! leur criai-je essoufflé.

En arrivant dans la chambre, nous fûmes tous trois étonnés de trouver une grande pièce vide ; tout le vieux mobilier avait disparu.

Soudainement Alain s’exclama :

– Rappelez-vous ! ma grand mère a dit, que tout partirait pour la décharge.

A ce moment même, alerté par le vrombissement d’une fourgonnette, nous nous précipitâmes hors du manoir en espérant pouvoir l’arrêter.

Trop tard ! La fourgonnette venait de passer le portail. Nous prîmes alors nos bicyclettes laissées contre le mur de l’abri à bois. Dans un élan de précipitation, j’arrachai des mains d’Alain le cahier qu’il avait gardé jusque là.

– Il pourrait nous servir une fois arrivés à la décharge, lui dis-je en le rangeant dans le panier accroché sur le devant de la bicyclette.

– Mais où est Damien ? s’énerva Alain qui commençait à pédaler derrière moi.

– ATTENDEZ MOI !!! hurla ce dernier, qui n’eut aucun mal à nous rattraper.

Le trajet ne fut pas des moindres, étant donné que nous ignorions tous trois où se situait la décharge ; nous finîmes néanmoins par la trouver grâce aux panneaux d’indication.

Après avoir jeté nos vélos contre un talus de terre, nous entamâmes les recherches.

– Par où commencer, il y a des tonnes de détritus ! râla Alain.

Ce n’est qu’après vingt bonnes minutes de slalom entre les montagnes de déchets, que nous aperçûmes enfin, la vieille étagère qui écrasait le reste des meubles. Damien entreprit alors l’ascension du tas.

– Mais qu’est-ce que tu fais Damien ? Tu crois pas qu’il serait plus logique de chercher de si petites choses vers le bas ? lui expliquai-je.

– Il faudrait essayer d’enlever cette grosse armoire pour y accéder plus facilement, conseilla Alain assis sur un bidon en métal.

– Et bien alors, viens nous aider ! dit Damien.

– Certainement pas, je ne me salirai pour rien au monde.

Après maintes négociations, il finit par venir nous aider, mais cela se révéla inutile car même à trois, nous étions incapables de bouger ce mastodonte.

– Peut-être que cette chose pourrait nous aider ! s’exclama Damien, sortant de sa poche l’un des morceaux de bois.

– Où est-ce que tu as trouvé ça ? lui demandai-je le sourire aux lèvres.

– Et bien, lorsque vous êtes sortis de la chambre comme des furies, un caramel est tombé de ta poche Alain, et tu vois, j’ai pas pu m’empêcher de succomber à la tentation. C’est en me penchant pour récupérer le bonbon, que j’ai vu, là, coincée entre deux lames de plancher, cette baguette.

– Voilà pourquoi tu as mis du temps à nous rejoindre tout à l’heure ! Et mon caramel, qu’en as-tu fais !? s’énerva Alain.

– A ton avis ! je n’y ai pas touché, ironisa Damien, lui tendant l’emballage du défunt.

Alors que la dispute suivait son cours, je courus chercher le cahier dans le panier de ma bicyclette.

Une fois de retour, je feuilletai les pages jaunâtres en espérant trouver la formule adéquate.

La bataille était toujours d’actualité ; j’assistai à présent à un combat de catch dans la boue.

– PRENDS ÇA !!! hurla Alain, tartinant la figure de Damien d’une bonne poignée de boue visqueuse.

Damien, dans un élan de fureur lui sauta à la gorge et tenta de le noyer dans une marre de déchets, dont la puanteur venait titiller mes narines.

– Bon, vous avez bientôt fini ? Parce que si ça vous intéresse, j’ai trouvé une formule qui va pouvoir nous aider à bouger la grosse étagère ; mais je ne voudrais en aucun cas altérer ces charmants ébats amoureux ! leur dis-je ironiquement.

Calmés, mes deux compères me rejoignirent. Je tendis alors le cahier à Damien, afin qu’il lise la formule en dirigeant sa baguette de bois vers la vieille étagère :

Objet déplacé,

Immobile tu n’es plus,

Car obstacle tu es,

Ta place est perdue.

L’imposante étagère ne bougeait pas. Damien se sentant en échec, essuya brièvement son visage encrassé, souffla un bon coup, et brandit sa baguette avec plus d’assurance tout en répétant la formule.

Rien ! ce nouvel échec commençait à nous faire perdre espoir. Ma gorge était sèche et la sueur de mon front dégoulinait le long de ma joue. Je sentais à présent mes tempes cogner et résonner dans mon crâne. Je tournai alors la tête vers Damien. Son visage maintenant pâle ne cessait de fixer sa cible. Sa respiration saccadée faisait ressortir son stress, quand tout à coup, ses yeux s’écarquillèrent.

C’est avec stupeur que nous observâmes alors tous les trois, le vieux meuble qui soudainement, se mit à trembler.

Reprenant espoir, Damien s’emballa et hurla la formule à nouveau. C’est alors qu’accompagnée d’un bruit aigu, presque perçant, l’immense étagère fut projetée à une quinzaine de mètres de haut. Dans le feu de l’action, Alain arracha la baguette des mains de Damien.

– Mais tu es fou ! Qu’est-ce qui t’a pris, quelqu’un nous a peut-être vus ! dit-il, regardant tout autour de lui.

– Ça va, laisse le tranquille, il ne pouvait pas le prévoir ! lui dis-je refermant le cahier, sur lequel une lettre dorée venait d’apparaître.

Heureux d’avoir pu constater que toute cette aventure n’était pas qu’un banal jeu d’enfant, je me remis à chercher les deux autres baguettes.

Il était maintenant midi moins le quart, et cela faisait environ une heure que nous cherchions vainement.

– On aurait dû y penser avant ! C’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin, soupira Alain, épuisé.

– Il faut rentrer maintenant, c’est bientôt l’heure de manger ! ajouta Damien.

– Vous avez l’intention de rentrer au manoir dans cet état ? Ta grand mère risque de moyennement apprécier, Alain.

Je trouvai alors dans les premières pages du cahier, la formule appropriée :

Le vent ses cheveux ordonne,

L’eau sur son visage salissant,

Sa beauté lui redonne,

Car Ici est Maintenant.

C’est alors que Damien reprit son allure initiale. Mais au moment où je m’apprêtais à exercer la même opération sur Alain, un bruit sec, identique à celui d’un appareil photo vint interrompre le processus.

– Qu’est-ce qui se passe encore ??? râla furieusement Alain.

– Chut, mieux vaut ne pas traîner plus longtemps ici, leur dis-je en repartant vers les vélos.

– Et moi alors, je fais comment ? reprit Alain restant en plan.

Rapidement, je grimpai sur mon vélo. Je déposai vite fait, dans le panier, la baguette et le cahier dont la couverture comportait à présent deux lettres, qu’aucun de nous n’avait remarquées.

Une fois rentrés au manoir, après avoir déposé nos vélos, le fait de n’avoir rien trouvé à la décharge ne nous affectait pas plus que ça. Nous étions tellement heureux, que dans un élan d’amitié, je serrai contre moi mes deux amis. Par la suite, je couru aux vélos pour y récupérer mes affaires. Et là, un cri de joie et d’étonnement rappela Alain et Damien qui s’apprêtaient à rentrer :

– Les gars !!! venez vite voir ça !

Dans le panier de ma bicyclette nous eûmes la bonne surprise d’y trouver en plus du cahier et de la baguette, les deux autres baguettes manquantes.

Nous ne savions pas trop comment elles étaient arrivées là.

– J’y comprends plus rien ! Qu’est-ce qu’elles font là ? dit Damien stupéfait.

– On va tout de même pas s’en plaindre, elles sont là, c’est le principal ! rétorqua Alain.

– Je crois que nous sommes les garçons les plus chanceux du monde ! Ne pensez-vous pas qu’il serait fort agréable d’aller fêter ça ce soir, dans le parc, quand tout le monde dormira ? proposai-je tout souriant.

– « Ne pensez-vous pas qu’il serait fort agréable d’aller fêter cela ce soir, dans le parc, quand tout le monde dormira » !!! T’as pas bientôt fini Simon, de parler comme un papi de quatre-vingt-dix ans ?!!! se moqua Alain !

Tout à coup, mamie Raymonde nous surprit et nous fit sursauter. Je cachai vite derrière mon dos le matériel magique afin qu’elle ne s’aperçoive de rien.

– Et bien ! c’est maintenant que vous rentrez ? Dépêchez-vous, Mme Manès va vous faire réchauffer un poulet. Quelle est cette puanteur ? Mais c’est toi Alain, où as-tu traîné ? Va vite me prendre une douche ! lui dit-elle avec autorité.

Mais où vas-tu comme ça ? ajouta-t-elle.

– Ben ! je vais chercher mes affaires dans la chambre ! lui lança-t-il vexé.

Le rattrapant par le col, elle dit :

– Non non non, rappelle-toi ! Je vous ai changé de chambre ! Le gardien a déménagé toutes vos affaires.

J’ai jugé nécessaire de regrouper ta chambre et celle de Damien à côtés de la mienne, car vous me semblez bien turbulents ! Comme ça, je pourrai garder un œil sur vous deux ! Quant à toi Simon, tu conserves votre chambre initiale.

En regagnant ma chambre, alors que j’avais repris le feuilletage du cahier, je tombai soudain sur un cours consacré à l’utilisation des capes. C’est ainsi que je compris ce à quoi elles allaient nous servir.

Un seul problème :

En rentrant dans ma chambre, les capes avaient disparu ! Je pus constater que Solène avait tout rangé ; et elle avait scrupuleusement fait disparaître les vieilleries qui traînaient : les trois capes, ainsi que les deux autres cahiers et leur pochette. Affolé, je fis le chemin inverse pour aller avertir mes deux compagnons. Par chance, je croisai le chariot de Solène sur lequel étaient pendus ses balais et un grand sac poubelle. Ne voulant pas déranger cette dernière qui passait la serpillière dans la bibliothèque, je pris la liberté d’ouvrir le sac. En fouillant, je fus bien soulagé d’y trouver les reliques magiques.

Continuant ma course, je rejoignis la chambre d’Alain afin de lui montrer le nouveau pouvoir. Il était malheureusement en train de prendre sa douche.

– Damien ! Damien !!!

Constatant que ce dernier n’était également pas disposé à me prêter attention, je décidai de garder la surprise jusqu’à ce soir. Je pus néanmoins lui négocier une cuisse de poulet, avant de regagner ma chambre.

4
Un tour dans le parc

Il était à présent vingt-trois heures, et nous avions rendez-vous dans le hall d’entrée. Tandis que décontracté, je descendais l’escalier pour rejoindre le grand salon, je fus surpris de trouver mamie Raymonde, allongée sur le divan, en train de regarder la télévision. Freinant ma lancée, je me cachai brusquement derrière une colonne de marbre, en percutant malencontreusement un fauteuil. C’est alors qu’Alain et Damien qui étaient cachés de l’autre côté de la salle se mirent à me faire des signes. Ils m’indiquaient que le bruit avait alerté mamie Raymonde. Je pensai soudain à m’éclipser à l’aide d’une formule que j’avais retenu :

Partons d’ici allons là-bas

Aussi rapides que le vent

Partons d’ici allons là-bas

Car ici est Maintenant

Sauvé ! en une fraction de seconde je me retrouvai exactement là où j’avais désiré atterrir.

A présent dehors, devant l’entrée, je pouvais observer à travers la porte vitrée, mamie Raymonde, à moitié endormie, en train de chercher autour de la colonne. Damien et Alain profitèrent de cette diversion, pour se faufiler à l’extérieur du manoir. Ne trouvant rien, la grand-mère d’Alain retourna s’allonger.

– Ouf ! on a eu chaud ! s’essoufflèrent mes deux compères.

– Tu as bien pris toutes les affaires ? me demanda Damien.

– Oui tout y est !

C’est après une courte balade dans le parc, que nous décidâmes de nous installer sous le petit kiosque, qui restait éclairé toute la nuit.

Une fois posés autour de la table, Damien s’empressa d’attraper mon sac, pour y prendre une baguette, un cahier et une cape. Pendant que je distribuai à Alain le même attirail, Damien sortit de sa poche un petit carnet de notes rouge et blanc et commença à écrire.

– Mais qu’est-ce que tu fais ? l’interrogea Alain.

– Et bien, avant les vacances, ma mère m’a donné ce petit carnet ; je ne savais pas trop quoi en faire ! Eh bien voilà, j’ai trouvé, je vais me faire une version de poche de mon cahier de magie.

– Mais c’est idiot ! Tu fais vraiment des choses qui ne servent à rien ! Tu me fais pitié !!! ricana Alain.

– Tu as fini de l’embêter, il fait un peu ce qu’il veut, non ?!

Vexé, Damien se mit à feuilleter les pages du cahier à toute vitesse, tandis qu’Alain relança :

– Qu’est-ce que tu fais maintenant, tu sautes des pages ! quel manque de professionnalisme !

C’est alors que Damien attrapant sa baguette, la brandit en direction d’Alain et dit :

Ridicule tu seras,

Car antithèse tu ressens,

Ton apparence tu perdras,

Car ici est maintenant,

Je ne pus m’empêcher d’éclater de rire. Alain s’enlaidissait à vue d’œil, ses cheveux bien gominés n’étaient plus à présent qu’un vulgaire tas d’épis. Son joli minois se mit à gonfler, jusqu’à dégouliner pour finalement ressembler à un gros clafoutis bourgeonnant.

Damien et moi ne pouvions plus tenir, nous riions tellement que j’en perdis l’équilibre et me retrouvai face contre terre. Alain sortit alors de la poche de son pantalon, son bien le plus précieux : un miroir. Il prit alors rapidement conscience de l’ampleur des dégâts, et se levant, furieux, il nous poursuivit à travers tout le parc. Nous étions maintenant pris au piège, face à cet affreux monstre ! Voyant que ce dernier n’était pas franchement emballé par sa nouvelle plastique, je m’efforçais malgré l’envie, de ne pas rire ; alors que Damien, lui, s’en donnait à cœur joie.

– Arrête Damien, lui bafouillai-je tout en lui tapotant l’épaule.

Alain s’apprêtait maintenant à nous pousser dans la piscine quand soudain, un flash stoppa sa quête vengeresse.

Malgré de brèves recherches, nous reprîmes très vite nos occupations, après avoir tout de même redonné à Alain, son apparence première.

– Il y a vraiment toutes sortes de formules, dit Damien continuant à remplir son carnet.

Tous trois étions plongés dans nos cahiers. Alain qui jusqu’ici semblait avoir tiré un trait sur ce qui s’était passé, se dressa soudainement la baguette à la main et avec un regard intense, il fixait Damien. Ce dernier, comprenant qu’il était la cible d’une nouvelle attaque, prit ses jambes à son cou et cavala dans le parc. Le visant, Alain prononça la formule :

Animal tu seras,

Car instinct tu trouveras,

Conscience tu garderas,

Maiscochontu deviendras.

Mais tout ne se passa pas comme il l’avait prévu ! Alors que Damien attendait sa correction au beau milieu du parc, Alain fut surpris par la réaction inattendue du sort.

Le bout de sa baguette se mit à crapoter, laissant échapper quelques étincelles pour finalement, sous son regard exorbité, tirer une sorte de feu d’artifice insonore.

Alain, le visage à moitié carbonisé pleurnicha :

– Mais je craque ! Mais je craque, c’est toujours à moi que ça arrive ce genre de chose. Je comprend pas, j’ai pourtant fait tout ce qu’il fallait, j’ai bien rajouté le nom de l’animal désiré !

Le rejoignant, je regardai, avec plus d’attention la page de cours.

– Mais non crétin, tu as bien précisé l’animal, mais il est clairement écrit, que pour obtenir le bon résultat, il faut tenir dans sa main gauche, un morceau de l’animal désiré !

– Elle est stupide cette formule, dit-il en refermant le cahier.

– Hé les gars, regardez ! Une fenêtre s’est éclairée, nous dit Damien, montrant la maison du gardien.

Au loin une lanterne à la main, le gardien s’approchait.

– Vite, vite allons nous cacher dans le bosquet, lança Alain, courant devant nous.

Le gardien ne pouvait plus nous repérer. Seulement, ce dernier se dirigeait vers le kiosque où nos affaires restaient visibles.

– Mince !!! il faut absolument l’empêcher d’aller là-bas ! s’affola Alain feuilletant son cahier, qu’il avait par chance gardé avec lui.

– Ça y est, j’ai trouvé ! reprit-il en me pointant de sa baguette.

– Oh ! du calme, montre-moi d’abord cette formule, lui dis-je réquisitionnant son cahier.

Jugeant que la...

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