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Les Nuits de Williamsburg

De
253 pages
« Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière / La seconde âme en nous se greffe à la première », a édicté un beau jour, se ratissant la barbe d’une main auguste, le père Hugo. Bien beau tout cela, marmonne et maugrée Samuel Goldblum, notre héros, mais quelle nuit choisir pour s’y fondre ? Dans quelle ombre propice refonder sa vie ? Et puis quelle foutue âme est donc la mienne ? Rejeton frondeur d’une famille juive de Clamart, romancier au succès en pleine détumescence houspillé par une éditrice foutraque et capiteuse, Goldblum backroome en roue libre dans les nuits pouacres du gay Marais. Mais le désenchantement menaçant, il opte pour un réenracinement loin de Maman et des moustachus. Le voilà plongé (entendez à la plonge), à Brooklyn, sans un sou, dans les nuits de Williamsburg (son pont, ses hips et ses hassidims), famélique otage d’un impitoyable pizzaiolo. Fuyant ce cauchemar à calzone, à la rue il est sauvé de la voirie par une famille de juifs religieux au centre de laquelle flamboie Rébecca la rousse, un vrai pique-nique de soleil. L’âme enluminée par la lecture du Zohar et les reins bizarrement embrasés par la fille de la maison, il se croit un temps sur la voie du salut. Que nenni, une nuit il se fait la belle, l’autre, et retourne aux fièvres new-yorkaises hantées par les fantômes de la Beat Generation. Pour finir, back to Paris, avec dans la musette Les Nuits de Williamsburg, enfin de quoi se ragaillardir la plume. Porté par une prose turgescente et une gouaille enfiévrée, le roadbook folâtre et initiatique d’un « noctambule affreux vivant à bout portant ». Vital.
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Frédéric Chouraki
Les Nuits de Williamsburg
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Couverture © Allen Ginsberg © Allen Ginsberg LLC © le dilettante, ISBN978--2--8426-3-8-87-0
« Pourquoi astu quitté la maison de ton père? » demanda Bloom à Stephen qui lui répondit : « Pour chercher mon infortune. » Ulysse
– Encore des juifs, encore des gays ! Je n’en peux plus, Samuel ! Écoute, tu tournes en rond. Et cen’est pas crédible ! Qui peut imaginer un seul instant que l’on puisse passer ses journées à prier à la synagogue et ses nuits dans des… backrooms ! Tu dois à tes lecteurs un minimum de vraisemblance. Et pourtant…, fulmina Samuel, exaspéré par la naïveté de son éditrice. Qu’estce que tu marmonnes encore dans ta barbe ? – Rien. Écoute, Amélie, je… – Oh, Samuel, je t’en conjure, ne joue pas la carte du charme mou avec moi ! Comme le disait Saul Bellow, tu as définitivement perdu ta magie. Philip Roth, idiote ! – Tu disais ?
– Rien, rien… Cette garce d’éditrice étaitelle pourvue de dons médiumniques ? En tout cas, il semblait acculé. Il se retrouvait sans maison d’édition après avoir perdu son toit et sa joie de vivre. – Tu penses que je t’en veux, que je souffre de judéophobie latente… – Pourquoi latente ? – Ne joue pas avec moi ta complainte du juif martyrisé, veuxtu ? Tu es gras comme un pour ceau ! – Merci pour la comparaison ! – Par tous les saints d’Israël, épargnemoi ta paranoïa. Je suis à bout. À bout !!! Il entendit « zabou ! », « zabou ! » et ne put, malgré l’avalanche d’avanies qui lui tombaient sur le blaze, réprimer l’un de ses fameux sourires taquins. La quinquagénaire, survoltée, se dandi nait sur son siège en Plexiglas, réajusta sa mèche lourde de laque qui couvrait la moitié de son visage avant de lâcher sa sentence, d’un ton sans appel : – J’en ai parlé au boss et… Cette vieille barrique qui roupillait comme une tanche avinée dans son immense bureau avec vue plongeante sur la Seine ? – Et… ? – Je sais ce que tu penses et c’est vraiment très,
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très désagréable. À cause de ton mauvais esprit, tu risques d’alourdir encore ta peine. Employaitelle ce terme dans le sens de fardeau ou de chagrin ? Alors que le couperet menaçait de trancher sa nuque délicate, Samuel Goldblum se raccrochait à l’étymologie. – Je suis tout ouïe. – À la bonne heure ! Je te disais qu’avec Alain, nous avions décidé qu’il était grand temps pour toi, attention, dans ton intérêt et de manière pro visoire… Bon, Amélie, tu accouches ! – Grand temps de… ? – Laissemoi finir ma phrase, tu veux bien ? Son teint orange sanguine travaillé, chaque hiver, sur les plages de SaintBarth et, le reste de l’année, dans les cabines du Point Soleil Mabillon voisin, avait, de colère, viré à l’écarlate. – Et donc, pour résumer, en substance, nous avons estimé, Alain et moi, que tu ferais bien, pour un temps du moins, même si, je suis d’accord avec toi, les mots sont réducteurs… Le condamné, ankylosé sur son siège incon fortable comme un migrant dans un centre de rétention, songea : ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. – Tu disais ? – Je pensais, c’est tout.
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– Il est bien là ton problème ! Tu penses trop et ne vis pas assez. Comme beaucoup d’écrivains de ta génération d’ailleurs, mais il est manifeste que ta prose souffre d’un excès de cérébralité. Toutes ces références abstruses ! Ces mots abscons ! L’époque a changé, mon ami ! Les lecteurs n’ont pas le temps de s’arrêter toutes les trois minutes sur un mot, de buter sur l’une de tes notions éso tériques, de se faire un tenniselbow en transpor tant leur dico dans le métro… Il voulut la féliciter pour sa rime pauvre mais n’en eut guère le loisir. L’infâme ménade avait trouvé son rythme de croisière. De toute évidence, l’annonce de son châtiment lui inspirait cette brillante tirade. – Alain remarquait, à juste titre à mon avis, que ta littérature, en plus d’être frigide, étique, pas dans le sens de déontologique évidemment mais d’anorexique, était… segmentante. – C’estàdire ? – Ce dont on ne peut parler il faut le taire. Qui a dit ça déjà, Roland Barthes ? – Wittgenstein. – Voilà le nœud de ton problème. Toujours à aligner les références les plus hermétiques ou, pour le dire crûment, à la ramener ! – Mais c’est toi qui… Elle le singea en esquissant une moue de bébé
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