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Les passagers du rêve

De
99 pages
Jeter un regard derrière le rideau, goûter la sève qui s'écoule derrière l'épaisse écorce ! Qui n'a pas vécu l'expérience de la découverte d'un monde caché derrière le costume cravate de son collègue de bureau ou le sourire commercial de sa boulangère ? Chacun vit ses propres illusions, voit le monde à sa façon, tel qu'il le rêve. Non, le monde n'est pas un univers gris et uniforme, c'est ce que l'auteur illustre à travers quelques histoires tirées de la vie quotidienne et qui nous entraînent dans l'univers de chacun des personnages Quelques petites histoires, à lire dans le train, qui soulèvent un coin du voile, qui nous conduisent au seuil du secret des âmes, qui nous invitent à un voyage dans l'enfance.
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Les passagers du rêve
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Michel Perrin
Les passagers du rêve





Nouvelles et contes










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© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com
ISBN : 2-7481-7253-1(livre numérique)
ISBN 13 : 9782748172539 (livre numérique)
ISBN : 2-7481-7252-3(livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748172522 (livre imprimé)
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PRÉFACE



Lire Les Passagers du rêve, c’est se laisser emporter dans
l’univers très particulier du fantastique quotidien.
Quand on commence à tourner les premières pages, en
effet, on croit d’abord reconnaître le monde que nous
connaissons le mieux, un monde extrêmement familier
où il y a des RER A et des villages traversés par des
randonneurs, des tentes d’où peuvent émerger des têtes
ébouriffées et mal réveillées et des employés modèles
qui déchireront leur image comme il fallait bien s’y
attendre ; et puis rapidement, quelque chose se
détraque. D’abord on peut se retrouver projeté à 100
ans de distance vers le futur sans que le ton et les
descriptions affectent le moins du monde un
quelconque changement. On se dit alors, non sans
raison, qu’il s’agit de fiction et de fantastique – mais
avec un effet de choc en retour qui en est tout le sel.
Après tout, le RER A n’est pas en lui-même moins
étrange que la terre ne le sera dans un siècle. Mais là
encore, quelque chose cloche et ne se laisse pas réduire
si facilement. Cette écriture faussement naïve (comme il
existe des peintres naïfs) qui ne prétend à rien d’autre
qu’à la perfection de la jouissance de soi, abrite des
personnages à peine entrevus le temps de quelques
pages, mais qui tracent leur itinéraire d’une manière
aussi transparente que demeure profonde l’énigme qu’ils
laissent derrière eux. Partout, le destin joue les mêmes
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tours aux humains, en intervenant dans leurs vies par les
voies les moins prévisibles. Mais ce n’est pas encore
cela.
« Sous l’écorce, la sève ». On ne saurait mieux dire ce
dont il s’agit ici. Une écriture d’une totale discrétion,
racontant la surface des vies qui sont mesurées à la
même aune, qu’il s’agisse de criminels, de très humbles
personnages ou de notables provinciaux. Or cette aune
n’est ni celle de la dérision (malgré cette ES-A.N.E.S,
ENA des temps futurs), ni celle du décryptage
psychologique, c’est celle de l’enfance que chacun porte,
indélébile, au plus secret. Le sérieux de l’enfance, la
lucidité absolue de l’enfance et son abyssale exigence
devant la vie. Sous l’écorce, la sève – et la sève est celle
de l’enfance qui n’a rien de puéril ni même d’enfantin,
mais qui sait de science sûre que la couleur des sapins
en sait plus long que nous sur l’essentiel. Car ces récits
ne sont ni des contes ni des nouvelles. Ils sont des
écoutes attentives et des coups d’œil narquois qui
évoquent le genre de diagnostic que les paraboles
évangéliques portent sur notre époque. « Un homme
possédait de grands biens… » « Un homme descendait
de Jérusalem à Jéricho… » La surface terne et grise des
vies recouvre une réalité immense que seuls, parfois, les
odeurs, les sons, les paysages déchirants de la montagne
parviennent à manifester. On chercherait à tort, malgré
quelque apparence, l’apologie de la simplicité. Au
contraire, le diagnostic enveloppe un optimisme éclatant
et tragique : ne croyez rien de ce que vous voyez d’eux,
de ces hommes et de ces femmes parmi lesquels vous
vivez, ils sont plus vivants que vous ne le pensiez et la
paix peut faire irruption en eux au moment même où
vous les croyiez perdus.
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Parfois il y a des chutes heureuses, parfois cruelles.
Elles sont des entrailles qui vont jusqu’à la sève. Les
plus heureuses laissent un goût de malheur possible, les
plus malheureuses parlent clairement du bonheur. Mais
les récits les plus étranges sont ceux qui n’en
comportent pas. Tout est laissé en suspens. L’essentiel a
eu lieu, et on ne l’a qu’à peine vu passer. « Sinon
1l’enfance, qu’y avait-il alors qu’il n’y a plus ? »

Alain Cugno


1 1 Saint-John Perse, Pour fêter une enfance, III, p25 dans
l’édition de la Pléiade
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