Les preuves humaines.

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Ils ne sont pas jaloux des possessions et des terres, des maisons et des meubles, des grandes familles de résidents. Le temps s'imprime en eux et promulgue son savoir. Des uns aux autres. Le bruit et l'odeur. La mère en prenait un et demi, le père deux, ses frères, par ordre d'âge, respectivement un, et deux et demi, et sa petite sœur, trois. En simulacre. En vérité. Je me retrouve d'un bloc, en chair et en os, passé et futur avec. Des images. En enfer.
Publié le : lundi 20 juin 2011
Lecture(s) : 136
EAN13 : 9782748109887
Nombre de pages : 181
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Les preuves Humaines.
James Benoit
Les preuves Humaines.
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LA PEAU SUR LES OS
Note pour un poème à la fin du XX siècle.
Certains naissent dans la conviction dune vie à accomplir. Ils possèdent au fond deux un sentiment, dont ils ne peuvent être assurés, mais qui les gou-verne vers une destinée particulière. Ils sont dans une certitude, quils suivent et précèdent à la fois, dont le détail ne leur est pas révélé et dont ils ne sont pas maîtres, mais quil leur faut connaître. Ils souffrent dune conscience intuitive quils ont le de-voir dassumer dans chacun de ses instants et de par-courir dans la complétude de son sens. La vie leur est donnée afin de la couvrir. Ils sont porteurs dun signe, sans perspective ni antécédent, dont ils ne sont que les vecteurs. Ils ne créent pas de sens à proprement parler. Ils ne sont ni novateur, ni destructeur, ni exploitant, mais ils apportent, davant eux et de leur propre futur, une science de vie dont seuls eux reconnaissent à ses signes le fondement et lélan.
Enfant, ils ne sont pas laîné dune famille. Il ne pèse sur eux aucune pression héréditaire, et par-là même aucun souci de révolte. Ils sont alors laissés à leur éducation. Dans la simplicité dun monde sans la moindre équation, ils se font lécole dun buis-son. Ils apprennent très vite les noms et les vertus
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des mauvaises herbes, et le langage secret des ani-maux sauvages. Puis ils rentrent au logis, au soir tombé, où une mère impatiente se désespère de leurs intarissables récits. Puis ils seront frottés et récurés jusquau décrottage parfait, et auront une nuit de re-pos sans rêve et sans sommeil, à regarder la lune. Les livres leur sont donnés pour approfondir leur connaissance sensible, et ils les emportent sous le bras dans leurs marches journalières de plus en plus téméraires. Ceux-ci leur fournissent souvent les sup-ports crédibles que demande leur imagination. Et ils reviennent plus tard, et moins fatigués, plus si-lencieux aussi. Leur corps se détend vite, plus vite que leur esprit, et leur muscles leurs semblent passi-vement engourdis. Lappel se fait plus fort que les négligences maternelles, et ils partent soudain, dans un matin dautomne vers une autre chaleur, au vol des oiseaux migrateurs. Ils nont plus quune pensée vers le pas quils vont faire, et de loin en loin, de pas en pas, ils ne reviennent pas.
Ces nomades ne se perdent jamais. La terre est leur unique rendez-vous, le chemin est leur maison. Partout où ils se trouvent, à chaque instant, ils sont arrivés et partants. Ils existent, ils survivent, ils res-tent, mais sont toujours fuyants. Ils passent et de-meurent, longtemps après, dans leur propre sillage. Des légendes courent, loin devant eux, entre leurs jambes, et après leur passage. Ils traversent la planète de part en part, à tous les coins du globe et acquièrent le sens des foules et des individus, à la poursuite dune réminiscence. Ils ont des sciences inconnues, des savoirs de tous les pays. Ils se sont fait dorer à tous les soleils, et ont passé leurs nuits à dormir debout sous toutes les lunes. Ils sont un peu les hommes de tous les pays. Ils sont le peuple de tous les peuple et les terriens par excellence. Ils sont un peu de chacun dentre nous.
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Nous voyageons en rêve, comme en réalité, dans les traces de leurs pas. Et ils nous ont menés partout, un peu de tous côtés, toujours loin des frontières car elles restent invisibles à qui est avachi dessus, dans un amour du voyage, et de la foi en la nature mère, dans la contemplation des choses dune certaine réa-lité. Emerveillés du fait dArriver, sans jamais se re-tourner pour mesurer le trajet parcouru, ils sont oc-cupés par linstinct de la fin et par les courants dair. Ils ne tracent aucun plan, ne décident de rien. Ils vont seulement où le vent les emmène, sans souvenir du point de départ, sans espérance du devenir. Ils ne sont ni leffet ni la cause, et ils filtrent le temps dans le silence. Ils ne calculent rien, jamais altérés par les temps qui changent et les époques. Ils ne disposent de rien : loin du sens de la valeur et de la comparai-son mais au plus près du sentiment, et dans sa plus profonde irrationalité. Le chemin leur sera toujours plus important que le moyen de transport ; et même sils peuvent se tromper, ils ne font pas fausse route : ils sont par-tout ailleurs, jamais trop présents, absents de lins-tant. Ils peuvent prendre de mauvaises directions, et cest pour eux, alors, apprendre ce quest une mau-vaise direction et en éprouver les raisons qui la font ainsi ; savoir, par avance, quelle était mauvaise fût beaucoup moins enrichissant.
Leur vie est une roue. Ils sont parfois forains, sil leur faut paraître et séduire. Ils jouent des illusions et les tours de passe-passe, et sont capable dêtre dune surprenante compagnie. Parfois ils sont voleurs ou mendiants, sil leur faut survivre. Ils sont men-teurs et profiteurs, damours passagères, ils trichent sans vergogne. Ils défient la pudeur et la honte. Mais ils peuvent aussi être dhonnêtes marchands,
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sil leur faut partager. Ils seront conciliants et ai-mables, francs et distingués. Ils sont loyaux et mo-raux. Toute leur vie ils restent courageux et fourbes en même temps, brillants et sombres à la fois. Mais dans tous leurs états ils gagnent leur tribut : leur de-nier est de vie. Sils peuvent se transformer cest quils cherchent lhomme tout au fond de lhumain. Ils affectent les plus diverses figures de la communication, mais en se détachant toujours des formes de compromis dans une indépendance qui peut sembler arbitraire ou in-juste à ceux qui aimeraient les conserver dans leur cercle ou nouer des liens, jusquà leur attirer parfois la haine : ils se tiennent prêts à tout donner à celui qui noffre rien sil est celui quil faut, mais se refu-seront à donner ce quattend celui qui attend. Sils donnent, ce nest ni par contrainte ni pour le plaisir. Eux, qui ne possèdent rien, ne font don de leur personne que par besoin, ou bien pour le besoin. Sil advient quon leur offre ses services, ils sen acquitteront au plus tôt. De même, sils offrent leur aide, ils accepteront, ou bien demanderont, un dédommagement. Ils savent que les hommes ne sont pas quittes par des remerciements. Et ils tiennent autant à ne rien devoir et quà ne pas être créanciers ; lorsque les hommes sont quittes, ils ne se pèsent pas, ils nattendent rien, ne redoutent rien, ils nont pas de liens. Ils ne cherchent pas à attirer ladmiration ou la re-connaissance. Leur simple volonté est de ne pas sat-tarder plus de temps que nécessaire sur les plaisirs que leur procure un instant de vie : les joies aux-quelles on sattarde lassent, et ils jugent leur vie trop courte pour éprouver la lassitude. Sils arrivent, cest pour vivre un instant de la vie dici, et sils partent, cest quune nouvelle vie les attend ailleurs.
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