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Les rêves d'un enfant Brésilien

De
136 pages
Nino n’a jamais connu son père. Quand sa mère meurt d’une pneumonie, il n’a qu’une solution: refusant la loi du plus fort qui règne dans la favela, il part mendier en ville, à Rio de Janeiro. Venu
grossir les rangs des « enfants des rues », confronté plus que jamais à la faim, entre pauvreté, générosité, rêve et réalité, il n’arrive à dormir et à s’évader que lorsqu’il réussit à trouver quelque chose à manger… Alors quand il s’endort, à travers ses rêves, tout devient possible.
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Extrait



Je suis né à Rio de Janeiro dans un bidonville qui s’appelle Vidigal, juste à côté de la plage Leblon dominée par l’hôtel Sheraton. Sur la plage, le sable est plus blanc que blanc. Pas comme moi. Les gens sont propres, bien habillés et, surtout, ils sont fiers. Dans leurs vêtements impeccables, ils donnent l’impression d’assister à un mariage. C’est comme s’il y avait une aura autour d’eux. Le soleil rayonne en eux. Et leurs voitures sont étincelantes. L’automobile, c’est le symbole du succès. Ayrton Senna conduisait une voiture de Formule 1. C’était un héros. Je suis certain que des milliers de Brésiliens auraient donné leur vie pour qu’il ne meure pas. Son décès au Grand Prix de Saint-Marin en 1994 a vraiment laissé un grand vide.


De l’autre côté de la plage, dans la favela, tout est sombre et défait. Ici, les gens sont noirs et leur misère est d’ébène, comme disait ma mère. Les bicyclettes sont rouillées et brisées, presque hors d’usage. C’est comme si le diable vivait parmi nous. À Rio, ville merveilleuse — cidade maravilhosa comme le veut l’expression consacrée —, se côtoient l’abondance et la pauvreté. C’est à Rio que j’ai compris que ce n’est pas vrai que le soleil brille pour tout le monde. En tout cas, pas de la même façon. Quand vous êtes riche, le soleil vous enveloppe l’âme, vous caresse le corps et vous fait du bien comme si quelqu’un vous donnait un baiser affectueux sur le front. Mais quand vous êtes pauvre et que vous avez le ventre qui gargouille, le soleil, c’est terrible. Il vous brûle la peau, vous étourdit et vous assèche. II finit par rendre fou. J’en sais quelque chose.


Avant, il m’était rarement arrivé d’avoir faim, car maman veillait sur moi. Elle était courageuse, ma mère. Elle faisait le ménage chez les riches pour subvenir à nos besoins. On ne mangeait pas souvent de la viande, mais il y avait toujours au moins un peu de riz à la maison. De temps à autre, on partageait le peu qu’on avait avec des voisins encore moins fortunés que nous. Ils nous rendaient la pareille un peu plus tard. D’autres non et ça, ça rendait ma mère furieuse, mais elle continuait à partager. Elle disait toujours que dans la vie, il faut donner et que notre générosité nous sera rendue au centuple.

J’ai vécu beaucoup de moments de joie avec maman. Souvent, elle chantait avec enthousiasme d’une voix forte et juste, et ses chansons m’égayaient le cœur. À la veille du carnaval, les employeurs de ma mère lui donnaient de l’argent pour faire la fête. Pendant le carnaval, il n’y a plus de riches ni de pauvres. Tout le monde célèbre à l’unisson. De jolies femmes en costumes brillants passent en groupes dans la rue à pied ou sur des chars allégoriques sous les feux d’artifice. Et puis, il y a la musique et la danse. C’est si beau de voir les gens danser. On croirait que tout le monde est heureux. Moi aussi, j’aime danser. On dirait que la danse chasse les larmes de mes yeux. Pendant le carnaval, je dis une formule magique et je deviens Jean-qui-rit : « Samba ! Samba ! Et hop, que la danse soit éternelle, que la fête ne se termine jamais, jamais. Samba ! Samba ! »
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