Les Saisons disparues

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À Firsac, petite commune du Sud-Ouest, la "Michaude", propriétaire du café des Rizières, élève en maltraitant sa nièce Anne Michaël depuis la mort de sa grand-mère. Passionnée par la littérature, la jeune fille, pour mieux supporter son quotidien, s’éloigne de la réalité dans le monde de la lecture. C’est alors que s’installe dans le village Arthur Malloris, écrivain célèbre venu chercher l’inspiration loin des villes. La rencontre de la jeune fille avec l’auteur sera déterminante pour son avenir et les secrets les plus cachés vont rejaillir là où elle s’y attendait le moins.
Publié le : jeudi 1 mars 2012
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EAN13 : 9782748360653
Nombre de pages : 140
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Les Sanglots du silence, Recueil, 1993 Lydie ou les larmes en hiver, Roman, 1996 Aux Regrets d'Elise, Recueil, 1997 Il m'avait promis, Roman, 1998 Les Chemins de la Tolérance, Recueil, 2000 Au nom du Tout Puissant, Recueil, 2003 J'avais vingt ans, Témoignage, 2004 Les Printemps d'Amélie, Nouvelles, 2006
Michaël Blauwart
LES SAISONS DISPARUES
Mon Petit Éditeur
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Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2011
À Anne, avec tout mon amour,Aux miens qui ont reformé ma famille.
I Il était un peu plus de vingt-deux heures. Le bar des Rizières venait de fermer ses portes comme chaque soir à la même heure. Le dernier client était parti moins frais quà son arrivée, les six ballons de vin quil avait descendus, avaient eu le temps de faire leur effet. La Michaude, derrière le comptoir, la paupière tombant sur un il sournois et fébrile, essuyait son dernier verre dun geste lent et sans élégance. Sa main grosse et puissante ressemblait à celle dun homme. Quand elle eut fini le travail de la journée, le pas traînant sur le carrelage, tel un mastodonte, elle rejoignit difficilement sa maison qui communiquait directement avec son commerce, séparée de celui-ci par un simple rideau mal lavé. Le petit café de Firsac restait le seul endroit du village ouvert si tard. Tandis quune grande partie de la population sétait déjà endormie, les derniers piliers de comptoir regagnaient leurs pénates. La nuit sesquissait dans le calme installé depuis déjà longtemps. Les hommes qui fréquentaient le bar étaient dune tranche dâge plutôt jeune, la plupart ne dépassant pas vingt-cinq ans. Les trois quarts nayant pu trouver un emploi sûr et stable, vivaient de petits labeurs. Larrêt des études pour beaucoup avant lâge de dix-huit ans, expliquait en partie le fléau que représentait le chômage dans ce lieu reculé de la Gironde. Les gamins, pour chasser lennui et le mal de vivre, aimaient se retrouver au café des Rizières. Curieusement, le petit
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commerce de la Michaude était devenu leur refuge. Ils fuyaient ainsi le climat paysan glauque et lourd de cet environnement familial quils navaient pas choisi et quils auraient voulu autrement. Les jeunes de Firsac subissaient tristement leur vie, détachés dun quelconque but à atteindre pour abriter leur avenir. Dailleurs à Firsac, il ny en avait aucun. Les jours passaient sans savoir de quoi serait fait demain. Pour eux, une journée écoulée était une journée de gagnée. Voilà à peu près le raisonnement quils tenaient. Ces adultes de demain, déjà blasés de leur existence, portaient en eux-mêmes une vie faite de monotonie et dindifférence alors quils navaient pas encore atteint la barre des trente ans.  Anne Michaël ! Où es-tu encore passée sale gamine ? cria la Michaude en pénétrant dans sa cuisine. Tu es encore en train de rêver et de flemmarder dans un coin. Cette fille ne me pose que des problèmes. Cette femme sans grâce, à la féminité absente et au visage rougi par lalcool, faisait delle un être assez repoussant que lon navait guère envie de fréquenter dans certaines soirées mondaines. La Michaude aimait généralement commander le monde. Personne ne devait discuter les ordres quelle avait lhabitude de donner et surtout pas sa nièce, Anne Michaël, quelle menait durement. Depuis que la jeune fille vivait au café des Rizières avec sa tante, la vie semblait lavoir désarticulée. Elle se sentait comme une poupée de mauvaise qualité que lon malmène et que lon jette après usage. Anne Michaël, à la merci de la Michaude, ne servait quà ça. Ladolescente passait son temps à exécuter les quatre volontés de sa tante en se pliant aux caprices insolents dont elle faisait preuve chaque jour. La misérable femme avait trouvé chez sa nièce la gratuité dune bonne et en profitait aisément. Les rudiments élémentaires du code de la vie semblaient lui avoir échappé tout le long de ces années. Les notions de bien et de mal étaient bien floues dans son esprit,
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elle ne pouvait donc mettre en pratique ce quelle ne connaissait pas. Les seules règles quelle sétait données et quelle avait réussi à mettre en pratique, ne concernaient quelle seule. Un profond égoïsme venait ainsi durcir les traits irréguliers de son visage au regard impur. Anne Michaël se sentait bien seule depuis quelle vivait avec la Michaude, cette femme tortionnaire qui lavait recueillie à la mort de sa grand-mère, il y avait tout juste trois ans. Au début, elle avait songé à la placer à la DDASS, puis finalement, sétait dit quune fillette de treize ans, lui serait très utile dans les tâches de la vie courante. Peut-on rêver mieux que davoir une servante que lon ne paie pas ? Elle lui avait offert le gîte et le couvert et la possibilité de suivre une scolarité normale. Quelle fumisterie finalement quand on sait quelle navait guère le choix. Pour la Michaude, lenseignement était inutile et apprendre ne valait rien dautre quune perte de temps. Il était préférable de passer son chemin plutôt que de sarrêter sur des futilités. Son raisonnement ne volait pas plus haut que ça.  Anne Michaël ! Veux-tu venir ici maintenant ? Je commence à perdre sérieusement patience, beugla-t-elle dune voix masculine. Anne Michaël, un livre à la main, couchée dans lherbe fraîche au fond du jardin à lombre dun peuplier, rêvassait dans le monde de la littérature, tellement plus attrayant que son monde à elle ; un monde de discorde et de violence que la Michaude aimait entretenir. Ladolescente en entendant sa tante crier au loin, sarrêta de lire. Cette voix grasse et vulgaire lui fit frissonner léchine, elle allait encore entendre une drôle de sérénade. Des mots grossiers fuseraient comme des grenades et Anne Michaël ne serait pas épargnée sous le poids de la méchanceté de cette tante acariâtre. La jeune fille se releva sans avoir envie de le faire mais pourtant mieux valait se dépêcher. La Michaude ne plaisantait pas quand elle se mettait sur son dos.
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 Je suis au fond du jardin ! cria-t-elle dune voix hésitante avec en fond cette peur tenace de déclencher un nouveau conflit. La femme ne mit pas longtemps pour arriver. Dun il impur et perfide, elle fixait sa nièce jusquà ce que celle-ci éprouve un sentiment dinconfort et de mal-être. La Michaude savait très bien sy prendre pour déstabiliser Anne Michaël et son plaisir nen était que plus grand.  Excuse-moi, je nai pas vu lheure passée. Le livre que je suis en train de lire est tellement passionnant. Tu te fiches de moi, la nuit commence à tomber et tu nas pas vu lheure passer, pour qui me prends-tu ?  Cest bon ! Calme-toi, Je tai déjà dit que je mexcusais, répondit-elle presque agressive. Tinquiète, ce genre dincident ne se reproduira plus.  Rassure-toi, tu ne risques plus jamais de recommencer, grommela la tante dun ton acide en arrachant louvrage des mains de la jeune fille. Puis le geste rempli de colère, elle déchira une à une les pages du livre avant de le jeter dans lherbe déjà humide en cette fin de soirée.  Maintenant ma fille, tu nas plus quà le ramasser pour le mettre à la poubelle. Tu vois, je tai donné un peu de travail à faire, ça tévitera de dormir sur tes lauriers. Anne Michaël avait presque les larmes aux yeux mais elle sétait jurée dêtre forte et de ne rien laisser paraître. Elle devait encore lui résister. À sa majorité, elle naurait plus le dessus, la jeune fille sen était fait la promesse. La Michaude repartit plus satisfaite que jamais en ayant au coin des lèvres un sourire malsain à la limite du diabolique. Ladolescente regarda cette femme séloigner, vide et imparfaite, claudiquant de sa jambe droite. Si Anne Michaël navait pas été aussi contrariée, elle laurait trouvée presque misérable.
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