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Les songes du paresseux

De
231 pages
Quand le doyen du village meurt dans son lit et part retrouver ses ancêtres et ses anciens compagnons dans un monde parallèle, qui veille sur le monde des vivants, il ne faut pas s'étonner que la machine s'emballe…La cloche nourricière vacille sur son crochet, sans elle la communauté des morts ne peut plus vivre… et l'on menace de la retirer. Un jeune homme, fainéant au possible, fanatique de la sieste, oisif au-delà de tout, trouve la clé des songes qui ouvre la porte de la fortune... Suivons le dans les méandres de sa morale ébréchée, au sein d'un cercle d'amis moqueurs qui deviennent admiratifs… jusqu'à quand ?
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2

Les songes du paresseux

3
Frédéric Piegay
Les songes du paresseux

Nouvelle
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-7362-7 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748173628 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-7363-5 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748173635 (livre numérique)

6 . .

8
TABLE DES MATIÈRES

La cloche de bronze........................................... 11
Asile ..................................................................... 67
Le serment du grand rocher ........................... 117
Les songes du paresseux ................................. 175
Sanatanga .......................................................... 217
9
LA CLOCHE DE BRONZE
Le père Soupiot rejoignit son lit un peu plus
tôt que d’habitude ce soir-là, délaissant à regret
la partie de belote qui s’organisait au rez-de-
chaussée de la maison de retraite « Au soleil
couchant ». C’était bien dommage, le matin il se
sentait plutôt en forme, prêt à en découdre avec
Garipot, qui comme lui convoitait les faveurs
de la mère Jeanne. C’était un duel sans merci,
où tous les coups étaient permis. Garipot avait
pris l’avantage l’après-midi même en gravissant
d’une seule traite le chemin du Bourgaud,
quand lui, Soupiot, ancien berger et chasseur
alpin décoré de la Grande Guerre, avait dû se
résoudre à plusieurs stations assises sur les
grosses pierres du chemin, souffle court et
orgueil en berne.
Il comptait bien reprendre l’avantage ce soir,
Garipot était nul aux cartes. C’était raté, il ne
pourrait bomber le torse à la table, le regard
droit et fier sur le tricot de la mère Jeanne qui
emberlificotait le fil et les sentiments confus des
deux vieux depuis des années, sans qu’aucune
11 Les songes du paresseux
de ces activités ne débouchât sur un résultat
concluant.
Soupiot était fatigué. Malgré le soutien des
retraités les plus valides, il était rentré de cette
promenade infernale toutes articulations
grinçantes et avec le poids de trois meules de
foin dans chaque jambe.
Au repas du soir, il avait piqué du nez dans
l’assiette de vermicelle, fort heureusement loin
du regard de sa dulcinée qui mangeait dans sa
propre chambre.
Allongé sur sa couche, il rumina longuement
sa défaite, maudit les années passées et ses
jambes racornies et élabora mille stratégies
toutes aussi fines et rusées pour ridiculiser son
rival. Il envisagea sereinement de saupoudrer de
laxatif le lait matinal de Garipot, ricanant à
l’idée de le voir courir aux toilettes, jambes
prises dans le balancement sournois des
bretelles que l’urgence de la situation l’aurait
contraint à abaisser. Il s’endormit donc l’esprit
apaisé par la perspective de mille vengeances et
mourut le sourire aux lèvres.
Il ne traversa pas un long tunnel, ne monta
pas vers la lumière, mais eut tout au contraire
l’impression d’une chute ralentie, pas du tout
effrayante. Il ne souffrit pas, ne ressentit rien de
particulier, ne vit pas défiler devant lui le
panorama de ses vilaines actions passées, ce qui
aurait pris énormément de temps. Il se contenta
12 La cloche de bronze
de descendre et au bout d’un temps qu’il ne sut
mesurer, il se posa comme un voile de soie sur
la rampe d’un escalier qu’il reconnut
immédiatement. C’était celui de la chapelle du
cimetière. A deux pas de là, la lourde porte de
chêne s’ouvrit dans un grincement et il vit
clairement trois ombres noires s’agiter dans
l’encoignure.
– Crévindieu de bon dieu, se dit-il, je serais
crevé et ce serait ça la mort ?
La plus grande des ombres s’approcha et
parla. Il entendit la distinctement la voix dans sa
tête.
– Bienvenu dans le monde des Anciens, père
Soupiot. Je dois dire que nous vous attendions
depuis un petit moment.
C’est ainsi que maître Bargattin, l’ancien
notaire de Culuq-Les-Vignes accueillit Soupiot.
Les deux hommes ne s’étaient plus croisés
depuis vingt-deux ans, le jour ou l’homme de
loi avait cessé d’officier et d’exister tout à la
fois.

Théodore Mascaret, fossoyeur de la
commune de Culuq-les-Vignes, arpentait les
allées de son cimetière la bêche à l’épaule et le
sarcasme bougonnant à fleur de bouche.
– Tiens, la tombe de la Marie des Hunaudes,
dit-il en tombant en arrêt devant une sépulture
qu’il faisait semblant de découvrir, en voilà une
13 Les songes du paresseux
qui est bien plus sage en paradis que sur cette
terre.
Il empoigna une belle fleur en pot et la serra
contre son ventre.
– Tu crois pas que dans l’autre vie on t’en a
bien assez servi des fleurs, la Marie ? Faudrait
voir à partager un peu maintenant.
Il traversa l’allée et déposa le pot sur la
tombe dégarnie de la Françoise Viret, vieille fille
solitaire et misanthrope qui n’aimait que les
chiens et était morte des suites d’une vilaine
morsure de son roquet.
– Tu pourras toujours la regarder de loin, ta
fleur, la Marie. Je la mets juste à côté tu vois.
Il poursuivit son chemin et stoppa devant la
dernière demeure d’Henri Ludois, l’ancien
mécanicien auto.
– T’es bien sage l’Henri, t’es bien sage à
présent. T’es plus trop capable de me botter les
fesses, hein ? Et puis la lampe torche qu’on t’a
volé dans la vitrine, tu sais que c’est pas moi. Tu
dois le savoir maintenant, d’où t’es on doit tout
savoir non ?
D’instinct, Théodore palpa sa cuisse,
cherchant dans la poche le contact dur du culot
de la lampe. Il ne le trouva pas et s’empourpra.
– Tu me l’as repris ? Tu m’as pas fait ça dis,
l’Henri ? Oh, réponds-moi !
Puis il la découvrit, dans son dos, fichée dans
sa ceinture.
14 La cloche de bronze
– Non, t’es bien plus capable de me la
reprendre. Moi, j’en ai besoin tu sais. Pour
marcher la nuit dans ce village sans lumières,
fallait bien que j’en ai une. Tu pouvais bien le
comprendre non, au lieu de me botter les fesses
que ça me cuit encore quand je m’assois. Toi,
t’étais riche, des lampes comme ça, tu en avais
plein le magasin, alors ? Non, c’était que de la
méchanceté Henri, que de la méchanceté.
Il respira un grand coup et la bêche quitta
l’épaule pour finir dans ses mains larges et
musclées de travailleur de la terre.
– Je t’en veux pas l’Henri, va. Je sais
pardonner.
L’outil de jardin décrivit un large arc de
cercle et le tranchant métallique vint heurter le
flanc de la croix dont quelques fragments de
pierre chutèrent.
– C’était pour te montrer que les coups ça
fait mal l’Henri. Je t’en veux pas plus que ça tu
sais.
Il poursuivit son chemin, décocha un signe
de croix malhabile sur la tombe de son
instituteur, vérifia que la porte du caveau de
maître Bargattin était fermée et retira les
planches qui couvraient la tombe fraîchement
creusée du doyen Soupiot. Il sortit sa lampe
torche, dirigea le faisceau lumineux sur les
parois et apprécia le travail de la petite
excavatrice communale. Assis sur la pierre
15 Les songes du paresseux
d’angle, il sortit le saucisson et le litron, mangea,
but et dirigea une série de rots fort peu discrets
en direction de la fosse. Les échos étouffés qui
remontèrent à ses oreilles ne lui plurent pas
beaucoup.

Le père Soupiot naviguait de surprise en
surprise. Débarrassé de sa cataracte, il voyait
clair comme jamais. Dépourvu de membres, il
se déplaçait sans même y penser et ses gracieux
envols produisaient un doux frôlement là où
quelques heures auparavant chaque pas mettait
en branle une sourde machinerie d’articulations
rouillées. Il ne respirait plus car ses poumons
avaient disparu mais n’avait jamais disposé
d’autant de souffle. Sous les encouragements
patients de Bargattin, il s’était propulsé à
l’extérieur comme une balle, avait traversé en
fusée la grand-place, glissé sur les toits du
village, percevant sous le voilage délicat de ses
nouveaux doigt la rugosité de l’ardoise, et piqué
du nez sur le terrain de foot jusqu’à respirer le
parfum du gazon fraîchement coupé.
Intrigué, il s’enquit de ce curieux phénomène
de perception sensorielle auprès de Bargattin.
– Vous êtes sûr que je suis bien mort ?
demanda-t-il.
Bargattin l’entraîna derrière la chapelle et ils
voletèrent un peu au travers des allées. Puis, ils
se déposèrent en silence au sommet d’un
16 La cloche de bronze
remblai de terre et l’ancien notaire lui offrit
quelques explications.
– Je peux vous confirmer votre trépas père
Soupiot. Cette mort ne ressemble sans doute en
rien à celle que vous pouviez imaginer. Tout
d’abord quelques précisions. Tant que votre
corps ne sera pas enseveli ou incinéré, vous ne
serez qu’un mort en attente dans l’antichambre
de l’au-delà. Vous ne pouvez communiquer
avec les Anciens, moi excepté puisque je suis
votre tuteur. Vous pouvez entendre les autres
mais votre voix à vous ne porte pas jusqu’à eux.
De plus, pendant toute la durée de cette
transition, aucun Ancien n’est admis à vous
accompagner.
– Ah bon ? Et bien d’accord.
Soupiot trouvait ce règlement au moins aussi
stupide que ceux qui régentaient sa vie passée.
L’idée de n’être qu’un ectoplasme solitaire en
suspension ne lui plaisait pas beaucoup. Il se
consola en pensant que cet état n’était que
provisoire et attendit la suite.
– Dès que les formalités de votre
enterrement seront achevées, vous serez admis
dans notre communauté comme un membre à
part entière. C’est une affaire de quelques
heures d’ailleurs puisque nous sommes installés
sur la terre destinée à vous recouvrir. Votre
tombe se trouve juste en contrebas.
17 Les songes du paresseux
Soupiot sursauta et ses fesses de tulle
décollèrent du monticule.
– Merde alors. Excusez-moi mais ça fait
bizarre d’être perché sur le tas de terre qui va
me tomber dessus.
– Il ne s’agit que de votre corps père
Soupiot. Oubliez-le.
– Ca va pas être dur. Je commençais à plus
trop l’aimer.
– Ici il n’y a plus de corps, plus d’aspect
physique. Vous me reconnaissez parfaitement
alors que je ne suis qu’une forme confuse et
dépourvue de matière. Cela fait partie des Lois
qui régentent notre petite tribu et que vous
apprendrez en intégrant pleinement notre
communauté. Sachez que les connexions avec
le monde des vivants sont possibles, mais
uniquement dans un sens car nul terrien ne doit
être au courant de notre existence. Vous avez
fait l’expérience de ces connexions lors de votre
première petite fugue mais sachez que nos
ingérences dans le monde des vivants sont
soumises à une stricte réglementation et à
l’approbation du Grand Conseil. Les
interventions mineures sont toutefois possibles
sans son aval.
Soupiot ne comprenait pas grand chose à ce
jargon d’intellectuel mais son bon sens paysan
lui avait permis de retenir l’essentiel. Il était
oiseau, sans ailes et sans plumes, et en attendant
18 La cloche de bronze
mieux il allait s’en contenter. Simplement, il lui
tardait qu’on enfouisse les débris de sa carcasse
pour pouvoir à loisir hanter les nuits de Garipot
et pincer en toute impunité les fesses de la mère
Jeanne. Le rapace restait pour lui le plus noble
des oiseaux.
Bargattin reprit, lisant dans les pensées du
doyen.
– Vous verrez, père Soupiot, bientôt
disparaîtront de votre esprit toutes les
contingences de la matière, ces désirs vils qui
polluent notre séjour terrestre. Vous ne
ressentirez plus l’aspiration à faire le mal et avec
un peu de bonne volonté, vous parviendrez à
devenir un sage. C’est l’un des bienfaits de votre
nouvelle condition.
Soupiot ne voyait pas en quoi le fait de
devenir sage pouvait constituer un bienfait mais
par prudence, il s’abstint de tout commentaire.
– Vous voyez, je sais pas si je vais réussir à
être à la hauteur de toutes ces choses qui m’ont
l’air bien compliquées. Je peux le dire à vous qui
vous occupez bien de moi, je suis un peu
empoté. Je peux le dire aussi parce que Garipot
m’entend plus, des fois je sais plus quoi faire de
mes mains.
– Rassurez-vous père Soupiot. D’abord vous
n’avez plus de mains donc elles ne vous
encombreront pas. Ensuite, dans ce monde,
l’apprentissage est plus aisé. Et l’énergie
19 Les songes du paresseux
nécessaire à l’accomplissement de vos tâches
vous sera fourni en temps utile.
– Ah, et on marche à quel carburant ici ?
L’énergie risque pas de venir des vitamines , vu
qu’on mange rien puisqu’on n’a pas d’estomac.
– C’est plus subtil que ça. Tout est sous la
cloche, fit Bargattin, mystérieux.
– Ah, la cloche comme sur les assiettes dans
les grands restaurants où on vous fait des
courbettes ?
– Vous connaissez ce genre d’endroit père
Soupiot ? s’étonna Bargattin.
– Ben, j’y suis allé une fois quand j’étais au
régiment. J’avais mis les sous de côté pour le
bordel de la ville mais j’y suis arrivé avec une
chaude-pisse. Alors je suis m’en débarrassé dans
le restaurant à côté. De mes sous, je veux dire.
– Je vois. Mais la cloche dont je vous parle
n’a rien à voir. C’est le grand secret des
Anciens. Vous serez rapidement initié.

Armand Dutreuil soupira, glissa deux mots à
son voisin de table et laissa retomber son large
dos sur le dossier. Martyrisées, toutes les
jointures du fauteuil ministre gémirent. Elu
maire en 1974, Dutreuil pesait alors soixante-
douze kilos. Il approchait désormais les cent
vingt. Huit kilos par mandat. Une sacrée
moyenne. Par le truchement d’une implacable
alchimie dont le processus lui échappait, il
20 La cloche de bronze
transformait le poids des responsabilités en
poches de graisse et en bourrelets. La moindre
contrariété le faisait enfler, une âpre discussion
le dilatait, une campagne féroce lui empâtait les
membres. Pour rien au monde il n’aurait
souhaité abandonner son double statut de
premier citoyen et d’obèse assumé.
– Un corps efflanqué est la marque d’un
esprit étriqué, répétait-il. L’intelligence a besoin
d’espace pour s’épanouir.
Il profita du vote pour finir son pain au
chocolat et suivit de loin le dépouillement en
lissant un revers de veste parsemé de miettes.
L’ordre du jour était d’une affligeante banalité :
ouverture de crédits pour la réfection de la salle
de gymnastique, subvention pour l’entretien du
chenil communal. Dutreuil détestait le sport et
les chiens. Il possédait un chat qui grossissait
parallèlement à son maître non point par
accumulation des soucis mais par la grâce d’une
efficace castration. Cette communauté de destin
rapprochait les deux êtres qui se saoulaient de
caresses mutuelles sur le canapé de la maison.
Le maire, lui, possédait encore ses attributs
virils, mais ne s’en servait qu’avec parcimonie,
réservant à madame Dutreuil des assauts aussi
désordonnés que pressés et la pauvre épouse
frustrée contemplait les câlins passionnés de ses
deux animaux en attendant le jeune homme viril
21 Les songes du paresseux
et dépourvu de tout mandat électif qui la ferait
enfin vibrer.
– Qu’en pensez-vous Monsieur le maire ?
On supprime ou on supprime pas ?
Enfoncé dans le coton douillet de sa
digestion et de ses songes, Dutreuil avait perdu
le fil du débat.
– Désolé, je pensais à autre chose. Qu’est-ce
que vous voulez supprimer ?
– La cloche, monsieur le maire. On en fait
quoi ?
Dutreuil étouffa un rot discret. Il eut une
envie de whisky mais se l’était interdit en
séance. Cette question devenait récurrente.
Plusieurs de ses administrés, essentiellement des
nouveaux arrivants, s’étaient plaints du concert
continuel de la cloche de l’église. Celle ci
sonnait les heures, l’angélus, les vêpres et tout le
toutim des cérémonies religieuses. Férocement
anticlérical, Dutreuil ne participait pas aux
offices mais le timbre de la cloche marquait la
vie de la communauté depuis toujours et il
trouvait que c’était très bien ainsi. De plus il
sentait clairement derrière cette question
anodine la main d’une opposition prête à sauter
sur n’importe quel prétexte pour le mettre en
difficulté et l’évincer. Hors de question. Il se
redressa et prit sa voix de stentor.
– Avant d’être un village, Culuq-les-Vignes
était une paroisse. Et l’église était le centre de
22 La cloche de bronze
cette paroisse. La cloche de notre église a
retenti pour saluer tous les grands évènements
du village, les baptêmes de vos enfants, les
mariages de vos frères et sœurs, les
enterrements de vos pères et mères. Le tocsin a
retenti pour prévenir nos ancêtres des orages de
grêle et des déclarations de guerre. Supprimer la
cloche c’est effacer le souvenir de nos luttes et
de nos joies, c’est lézarder le ciment qui nous
unit, c’est bannir de notre esprit l’histoire même
de notre communauté. Je suis contre !
Les trois quarts de la salle se répandirent en
applaudissements feutrés mais sincères.
Dutreuil se félicita de son éloquence et se
demanda si ce futile combat d’arrière-garde ne
pourrait pas devenir un bon cheval à
enfourcher pour la bataille des élections futures.
Le tout était sans doute d’y mettre la conviction
suffisante. Il se promit d’y réfléchir à tête
reposée.
– Je pense qu’on devrait soumettre la
question à référendum, dit Lucien Chéraud.
C’était l’épicier du village, le porte-parole de
l’opposition. Depuis que le village s’était ouvert
aux gens de la ville, son commerce déclinant
avait retrouvé des couleurs. Un éventuel reflux
des nouveaux riches vers des rivages plus
silencieux pouvait le faire retomber dans le
rouge.
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