Les Tourments de Sarah

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Sarah naît en Pologne en 1900. C'est une petite fille heureuse et choyée, descendante d'une grande lignée juive. Qu'importe les rumeurs de pogrom, les murmures de ses parents et amis. Jusqu'au jour de ses sept ans où un événement dramatique va bouleverser sa jeune vie.
D'un séjour en orphelinat catholique elle tirera la force et la détermination qui la conduiront à relever maints défis. C'est une femme libre et très en avance sur son temps qui traversera les années folles semées d'aventures : amour, sexe, mode, prohibition. Aucune barrière n'arrête Sarah dans sa quête de la vérité.
Publié le : lundi 6 juin 2016
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EAN13 : 9791026205708
Nombre de pages : non-communiqué
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Sylvia WINTER
Les Tourments de Sarah
© Sylvia WINTER, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0570-8
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Internet : www.librinova.com
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INTRODUCTION : ARBRE GENEALOGIQUE
Sarah est maintenant au crépuscule de sa vie.
Après avoir mis de l’ordre dans sa maison et supprimé le superflu, elle décide d’aller jeter un coup d’œil aux valises et malles héritées de tante Yolande. Celles-ci sont empilées les unes sur les autres dans la cave depuis de nomDreuses années. Elles n’ont jamais été ouvertes.
La poussière et des toiles d’araignées les recouvrent. Qu’importe, elle doit faire le tri et se replonger dans un passé déjà fort ancien.
Sarah prend le temps de remonter une à une les traces de son histoire. Elle se fatigue vite et respire difficilement. Mais, cette fois ci, c’est promis, il n’est pas question de faire marche arrière et de renoncer à son projet.
Elle jette des correspondances sans intérêt, époussette quelques housses contenant des roDes passées de mode. Les tissus sont fleuris ou à larges rayures. Elle pourra toujours les offrir aux femmes les plus démunies de sa communauté.
La Doite à chapeaux de cuir marron glacé contient quelques « DiDis » dont les couleurs sont ternies. Ils ont dû être du plus Del effet pour celles qui les ont portés. Quelques mites ont laissé une trace de leur passage.
Un autre carton contient des photos jaunies. Elle reconnait certains lieux et personnages qui sourient à l’oDjectif. Elle le met de côté. Elle pense que demain elle aura toujours le temps de mettre un nom et une parenté sur chacune de celles-ci.
Elle tient maintenant entre ses mains un cahier manuscrit. Elle hésite à l’ouvrir de peur que les pages ne tomDent en poussière. Il est en fort mauvais état. L’étiquette sur la page de garde porte le nom d’Ezéchiel Kulka. Qui était-il ? Ces pages sont noircies par une écriture serrée et fine rédigée à l’encre noire. Elle reconnait sa langue natale, le Yiddish. Sarah remarque qu’il s’agit d’un commencement d’arDre généalogique. Que va donc lui révéler la lecture de ce manuscrit jauni ?
L’histoire déDute ainsi :
En 1750 naissait Shlomo Kulka qui épouse en 1775 Marietta. e cette union nait Léopold qui épouse en 1800 ora. Ils auront plusieurs enfants mort-nés. Seul Ezéchiel survit. Il nait en 1810. Il épouse Elena en 1830.
e cette union nait un garçon prénommé Emmanuel en 1840. Il a 25 ans lorsqu’il épouse Joséphine qui lui donne en 1870 un garçon nommé Shlomo en mémoire de son aïeul.
Shlomo épouse en 1895 Alice qui devient une Kulka. Sarah arrive ainsi à sa propre histoire car Shlomo et Alice sont ses parents. Elle nait Sarah Kulka en 1900.
Ainsi, les origines de la famille Kulka datent du milieu du 18ème siècle d’après ce cahier.
e son écriture serrée, Ezéchiel continue ainsi son histoire
« Les origines de la famille Kulka remontent à la création du Royaume de Pologne au 10ème siècle. Il prend ensuite le nom de RépuDlique des deux nations qui engloDe le Royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie.
Je n’ai pas trace de la famille antérieurement au 16ème siècle, mais si aucun document ne suDsiste, le Douche à oreille transmis par nos familles et nos aïeux nous révèle nos origines.
En 1569, ceux-ci se sont étaDlis en tant que juifs dans ce pays qui est l’un des plus tolérants d’Europe. Ils sont chassés et persécutés partout où ils tentent l’intégration en Europe Occidentale.
La communauté juive est à cette époque la plus réputée pour ses nomDreuses activités, ce qui attise la haine.
Au 17ème siècle, celle-ci commence à ressentir les premières affres de l’intolérance. La Pologne est alors assiégée par des voisins expansionnistes. La famille voit la méfiance des voisins grandir sans toutefois se sentir menacée.
Fin 18ème en Pologne, la situation des juifs devient identique à celle des persécutions suDies dans le reste de l’Europe. En 1795, la Pologne disparait de la carte de l’Europe pour être partagée entre ses voisins. Les descendants de la première famille deviennent alors des citoyens des puissances qui dominent cette partie de l’Europe.
L’antisémitisme se fait ressentir de plus en plus fortement. La Russie, mais également la Prusse, l’Autriche et la Hongrie se montrent particulièrement agressifs.
A ce moment de la lecture, une larme perle sur chacune des joues de Sarah.
Elle décide cependant de continuer la lecture instructive concernant sa famille.
Il écrit :
« Les mythes anti-juifs »
Au moyen âge, la croyance aux miracles et légendes est forte. eux mythes en particulier ont la vie dure. Les juifs profanent l’hostie et se livrent à des crimes rituels. En 1215, l’église étaDlit une doctrine qui décrète que la chair et le sang du Christ sont contenus dans l’hostie et le vin.
Les rumeurs sur le peuple juif qui Drûle les hosties en vue de tuer une nouvelle fois Jésus perdurent.
Les premières années du christianisme qui durent environ 700 années ne sont pas une menace pour les communautés juives. Les ennuis commencent lorsque le Pape UrDanus préconise en 1095 la croisade pour liDérer Jérusalem des mains des musulmans. Les croisés anéantissent les communautés juives situées le long du Rhin et du anuDe. « Pourquoi aller tuer les infidèles en Terre Sainte alors que ceux-ci se trouvent sur nos propres terres »?????
Là, s’arrête le récit historique avec plusieurs points d’interrogations.
Il reprend sa propre histoire familiale
Mon père Léopold fuit une nouvelle fois la grande ville de Cracovie pour s’installer à LuDlin. Entre 1772 et 1795 la Pologne disparaît répartie entre ses voisins russes prussiens et autrichiens comme je l’ai déjà expliqué plus haut.
Les privilèges des communautés juives sont alors révoqués.
Mon père a la hantise du massacre qui reste marqué dans son esprit. Il en sera toujours imDiDé et la peur se lira souvent sur son visage.
Il va survivre avant de trouver le Donheur en épousant ora en 1800.
Comme Deaucoup de juifs, papa est artisan tailleur. Il ne se plaint jamais de sa condition. Il construit avec sa femme une maisonnette avec le Dois provenant de la forêt la plus proche. Sur place, ils ont également trouvé le chaume et le torchis. Le chauffage provient de la tourDe et du Dois mort. Ils savent pratiquement tout faire comme tisser et transformer les matières premières comme le chanvre et le lin. Ils se nourrissent de Dlé, de pommes de terre, de légumes de leur jardin. Ils font leur pain, leur vin et leur alcool. Ils pratiquent le troc, échangeant tout ce qu’ils possèdent en douDle et en grande quantité comme les œufs contre le fer et les Dougies.
Ils produisent tout ce qui leur est nécessaire pour une vie agréaDle et saine.
LuDlin est une ville appréciée des communautés juives. es talmudistes éminents
renforcent le rayonnement de la cité. Cette ville devient le centre majeur de l’Hassidisme.
Là s’arrête les écrits. Les autres pages jaunies sont vierges de toute encre.
Une partie de l’histoire tomDe dans l’ouDli.
30 Juillet 1906
LE TEMPS DU BONHEUR
Sarah fête son anniversaire. Ses six ans. Ses parents l’on particulièrement choyée. Six années de bonheur sont un évènement. C’est déjà une grande fille qui parle couramment le Yiddish, comprend la langue de Goethe et balbutie ses premiers mots de français glanés, çà et là, en dehors de sa communauté juive si soudée.
Son père Shlomo lui a confectionné une jolie robe rose et blanche, une vraie robe de princesse dans les couleurs qu’elle affectionne particulièrement. Sa maman a coiffé ses longs cheveux en deux tresses qu’elle termine par de jolis rubans roses assortis à sa robe.
Sarah a eu le droit d’inviter sa meilleure amie. Elles se ressemblent physiquement et ont cette même habitude de chuchoter à l’oreille de l’autre leurs histoires d’enfants. Michela, c’est le prénom de cette gamine rieuse et gracieuse que Sarah surnomme avec toute la fougue de son jeune âge Misha. Elle trouve que ce diminutif est plus, comment dire, chantant, oui, c’est cela.
Misha est si gaie et si exubérante, un vrai clown. Elle marche en dansant, faisant sautiller ses tresses brunes qui lui balaient les joues. Elle ressemble à un petit oiseau libre de prendre son envol. Son flot de paroles est emporté par le vent, car elle parle, elle parle…..
Elles finissent par se ressembler par mimétisme, comme deux jumelles, leurs mouvements, leurs pas, leurs voix finissent par se confondre.
Misha arrive accompagnée de ses parents. Ils sont également très intimes avec Shlomo et Alice.
Le temps de cette fin juillet est fait pour engendrer le bonheur. Le soleil dore les peaux délicatement exposées à ses rayons.
Sarah sait que son amie est toujours très élégante. Son papa est également artisan tailleur. Il travaille dans une échoppe située juste à côté de celle de Shlomo.
Lorsqu’ils apparaissent au détour du bosquet qui borde la jolie maison de bois, Sarah ne peut s’empêcher de battre des mains. Elle aura tant de choses merveilleuses à raconter à son amie.
Alice a confectionné un strudel aux pommes et un gâteau au pavot. L’après-midi s’annonce donc sous les meilleurs hospices. Les adultes prennent place sur des rondins de bois disposés devant une table rudimentaire. Grâce à l’habileté de Shlomo tout le bois trouvé sur place se transforme. Il a hérité de cette maison. Ses parents l’avaient eux-mêmes reçue en cadeau de mariage de la famille.
Shlomo utilise tout ce qui est à portée de mains pour fabriquer leurs meubles, une table par-ci, un coffre par là. Il sait tout faire et la communauté en profite. Il est toujours prêt à aider ceux qui en ont besoin. Il prodigue maints conseils et il n’est pas rare de le voir aider des amis ou connaissances à terminer leurs futures maisons.
Alice et Shlomo sont respectés de toute la communauté, fréquentent assidûment la synagogue, reçoivent chez eux le rabbin et son épouse et pratiquent le shabbat chaque vendredi soir. Ils inculquent ainsi à leur fille les premiers rudiments de leur religion. Elle sait que le vendredi soir est un moment exceptionnel ou sa maman confectionne dès le matin une multitude de petites salades et des petits pâtés. Elle affectionne particulièrement la carpe farcie, le goulasch, les poivrons farcis et le fromage blanc assaisonné de paprika. Ils ne sont pas riches mais leurs placards regorgent de richesses que la terre leur offre.
Avant que le soleil ne se couche à l’horizon, maman allume les bougies. Papa fait le rituel
u sel en même temps que les prières. Sarah perçoit la magie de ce moment ou toute la famille se réunit. Elle aurait aimé avoir des frères et sœurs. Le ventre de sa maman reste terriblement plat. Elle est impressionnée par les chants religieux. Les bougies allumées font danser leurs flammes qui se transportent sur les murs de chaux.
Sa fête préférée est la Pâque juive « Pessah ». Ce soir-là, papa boit quatre coupes de vin qui correspondent aux quatre délivrances « je vous ferai sortir, je vous sauverai, je vous délivrerai et je vous prendrai.
Mais du haut de ses six ans, elle ne saisit pas toujours le sens des mots que ses parents murmurent. Ils parlent de persécution, de pogroms, d’antisémitisme. Lorsque le rabbin vient à la maison tout vêtu de noir avec son grand chapeau qui cache sa kippa mais laisse dépasser ses papillotes, elle doit se taire. Elle tend l’oreille mais ne parvient pas à saisir le sens caché des mots.
Elle connait l’importance de ces rendez-vous pour ses parents. C’est un honneur d’être visités par cet homme de foi tant respecté.
Elle comprend le sens biblique de la Torah. Elle accompagne ses parents à la synagogue. Elle reste avec sa maman puisque les hommes et les femmes y sont séparés. Elle se retourne souvent vers elle pour lui demander la signification des mots. Mais là s’arrête son instruction de petite fille insouciante.
Misha est tout de blanc vêtue, ravissante avec une petite jupe blanche bordée de dentelle assortie à son chemisier. Elle ressemble à une blanche colombe toujours prête à chanter et à s’envoler.
Elles se dirigent toutes les deux vers le fond du jardin, main dans la main. Papa bricoleur y a construit une sorte de balançoire très modeste, faite de cordes attachées à une solide branche d’arbre. Il a fixé une planche sur laquelle à tour de rôle, elles vont se balancer. D’abord tout doucement en chantant. Puis prises d’un subit accès de frénésie, elles vont risquer tour à tour de se briser la nuque. C’est l’insouciance de ce bel âge où aucun nuage n’apparaît dans le ciel, ni dans le cœur.
Leur principale préoccupation reste leurs jeux et leurs amis les animaux. Elles restent des minutes à admirer le chat de la voisine Mistigri qui tente l’approche d’un mulot. Elles se transforment en statues, totalement immobiles. Elles guettent l’entrée du tunnel creusé dans la terre.
Si elles n’étaient aussi bien vêtues, c’est sûr que depuis longtemps elles se seraient allongées, comme à leur habitude, dans l’herbe pour espionner « l’espion ».
Elles s’amusent à prendre des brindilles d’herbes qu’elles collent entre leurs deux pouces. C’est à celle qui souffle le plus fort pour émettre un sifflement perçant. Elles s’amusent de tout, cueillent des marguerites dont elles arrachent les pétales une à une comme elles l’ont vu faire par tant d’autres adolescents avant elles. Elles ne savent pas encore prononcer le « je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout ». Ce n’est pas encore leurs propos qui se résument à parler de la vie animale. Elles n’ont d’yeux que pour ces papillons multicolores qui butinent des fleurs colorées et odorantes. Elles suivent les fourmis avec un petit morceau de bois. Elles veulent en attraper une pour la faire monter sur leur bâtonnet. Elles pourraient alors la déposer loin des autres pour vérifier si celle-ci est capable de rejoindre la fourmilière. Elles tentent ainsi maintes expériences.
Il y a les guêpes dont elles se méfient, les abeilles, les coccinelles, les bourdons très bruyants, une myriade d’insectes invisibles à l’œil nu, mais pas pour nos deux exploratrices. Rien ne leur échappe. Elles rient à pleine gorge. Elles cueillent des fleurs des champs, les apportent aux parents. Sarah en profite pour souffler sur les bougies de son gâteau et devient rouge pivoine. Elles croquent ensuite à pleine dent dans la part qui leur revient.
Puis elles repartent. Recommencent leurs jeux et leur surveillance de tout ce petit monde qui fourmille autour d’elles.
Petit à petit, le soleil décline et sonne l’heure de la séparation. Elles se rapprochent de leurs parents respectifs et se serrent fortement l’une contre l’autre tel qu’elles le feraient avec une poupée ou un ours en peluche. Les parents promettent de se revoir très rapidement.
L’odeur des prés embaume l’air ambiant. Une fine rosée se pose sur les parterres de fleurs qui commencent à se refermer. Le calme revient après le bourdonnement incessant des nuées d’insectes. Le crépuscule s’abat sur une merveilleuse journée, celle de ses six ans qui restera longtemps un moment de bonheur.
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