Les traces du remords

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Un soir, Thomas Didym, restaurateur au Louvre, est le témoin d'un assassinat sur le Pont-Neuf. Le lendemain matin, il apprend que son père, qu'il n'a pas vu depuis quinze ans, est très malade et souhaite le revoir.

Publié le : vendredi 10 juin 2011
Lecture(s) : 127
EAN13 : 9782748101027
Nombre de pages : 153
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Les traces du remords
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748101030 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748101022 (pour le livre imprimé)
Philippe Diaz
Les traces du remords
ROMAN
I
En vieillissant tu verras ce qui reste. Rien du tout. Hormis la viol ente passion de parfaire, cousine de la mort.
Mort à crédit LouisFerdinand Céline
Le temps de l’action était terminé. Le temps de la réflexion commençait. Cette phrase m’est familière. Le fait même de la répéter, de la ressasser assonante au risque d’en perdre le sens au détriment de sa mélodie propre, sa petite mu sique en vers décasyllabes, produit en mon esprit une série d’images désordonnées aux mouvements successifs et brusques, un film accadé que j’ai du mal à discerner, vous saisissez ? et qui me fait douter de ce que je vois, qui me dédouble, mon image se mêlant soudain à ces visions fugitives et abstraites. Le temps de l’action était terminé. Le temps de la réflexion commençait. Les images d’un film imaginaire rythmé par le cli quetis des crans du projecteur dans les perforations de la pellicule. Imaginaire ? Les échos décochés de mes pas qui ne me quitteront plus, qui m’entêtent comme le souvenir d’une femme aimée perdue de vue, dont on retrouve l’image chaque fois que l’on rencontre une in connue qui porte son parfum.
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Les traces du remords
Le temps de l’action était terminé. Les dernières images d’un rêve qu’on chercherait en vain à transposer au cinéma, à décalquer. Le temps de la réflexion commençait. Dans une impossible fermeture au noir. Je ne tarderais plus à me réveiller.
Une pluie régulière persistante et drue semble transpercer le ciel de Paris en ce début de semaine, rendre la chaussée pavée glissante comme un miroir aux reflets fuyants. La place SaintAndrédesArts est éclairée par les lumières lugubres des échoppes chagrines dans la gro tesque concurrence fluorescente de leurs éclairages pu blicitaires, néons colorés, circonvolution de serpentins lumineux, rutilantes écritures de photons éclectiques, électriques, tordues comme un interminable tube di gestif mis à mal par la nourriture néfaste servie dans ces endroits faméliques ou malfamés suivant l’heure. Je ne sais plus où j’en suis. Qui je suis. Sortir du cinéma après deux heures passées dans l’antre obscure et clos. Réprimer l’envie de placer sa main sur ses yeux pour se protéger de la brutale transi tion luminescente,indien vaut mieux que deux tu l’auras. Cli gner brièvement des yeux.Un, deux, trois : soleil. Ni ce que je fais. Marcher au hasard, sans se presser, suivant le mouvement des quelques spectateurs disséminés alen tour s’immisçant dans la foule compacte et polyglotte. Marcher les yeux baissés, rivés au sol, regarder ses chaussures faute de mieux, cherchant d’une main malhabile dans la poche intérieure de ma gabardine un paquet deLucky StrikeUn paquet mou. Sesans filtre. diriger vers la Seine d’un pas décalé. Dans le cinéma je me suis assoupi au milieu du film. En me réveillant, totalement déboussolé, vacillant tout d’abord, mes yeux se sont perdus dans la pénombre, j’ai eu du mal à me repérer, à savoir où je
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Philippe Diaz
me trouvais, ce que je faisais là, vertige léger, infime tournoiement comme lorsque l’on se réveille en pleine nuit sans savoir où, dans quel endroit et à quel moment de sa vie l’on est transporté éperdu, tout à coup projeté hors de soi. Je ne sais plus où j’en suis. Je marche désormais d’un pas plus allongé, élastique, contourne un café à l’atmosphère confinée, aux lumières tamisées, vieillottes, surannées, m’engage illico quai des Grands Augustins. Partir, mais pour aller où au juste ? Partir ? A partir de là, autant rester ici, et ressasser sans fin la même phrase : Le temps de l’action était terminé. Le temps de la réflexion commençait. Tout un programme.
Une main s’abat sur mon épaule. Etonné je me retourne, je ne reconnais pas tout de suite mon inter locuteur. « Tu ne sais pas ce qui m’arrive ? » Sa voix résonne paresseusement en moi. Non, je ne sais pas ce qui se passe. « Mon dossier… pour la Villa… accepté… Je pars dans un mois. » J’imagine la situation se répéter avec des gens que je ne connais pas, de parfaits inconnus : « Tu ne sais pas ce qui m’arrive ? » Prêter le flanc à leurs remarques pléthoriques sans chercher à en saisir le sens, comme si c’était un luxe le sens, le son suffisant. C’est le mot. Ouvrez bien grand vos oreilles. Se cacher derrière leurs propos et leurs a priori, comme un écran. S’y projeter. « Je ne pensais vraiment pas avoir cette chance. Je ne sais pas si tu te rends compte ?… » Laisser passer un temps, un bref silence poli, de circonstances. Si je me rends compte ? Des années sans se voir. On reprend son souffle avant de repartir à l’assaut, de plus belle : conclure en beauté. Avec la
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main souvent, en direction de l’autre. Le summum : la main sur l’épaule. « Et toi ? Qu’estce que tu deviens ? On se sépare assez rapidement. Ce genre de conversation n’est pas fait pour durer. Sa silhouette se perd dans le lointain. Et ma réponse avec.
Derrière une devanture de carte postale, des vitres hautes recouvertes d’inscriptions hiéroglyphiques tracées au Blanc d’Espagne, on aperçoit se profiler la salle étroite d’un bar à vin. A l’entrée, deux trois tables bistrot en marbre alignées le long des murs recouverts de vieilles réclames et de miroirs piquetés, laisse peu de place pour circuler, mais participe à l’ambiance particulière du lieu, antre accueillant où se mêlent des odeurs de tanin et de vieux bois, de velours et de tabac. Trois hommes devisent à l’évidence autour de leurs verres moitié vides. Je m’installe près de l’entrée, gardant un instant l’oeil fixe sur la circulation encore très intense à cette heure tardive. Enlever son manteau, le plier rapidement mais non sans précaution, la vitesse du geste sauvant de l’éti quette maniaque. Le poser sur le dossier ajouré de la chaise en bois. Le vêtement lourd et sans vie glisse et tombe par terre dans un imperceptible bruit de souf flet, un inopportun nuage de poussière. A peine assis fermer les yeux, froncer les sourcils. Enlever lentement ses lunettes à monture métallique qui durcissent quelque peu le visage et vous donnent un air sérieux, les poser sur le guéridon grisâtre. Placer presque machinalement l’index et le pouce de sa main droite joints autour de la base de son nez, au creux de ses orbites, puis faire monter et descendre symétrique ment ses doigts le long des sourcils en désordre pour se masser le haut des paupières, et finalement glisser, dé bordant à peine sur les joues rosies au contact du froid, que l’on tend légèrement, longeant l’arête du nez aux
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