Les trois fils de Saint-Amour

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Trois fils. L'un chirurgien, l'autre chercheur et le dernier pilote de chasse. trois caractères ciselés, opposés. Trois trajectoires qui s'éloignent de l'enfance mais qui après maintes péripéties se retrouveront au seuil de la vie dans la maison familiale auprès de leur mère. Trois destins pathétiques qui recherchent inconsciemment le nidus de l'utérus maternel.
Publié le : jeudi 16 juin 2011
Lecture(s) : 63
EAN13 : 9782748120301
Nombre de pages : 245
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Les trois fils de SaintAmour
Bernard Faverge
Les trois fils de SaintAmour
ROMAN
© manuscrit.com, 2002 ISBN: 2748120310 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748120302 (pour le livre imprimé)
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PREMIER CHAPITRE
Août 1962 ! Ce long voyage touche à sa fin. Mais Charles ne ressent pas la fatigue. Plutôt une exci tation, presque une exaltation. L’ivresse d’inspirer à pleins poumons l’air de son Jura natal si proche. Encore quelques kilomètres, quelques virages avant d’atteindre la destination tant attendue. Penchant son nez à la fenêtre comme un chien fou qui halète de plaisir  e pericoloso sporgersi  Charles respire pro fondément le terroir, son terroir auquel il s’enracine, qui fleure bon les prairies à vaches, le comté fruité et le musc humide et chaud des chanterelles sous les bosquets. Qu’importe l’inconfort du trajet, les se cousses bruyantes des boggies sur les rails. Le wa gon sent la sueur des voyageurs peu habitués à cette canicule. Le skaï de la banquette est déchiré par des écorchures jamais soignées. Le compartiment vire au jaune pisseux, personne n’ayant jamais songé à entretenir cette ligne de chemin de fer si peu ren table dans cette région rurale. Une dernière courbe, et voici la gare en bas du village. La locomotive tchoutchoutante et un peu brinquebalante freine dans un nuage de vapeur blanche. Charles aperçoit le père Michaud, notre chef de gare, qui règle le trafic en agitant son fanion rouge avec maestria. Il est égal à luimême, le père Michaud, le ventre rebondi, vrai semblablement tendu par l’ascite, le coup de sifflet
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poussif, altéré par l’emphysème des fumeurs de ci garettes papier maïs fortes et âcres au goût. Enfin arrivé ! Charles a le cœur léger. Il endosse son sac de scout et avec l’énergie de ses dix huit ans dévale le marchepied et file vers le quai où ses parents doivent l’attendre. « M’étonnerait que mes deux frangins fassent par tie du comité d’accueil ! » Exact, seul le paternel et maman attendent près de l’auto familiale, une splendide Chambord très kitch. Les embrassades d’usage expédiées  la mode n’était pas alors aux effusions entre parents et fils,  peutêtre que les filles avaient une meilleure chance ?  les voici, Charles, papa et maman remontant à petite vitesse la belle avenue de la gare bordée de ses peupliers majestueux par leur alignement par fait. L’équipage atteint le portail de la maison fa miliale, grand ouvert bien sûr à l’époque, tant il eût paru saugrenu de se prémunir des cambrioleurs, cette engeance n’ayant pas encore investi nos campagnes. La Chambord glisse lentement à travers la cour et s’arrête devant le perron de la bâtisse. Charles est ému et ne peut étouffer un cri inté rieur : « Vive les vacances ! La vie est belle ! » Qu’il est heureux de retrouver la maison de son enfance, lui devenu citadin le reste de l’année sco laire, confiné dans un de ces appartements d’im meubles construits à la vavite et à moindre frais au temps de l’aprèsguerre. Cette existence urbaine est une véritable vie souterraine, avec pour seules fron tières le béton de sa chambre, de son bureau et du ly cée crasseux où en bon élève studieux  le zèle était alors son opium  il vient de décrocher son bacca lauréat, visa indispensable pour son inscription à la faculté de médecine. Charles a l’ambition de faire sa médecine comme d’autres ont la vocation de faire leur grand séminaire.
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Il ressent déjà un farouche désir de réussir, une vo lonté naissante de se construire seul. Retrouver sa maison et aussi son village ! Saint Amour ! Quel drôle de nom, à faire rigoler des ado lescentes pas encore déniaisées. Ne confondons pas avec SaintAmour en Beaujolais connu pour ses fa meux grands crus. Non ici vous êtes à SaintAmour, tout court, ancienne Vincennes la Jolie, chef lieu de canton, aux portes du Jura, là où file la RN 83 en di rection de LonsleSaunier, le long des coteaux val lonnés du Revermont qui dominent le plat pays bres san. D’ailleurs les gens de SaintAmour sont de vrais francscomtois ayant du sang espagnol bouillonnant dans leurs veines. Aucune comparaison avec les sangs laiteux de la plaine bressane. Ce qui fait la fierté des gens du cru, c’est leur clocher, magnifique monument digne de la Franche Comté, aussi haut que celui d’Arbois, ce qui pour une petite bourgade témoigne d’un passé riche et glorieux. A peine descendu de voiture, Charles porte son re gard sur ce clochertotem phallique bâti de pierres et de croyances  toujours visible à l’œil nu où que l’on se trouve sur la superficie de la commune.  « Chic ! Ditil, tu as vu maman, le coq est au nord, il fera beau demain. » Le coq, c’est la girouette du clocher, nous sommes bien en pays gaulois.  « Avant de penser au temps qu’il fera demain, occupetoi de ranger tes affaires et trie ton linge sale à laver. Puis tu viendras nous raconter dans le détail comment s’est passé ton camp de scouts. »  « D’accord ! A propos, c’est mon dernier camp comme chef scout. L’année prochaine je tourne dé finitivement la page. C’est décidé : place aux jeunes maintenant. »
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Cette apparente désinvolture cache mal de sa part une pointe de tristesse. Les valeurs du scoutisme, religion mise à part, lui ont appris la vie en groupe en ayant pour principal souci de développer le sens de l’autonomiese prendre en charge, comment se servir d’une boussole ou d’une carte d’état major  et le respect de la nature. Malheureusement le catholicisme pratiquant est passé de mode et le scoutisme se délite faute de trou ver des bénévoles disponibles, disposés à supporter les aléas encourus lorsqu’on encadre des jeunes. Ce concept est définitivement ringard, les parents exigeant une assurance tous risques pour leurs chères petites têtes blondes, refroidissant ainsi les bonnes volontés les plus compétentes, le risque zéro n’exis tant pas. A trop vouloir appliquer le principe de précaution, notre société ne risquetelle pas de se scléroser ? Pour l’instant, notre Charles est loin de la sclé rose. Il a décidé d’entreprendre un petit tour du pro priétaire avant d’aller ranger ses affaires. A l’entrée du jardin le sycomore monumental étale sa majesté. Par derrière c’est le carré des dahlias, des glaïeuls et des pétunias. De quoi garnir les tombes de nos chers disparusCharles préfère s’attarder auprès des groseilliers et des plants de fraisiers dont les fruits rouges sont des plus savou reux. Il picore deci, delà selon son envie. Par contre les deux cerisiers n’ont plus leurs boules de fleurs blanches du dernier mois de mai et la cueillette des bigarreaux a dû faire des heureux en juin, bien qu’ils soient habités par des asticots croustillants. Mais lorsqu’on est gosse on sait avaler d’un trait sans trop faire la fine bouche. Au fond, c’est le jardin potager avec ses carrés de légumes, haricots verts, chouxfleurs, poireaux et
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