Les Univers perméables

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Lorna, fraîche âme innocente et fragile, est avilie dès l’enfance par son parrain qui lui prodigue des fessées tendancieuses. Plus tard, les choses ne s’arrangent pas: doucereuse et vulnérable, la jeune femme en devient horripilante pour certains, déclenchant leurs turpitudes enfouies. Passant d’un monde intérieur à l’autre, "Les Univers perméables" tisse la toile humaine des bassesses internes, parfois inavouables.
Publié le : jeudi 29 mars 2012
Lecture(s) : 96
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748382556
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748382556
Nombre de pages : 206
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Florence Delorme
LES UNIVERS PERMÉABLES
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0117379.000.R.P.2012.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2013
À mes huit zozos.
La peine des jolies filles
Maman mavait dit, lorsque je nétais quune enfant, que les jolies filles enviaient le bonheur des moins belles. Elle avait ainsi quantité de citations quelle se plaisait à caser, lorsque les cir-constances semblaient sy prêter. Malgré tout, ses dictons pouvaient se contredire les uns les autres, comme le veulent ces maximes populaires qui disent tout et son contraire. Quimporte, ça nétait pas, sur le moment, laffaire qui nous préoccupait. En linstant, il semblait que ces phrases fournis-saient pour un temps une clé essentielle à méditer. Cest plein dadmiration pour les ressources philosophiques sans limites de ma mère que je faisais faire écho en moi à toutes ces paroles sages. Jignore pourquoi cette phrase-là, quelle na pourtant pas ressassée plus quune autre, et peut-être même quelle na dû prononcer quune ou deux fois, ma tant marquée. À lépoque, je nen comprenais pas vraiment la signification. Jécoutais cette sentence comme ce quelle dut être : une fatalité. Aujourdhui, je ne sais toujours pas dire avec certitude quel en est le sens véri-table. Jai conclu que sans doute les belles attendaient plus de la vie et étaient déçues, irrémédiablement. Tandis que les moins gâtées physiquement se contentaient de joies simples et dune destinée plus tranquille, pour au final être touchées par une certaine grâce, celle du bonheur stable. À trop miser sur ses atouts, on oublie den développer dautres, plus cruciaux à long terme. Pour ma part, il est vrai que jai été, comme chacun, abu-sée, trompée, trahie, bafouée et, lorsque je regarde en arrière, je peux en effet admettre que mon physique ma joué des tours. Parfois. Ai-je été plus torturée quune autre ? Comment
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laffirmer Je ne suis que dans ma propre tête. Celle dune jolie fille qui a toujours eu une conscience objective de ses qualités physiques. Pour autant, je ne vais pas men plaindre. Je ne suis pas si idiote et si ingrate. Il est des dons que lon nous met entre les mains et qui peuvent, à défaut de nêtre exploités, ou mal, nous desservir. De lart de sauto-saboter. Cest selon ce que chacun décide, consciemment ou non. La belle envie la chance de la vilaine. Je me sens parfois ac-cablée par ces quelques mots, comme si en effet mes attentes de jolie fille ou ce que cela a pu mouvrir comme portes maient fait faire de mauvais choix. Jai été victime malgré moi de ma beauté dès lâge de neuf ans. Encore que jignore si ce que jai vécu fut à mettre sur le compte de mes jolis traits ou sur les perversités dun homme de cinquante ans mon aîné, qui était censé veiller sur moi, et qui au lieu de cela na fait quouvrir davantage une fêlure qui était toute récente à ce moment-là. Ma mère venait de décéder. Une tumeur fulgurante nous lavait enlevée, à ma sur et moi, en quelques mois seulement. Je fus confiée à mon parrain, tandis que ma sur, qui avait at-teint la majorité depuis peu, monta faire ses études à Paris, par ses propres moyens, devenue indépendante très tôt par la force des choses. Elle travaillait en tant que serveuse à temps partiel, tout en prenant des cours dhistoire à luniversité. Jétais une petite fille brune, avec de grands yeux verts en amande, un petit nez retroussé et une jolie bouche en forme de cur. Blessée par la vie encore plus que je naurais dû lêtre, car désormais orphe-line. Mon père était mort cinq ans auparavant, dun accident de travail. Ma mère navait pas refait sa vie. Jignore si elle avait eu des amants, car nous nen avons pour notre part, ma sur et moi, jamais vu un seul. Elle avait repris notre éducation en soli-taire et sen sortait plutôt bien. Nous avions un quotidien quon ne pourrait qualifier de modeste à proprement parler, mais qui ne nous octroyait pas non plus de grandes fantaisies. Nous étions pourtant heureuses, toutes les trois, soudées, dans une
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entente paisible. Ma mère travaillait alors comme secrétaire mé-dicale et cest ma sur qui venait me chercher à lécole et qui soccupait de superviser mes devoirs. La période durant laquelle nous vîmes notre mère dépérir fut une dure épreuve, dans lattente redoutée de son départ, auquel elle nous avait fort bien préparées, avec douceur et patience. La parole guérit bien des choses, et prévient aussi des plus grands malheurs. Mon parrain, Lucien, était le meilleur ami denfance de ma mère, et leurs liens avaient perduré au travers de la vie avec toute lamitié ambiguë qui pouvait en transparaître. Il fut profondément abattu par le départ prématuré de sa grande amie. Cétait un homme céliba-taire. Il avait été marié puis divorcé, sans enfant. Il vivait seul dans une grande maison, sur les hauteurs de Nice. Lorsque jarrivai il maccueillit avec bienveillance. Je fus installée dans une jolie chambre aux tons assortis, avec une vue dégagée. Il mavait préparé des jouets de petite fille : des poupées de porce-laine, une dînette, des livres de contes. Jappris plus tard quil avait demandé à la gouvernante de sen occuper, et cela éclaircit un mystère. Car comment un homme si austère pouvait-il avoir choisi avec tant de goût et de précision les effets dune enfant de mon âge ? Lugubre, il létait. Peu bavard aussi, du moins avec moi. Jignore comment il se comportait avec les autres car nous ne recevions jamais de visites. Japprendrai bien des an-nées après ce que ma mère avait pu lui trouver. Cétait un homme avec des moyens financiers élevés, sur lequel elle avait pu compter à de nombreuses reprises. Il avait toujours été là pour elle, alors même que dautres lui avaient tourné le dos. Les premières semaines se passèrent sans histoires. Jallais à lécole, je rentrais, je faisais mes devoirs et jouais un peu dans ma chambre. Puis il mappelait pour le dîner. Il avait à son ser-vice une gouvernante qui soccupait de lentretien de la maison et des repas. Elle était gentille mais nous ne tissâmes pas de grands liens. Vers sept heures du soir, on mappelait. Cétait lheure à laquelle la dame sen allait. Elle nous servait, puis, une fois nos assiettes remplies, elle saluait et se dirigeait vers la sor-
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tie de la salle à manger. Lorsquon entendait claquer la porte, il tombait un silence de plomb qui ne cessait que de temps à au-tre, lorsque Lucien me questionnait un peu sur lécole. Je répondais des banalités denfant, sans métendre davantage car il semblait toujours ailleurs, et peu intéressé par mes récits juvé-niles. Un jour, je rentrai de lécole à pieds, après avoir emprunté le bus qui me ramenait dans mon quartier, les joues rougies par lexcitation. Lorsque je pénétrai dans le salon, je vis Marianne, la femme de chambre, et je courus à elle : « Lucien est là ? Il est rentré ?  Non, pas encore. » Lhomme navait pas dhoraires car il possédait une société. Il partait tôt le matin afin dêtre à six heures trente à la maison, pour le sempiternel souper. Il neut pas été étonnant de le trou-ver à quatre heures et demie dans son bureau, pas plus que dy constater son absence. « Quas-tu à lui dire ? questionna Marianne, curieuse de me voir dans un tel état.  Je suis invitée à la fête de Virginia, samedi ! » La femme me regarda sans rien dire et reprit son épousse-tage dobjets. Je montai quant à moi deux à deux les marches des escaliers qui menaient à létage, et poussai dans un grand geste la porte de ma chambre. Je la découvris toute bleue et soigneusement rangée, baignant dans les rayons du soleil de la fin daprès-midi. Je maffalai sur le joli couvre-lit pastel en étouffant dans les oreillers molletonnés des petits rires saccadés. Depuis que javais changé décole, je navais été invitée chez aucun de mes camarades. Il y avait eu quelques occasions, dont on mavait exclue, car je nétais pas assez intégrée dans la classe. Ce matin-là, je me trouvai dans la cour, pour la récréation.
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